#CITYTEST FASHION WEEK HOMME | AUTOMNE-HIVER 14/15
Du 15 au 19 Janvier dernier se tenait la Fashion Week homme, cette semaine sacrĂ©e pour tout rĂ©dacteur de mode, reste assez opaque pour le commun des mortels qui nâen comprennent pas les importants enjeux, la plupart du temps dealĂ©s autour dâune coupe de Champagne, voire deux, et qui sâimaginent quâil ne sâagit que dâune murge monumentale et de fĂȘtes oĂč la superficialitĂ© rĂšgne.
Kanye, André et les Coréens
Je commence cette semaine par un petit tour chez Kitsune, qui, dĂ©finitivement, se construit un vĂ©ritable empire, car aprĂšs un label coolos et une boutique rue de Richelieu oĂč sont vendus leurs vĂȘtements, voilĂ quâarrive, idĂ©alement placĂ© en plein cĆur de Paris, galerie Montpensier, le cafĂ© KitsunĂ©, (le deuxiĂšme aprĂšs celui de Tokyo). MĂȘme si le seul cafĂ© que mon corps tolĂšre vient du troquet dâen bas de chez moi, jây rejoins mes deux plus fidĂšles compagnons de jeu, Emmanuel et Bastien, afin de dĂ©couvrir dâun peu plus prĂšs la dĂ©co Ă©purĂ©e Ă 1000 lieux du boui boui du 18Ăšme ainsi que le cafĂ© BrĂ©silien servi dans de jolies tasses dont a lâair de se dĂ©lecter AndrĂ© Saraiva. Peu de temps aprĂšs mon arrivĂ©e, nous filons vers la boutique toute proche afin dâĂ©couter le live des Citizens, seul problĂšme, la fĂȘte est si blindĂ©e dâamateurs de cafĂ© que je ne vois quâune solution, filer chez Wooyoungmi, dans le marais.
La team Lucien PagĂšs nous convie Ă lâouverture de la nouvelle boutique Wooyoungmi rue Saint-Claude, accueillis par des serveurs qui me mettent mal Ă lâaise, je salue mollement les quelques copains qui se trĂ©moussent sur la musique de Clara 3000, puis je croise ma vieille copine Azza Yousif, rĂ©dactrice au Vogue homme, avec qui je disserte sur la hiĂ©rarchie du front row en buvant des cocktails fluo, elle nâa malheureusement pas toute mon attention, car je vois au fin fond de la boutique un grand gaillard qui nous a sorti un smoking queue de pie et un chapeau haut de forme. Je me gausse un temps puis je lâimagine, ce matin, chez lui, tout excitĂ© Ă lâidĂ©e de participer Ă lâun des Ă©vĂ©nements mondains de la fashion week, et se disant âIl nây aura que des gens de la mode, je vais me faire beauâ, bah mec, tu tâes trompĂ©, parce que tout le long du cocktail je nâattendais quâune chose, le moment oĂč tu sortirais un lapin de ton chapeau. Alors, il nâa rien sorti de son chapeau, par contre, il a enchaĂźnĂ© les coupes de Champagne. Parce que ouais, y avait plein de champ, et les gentils serveurs, vĂȘtus dâun sweat Wooyoungmi Ă la matiĂšre non identifiable ont fait trĂšs attention au fait quâelles ne soient jamais vides. Jâentends des gens sâenthousiasmer sur la nouvelle collection de la marque CorĂ©enne, et je croise InĂšs-Olympe Mercadal, chaudement vĂȘtue, et plutĂŽt en forme malgrĂ© ses 17 rendez vous du jour avec des acheteurs Japonais.
Parce quâen effet, tout ce faste a une vraie raison, Ă savoir prĂ©senter aux acheteurs les nouvelles piĂšces que nous porterons trĂšs bientĂŽt. Seule exception, la fĂȘte Stan Smith Ă la GaĂźtĂ© Lyrique, qui cĂ©lĂšbre le retour de la basket culte, Ă peine 2 ans aprĂšs son soi-disant arrĂȘt de fabrication et qui sera le premier gros dĂ©fouloir de cette fashion week.
Les cocktails fluo ayant eu raison de la motivation de Bastien (bon, le fait de devoir participer au show comme des garcons du lendemain aussi), câest Ă deux que nous arrivons Ă la GaĂźtĂ© Lyrique, oĂč une immense foule patiente en attendant lâouverture des portes. Accueillis par ce bon vieux Big John, je tends mon invitation au RP sans faire attention Ă lui, captivĂ© par la Stan Smith gĂ©ante qui trĂŽne dans le Hall. Je me plie de bonne grĂące au jeu du photocall (dâailleurs, il va falloir que je pense Ă demander la suppression de cette photo) puis nous filons Ă lâĂ©tage entiĂšrement dĂ©corĂ© Ă lâimage dâAdidas, en effet, des Stan Smith sont suspendues Ă des ballons de baudruche argent, seul problĂšme, il nây a que des chaussures gauche pointure 38, donc inutile pour moi et mon 46 de tenter de repartir discretos avec une paire sous le bras. DĂ©ja, les gens se jettent sur le bar comme des morts de soif, Pedro Winter semble assurer aux platines, puisque je vois Mouloud Achour se trĂ©mousser devant lui, et je fais la rencontre de mon vieux copain Harvey, rĂ©dacteur chez Materialiste, en mâĂ©tonnant de voir des Air Pegasus Ă ses pieds et non une paire de la marque aux trois bandes, puis je constate quâen fait, pratiquement personne nâa jouĂ© le jeu de la Stan Smith, mis Ă part les quelques veinards qui ont eu la chance dâen recevoir directement chez eux. Trop occupĂ© Ă discuter avec Harvey des dĂ©filĂ©s du jour, je loupe la performance de Benjamin Millepied, et je me dirige vers le second bar oĂč je croise la pauvre Juliette, dĂ©pitĂ©e de nâavoir pas vu Kanye West, parti en dĂ©but de soirĂ©e et venu Ă Paris prĂ©senter sa collection capsule pour APC. Je tente de rĂ©conforter Juliette en lui tendant ma coupe Ă moitiĂ© vide mais ça nâa pas lâair de trĂšs bien marcher. En partant, je vois une jeune fille, deux Stan Smith Ă la main, apparemment, elle a eu la mĂȘme idĂ©e que moi, mais pas le mĂȘme sens de lâobservation, et vu son Ă©tat, ça mâa lâair normal. Jâaimerais ĂȘtre avec elle demain matin lorsquâelle se rendra compte quâelle nâa que des chaussures gauche.
Les rockers, Lord Kossity et la pizza froide
Je ne sais pas qui mâa dit un jour que le champagne ne causait aucune gueule de bois, mais je lui refilerais bien ma migraine pour me venger.
Je rĂ©cupĂšre Bastien devant le dĂ©filĂ© Comme des Garcons, puis nous filons sur son scooter vers la prĂ©sentation April 77 au quartier gĂ©nĂ©ral dans le 11Ăšme. April 77 poursuit son aventure et nous prĂ©sente donc sa nouvelle collection a travers 20 modĂšles jouant « Revolution » de Spacemen 3, les silhouettes sont toujours aussi rock et stylĂ©es, rendant hommage au livre de Samuel Knee « A scene in between », mais les pantalons ont lâair bien trop serrĂ©s pour moi et me font regretter mon addiction Ă la pizza, câest donc un peu dĂ©pitĂ© que je file vers la soirĂ©e Lacoste, Ă la GĂ©nĂ©rale, avenue Parmentier, toujours suivi de prĂšs par Bastien.
Il a suffit dâun nouveau slogan Ă Lacoste pour se dĂ©cider Ă squatter ce soir La gĂ©nĂ©rale et Ă nous offrir un line-up que certains nous qualifieront de parfait (Cassius + The aikiu) et que ma mĂšre qualifiera de âmais qui sont ces gens ?â. Lacoste a vu les choses en grand et nous offre, en plus dâun joli buffet, diffĂ©rents ateliers comme un photobooth inspirĂ© du bullet time dans Matrix ou des tables de Ping Pong. Les blogueurs se dĂ©fient entre eux, et moi, je croise Lord Kossity. Ouais mon gars, Lord Kossity, le mec est toujours lĂ , prĂ©sent, vĂȘtu de son plus beau smoking, une brunette Ă son bras. Jâai envie dâaller lui demander sâil est venu en Mercedes benz benz benz, mais je nâai pas assez bu pour franchir le pas, du coup, je me dirige vers les tables de ping-pong avec une seule idĂ©e en tĂȘte, montrer Ă tout le monde que je nâai pas perdu la main depuis 1992 et mon titre de champion du Languedoc Roussillon catĂ©gorie benjamin. Faut croire que le tennis de table, contrairement au vĂ©lo, ça sâoublie, parce que jâai pris une raclĂ©e monumentale, 21 Ă 6, du jamais vu, et en plus, jâai perdu contre une meuf. Du coup, direction lâun des 3 bars pour Ă©ponger ma soif, jây croise quelques stars venues elles aussi dans lâidĂ©e de se dĂ©fier au tennis de table. Pascal ElbĂ©, Marie-JosĂ©e Perec, Julie Ferrier, Mouloud Achour, Kamel Ouali (qui a lâair en meilleure forme que la veille Ă la GaitĂ© Lyrique) ou Lucien Jean-Baptiste, bref, le gratin. Je me surprends Ă danser sur les Blackstreet, mais je nâarrive pas Ă vraiment mâenthousiasmer, et pas par la faute de cette fĂȘte qui est, dans le fond, plus que rĂ©ussie, mais bel et bien Ă cause de ma dĂ©faite au ping pong.
Nous filons au Silencio, qui nâa finalement de lien avec David Lynch que son nom, pour cĂ©lĂ©brer la sortie du quatriĂšme numĂ©ro de StyleZeitgeist. DerriĂšre ce nom se cache un magazine de mode ultra pointu, oeuvre dâEugĂšne Rabkin, une lecture que je vous conseille et qui se paie le luxe dâavoir Rick Owens parmi ses contributeurs. Je tente de noyer le chagrin dĂ» Ă ma dĂ©shonorante dĂ©faite au ping pong en buvant des coupes de champagne dans le fumoir. Jâai les yeux qui piquent, mais le spectacle des stylistes vĂȘtues de noir fumant des Vogue au ralenti mâapaise et câest tout heureux dâavoir eu des nouvelles de Lord Kossity que je rentre mâeffondrer dans mon lit aprĂšs mâĂȘtre enfilĂ© un reste de pizza de la veille.
Lady la Tornade et les gangstas du 8Ăšme
Direction la mairie du 4Ăšme et sa salle des fĂȘtes oĂč je suis censĂ© rejoindre mon pote Emmanuel au dĂ©filĂ© Bill Tornade. Seul problĂšme, le RP ne peut me laisser accĂ©der au dĂ©filĂ© pour la bonne et  simple raison que mon carton dâinvitation indique âMadame Joan Carassusâ au lieu de Monsieur. Jâai beau lui montrer ma carte dâidentitĂ© pour lui prouver ma bonne foi, le petit avorton gominĂ© est inflexible, je fais donc ce que font Ă ce moment lĂ tous les gens qui se font refouler dâun Ă©vĂ©nement de ce genre, je sors mon tĂ©lĂ©phone, et je fais semblant de passer un coup de fil en mâĂ©loignant discrĂštement. Emmanuel me rejoint 20 bonnes minutes plus tard, enivrĂ© par le champagne servi aprĂšs le show.
AprĂšs un stop burritos chez Chipotle, nous filons vers le Don K, oĂč se tient la fameuse soirĂ©e orchestrĂ©e par la team de chez Colette et du Pompon. Emmanuel est hyper enthousiaste Ă cause du line up apparemment Ă©pique puisquâanimĂ©e par Pain Oâchokolat, ce qui me fait penser que je nâai pas pris de dessert, et je nâai quâune seule interrogation en tĂȘte, Ă savoir si les vendeuses de chez Colette > American Apparel. Câest trempĂ©s Ă cause de la pluie que nous pĂ©nĂ©trons dans ce nouvel Ă©tablissement de nuit de la rive gauche, envahi ce soir lĂ de mecs en bonnets, certainement par peur des intempĂ©ries. Je me fraie tant bien que mal un chemin vers le bar lumineux du Don K, et bim, on sent que les prix ont du ĂȘtre gonflĂ©s pour lâoccasion parce que la vodka/glace me revient pas loin de 20 âŹ, câest donc un peu assommĂ© par le prix et la chaleur que je fais la rencontre de Laura, une ex vendeuse de chez Colette aujourdâhui âassistante styliste photo pour des grands magazines de modeâ. Laura porte elle aussi un bonnet, mais sur le sien est inscrit le mot âvoyouâ, elle sent bon mais se fout un peu de ma gueule parce que je porte une chemise propre. Parce quâen effet, autour de nous, il nây a que des mecs, des vrais, le genre gangsta tatouĂ© qui fait des signes de gang avec ses doigts comme Ă Los Angeles quand il se fait prendre en photo. Sauf quâil vit dans le 8eme. Je quitte Laura un peu dĂ©pitĂ© mais je suis vite revigorĂ© par les sons hip-hop rĂ©gressifs passĂ©s par So-Me et DVNO, parce que ouais, jâai beau porter une chemise propre, je mây connais trop en hip-hop, et ce, depuis mon adolescence et ma dĂ©couverte de Manau. Il se fait tard, et jâai faim, je file donc en after chez mon camarade Tristan, qui mâa promis une omelette aux girolles. Avant dâaller dormir.jâai une pensĂ©e pour Emmanuel dont je nâai plus de nouvelles depuis deux heures, et jâai bien peur quâ il ait Ă©tĂ© pris dans une rixe entre 2 gangs du 8Ăšme arrondissement devant le Don K.
Le Tech Noir, Fabrice Pancrate et le puceau Ă lunettes
5Ăšme et dernier jour de la Fashion Week homme. Rendez vous au Jules & Jim, cet intime hĂŽtel du Marais, pour un cocktail en lâhonneur de lâagence Success, dont fait partie mon camarade de jeu du soir, Bastien. Le Champagne se fait discret, du coup, câest en buvant des cocktails amers que Bastien me raconte sa journĂ©e de travail en tant que mannequin cabine. En gros, il a passĂ© sa journĂ©e debout Ă attendre que des acheteurs Japonais choisissent les vĂȘtements qui seront bientĂŽt vendus chez Isetan. Il me prĂ©sente Guillaume, un modĂšle mĂȘme pas majeur qui a bien marchĂ© cette saison puisquâil a fait 7 dĂ©filĂ©s, joli. Il a lâair un peu paumĂ© avec son verre de jus dâorange Ă la main, câest sa premiĂšre grosse expĂ©rience dans la mode et il ne connait pas grand monde ici, mis Ă part sa bookeuse et Bastien. Il vient du Mans, je lui parle donc de rillettes et de Fabrice Pancrate, et je vois bien sa consternation derriĂšre ses grosses lunettes. Je pense quâil est puceau, et je constate quâil nây a que des beaux mecs ici, du coup, je me dis que je vais avoir du mal Ă trouver une gonzesse pour la soirĂ©e, mais je suis vite rassurĂ© parce quâen fait, niveau meufs, bah, câest pas la joie. Il y a aussi une expo photo, vague alibi artistique pour cet Ă©vĂ©nement, mais lâambiance retombe vite, du coup, nous filons vers le Baron, pour ce qui sera le point dâorgue de cette fashion week, la soirĂ©e NY NY.
AprĂšs nous avoir accueillis Ă la soirĂ©e Stan Smith, Big John tient la liste au Baron. La NY NY est une fĂȘte itinĂ©rante organisĂ©e par Tommy Saleh qui a lieu lors de chaque fashion week Parisienne. Ici, des mannequins, des stylistes, des rp, des photographes et des journaleux se retrouvent une derniĂšre fois sur la piste de danse avant de filer Ă New York et sa fashion week. Tout le monde a lâair crevĂ©, mais semble tout de mĂȘme sâamuser, aidĂ© par la musique de Mike Nouveau et sa clique. Si lâon arrive Ă oublier les banquettes de velours rouge, lâatmosphĂšre du Baron me fait penser au Tech Noir dans Terminator, probablement aussi grĂące aux looks post-gothiques de certains invitĂ©s, du coup, je ne peux mâempĂȘcher dâaller voir une meuf afin de lui dire âViens avec moi si tu veux vivreâ, elle me regarde, mais ne semble pas comprendre la rĂ©fĂ©rence et mâignore. Je reviendrai.
La fashion week se termine, le sentiment qui mâenvahit est exactement le mĂȘme que celui que jâai lorsque je viens de baiser. Une vague solitude, un peu de dĂ©goĂ»t, et lâenvie de remettre ça rapidement malgrĂ© tout. Pendant cette semaine, des millions dâeuros auront Ă©tĂ© investis, des hectolitres de Champagne auront Ă©tĂ© sifflĂ©s, des centaines de talons auront Ă©tĂ© cassĂ©s, des tas de galoches auront Ă©tĂ© roulĂ©es, et moi, en mâendormant ce soir lĂ pour la derniĂšre fois de la semaine Ă une heure indĂ©cente, une seule pensĂ©e mâobsĂšde, trouver le plus vite possible lâadresse dâun club de tennis de table afin de prendre ma revanche sur cette petite catin croisĂ©e Ă la soirĂ©e Lacoste.
Citytest réalisé par Joan
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