Retour sur cet Ironman
Il est 6h55. Je vais rentrer dans l’eau. Je pense. La sono balance un bon AC/DC des familles à toute berzingue. Je sais que dans quelques minutes, le départ sera donné. Je vais me placer près du bord, il y a moins de monde.
Ma famille est au bord de l'eau. Ma fille s'est levée à 5h du matin pour m'encourager. La veille, mon fils finissait son 1er triathlon. Il n'a pas fait une grosse performance mais il a ouvert le bal : je n'ai plus qu'à le suivre.
L'eau est à 20 degré ; il fait bon. L'atmosphère est bizarre. Le climat est porteur de belle performance et d'histoires.
Les copains ont voulu participé à la fête. 3 concourent en relais. Les plus forts du club dans leur catégorie. Je suivrai leur course à distance, ils jouent la gagne. Ils gagneront. Le speaker s'emballe. Les poils s'hérissent. Ca continue de turbiner. Les efforts des derniers mois, les sacrifices, les doutes, tout y passe... La journée sera belle en émotion.
Bam ! C'est parti ! Le départ de mon 1er Ironman est donné. Je démarre tranquillement, il faut rapidement poser ma nage en alternant 3 et 4 temps. L'eau est clair. On voit la corde sous l'eau qui aligne les bouées dans ce bassin d'aviron. Il suffit de la suivre. Rapidement un groupe se détache. Ils finiront en 1h. Je ne fais pas l'effort pour aller les chercher, je reste sur mon rythme. J'ai mal placé la combinaison. Elle me frotte le cou et je sens rapidement une brulure venir. Mais je n'y prête pas attention. Rien ne gâchera ma journée.
J'entends les sirènes et je vois mon pote Mascot partir sur la partie vélo encadré par 3 motos. Il va vivre un truc de dingue, je suis trop content pour lui... Micky est sorti en tête de l'eau en moins de 55'... Mascot tiendra la tête au scratch pendant 50km...
Je sors en 1h11, j'avais noté 1h10 comme objectif... Je suis dans les clous, même si encore une fois en dedans par rapport à ce que j'envoie en piscine.
Je sors de l’eau, je marche, je savoure, j’embrasse mes enfants. Je me change complètement. Je mets une tenue cycliste car j'ai autour de 6h à faire. Je veux être confort.
Je démarre au cardio. Je ne dois pas dépasser 140 en moyenne. Pour ce 1er IM, je veux maitriser et finir. Je mange très vite et me concentre. Je passe le 1er tour en 1h30, le second en 1h31.
Je suis bien, dans mes temps avec le chrono dans les clous. Le 3ème tour est plus difficile : il pleut et le vent se lève, j'ai froid. J'essaye de manger régulièrement. Je le boucle en 1h36. Le dernier tour est le plus dur, le vent s'est un peu levé et à l'inverse du tour précédent, cette fois ci, j'ai chaud. Je perds du temps vent de face, mais je reste concentré, je vais bientôt partir à pied...Je termine ce dernier tout en 1h39 et boucle donc les 180km de vélo en 6h16. A plus de 29 de moyenne, c'est pas si mal.
Je ne cours pas lors de la transition. Je cherche ma famille et les copains qui m'attendent à la sortie du parc à vélo. Je me change tranquillement. Je mets une tenue de running complète. J'ai un peu mal aux jambes, je sais que le marathon va être dur. Je trouve mes enfants, je les embrasse. Je salue les copains qui m’encouragent.
C’est parti pour un marathon épique.
Dès les premiers kilomètres, je sens que ca va être beaucoup plus compliqué qu’imaginé. Les jambes sont très durs et les genoux ne m'ont laissé aucun répit. Le 1er tour passe dans les clous de mes temps habituels, je passe en 1h10. Avec les arrêts ravitos, ca me fait un marathon en moins de 5h.
Je n'ai pas d'objectif de temps et je ne peux pas m’empêcher calculer. Le 2nd tour est déjà plus ardue, je passe le semi en 2h30... Aie...
Et puis c'est un peu l'explosion. Je marche beaucoup trop, il fait chaud, ca tape, le temps devient long.
J'arrive au 25e, Mascot vient à ma rencontre, me parle, me passe Toto au téléphone, c'est dur, mais j'alterne course et marche... Tout le monde m'attends au prochain ravito. Il reste 14 kilomètres. Je suis sec.
Ma fille me dit "papa tu n'abandonnes pas hein". Non, je n'y ai jamais songé pendant cette course, j'irai au bout. Je repars boosté.
Tout le monde m'accompagne 2 ou 300 mètres, le meilleur moment de la journée... avant un dernier tour à 80% de marche. Je ne sais plus plier les jambes.
J'arrive au 34è. A nouveau, Mascot vient me voir et m'accompagne jusqu'au dernier ravito. Il reste 4 kilomètres, je suis complètement hagard. Il y a une dizaine de personnes : tout le monde m'encourage. Bastian veut finir avec moi.
J'ai les larmes aux yeux. Il reste 4 bornes. Je sais que j'irai au bout mais l'émotion me submerge... Je repars, je pleure, de joie. J'ai une putain de chance de pouvoir vivre ces instants, de réaliser un exploit et rêve physique et mental à la portée de peu de monde...Une incroyable chance de partager ces instants. Je profite, je savoure, je pense. Ces instants seront gravés à jamais.
Il reste 500m. Je vois l'arrivée. Le chemin a été difficile, long. J'ai réussi. Je suis en train de sprinter, un sourire de gosse au visage. Les larmes coulent mais je me ressaisie. Je sais que mes enfants m'attendent pour passer la ligne avec moi mais je leur réserve une surprise...
13h30 de course. Vu les conditions et la fin de préparation devenue difficile, ce temps est une anecdote. Je suis heureux. Je suis Ironman.














