Je redoutais les longs trajets en voiture.
Je voulais une moto et de nombreux side-cars en enfilade pour mes enfants.
Je n'aimais pas les images de guerre au journal télévisé de Claude Sérillon.
Je voulais gagner la coupe du monde mais avec le Canada.
Il y avait un ado qui marchait en imitant à la perfection l'aboiement d'un berger allemand. L'écho sous le pont de la nationale me terrifiait.
Je n'aimais pas entendre les autres enfants parler de dessins animés que je ne regardais pas.
Mes cartes téléphoniques étaient précieuses. Comme mes pogs ou ma collection de cartes NBA.
Je voulais marcher seule pas forcément loin mais assez pour qu'on ne sache pas précisément où je suis quand je suis.
Je détestais voir ma mère découper de la viande crue.
Je me confiais au croissant de lune qui souriait sur ma lampe de chevet. Je me racontais que c'était Dieu.
Je me le racontais. Et c'était Dieu.
C'était Dieu. Et il a dû partir à la déchetterie.
J'aurais voulu monter sur mon radiateur pour mieux voir à ma fenêtre.
Une tante à moi se levait tard et mes parents se plaignaient qu'elle se lève tard.
Je n'aimais pas porter les vêtements spécifiquement tricotés pour mon frère ou ma sœur.
J'aimais observer mon frère jouer à la Super Nintendo à travers l'embrasure de la porte.
Je n'aimais pas jouer moi-même à la Super Nintendo.
J'aimais regarder ma sœur regarder les clips à la télé.
Quand elle s'absentait, je notais pour elle les noms des artistes et les titres des morceaux de musique. Elle réclamait ensuite les CD à mes parents quand on allait à Carrefour Villabé.
Je n'aimais pas aller à Carrefour Villabé. C'était trop blanc et trop loin.