Entre subir et choisir, mon quotidien au travail
Mémoire (francophone) de DSAA Design de Produit
Résumé / Mémoire entier consultable ICI.
L'objet de ce mémoire est d'explorer comment choisir son quotidien au travail pour pouvoir mieux travailler sans subir les règles. Cette problématique est un enjeu d'actualité qui remet en question le rôle et les moyens d'action de chacun.
Depuis quelques années, les problèmes de santé psychologique au travail sont d'actualité et révèlent un malaise latent ; manque de reconnaissance, pratiques managériales inadaptées, ... Précédemment, la société française a œuvré pour faire en sorte de réduire le temps de travail, pendant le passage de la culture de l'industrie à celle du travail tertiaire. Il paraît nécessaire de s'interroger sur le quotidien au travail. Notre perception du quotidien s'oppose à l'imaginaire et se définit par ses faits répétitifs qui nous soumettent à nos actions de tous les jours. L'« infra-quotidien » est quant à lui constitué d'habitudes et de faits itératifs qui subsistent sans se faire remarquer.
Sans perdre de vue que le designer ne peut pas changer le système de management établi, je vise davantage à tirer parti de ses faiblesses pour agir sur le secteur tertiaire.
Dans la première partie de ce mémoire, il a fallu d'abord retracer l'évolution du rapport au travail, en décortiquant son quotidien. Au fil de l'Histoire, le rapport de l'Homme avec son travail sens s'est profondément modifié. L'évolution du sens du travail a profondément modifié le rapport entretenu avec l'Homme. Historiquement, le travail est passé d'une nécessité de survie à un rôle essentiel dans l'économie via l'industrialisation. Son rôle de production restera le même avec le développement de l'économie tertiaire, en changeant simplement d'outil. L'ère du numérique à la fin du XXe siècle tiendra compte de l'humain, comme facteur important de productivité qu'il faut ménager. Cette évolution met en avant le rapport entre l'Homme, son outil et l'organisation.
Mais cette évolution s'accompagne de questionnements. Faire l'état des lieux actuel de notre rapport au travail m'a permis d'en faire émerger trois. Tout d'abord, nous nous perdons dans un travail sans limite dans lequel les repères s'éloignent, accentué par le caractère illimité du numérique. Cela induit une constante pression pour offrir en continu le meilleur qui accentue la soumission à la productivité. Ensuite, nous n'avons pas un vrai choix de l'outil, en l’occurrence le poste de travail. Subtilement soumis, l'Homme n'est qu'une pièce interchangeable de l'entreprise-machine dans des espaces immuables. Le dernier questionnement souligne l'influence du groupe sur l'individu, déjà défendue au Moyen-Âge sous la forme de guilde d'artisans. Cette recherche actuelle de la force collective est liée à un besoin de dynamique et de lien humain nécessaire pour mieux travailler.
Pour s'ouvrir vers un nouveau quotidien, il sera important de s'approprier les règles et d'imposer son rythme au travail, en bref, donner une place à soi. Mais il s'agit également de s'infiltrer plus loin dans l'infra-quotidien en se penchant sur ce qui se glisse à travers les mailles des règles du travail au cœur de l'organisation. Pour comprendre comment agir pour mieux travailler au quotidien, il est nécessaire de rétablir un rapport équilibré avec le travail et de donner le choix de renouer avec son aspect humain. Différents moyens s'offrent à nous pour le repenser aujourd'hui. Derrière une première porte, on a mis en exergue l'idée d'appropriation des règles et le choix de son rythme, dans le respect de l'organisation et des autres. Une telle démarche pourrait permettre en retour de s'investir davantage. En s'infiltrant plus loin dans l'infra-quotidien, on découvre que la reconnaissance, la valorisation du collectif ainsi que la manière d'habiter son travail, sont importants. Dans un premier temps, chaque détail d'interaction serait mis en valeur, pour être pris en compte au sein de l'organisation et retrouver sa juste place. Par la suite, il s'agira de mettre entre la hiérarchie pour se focaliser sur ce qui se passe au travers des maillages de l'organisation. Enfin, il sera nécessaire de réinvestir son lieu et son activité de travail, que l'on habite au quotidien.
En tant que designer, mon idée est de concevoir des outils qui permettent de retrouver du chez soi au travail, d'y insuffler du lien social, d'avoir une place mieux définie.
Il ne s'agit pas d'intervenir dans le management ou de traiter tous les axes précédemment énoncés.
La seconde partie de ce mémoire expose mes méthodologies pour débuter mon projet. J'ai utilisé mes études sur le terrain comme outils clés pour critiquer, réfuter ou approuver les concepts précédemment définis. Mes expérimentations se répartissent sur mes deux pistes de recherche de projet, soit choisir son infra-quotidien et la suggestion de l'évasion au travail.
Dans un premier temps, faire le choix de son infra-quotidien permet de révéler le pouvoir inconsciente du groupe, mais aussi de se réapproprier son milieu et son entourage matériel. Agir est alors le moyen d'équilibrer quantité et qualité au même titre que vie professionnelle et personnelle. D'autre part, susciter l'envie de s'évader au travail peut-être provoqué par un besoin de changement d'espace où l'on retrouvera du savoir-faire et du savoir-vivre, ainsi que de la souplesse. Rechercher du lien humain dans le cadre d'une stratégie contre l'isolement au travail, c'est ne pas oublier la valeur de sa place par rapport aux autres.
Mon cheminement sur le terrain m'a permis de comprendre que choisir son infra-quotidien était plus complexe qu'il n'y paraît. Malgré une sorte de « cuisine interne » pour appréhender son travail chacun à sa manière, cela m'a confirmé que les salariés ont un vrai besoin d'action. Dans ma démarche de design, je souhaiterais déclencher d'abord une prise de conscience chez les salariés avant d'agir. Je veux qu'ils ressentent le besoin de bouger, de retracer les frontières et les règles du travail, pour s'y sentir mieux et par conséquent, donner le meilleur d'eux même. Il s'agit là d'équilibrer l'échange entre l'offre de l'employeur au quotidien et l'apport de l'employé à l'entreprise.
En tant que designer, mon rôle n'est pas de changer les systèmes managériaux et
d'inventer de nouvelles règles, mais plutôt de composer avec et de proposer des solutions aux problèmes soulevés. De plus, la bonne volonté des entreprises est un paramètre incontournable dans la concrétisation d'un tel projet.