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La plage en hiver. #finistere
Suivre la route, s'en prendre plein les mirettes - plein les poumons. #finistere
Il devait pleuvoir, cet après-midi. Puisqu’on ne le croyait pas vraiment, on a quand même tenté l’aventure. Bien nous en a pris. Perros Guirec offrait ses Sept Îles sur un plateau turquoise, Ploumanac’h dormait sous de lourds nuages gris ; Tregastel soufflait un vent glacial sur une vasière hors d’eau. La nuit, elle, s’est posée doucement sur l’Île Grande, avec les derniers oiseaux du jour. Heureux pays.
Non au pillage du sable de la côte de Granit rose.
On en parle, de la Bretagne... Si on pouvait parler davantage de ses atouts, de sa richesse, de son tourisme, de son environnement exceptionnel...
Bretagne détricotée
Je déteste ce moment délicat où tu te tiens devant la porte de quelqu'un, que tu veux que cette personne sorte parce qu'elle te bloque la route, qu'elle te doit un chèque ou que tu veux lui chiper des bonbons - mais qu'elle n'est pas là.
Alors tu t'époumones d'une voix maigrelette, en priant pour que ça s'arrête.
Bretagne mal-aimée, décriée, vantée - si proche de l'actualité ces dernières semaines. Bonnets rouges partout, comme des nains de jardin vindicatifs, la fourche à la main, écumant de rage. Défendre l'agriculture. Sauver les emplois. Baver sur les écolos.
Excusez-moi - ma voix porte assez mal, je sais, au milieu de la foule éructant contre le gouvernement. Excusez-moi d'intervenir, mais avec quelques autres copains bretons d'ici ou d'ailleurs, nous aimerions apporter notre voix dans la balance, côté opposé. Pardon de ne pas me reconnaître dans ces violences. Je suis désolée de préférer l'écologie à l'agriculture que nourrit en son sein cette région magnifique et généreuse, et qui l'empoisonne de l'intérieur depuis des décennies.
J'ai une nausée persistante quand je vois les images de ces foules de pauvres gens, accrochés à leur boulot parce qu'ils n'imaginent pas une autre vie, n'ont pas d'autres perspectives, entraînés par des patrons aux voix tonnantes, menaçant d'ouvrir le ciel en deux pour y lâcher des hordes de démons à bonnets rouges. Des gens bien au chaud qui n'ont pas su adapter leur entreprise aux exigences de la concurrence, du marché, qui n'ont pas voulu augmenter les compétences ou la qualité. D'honnêtes ventrus qui soudain se révèlent tribuns, haranguant les foules et menaçant les autorités de leur pays, sous le prétexte fallacieux d'une vieille indépendance - tiens, elle n'a pas tardé à revenir au galop celle-ci. J'ai une nausée sévère quand je vois que certains sont prêts à tout pour "sauvegarder" le modèle obsolète d'une agriculture intensive et invasive, soit-disant pour conserver des emplois.
Votre agriculture non raisonnée, vautrée dans ses produits chimiques et ses poulets mous, empoisonnent la terre depuis des décennies. Votre élevage intensif pollue les sols, l'eau, la mer. Les bassins versants dégueulent, les algues vertes prolifèrent, toujours et encore. Vos choux fleurs puent, vos brocolis sont bleus dans la flotte, vos carottes moisissent en 2 jours.
La Bretagne est une région superbe. Ses paysages sont grandioses, son granite est majestueux, ses côtes recèlent des trésors de biodiversité et d'odeurs du grand large. Ses campagnes sont belles, lovées au creux de petites routes sinueuses où il fait bon se perdre. Ses brumes soyeuses chantent les contes et les mystères. Son peuple porte une fierté indicible de le voir tant aimé par des étrangers qui viennent sans cesses admirer ses vagues, repeupler les hameaux. La Bretagne est une terre de contrastes, balayée par les vents contraires, une nation à elle-seule, indépendante en esprit, aventureuse - une histoire de marins, d'explorateurs, de migrants.
Quels que soient les malheurs des gens qui ont peur, la Bretagne n'est pas cette région crottée et hargneuse que l'on voit ces derniers jours. La Bretagne a des atouts. La Bretagne est capable du meilleur. C'est un vivier d'emplois, dans le tourisme, l'écologie, les énergies renouvelables, les hautes technologies. Ne nous laissez pas tomber, ne cédez pas, ne portez pas cette image de nous. Nous n'écrasons pas de portails, nous ôtons nos couvre-chefs par politesse quand on nous parle, nous n'avons rien à déverser ou à brûler devant les mairies, nous ne sommes pas rassemblés dans des collectifs, nous n'avons ni porte-voix ni porte-paroles, mais ne nous oubliez pas.
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En vrac
J'ai les muscles endoloris, la tête en vrac, les neurones ébouillantés. Je lis, je scrute, je note - tout s'entasse. Ma tête est devenu le débarras de plusieurs vie. S'y amoncellent des coupures de journaux, des poubelles, des projets, des dossiers, du bois flottés et des cercueils. Du temps aussi - celui que je ne prends pas assez.
J'ai besoin de fermer les yeux, de respirer, d'humer l'air de l'automne. Mais partout où je m'assois je pense à ce que sera demain - partout où je ferme les yeux je les rouvre immédiatement, portée par l'élan de ma tête qui bascule en avant.
Je suis un monstre. Une de ces créatures difformes, aux yeux perpétuellement fixés sur la ligne d'horizon, qui ne peuvent pas regarder autour d'eux parce que leur cou ne tourne plus.
Ma tête ne tourne pas rond, mon monde se casse en vaguelettes serrés le long des murs que j'ai envie de déposer pierre par pierre, puis de remonter.
Je ne respire pas. Ni en écrivant ce texte ni en regardant par la fenêtre les feuilles voler. Je n'ai pas le temps d'expulser les idées qui s'entassent dans le grenier qui me sert d'intellect.
Je fuis en avant. Comme toujours.
I just supported Phonebloks on @ThunderclapIt // @davehakkens
Grandes marées.
Eté indien.
J'ai supprimé mon compte Instagr.am...
... du coup j'en ai recréé un autre.
Beaucoup moins personnel. Et pourtant tellement plus.
Via Architecture Art Design, TreeHouse Point, Sonic Walker Flickr, KnoxNews, The Lonesome LA Cowboy, Dan Schleifer Flickr, 500px, Kelly Brown Flickr, Awesome Spaces, Pinterest & National Geographic
Je les veux à peu près toutes.
Le premier jour de la rentrée
Tu n'as pas préparé ton cartable - mais tu as des valises sous les yeux. Le temps n'est toujours pas maussade, mais tu es fatigué pour deux.
C'est la reprise et tu n'as envie de rien, surtout pas de te coller aux autres, dès ce matin. Pare-choc contre pare-choc, la radio égrène son quotidien, les voix des chroniqueurs surexcités répétant toutes les 2 minutes "ça y est, c'est la rentrée". Collé aux barres du métro, tu goûtes aux joies de la promiscuité, à nouveau.
C'est le premier jour, et tu bronzes vert sous les halogènes. Tu as mal aux pieds, mal au dos, à peine assis devant ton bureau. Tu étouffes, tu as trop chaud. Tu rêves encore un peu à une vie entrevue pendant les vacances.
Demain tu aura oublié, parce que ce sera plus simple, que ça fera moins mal, parce que tu sera grognon, parce que la femme de ménage t'aura piqué ta bouteille d'eau. Parce que tu as reçu le devis de la révision auto.
Dans une semaine tu bronzera blanc sous les néons.
J'ai presque envie de ressortir mes cours de philo, de réfléchir sur la valeur travail, à nouveau.
Mais j'ai bien trop mal au dos.
Balade du matin, araignées du jardin.
Puisqu'on parle de la baie de Lannion, voilà quelques photos prises en début de cette année, sur le sentier du littoral - entre Saint Michel en grève et Tredrez.
En espérant ne jamais voir des barges extraire le sable de cette baie pour les 20 années à venir, entre la baie de Morlaix, Locquirec et les Sept Îles...
Extraction de sable & cynisme en béton
EDIT
Je vous remets ici,l'article publié le 13 août sur l'ancienne version de Mizzenmast, car le sujet me tient à cœur.
Aussi parce qu'hier soir, en relisant le projet et en tombant sur cet article du Ouest France, j'ai réalisé que j'avais oublié de mentionner 2 choses supplémentaires dans l'article :
Si on pioche dans le sable du large, on ôte, d'après les associations écologistes, la barrière naturelle que cette dune forme et qui permet à cette très large baie d'être protégée des assauts du large. La route et le village étant construit sur la côte, il ne faudra que peu de temps pour que l'église, son cimetière marin (un des plus beaux de France), l'hôtel de la plage, les parkings et la route, finissent par être grignoté, de tempêtes en grandes marées.
Le sable coquillier récolté est destiné à... l’agriculture. "Il s’agit d’un sable coquiller pour amender les sols agricoles trop acides." Et créer de nouveaux engrais. Je crois que le terme "cynisme en béton" n'était pas trop mal choisi pour cet article, mais je crains que l'expression ne soit pas assez forte.
Il n'y a plus qu'à espérer que les associations et notre députée réussiront à enrayer ce massacre écologique au nom de la toute-puissante industrie agro-alimentaire. Cela suffit. Cela fait trop longtemps, sur les mêmes terres, que l'on subit de tels désastres.
--
Je vis dans une très jolie région, un coin que l'on appelle le Trégor en Bretagne nord. Un coin que les français ne connaissent pas beaucoup, mais que les touristes étrangers apprécient largement. Ici en août résonnent, même dans le petit village où j'habite, les voix des anglais, hollandais, allemands, italiens... et même quelques voyageurs venus d'encore plus loin, parfois d'Australie ou des USA. Ça donne des conversations intéressantes, des quiproquos & pas mal de fou-rires. Du printemps à l'automne, c'est une région qui attire les oiseaux migrateurs, qu'ils volent ou qu'ils avancent solidement sur leurs 2 pattes, appareil photo au cou.
C'est qu'il y a des choses à faire, ici, quand on aime marcher, quand on aime s'en mettre plein la vue ; quand on aime crapahuter sur les rochers, manger des fruits de mer, observer les oiseaux, errer dans les ruelles aux façades médiévales, se dorer la pilule sur le sable fin, plonger dans une eau fraîche mais limpide, prendre la flotte en plein vent sur le sentier des douaniers, errer de Finistère en Côtes d'Armor, respirer. D'ailleurs vu le lobby breton au sein de France Télévisions (sauf chez les présentateurs météo), nous ne sommes définitivement pas les seuls à apprécier ce petit bout de terre & mer.
Un joli territoire, et pas mal de déboires écologiques. Et un énième projet industriel à l'étude : l'extraction de sable coquillier... dans la baie de Lannion. Pile poil entre deux zones Natura 2000, entre la réserve des Sept Îles et la baie de Morlaix, deux espaces protégés donc.
Le projet, dont le pétitionnaire est la Compagnie Armoricaine de Navigation (CAN) filiale du groupe Roullier, consiste à extraire 400000 m3 de sable coquillier par an sur une période de 20 ans, soit au total 8 millions de m3, d’une dune sous marine située à la « pointe de Lannion » à moins d’un kilomètre de deux zones classées Natura 2000 dont celle de la réserve des sept iles, sanctuaire d’oiseaux marins. Ce sable coquillier est censé servir à l’amendement des sols pour la culture maraîchère. - source : Le Peuple des Dunes en Trégor
Carte extraite de l'article du Monde.fr : "En Bretagne, le "Peuple des dunes" défend son sable"
Si vous ne connaissez pas la région, je vous conseille de regarder l'échelle de la carte. Oui ce trait ne fait que 2 km. Il n'y a donc pas besoin de beaucoup d'imagination pour se dire que la zone d'extraction est fichtrement près des zones Natura 2000 et que les courants, assez vifs sur nos côtes, ne vont pas contourner les frontières de la zone.
Autre hic : la zone est aussi le territoire de reproduction pour les lançons.
Alors ok un lançon ça ne vous fait pas rêver, moi non plus - mais c'est la nourriture préférée de beaucoup d'oiseaux qui nichent justement à côté, dans la réserve des Sept Îles, ainsi que d'autres poissons comme le bar ou le lieu jaune. Ce qui ne va pas ravir les pêcheurs non plus. Remuer le sable n'est pas sans conséquences sur l'ensemble de la faune marine des environs. Les poissons qui aiment s'y cacher ne risquent pas d'être emballés non plus.
Autre impact et non des moindres : une activité industrielle jour et nuit, cela suppose une pollution visuelle et sonore. Pour la faune locale, toujours. Mais aussi pour les habitants. Et les touristes. A seulement 6 km des côtes, n'imaginez pas que ce soit sur l'horizon ; c'est proche à le toucher.
Une association, regroupant toutes les autres associations du secteur autour de l'écologie, la sauvegarde des côtes, la pêche, etc. s'est constituée : le Peuple des Dunes en Trégor. Inspirée, il me semble, par un autre Peuple des Dunes plus au sud. Pour les intéressés, il y a un site internet qui rassemble de nombreuses informations : cartes, impact sur l'emploi, impact écologique, et nombre de documents sur les zones alentours. --
J'habite un village de 450 habitants qui ne fait pas de vagues. Excepté pour une chose : il est notoirement célèbre pour ses algues vertes. Saint Michel en grève, commune viscéralement ancrée entre terre et mer, le nez sur l'horizon, souffre depuis 40 ans d'un mal que l'on connait bien : la prolifération d'algues vertes, de ses espèces de sacs plastiques fluo qu'on se balance comme des boules de neige dans l'eau, mais qui lorsqu'elles s'entassent et sèchent au soleil, dégagent un gaz potentiellement mortel. Un problème que personne n'a eu le courage d'affronter, car ce serait remettre en cause l'agriculture intensive telle qu'on la pratique aujourd'hui, à grand renforts d'aides chimiques dont les agriculteurs sans lesquelles les agriculteurs se sentent démunis. D'autres causes peuvent également favoriser la concentration de ses algues - mais la principale, celle que personne ne veut avouer ou presque, c'est bien le déversement, grâce aux pentes & rivières, de tous les pesticides utilisés par les éleveurs & agriculteurs alentours. Et mamie qui met du roundup sur ses plate-bandes, mais bon.
Bref, Saint Michel et ses algues vertes. Saint Michel et bientôt, puisque Montebourg a tellement envie d'emplois, son extraction de sable coquillier ? Montebourg réfléchit-il à l'impact d'un tel projet sur les emplois du tourisme, de la restauration, de l'hôtellerie, qui ne demandent qu'à perdurer ? Montebourg qui déclare :
"Je ne pense pas que vous soyez opposée dans son principe à l'exploitation. Vous voudriez que soient respectés les usages de la côte bretonne, qui est magnifique, nous en convenons. Je serai l'agent réconciliateur, si je le peux, dans ce dossier, avec votre aide, je l'espère" - source : Le Télégramme
"Nous en convenons ?" D'autres auront convenu, et avec beaucoup plus de force et de conviction, moins de morgue et de condescendance, que cette région était belle et qu'elle méritait mieux que les projets industriels et l'agriculture qui la dénaturent, enveniment ses terres, polluent ses mers. Nous sommes comme des moules accrochées à nos rochers, fussent-il pollués - ils restent les nôtres. Ils restent notre richesse et notre fierté, comme les côtes, la faune et la flore, et même le sable du fond de la baie.
Je suis née avec un projet qui visait à extraire de l'uranium dans la vallée de ce village. En 1987 on se battait déjà ici pour contrer les industriels et le gouvernement, solidement convaincus qu'ils faisaient pour le mieux, pour le développement de l'emploi - pour la gloire & l'avenir de l'industrie française. Et que de toute façon, qui se fichaient sérieusement d'un bout de côte perdu à l'autre bout de la France ? Ça n'est pas passé, cette année-là. Malgré toutes les pressions. En 1987 une association a gagné, contre toute attente. Ce qui me permet d'habiter ici, et de profiter de ce petit bout de nature protégé où l'on peut encore voir les étoiles et profiter du silence.
En 2013 j'espère que ce regroupement d'associations arrachera la victoire. Avec un maximum de soutiens. Ses arguments sont solides.
Mais M. Montebourg, ne vous y trompez pas : si vous souhaitez vraiment relancer l'économie et développer l'emploi sur notre territoire, vous êtes le bienvenu. Il y a ici de nombreuses personnes qui ont plein d'idées et seront ravies de vous les présenter.
Tous les matins, en émergeant à peine du brouillard, c'est France Inter qui distille à mon cerveau embrumé les nouvelles du jour - ou de la nuit, c'est selon. Parfois elles m'endorment - souvent, elles me font bondir hors de la couette.
Hier matin, c'est l'interview d'Anne-Cécile Mailfert, porte-parole d’Osez le féminisme par la journaliste Clara Dupont-Monod qui m'a fait bondir. Entretien filmé dans la vidéo ci-dessus, que je vous invite à écouter ; ce n'est pas très long, mais cette litanie de poncifs devrait être suffisante pour soulever quelques estomacs.
Nombreuses, du reste, ont été les réactions étonnées voire franchement outrées sur Twitter. De la part d'une journaliste de France Inter, il faut dire que cet entretien détonne par la superficialité avec lequel il est mené... Il y a tout ici : du paternalisme, de la condescendance, des traits d'humour soit-disant (humour qui n'en est pas, et qui n'est plus drôle depuis à peu près 40 ans), et même du mansplaining. Rue89 en a d'ailleurs immédiatement fait un article, à lire ici.
Je doute que tout le monde ait eu la même réaction devant cette interview. Je vais quand même essayer d'expliquer pourquoi, à ma petite échelle, cet entretien m'a fait du mal.
"Au fond pourquoi vous en faites tout un symbole ?"
En substance : C'est vrai ça, pourquoi vous en faites tout un plat, alors qu'il y a des pays où les femmes sont bien plus malheureuses et maltraitées (au hasard l'Afghanistan), et qu'il y a des combats bien plus importants à mener (au hasard, l'éducation des petites filles à l'autre bout de la terre) que celui de faire rentrer de la poussière de femmes dans un lieu suranné ?
On reproche toujours aux féministes des combats qui n'en sont pas, des symboles ridicules, une volonté de se mettre partout là où jusqu'à présent, on ne les voyait pas. Souvenez-vous du tollé de Madame ou Mademoiselle.
Chaque action qui permet d'illustrer les femmes d'hier, d'aujourd'hui ou demain est essentielle. Cela permet tout simplement d'être visible. Pour les bonnes ou mauvaises choses, mais d'exister pleinement, et pas dans l'ombre (de qui que ce soit, y compris de soi-même).
Cela permet aussi de bousculer les codes établis, au risque de brusquer le langage et les codes. Le langage, ce dernier bastion où se concentrent toutes les peurs du changement... Après le code civil, il est temps de s'occuper des manuels scolaires. Ce n'est pas parce que "la femme" était un être sans grand pouvoir dans la plupart des périodes étudiées qu'il n'y a pas eu des femmes exceptionnelles ; elles n'ont pas attendues la parité pour exister. Saluons-les, et encourageons celles de demain.
"Certains disent que la parité c'est le biologique qui prime sur la compétence !"
Il y a dans le silence d'Anne-Cécile Mailfert qui suit cette "question-affirmation" tout un monde de sujets à décortiquer, chose qui parait impossible à caser en 7 minutes.
- Premièrement, le "certains disent". L'argument-massue d'à peu près tous ceux qui essayent de "débattre" sur le féminisme (c'est-à-dire de jeter une dénégation non étayée à toutes les études & recherches sur lesquelles une féministe peut s'appuyer), cette notion vague qui fait souvent dire "moi je ne suis pas féministe (*), mais..."... Les on-dit.
(*) Oh la la surtout pas, moi j'aime les hommes, huhuhu
Cessez tout de suite, prenez les recherches, documentez-vous, taisez-vous, lisez, écoutez, vous allez voir - si vous laissez un peu les gens qui en ont encore le courage vous montrer certaines choses sans les interrompre, vous comprendrez mieux leur point de vue.
- Deuxièmement, la parité. "Mon dieu la parité c'est mettre des femmes incompétentes partout à la place des hommes compétents !" La parité n'est pas vaine, elle n'est pas un gros mot. C'est simplement donner la possibilité à tout un chacun de faire des preuves, à armes égales. A toutes & tous - en oubliant personne.
- Troisièmement, le biologique. Mon dieu mais qu'est-ce que le biologique, sérieusement ? Une histoire de chromosomes ? Un pénis ou des seins ? Des yeux plus écartés, une mâchoire plus forte ?
Si vous pensez que "le biologique", ce fourre-tout qui nous imposerait nos comportements, est prédominant sur notre cerveau et nos capacités d'apprentissage, alors je vous invite à :
Accorder un peu plus d'élasticité à vos fonctions cognitives
Reprendre vos manuels d'histoire (même s'il n'y a pas encore beaucoup de femmes célèbres dedans, allez) pour vérifier si les modèles de sociétés sont tous équivalents depuis à peu près 3000 av. JC (je ne voudrais pas que vous veniez parler des comportements préhistoriques, sinon je risque sérieusement de devoir venir vous chercher par la peau du cou, vous rouler dans la boue puis vous faire rôtir sur un feu de branchages)
Explorer le monde fascinant de la théorie du genre.
J'en vois déjà qui lèvent les yeux au ciel. N'en doutez pas, la théorie du genre est incroyablement intéressante. Parce qu'elle donne justement à réfléchir sur la pression sociale, notre modèle de société, la sexualité la sexualisation et le sexe, le regard des autres, ce que l'on ressent, ce que l'on est, ce que l'on peut devenir. Enfin ça mène à peu près à tous les sujets, donc.
Mais ce sont aussi 3 mots qui rassemblent peu près tout et n'importe quoi, et surtout, nombre de craintes assez déraisonnable.
Et je vais vous confier un secret : la théorie du genre n'en est pas une. Elle n'a rien de théorique ou d'idéologique. En réalité on parle plutôt "d'études sur le genre". Pour comprendre un peu mieux, voilà deux articles qui pourront vous aider à y voir plus clair :
- "Le genre, une idéologie ?" chez Genre !
- "Mme B. est de genre féminin" chez Crêpe Georgette (attention on y parle aussi d'homosexualité, houla)
"Si on doit choisir entre une femme incompétente et un homme compétent, la parité fait qu'on va choisir une femme incompétente"
Oui, et il est temps que cela cesse. A ceci une seule solution : avoir suffisamment de femmes pouvant prétendre aux postes à grandes responsabilités & dans les filières où les hommes sont largement sur-représentés, pour que l'on puisse faire son choix entre compétents & incompétents, quel que soit leur sexe.
Non ne cherchez pas, il n'y en a pas d'autre.
Sinon on peut aussi changer l'équation en disant que la parité fait que l'on peut aussi choisir une femme compétente dans des domaines majoritairement "masculins" au lieu d'un homme incompétent.
Voire même penser que cette évolution permettra aussi à des hommes d'embrasser des carrières où les femmes sont majoritaires, sans qu'ils souffrent d'être montré du doigt, stigmatisés ou dévalués.
Oui oui oui.
"Le féminisme est contre les hommes ou tout contre ?"
Mon dieu c'est vrai j'ai failli les oublier : les féministes n'aiment pas les hommes ! Elles sont velues, majoritairement homosexuelles, moches, et mal baisées. Elles veulent voler toutes les places aux pauvres hommes qui n'ont rien fait, eux (parce que ce sont les ancêtres qui ont écrit l'histoire).
Je n'ai pas vraiment envie de me lancer dans des justifications stériles en réalité, si vous le pensez, je ne vois pas trop ce qu'on peut faire pour vous. (Je n'ai aucune pédagogie, j'en suis tout à fait consciente)
"Donc c'est un féminisme qui ne compte pas émasculer les hommes"
(A noter l'air fatigué de l'interviewée à ce moment, qui me fait penser à un prof : "je suis venue donner un cours de littérature à la Sorbonne et je dois reprendre les bases de l'orthographe niveau primaire")
Je ne sais pas d'où vous vient ce fantasme d'arrachage de couilles mais je le trouve personnellement tout à fait étonnant. Cela dit si c'est votre cas je vous invite à plutôt tenter votre chance du côté des clubs SM, où vous pourrez assouvir certains de vos fantasmes douloureux dans une relative sécurité.
Bref. Combien de fois les féministes devront-elles répéter que le modèle de société qu'elles recherchent est celui d'un milieu égalitaire où chacun a sa place, n'a pas besoin de se battre plus que d'autres, quel que soit son sexe, son genre (pardon, je rajoute peut-être un peu de complexité), sa couleur de peau ou son accent corse ?
C'est épuisant. Retournez lire, documentez-vous, au lieu de postillonner vos terreurs & votre incapacité au changement sur des gens qui essayent juste d'exister.
"L'homme est un allié ou un adversaire ?"
Mais oui ET LA PLACE DES HOMMES ?
--> "Qu'est-ce que le privilège masculin ?" chez Crêpe Georgette
"Vous ne pensez pas que les nouveaux féministes aujourd'hui ce sont les hommes ?"
N'en jetez plus, je sens mon petit cœur bondir quelque part entre mon hémisphère droit et mon utérus.
C'est magnifique, cette saillie, cela me permet de vous aiguiller sur un terme chouette : le mansplaining. Bonne lecture.
"Est-ce qu'on peut être féministe et avoir de l'humour ?"
Ah, le petit trait d'humour léger comme le vent, fin comme la plume, épicé comme le couscous de Mamie Claude ! Celui qui vous rend populaire dans les soirées dansantes ! La petite touche misogyne qui fait mouche, le tendre quolibet raciste tordant, le délicat surtout de beaufitude qui tombe à pic (et à plat) !
A éradiquer (de façon biologique, je ne suis pas un monstre). Si votre humour se résumer à taper sur des stéréotypes, quels qu'ils soient, vous n'êtes pas drôle, vous êtes juste une victime collatérale.
--
Un coup de chapeau à Anne-Cécile Mailfert, qui conserve son sourire malgré des réactions assez déplacées de la part d'une journaliste, et des choses qu'elle a du entendre des milliers de fois.
Avec tout ça, on aurait presque oublié l'essentiel dans cet entretien, les 5 figures féminines qui seront proposées au président de la République pour entrer au Panthéon : Olympe de Gouges, Louise Michel, Germaine Tillion, Simone de Beauvoir & la mûlatresse Solitude.