Moreau Gustave (1826-1898)
Le Soir et la Douleur (1882)
(via Le Soir et la Douleur)
Source : pop.culture.gouv.fr
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Paul Gadenne où l’intime connaissance de la douleur
Paul Gadenne (1907-1956), « le romancier congédié » selon le titre d’un livre que son exégète et préfacier Didier Sarrou lui consacra, est l’auteur d’une dizaine de romans et de nouvelles qui tentent de circonscrire les souffrances de l’homme moderne. La réédition par les éditions des Instants des Carnets, intitulés Le Long de la vie, permet de sonder la généalogie intellectuelle de ce romancier malheureusement oublié, chez qui la maladie et la solitude ont forgé une admirable connaissance du malheur des hommes.
Simon, le personnage principal et autobiographique de Siloé, en sortant de la salle d’attente du sanatorium, suggère que c’est bien au cœur des ténèbres que la possibilité d’une parousie serait la plus vivace : « Il savait que la matière épaisse dont la plupart des journées étaient faites, que cette torpeur malade, ce poids des gestes, cette succession d’heures vides, menaient à des paliers resplendissants, à ces clairières ensoleillées […] ».
Cette mystique longuement mûrie entre les oppressants murs décolorés et vitreux du sanatorium, nous pouvons en saisir l’indicible immensité dans une célèbre conférence que Gadenne donna au lycée de Gap en 1936 (Discours de Gap, repris dans Une Grandeur impossible). Dans ce plaidoyer en faveur du regard stationnaire de l’Homme contre sa gesticulation permanente, il cite la célèbre lettre que Dostoïevski envoya à son frère lors de sa réclusion au bagne : « Ce qu’il est advenu de mon âme et de mes croyances, de mon esprit et de mon corps durant ces quatre ans, je ne te le dirai pas, ce serait trop long. La constante méditation ne m’aura pas été inutile. J’ai maintenant des désirs, des espérances, qu’auparavant je ne prévoyais même pas. » La retraite au sanatorium aura eu chez Gadenne la même fonction révélatrice que le bannissement a eu chez Dostoïevski : dans le miroir de leurs souffrances intimement vécues, ils entraperçoivent le singulier reflet d’une vie véritable — formes stellaires d’épiphanie. Tous deux, c’est dans les dédales de la solitude qu’ils se feront frère de la souffrance et par là même sondeurs des plaies de l’homme, qui désormais est irrémédiablement nu face à la Douleur.
Henri Rosset
















