En attendant la fin du monde
Il y a déjà quelques temps, en panne d'inspiration, j'avais demandé aux copines de fac les sujets religieux qu'elles aimeraient comprendre, et l'une d'elle,sortant d'un cours d'iconographie médiévale, m'avait suggéré de raconter l'Apocalypse. Jusqu'ici, j'avoue que j'ai rechigné, tant le thème de l'Apocalypse me paraissait ardu. Mais enfin, je vais essayer, en découpant le texte en différents épisodes pour ne pas trop vous noyer.
Tout d'abord, l'Apocalypse, c'est quoi ? Il s'agit d'un des livres du Nouveau Testament, plus précisément, il s'agit d'une épître attribuée à St Jean, avec tous les problèmes que pose St Jean : on sait que l'Apocalypse a été écrit par le St Jean qui vivait à Patmos entre la fin du Ier siècle et le début du IIe siècle après J.C. Il semblerait que ce soit celui qui a écrit l'Evangile de Jean, celui que la Tradition a assimilé à St Jean l'Apôtre, le disciple que Jésus aimait. Mais pour autant qu'on en sache, c'est peut-être trois personnes différentes. Sur le texte en lui-même, c'est donc une épître, adressée à plusieurs communautés, incitées à se repentir, car le Royaume des Cieux approche. S'ensuit la description de la venue du dit Royaume des Cieux, qui passe par la fin de ce monde. Mais attention, le mot « Apocalypse » ne veut pas dire « fin du monde », mais « révélation » : la fin de ce monde n'est en quelque sorte qu'un dommage collatérale de la venue du Royaume des Cieux. Mais alors, de quoi que ça cause, précisément ?
(Vous pouvez aussi aller lire le texte, disponible sur votre moteur de recherche préféré, ça se lit en moins d'une heure, une demi-heure si vous lisez vite).
Un soir, l'auteur de l'apôtre, St Jean, donc, va se coucher, à mon avis après avoir pris des substances que je ne recommanderais à personne quand on voit combien son trip est complètement barré. Ou alors, il a respiré trop d'encens, ou alors le Saint-Esprit a encore forcé sur les effets spéciaux, avec son goût habituel pour le grandiose et le baroque digne d'un péplum des années 50. Et une fois endormi, Jean fait un rêve qu'une fois réveillé il s'empressera d'écrire en 7 exemplaires, ce qui, je dois dire, force mon admiration, quand je vois que je n'arrive même pas à bien me rappeler des rêves que j'ai fait la nuit dernière.
La première partie du rêve est assez calme : Jean commence par dire qu'il parle au nom du Christ, celui qui dit qu'il est « l'Alpha et l'Oméga », ce qui s'écrit en grec ainsi Α et Ω, c'est à dire le début et la fin (de l'alphabet, qui représente ici le monde, car le monde vient de la parole, et il faut que j'arrête de vous balancer de la symbolique à tord et à travers).
Jean raconte donc qu'il a entendu derrière lui le Christ qui lui dit d'une voix forte : « écris aux Sept Églises d'Orient », c'est-à-dire les Églises situées à Éphèse, à Smyrne, à Pergame, à Thyatire, à Sardes, à Laodicée et à Philadelphie, qui avant d'être une ville américaine et une marque de fromage frais délicieux sur du pain de seigle, était une cité grecque. Il se retourne et voir derrière lui au milieu de sept chandeliers d'or un homme vêtu d'une robe et de ce qui est décrit comme une espèce d'étole de diacre dorée, qui a des cheveux blancs et des yeux remplis de flamme, et comme si cette image n'était pas assez flippante, l'homme a en plus le visage brillant comme le soleil, les pieds semblables à de l'airain en fusion et dans sa bouche, une épée à double tranchant, ce qui n'est pas très pratique pour parler, quand on y pense, mais on s'en fiche, c'est une vision divine. Pour compléter le tableau, l'Homme tient dans sa main sept étoiles. On le comprend, Jean est légèrement terrorisé par cette vision, et il s'évanouit de frayeur.
Mais le Christ (oui, parce que c'est lui, en fait, après quelques mises à jour depuis l'Ascension) lui dit : « ne crains rien ! ». Il a beau jeu de dire ça alors qu'il est hyper flippant. Et sur ce, il se présente par ces phrases que je copie-colle :
« Je suis le premier et le dernier, et le Vivant. J'étais mort et voici que je suis vivant pour les siècles des siècles. Je tiens les clés du séjour des morts ».
Voilà, ça, c'est si on avait un doute sur son identité. Puis il continue :
« Ecris donc ce que que tu as vu, le mystère des sept étoiles et des sept chandeliers d'or [ce qui fait titre de roman policier à mon humble avis]. Les sept étoiles sont les anges des sept Eglises, et les chandeliers sont les sept Eglises. »
[fin du premier chapitre].
Viennent ensuite les messages adressés à chacune des Eglises. Et autant vous le dire tout de suite, ce n'est pas très joyeux. Les messages sont toujours écrits sur le même schéma : le Christ commence par dire : « Ecris à l'ange qui est situé à [ insérer ici le nom d'une des villes sus-nommées] : voici ce que dit celui qui [insérer ici un des éléments de la description ou de la présentation de Jésus]. » Vient ensuite le message en lui -même qui se conclut par « Celui qui a des oreilles, qu'il écoute ce que dit l'Esprit aux sept Eglises : ... ».
Ephèse se fait dire que, bon, elle fait du bon boulot, globalement, elle a la foi, mais elle doit faire attention à rester fidèle à ses premières amours si elle ne veut pas perdre la grâce du Seigneur.
Smyrne se fait féliciter de sa foi et de sa richesse spirituelle malgré sa pauvreté matérielle, et est avertie qu'elle va être mise à l'épreuve par Satan, et que certains de ses membres seront martyrisés, mais « Sois fidèle jusqu'à la mort et je te donnerai la couronne de la Vie. […] celui qui vaincra n'aura pas à subir la seconde mort ».
Pergame est félicitée pour sa foi alors que ce n'est vraiment pas facile mais est avertie que certains de ses membres sont des hérétiques, et qu'ils doivent se repentir s'ils ne veulent pas mourir par l'épée. On promet à ceux qui restent fidèle la manne du Seigneur, et un caillou blanc sur lequel est écrit un nom secret, car Dieu adore renommer les gens.
Thyatire est elle aussi félicitée pour sa foi, mais avertie qu'elle abrite une Jézabel, qui se prétend prophétesse mais détourne les croyants de la Vraie Foi : elle doit se repentir si elle ne veut pas souffrir d'une maladie qui ressemble à s'y méprendre à une MST, et voir mourir tous ses enfants. On promet ensuite la victoire sur les Nations à celui qui vaincra [le mal].
Sardes est accusée d'être une communauté zombie, qui se fait passer pour vivante alors qu'elle est morte, puisque rare en sont les membres restés fidèles aux commandements du Seigneur. Il pourrait être de bon ton de relire la Parole reçue, de la garder dans son cœur et d'y rester fidèle avant que le Seigneur ne décide de passer au milieu de la nuit comme un voleur. Mais ceux qui resteront fidèles revêtiront le vêtement blanc, et leur nom ne sera jamais effacé du Livre de Vie.
Philadelphie est elle félicitée car malgré sa faiblesse, elle tient bon face au mal, et en récompense, elle aura bientôt d'anciens ennemis qui la rejoindront et épouseront la Foi. Qu'elle tienne bon, et ses membres deviendront les colonnes du Temple céleste et de la Nouvelle Jérusalem.
Laodicée enfin est accusée d'être tiède, c'est-à-dire dégoûtante, et si ça continue comme ça, elle sera vomie, et reniée par le Seigneur. Parce qu'en plus, elle se croit riche à cause des conditions matérielles dans laquelle elle se trouve, alors qu'elle est pauvre, nue et aveugle sur le plan spirituelle : qu'elle revienne au Seigneur pour devenir riche, avoir des vêtements pour se couvrir, et de quoi soigner sa vue. Oui, c'est violent.
Une fois ces petits messages individuels transmis, encouragements et reproches confondus, Jean passe à la vision de la Venue du Seigneur, dont je vous parlerais plus avant dans quelques jours, parce que disons-le franchement, à partir de là, l'Esprit Saint s'en donne vraiment à cœur joie sur les effets spéciaux hyper-baroques, et disons-le, à la limite du bon goût contemporain.
P.S.: je vous aurais bien mis des images, mais il n’y en a pas tant que ça qui représentent le début de l’Apocalypse.











