Juillet-août. Chafouin ne veut pas dire chafouin. Ça veut dire sournois, ou rusé. Iris me l’a appris dans l'ascenseur, en sortant du travail. Et comme j’étais, donc, non pas chafouin, mais tristoune, bougon, pour une raison que j’ai déjà oubliée, nous avons bu un verre. Elle m’a parlé de numérologie, que d’après ma date de naissance, j’en étais à ma quatrième sur neuf vies. Environ la moitié du parcours. Je l’ai dit à Elise, le soir, au restaurant, qui voulut connaître son numéro. C’est tombé sur le neuf. À ce dernier stade, m’avait dit Iris – et je le répétais à Elise – à ce stade ton âme est accomplie, tu demeures éternellement, entité complète, le cycle de tes vies achevé. Mon œil, ouais, me dit Elise. Tu vas rencontrer plein de filles pendant encore cinq vies, pendant que j’aurai disparu. Je lui ai dit qu'on n'y croyait pas, à cette numérologie, que c’était du libre arbitre bêtement supplanté par du calcul mental. C’est trop tard, me dit-elle.
Elle finissait ses vongole. La nuit était calme, douce et déserte, le Paris olympique redouté s’était avéré délicieux, inoubliable. Je ne comprends pas Dumas qui critique la nourriture italienne, me dit-elle. Elle lisait Monte-Cristo depuis quinze jours, me confiant par ailleurs regretter de l’avoir lu si tard, comme certains livres qu’on ferait mieux de lire adolescent, quand on ne juge pas encore le style. Tu connais les écrivains, dis-je en mâchonnant mon agneau, il a dû avoir une mauvaise expérience et vouloir en tirer une bonne phrase. Tiens, d’ailleurs, c’est une bonne phrase, ça.
Une clameur monta du bar d’à côté, sans surprise. On raflait l’or chaque soir, portés par le léger souffle du ventilateur. Je regardai Elise. On aimait les mêmes choses, surtout quand on n’était pas du même avis. Ma femme, disais-je à un ami, c’est ma pote de foot. Un jour elle m’a rejoint devant le match et m’a dit “C’est quoi la compo, ce soir ?”, et j’ai su que j’avais réussi ma vie.












