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Dans l'avion AF417. Plan de vol Buenos Aires-Paris. Survol de La Plata. Par delà les nuages.
Dimanche 27 novembre, dernier jour. Il fait gris et lourd. Nous passons prendre Laura et faire une bise à Medhi et Stani (La Tipica Sanata tourne à Buenos Aires encore quelques jours).
A la Milonga del Moran, le 26 novembre, démonstration de Eduardo Pareja "Parejita" et Laura Grandi.
Notre dernier bal à Buenos Aires sera à la Milonga del Moran. Loin du centre, à Villa Urquiza, l'objectif des organisateurs est de retrouver l'ambiance des bals populaires de quartier des années 40-50. Ils ont redécouvert il y a peu ce Centre Sportif et Culturel qui (avec l'aide de quelques fanions) semble être dans son jus.
Comme souvent, si l'ambiance est populaire, l'organisation des tables semble très hiérarchique. En face de l'orchestre, les tables VIP : personnes importantes du quartier, vieux maestros et jeunes danseurs professionnels, puis l'importance pour les organisateurs baisse, jusqu'à nous, tout au bout dans un coin : les étrangers et ceux qui n'ont pas réservé.
Mais, en bons organisateurs, Mariano, Marcelo et Lucila ont toujours un mot gentil dés qu'ils vous croisent.
La soirée aurait pu être bonne si le son n'était pas horrible à cause du toit métallique et des murs de béton : tellement fort et saturé que lorsque le Sexteto Unitango a joué on pouvait voir quelques rictus de douleur sur les visages. Le mois suivant c'est Ariel Ardit, lui qui semble si exigeant dans la qualité du son, qui jouera dans ce gymnase. C'est comme ça ici, la milonga semble être d'abord un espace de rencontre conviviale (amicale, familiale ou de drague) et ensuite de danse et ensuite de musique.
Au club Juvenil, le concert d'Ariel Ardit et son Orquesta Tipica était fabuleux. Bien sûr il était prévu à 21h et a commencé à 22h, le temps que les spectateurs commandent du vin, de la bière et dévorent des assiettes de charcuterie.
Ariel est un formidable chanteur et l'orchestre est aussi d'excellente qualité, puissant et fin, avec beaucoup d'humour. Ariel cabotine un peu, se prend au sérieux parfois, met en valeur tour à tour chaque musicien de l'orchestre, fait une dédicace pour chaque personnalité présente dans la salle (et invite deux anciens chanteurs sur scène). C'était le dernier concert de cette série.
Nous quittons La Boca pour un dernier passage à San Telmo.
C'est le printemps, les (vrais) bébés fleurissent dans les rues. Pas en poussette ni en porte-bébé, juste tenus par les bras de leurs parents : une relation parent-enfant sans filet qui semble tellement risquée dans cette jungle urbaine.
(ci-dessus: La première église orthodoxe d'Amérique du Sud.)
Nous parcourons d'autres rues du quartier de La Boca dont nous avions bien aimé la tranquillité.
C'est là qu'à été créée la première Buenos Aires, là qu'on logeait les esclaves, puis traditionnellement le quartier qui accueillait les migrants les plus pauvres (maintenant, les plus pauvres vivent dans les bidonvilles derrière l'autoroute). La Boca a toujours une forte identité Gênoise et une sensibilité anarchiste de gauche.
Et puis c'est le quartier où a commencé à jouer Maradonna.
A Caminito, face au Riachuelo, il y a aussi la Fondation Proa qui présente une exposition étonnante "Dioses, ritos y oficios del México prehispánico".
Les statuts sont très expressives. Elles semblent bien vivantes mais représentent souvent des morts ou des dieux.
De retour dans le quartier de La Boca. Caminito est un coin minuscule et hyper touristique où l'on cultive l'image la plus kitsch du tango.
Dans les guide, on déconseille très fortement de s'en éloigner : sur le plan du quartier du Lonely Planet, sur quelques zones "Quartier réputé dangereux pour les touristes" au lieu des noms de rue.
Au Festival de Tango de la République de la Bocca au Teatro Verdi, exhibición de Baile: Natalia Almada y Pedro Ochoa (Campeones Metropolitanos de Tango Salón 2011).
Les danseurs semblent tout terrain: des terrasses des restaurants de La Boca jusqu'au milongas de quartier, sur tous les sols, face à tous publics.
Au 2ème Festival de Tango de la République de la Boca. Un festival qui se revendique populaire dans un quartier de mauvaise réputation. La grande Milonga a lieu au Teatro Verdi, un lieu improbable au balcon vert d'eau sans fin, à la petite scène où s'entassent les Tipicas. Le public est très varié : des anciens, des jeunes en tong, quelques enfants, on danse peu, pas aussi bien que dans les milongas régulières du centre ou d'autres barrios mais cet intérêt populaire pour le tango, plus politique, est génial.
Un quartier historiquement pauvre, mais qui a développé une culture populaire vivante. Je pense aux Pentes de la Croix-Rousse, avant la gentrification, peut-être plutôt un mixte : les Pentes+Vénissieux.
Entre San Cristobal et la Boca, sous une autoroute, le chauffeur de taxi nous explique avec une certaine émotion qu'on construit là un monument aux Disparus. Ici a été découvert un charnier : dans des lieux secrets et certains lieux officiels avaient été construits des camps de concentration et des lieux de torture.
On estime à 30 000 les Disparus.
"C'est une page noire de l'Argentine comme il y en a d'en d'autres pays, malheureusement dit-il avec émotion. C'est une histoire qu'il n'oublie."
"Un combat perdu c'est un combat qu'on ne mène plus" lit-on place de Mai.
Le soir nous allons au dernier concert de la saison de l'union des Orquestas Tipica et de la radio Fractura Espuesta au Centre Culturel Union.
La musique de l'Orquesta Tipica Agustin Guerrero est très riche, fine, profonde, errudite, précise, intelligente; bien au-dessus (selon moi) des autres groupes entendues ce soir là (Alan Haksten Grupp, Tipica La Vidu, Quinteto Negra la Boca, OT Esquina Sur) mais moins dansantes.
Les nouveaux orchestres revendiquent de jouer leur propres compositions, ce qui est difficile ici : ils jouent souvent gratuitement dans des lieux qui réclament des répertoires classiques.
Les mauvaises conditions techniques des concerts rendent parfois difficile l'écoute et les conditions financières incertaine la cohésion de ces groupes.
Agustin Guerrero est grand.
Sur les murs de Buenos Aires les peintures sont parfois esthétiques, parfois pédagogiques ou politiques. Peu de tags ici, mais des peintures abouties, socialement acceptées.
On croise beaucoup de petits métiers essentiels. Ici les colleurs de pubs (des petites cartes pour des services de téléphones érotiques), ailleurs des marchands de chaussettes, de stylos, de petits gâteaux qui font les rames de métro : dans un sens il pose la marchandise "dans les mains" des passager, dans l'autre sens ramassent la marchandise et parfois font une vente. Il y a aussi les cartoneros (et ici) qui ramassent les cartons et tries les déchets dans la rue.
Dans les toilettes des milongas les plus importantes, il y a aussi quelqu'un qui gère l'entretien des WC, vous donne le papier-toilette et les essuie-mains, vous vend des chewing-gums, des peignes et tout ce qui peut-être essentiel pour une bonne soirée.
Avec la crise de 2001, les petits métiers se sont énormément développés, la moitié des argentins étant soudainement au chomage. D'ailleurs le Musée de la Dette Extérieure, à l'Université d'Economie est un endroit passionnant : un espace très innovant, créé par des étudiants et des économistes pour expliquer l'histoire de la dette. Un vrai feuilleton qui semble évident, dont la compréhension est nécessaire aux citoyens. Où l'on voit que l’escroquerie financière internationale ne date pas d'aujourd'hui.
Les empanadas sont à la base de ce qu'on mange ici quotidiennement, avec les pizzas, les sandwichs, parfois les pates et de la viande. Il paraît que ce sont les plus gros producteurs au monde mais qu'ils se tournent vers le steack de soja...
On peut manger toute la nuit à Buenos Aires, il y a toujours à quelques quadras un boui-boui d'ouvert.
A la Milonga Orsay avec les aventuriers Paul et Maryse nous assistons aux concerts des Rascasuelos (musique vivante) et Rascacielos (musique morte). Ici les seconds.
Un abrazo, Mariana Dragone.