Cette sotĂ©riologie, la rencontre du Moi transcendant, Ă la fois mĂȘme et autre que moi-mĂȘme, est comme en synchronisme avec l'Ă©veil de l'Ăąme Ă sa conscience d'EtrangĂšre. Oeuvres philosophiques, romans spirituels en prose ou poĂšmes mystiques, fournissent ici d'amples documents pour une phĂ©nomĂ©nologie de la conscience Ă©trangĂšre. (...) Quel est le sens de "venir en ce monde" (ĂȘtre jetĂ© au fond de la crypte cosmique)? (...) "Venir en ce monde", c'est passer du monde de la rĂ©alitĂ© au sens vrai (haqiqĂąt), au monde qui est sans doute rĂ©el pour la conscience commune, mais qui au sens vrai n'est que figure et mĂ©taphore (majĂąz); cette venue au monde veut dire que les rĂ©alitĂ©s au sens vrai sont devenues douteuses et improbables, suspectes et ambigues. "Sortir de ce monde"", accĂ©der au monde vrai, cela signifiera que cette TĂ©nĂšbre et ces doutes sont enlevĂ©s de la conscience qui de l'Ă©tat de petite enfance (hĂąl-etifĂ»lĂźya) passe Ă l'Ăąge de maturitĂ©. Parvenir Ă cette conscience vraie du Vrai rĂ©el, c'est eo ipso devenir Ă©tranger au monde de la mĂ©taphore, dont la conscience commune se satisfait comme d'un monde vrai. Quitter ce monde, ce n'est point "mourir" comme sont morts ceux dont on dit qu'ils "sont partis", car beaucoup de ceux qui sont ainsi partis, n'ont en fait jamais quittĂ© ce monde. Leur dĂ©part aussi est mĂ©taphorique, car ce n'est point de cette maniĂšre que l'on sort, au sens vrai, de la crypte cosmique. Pour en sortir rĂ©ellement, il faut ĂȘtre devenu, redevenu plutĂŽt, l'Etranger, c'est-Ă -dire une Ăąme rĂ©gĂ©nrĂ©e dans la Source de Vie, qui a effectuĂ© le passage du retour de "MajĂąz" Ă "HaqĂźqat".(...) L'idĂ©e de ce passage nous rĂ©fĂšre alors Ă l'opĂ©ration mentale la plus caractĂ©ristique de tous nos spirituels, nĂ©oplatoniciens, IshrĂąqĂźyĂ»n, soufis, thĂ©osophes ismaĂ©liens: le ta'wil ou exĂ©gĂšse spirituelle.
Avicenne et le récit visionnaire de Henry Corbin













