United colors of Belle-île-en-Mer.
Printemps 2016.
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@neokettom
United colors of Belle-île-en-Mer.
Printemps 2016.
A la pointe.
Pointes Saint-Mathieu et du Raz, hiver 2016.
Ouessant, hiver 2016.
Jusqu’au bout du monde
Il y a comme une odeur de café et de fatigue dans la gare maritime. La femme derrière le comptoir a deux grosses poches sous les yeux. Elle se trompe dans notre réservation, bafouille. Puis un sourire s’étire sur ses traits endormis. « Le bateau embarquera de l’autre côté du parking ! »
Le bateau est gros. Bruyant. De grosses larmes coulent le long de ses vitres. Une voix crachote quelque chose d’incompréhensible. « … Molène !... Ouessant ! » Sur le ponton, le vent froid de l’hiver pique, gifle les joues, tandis que les rivages du petit village finistérien du Conquet s’éloignent petit à petit.
Nous voilà donc en route pour le bout du monde. Du monde occidental, en tout cas. « Bout », c’est le bon mot : Ouessant, c’est un lopin de terre d’une superficie de 15,5 km2, long de 8 km, large de 4, que 877 habitants se partagent. Un endroit gardé par cinq phares situé à 20 km de la côte ouest du Finistère et coupé du continent par un des courants maritimes les plus forts de France, le Fromveur. Un courant qui, couplé à d’énormes rochers cachés à la vue du marin, a donné naissance à une tripotée de joyeux proverbes bretons : « Nul n’a passé le Fromveur sans connaître la peur », « Qui voit Molène, voit sa peine », « Qui voit Ouessant, voit son sang »…
Je me réveille en sursaut tandis que le bateau accoste à Ouessant. Des loueurs de vélo et navettes attendent, plantés comme des I sur le port, leur livraison de voyageurs fatigués. « On prend un bus ? » « Oh, on peut le faire à pied, c’est pas loin », me répond mon ami.
Mauvaise estimation. Du port à notre hôtel, situé dans la commune de Lampaul, il y a 3-4 bons kilomètres. 3-4 km d’une route à peu près droite traversée incessamment par des voitures, voiturettes sans permis, scooters… et surveillée par des moutons attachés à une longe dans des prés.
Les paysages sont brûlés par le sel. Partout des ronces, des fourrés d’une douce couleur brune. Les ancêtres des Ouessantins vivaient de la pêche, de la récolte de coquillages, de l’élevage et de la culture des céréales. Puis, le climat a changé, et la mer a repris le dessus. Aujourd’hui, à part la culture d’algues, marquée par de curieuses bouées alignées dans l’océan, on a abandonné l’idée de planter quelque chose de comestible sur l’île. Le sel mange tout, même le capot des voitures.
Fini aussi la pêche, révolu le temps où on appelait Ouessant « l’île aux femmes », car tous les hommes étaient partis en mer. « Ici, il n’y a plus que deux pêcheurs professionnels », nous assurera un transporteur à la fin de notre séjour. Quant aux célèbres moutons ouessantins, ils ont connu des périodes plus fastes. Mais reste une chose : les abeilles noires, qui ont disparu du monde entier…sauf à Ouessant. Il faut dire qu’elles ont la chance d’y être éloignées du continent, où diverses maladies ou parasites les tuent. Il y a deux endroits où trouver de leur miel, selon notre carte : au phare du Stiff et dans un magasin.
« Votre marché des îles » est une des seules petites supérettes du coin. A l’intérieur, des sourires et quelques rayons d’alimentation. Ici, tout le monde se connait, se hèle. J’intercepte une vendeuse. « Vous avez encore du miel d’abeilles noires ? » Elle grimace. « Ah non, on a tout vendu. Il faudra attendre la prochaine récolte. En août. »
Retour sur la route. Qui est décidément très longue. On longe des maisons d’hôte. Toutes fermées. Des restaurants. Tous fermés. Ouessant hiverne, attendant la haute saison, qui fera bondir son nombre d’habitants.
Après être passés par ce qui est sans doute le plus petit collège de France, on arrive fourbus au centre-bourg de Lampaul : l’église Saint-Pol-Aurélien (magnifique) flanquée d’un office du tourisme (fermé), de deux banques, d’un magasin, d’une petite boutique consacrée à la laine, d’un tabac-presse… et d’une cabine téléphonique. On se traine jusqu’à notre hôtel-restaurant, où l’on nous informe aimablement qu’ils sont à peu près les seuls à proposer de la nourriture sur l’île en cette saison.
A peine les valises déposées, et nous voilà repartis. Le ciel est gris, la pluie tombe régulièrement. Quelques vélos jalonnent le bord de route. On se les emprunte facilement entre habitants. Parfois même, le « voleur » appelle le propriétaire pour lui dire où il a laissé sa monture, à quelques km de là.
Sur l’arrière d’une voiture sont collés les deux autocollants « A l’aise Breizh » et « Police municipale ». La police, comme certains médecins spécialisés, ne font que des gardes ici. C’est qu’il n’y a pas beaucoup d’affaires juridiques à Ouessant, nous affirme-t-on. Et que les forces de l’ordre se sont vite heurtées à la mentalité bornée des habitants. Comme par exemple pour le port de la ceinture, que les Ouessantains délaissent facilement. Les policiers ont d’abord verbalisé à tout va. Avant de se rendre compte que cela ne servait à rien. Et aujourd’hui, « même eux ne mettent plus la ceinture », rigolent les îliens.
Pour notre découverte de Ouessant, on décide de longer une des pinces de crabe de l’île, la baie de Lampaul. Au loin se dresse la haute (47 m) silhouette blanche et rouge du phare de la Jument, construit entre 1904 et 1911 dans des conditions dantesques. Le ciel devient encore plus gris. La pluie s’intensifie. Pas d’endroits où s’abriter. On continue, la tête engoncée dans nos écharpes.
Les sentiers de promenade détrempés sont parsemés de crottes de lapin. « Ils sont beaucoup trop nombreux, nous grimacera-t-on à l’hôtel. A ce qu’il paraît, ils vont faire venir deux renards du continent pour remédier à ça. Mais deux renards mâles, pour ne pas qu’ils se reproduisent. »
On longe ce qui semble être des ruines de maisons de pierre. En fait, des endroits où on regroupait les moutons ou où on essayait de faire pousser des fruits et légumes.
Après une longue promenade, on rentre à l’hôtel. C’est match de Champion’s League ce soir. Trois hommes sont accoudés au bar, les yeux rivés à un écran. Un adolescent est avachi sur une chaise, la main enfoncée dans sa joue. « On s’occupe comme on peut, nous sourit dans un couloir Maëva, la trentaine. Parfois, on fait des fêtes dans la salle de petit-déjeuner de l’hôtel. Ou, avec mes amis, on fait des soirées « Vendredi, tout est permis ». Il ne nous manque plus que le plancher incliné ! » Car pour aller s’amuser sur le continent, « c’est toute une organisation ! Il faut que tous les amis soient là, qu’on s’arrange pour les voitures… »
Pour autant, Maëva ne se voit pas quitter l’île. Malgré cette mentalité de village avec ses commères qui rapportent tout et n’importe quoi. « Le mois dernier, j’ai été au moins enceinte cinq fois selon elles ! » Ou malgré le fait que certains des jeunes couples de l’île jettent l’éponge pour retourner à Brest. « On est content, parfois, il y a de nouvelles familles qui s’installent. Mais elles ne se plaisent pas et repartent. Et puis ici, il y a du travail. Mais on ne le choisit pas. »
Son rêve, à Maëva, c’est « d’avoir un mouton et une biquette. Mais il n’y en a plus autant qu’autrefois. Allez voir l’ancienne photo de la foire aux moutons, là-haut : la place du village était remplie ! » D’après la jeune femme, c’est le manque d’abattoir sur place qui a contribué à ce phénomène. « On est obligé d’aller tuer les bêtes sur le continent puis de les ramener. C’est beaucoup trop cher. »
On lui parle du miel des abeilles noires, de notre déception de ne pas en avoir trouvé. Son visage s’illumine. « Mais on en a encore ici ! Je vous en ferai goûter demain matin. » Chose promise, chose due. Le lendemain, le goût particulier de ce miel éveille nos papilles, tandis que l’écran de la salle du petit-déjeuner est en boucle sur la chaîne météo.
Il n’y a pas plusieurs solutions pour quitter l’île et « aller en France », comme disent les anciens : soit prendre l’avion dans le petit aérodrome. Mais on surnomme cette ligne « la plus chère du monde » : 47 € pour un insulaire, 70 € pour un continental. Et ceci pour faire 20 km. Alors, on s’embarque à une dizaine dans une petite camionnette pour rejoindre le bateau qui ramène les voyageurs fatigués du jour.
Sur le port, une dame pointe du doigt des rochers. « Ici, j’ai vu un phoque la dernière fois ! » Le bateau est toujours aussi bruyant. On va sur le ponton. Le vent ne nous fait toujours pas de cadeau, et le froid des barrières engourdit mes doigts. Impossible d’accoster à Molène. On stationne au large, pendant qu’un autre bateau, beaucoup plus petit, ramène sa cargaison d’îliens. On repart dans un grondement.
Un membre de l’équipage m’interpelle : « Regardez, là-bas, il y a des dauphins ! » Trois nageoires glissent hors de l’eau. Les passagers s’émerveillent, on sort les appareils photos. Puis, ils ne deviennent plus que de minuscules points noirs. Et le port du Conquet apparaît déjà. Des membres de l’équipage nous aident à descendre du bateau. Sur le port, une cargaison de voyageurs fatigués attend déjà.
Ouessant, hiver 2016.
Pêche à pied.
Saint-Philibert, printemps 2016.
En ce moment, y’a l’équipe du film “Ôtez-moi d’un doute” (soit François Damiens et Cécile de France) qui est en tournage à Vannes.Et ça ne se voit pas du tout.
Vannes, printemps 2016.
Kerguéhennec, la vie de château
C’est que ça piaille là-dedans. Même, ça crie. “Ah, vous êtes là !!” “C’est par où la visite, à droite ???” Et puis, y’a le parquet qui grince, couic, couiic !
Pas vraiment de tout repos pour admirer les oeuvres de Shim Moon Seup - “qu’il ne faut pas photographier, il y a des droits d’auteur”, martèle la femme à l’accueil - ou celles des autres peintres coréens exposés au château de Kerguéhennec - pas de photos non plus, merci.
Un parcours de santé ?
On fronce alors les sourcils, on essaye de se concentrer. Il y a d’abord cette installation à base de crayons géants...qui fait un peu penser à un élément d’un parcours de santé. Ou ces sortes de mini-bancs disposés en vrac dans une pièce... qui ont l’apparence de sushis en terre cuite.
“Viens, on change les sculptures de place et on regarde si quelqu’un remarque quelque chose !” me fait goguenard mon ami.
Les monochromes sont monotones
Pas de révélation artistique plus loin non plus. Les monochromes sont monotones. Le parquet grince toujours.
Alors, on se réfugie dans les pièces “anciennes” du château pour admirer les lustres, la bibliothèque. Puis on fait le tour du parc en jetant un coup d’oeil désintéressé à “The presentation, To an island”, des sortes de volets qui flottent sur le petit bassin d’eau et dont le bois est travaillé “de manière à répéter le motif de l’onde”.
Bon... Et si on allait à la plage ?
Bignan, printemps 2016.
Début avril représente une période de l’année que j’aime beaucoup.
1) Parce que c’est le début du printemps et que les arbres sont en fleurs.
2) Parce que l’on peut voir de belles photos partout à Vannes, grâce au Festival Photo de mer.
Par exemple, une exposition dans le jardin des Remparts sur les Haenyeo, ces femmes coréennes qui, à 60 ans passés, plongent encore en apnée à 10 mètres de profondeur pour pêcher.
Ou, sur le port, ces vagues figées par la photographie, qui deviennent ainsi de véritables montagnes de verre.
Reste plus qu’à attendre le beau temps (qui a pourtant pointé son bout du nez le 1er avril...mais ça devait être un poisson) pour en profiter encore plus, de ce début de printemps !
L’île d’Arz, une histoire d’oiseaux.
Île d’Arz, été 2015.
Il y en a partout. Dans un petit bois. Un pré. Sur le mur d’un resto. Dans une cour d’intérieure.
L’été, les photos sont vraiment partout dans les rues et champs de La Gacilly. C’est que la ville a son propre festival en plein air, le plus grand de France.
Et quand on en a marre des portraits en tous genres, suffit de flâner près des boutiques d’artisans, où on voit parfois de drôles de choses...
La Gacilly, été 2015. Cette année, le Festival photo se tiendra du 4 juin au 30 septembre.
“Celui-là, il est au moins à 6,5 !”
Devant nous, le zombie ne nous regarde même pas. Les yeux sont hagards, les pieds s’embrouillent... mais la main droite tient toujours fermement la bière.
Le festival interceltique de Lorient, en août, c’était de la musique, des spectacles, des fest-noz et fest-deiz, des chaussettes aux couleurs bretonnnes, un grand défilé dans les rues, une nuit celtique interminable, un Monsieur qui explique comment faire un bon kouign-amann devant une vingtaine de personnes... et l’occasion pour nous de mettre en pratique “l’échelle de l’alcoolisme”.
Elle va, grosso modo, du 1 (légèrement pompette) au 7 (coma). Et on a dépassé largement le 5 tout au long des soirées du festival.
“Tu crois qu’il va atteindre le 7 ?” J’étouffe un bâillement. Pas le temps d’attendre pour savoir, mon échelle de la fatigue est au moins à 6,9.
A Redon, les chats poussent dans les pots de fleurs.
Redon, automne 2015.
Dernières lueurs de l’hiver.
Vannes, hiver 2016.
L’oeuf de Pâques ?
Château des Ducs de Bretagne, Nantes, hiver 2016.
Ces Nantais sont fous. Ils ont fabriqué un éléphant géant et le baladent sur les rives de la ville. Ont construit un manège plus haut qu’une maison pour y mettre plein de bestioles aux dents serrées et au regard noir. Ou ont réalisé une araignée gigantesque...qui urine sur les spectateurs.
Oui, les Nantais sont fous. Et c’est peut-être un peu pour ça qu’on les aime.
Les Machines de l’île, Nantes, hiver 2016.
Le passage Pommeraye, à Nantes.
Je pensais la question réglée. Archivée, résolue depuis des années. Et non. Le débat est toujours là, malgré les décisions politiques, malgré les contours des régions dessinées sur la carte de France. Et la question peut provoquer des éruptions de colère, de grands discours et de doigts brandis haut : les Nantais sont-ils des Bretons ?
“Oui !”, me hurle-t-on à gauche, arguant le côté “Bretagne historique”. “Non !” répond t-on à droite, en évoquant la lourde décision de Pétain de mettre une frontière entre Rennes et Nantes.
Pas question de trancher dans ces moments là, au risque de se prendre un coup. Alors, on se met tous d’accord sur une chose : Nantes, c’est vachement beau quand même !
Vannes, hiver 2015.