Last train - Sûrement le dernier post, je suis dans le train qui me mène à Saint Petersburg. En partant de Yakutsk et donc en revenant sur mes pas, j'avais une triste sensation de fin. Pourtant quinze jours me sépare encore de Saint-Petersburg, mais la nostalgie est là , surtout dans le train que je connais si bien maintenant, ces trains tellement lents qui te donnent le temps de réfléchir. J'ai bien fait de faire des pauses, à Novossibirsk d'abord, ou je faillis me faire entuber par un faux taxi : le type me réclame cent, roubles du kilomètre. On fait deux kilomètres et il me demande 1200 roubles en me montrant le compteur qui s’avère être la consommation du véhicule. Bah c’est bien mec tu fais du douze litres au 100 km parce que t’as roulé comme un taré mais je suis pas débile. Bref quarante cinq minutes de merde ou le type s’énerve, moi j’appelle la couchsurfeuse qui finit par nous trouver et le type me laisse partir. Bon il a essayé, il a perdu je n’ai rien payé mais il recommencera avec un autre touriste certainement. Enfin ça nous a fait un sujet de discussion avec Svetlana, la coiffeuse qui m’accueille, adorable d’ailleurs. En échange d’un repas que je cuisine, je me fais couper les cheveux. Et la barbe aussi, je commençais à manger des bouts de poils à chaque fois que je fermais la bouche. L’autre arrêt est à Ekaterinbourg, capitale de l’Oural, encore une de ces villes dont je ne mesurais pas la grandeur quand j’étais encore ignorant de la Russie . Ces villes sont des monstres de plusieurs millions d’habitants : Omsk, Krasnoyarsk, Novossibirsk et d’autres encore. Des villes qui se ressemblent beaucoup, mais dans lesquelles je me sens bien et je ne pourrais pas expliquer pourquoi. Olga, comme tous les autres ne comprend pas non plus. Maman de Sacha et Pacha, elle ne me coupe pas les cheveux mais m’offre une belle visite de la ville et des repas parfaits. Je repars avec un sac de fèves de cacao, un plat et une cuillère peinte par sa grand-mère, des trucs que je n’ai pas l’habitude de ramener qui remplisse mon sac déjà prêt à exploser. Je me rends à Perm ensuite retrouver mes amis du baikal. Alexei, Nikita et les autres qui m'accueillent tous comme un prince dans un café. Ils sont tous là, je suis super touché, je les ai quitté en costume de neige, ils réapparaissent en tenue de soirée alors que moi je ressemble toujours à un troll sale. On se promènera sur les quais de l’immense rivière, Irina qui parle à peu près Anglais s’obstine à ne parler qu’en Russe, elle met un point d’honneur à ce que j’apprenne la langue coûte que coûte. Je dors chez Alexei, avant de partir le soir chez la grand-mère de Nikita. Il me prévient par avance « si tu manges pas elle va te tuer » le problème c’est qu’on se tape un pré-diner chez Alexei dont la femme à préparé un repas déjà fort copieux que je ne peux refuser. Nikita se marre déjà. A peine l’entrée terminée je suis full, mais je me m’autoflagelle avec le dessert incroyablement bon. Une heure de bus plus tard on est à table pour le second dîner avec une babouchka qui a du cuisiner pendant trois jours tellement les plats sont nombreux sur la table . Je ne sais même pas comment faire. J’ai envie de faire comme quand j’étais petit à la cantine quand je foutais la salade dans ma poche pour la jeter à la récré. Même pas de chien sous la table pour jeter des trucs dans sa gueule en douce. Bref je suis cuit. Et la grand-mère qui s’excuse du peu de trucs à manger. La blague. Mais elle est trop mignonne, je lui raconte ma vie, je lui raconte Lucie que j’aime et qui me manque, elle est émue et me donne des cadeaux pour elle. Je me sens bien ici. On est dans la campagne autour de Perm et j’adore plus que tout ces maisons russes vastes et confortables. Y a des lits partout, de la moquette partout, on se sent bien partout, il y fait chaud et une étrange impression de bien être qui donne envie de se promener en slip comme à la maison et surtout l’impression que ça ne dérangerait personne. D’ailleurs le père de Nikita ne se gêne pas. Maxime arrive, un pote de Nikita, chirurgien. Il bosse demain mais on se prend une tôle à la vodka en jouant de la musique, Nikita à l’accordéon qu’il répare d’abord à la russe avec un vieux couteau. Moi à la batterie toute pétée. N’empêche il n'y a qu’ici que je peux voir un chirurgien faire ça. J’ai l’impression de faire une soirée avec mon copain facteur. La vodka coule entre deux bouchées de tarte à la patate qui traîne sur la table. Nikita et moi on se congratule mutuellement de s’être rencontré, le lendemain on part faire du rafting et de l’escalade à deux heures d’ici. Réveil à 8h, je suis tout pourri, Nikita aussi ça me rassure un peu. Je dors un peu dans la voiture et on arrive sur les lieux, un bord de rivière au pied d’une falaise rempli de tentes. Les copains sont là. Alex m’accueille avec un plat de lentilles. Même pas le temps de dire bonjour à tout le monde que je m’étouffe à moitié et vomis entre deux tentes. J’ai eu le temps de ma planquer un peu mais Alexei se marre comme un con et Nikita compatit. C’est qu’il est dans le même état et il doit apprendre l’escalade à des stagiaires. Moi je suis quand même super content de pouvoir escalader des parois russes même si je dois reconnaître que deux mois de cuisine russe et le gavage de la veille n’aide pas vraiment à atteindre le sommet. Comme d’habitude en Russie, je me fais assaillir de questions et on me couvre de cadeaux avant de repartir prendre le train, Nikita m’accompagne jusqu’au wagon, sur le quai. J’ai l’énorme surprise de voir les amis du baikal venus me dire au dernier au revoir. J’avais montré mon billet à Irina qui avait mémorisé l’horaire sans me le dire. Des cadeaux viennent combler mon sac. Nikita se fout de ma gueule en me disant de ne pas pleurer. Je prend donc ce dernier train qui roule vers Moscou puis Saint Petersburg. Encore cette lenteur qui laisse les pensées dériver dans un mélange de mélancolie et d’excitation. À bientôt donc.