Visiteur. While drying the canvases, Banyuwangi, Indonesia, 2016.

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@rubenbrulat
Visiteur. While drying the canvases, Banyuwangi, Indonesia, 2016.
Paintings, photographs and video presented at Saatchi, for START, with Lamb Arts and Ncontemporary. September 2016
Des failles, des creux de laves solides, le lit de ce soir là , et les bruits de la matière qui frémit.
2015, frontière Eritrée - Ethiopie
Until exhaustion.Â
Atelier. Painting. 6th day.
Une ligne bleue, bordée de vert, puis le sable.
L’arabe se parle avec accent dans ce hall pleins de vie, ce ‘fondo’ de Dongola, Nubie. Une petite pendule arrêtée, la Kaabah et ses cercles, encadrée mal équilibrée. Abdellatif tient l’affaire uniquement cinq jours par mois, de passage comme il dit avec son anglais libanais. Sur le banc face aux hommes qui parlent, le visage plissé et clair, un Syrien. Quelques mots et gestes pour échanger, Mohammad vient d’arriver avec son fils, Ahmed, qui avec hâte parle de son autre frère, aventurier de notre temps ayant fait la grande traversée. Il est en Allemagne à présent. Les êtres par milliers qui quittent, qui abandonnent. L’exode.
Les questions devenant politiques, la peur est là pour Abdellatif le Soudanais qui traduit avec hésitation, certains mots n’en ont pas, Europa, America, Saudi, Daech, et Assad. Mohammad est originaire de Damas, un sunnite. Après quelques mots, il parle de ligne, de crête, avec son doigt sur l’angle du comptoir, geste métaphorique signifiant qu’il a suivi les vents durant le conflit. Son ton est frêle. Ashallaadin se joint à nous, son arabe semble très fin, maniéré. Ces mots, ces sons qui se confrontent, ces regards, les mains, dans l’échange et la confrontation, il y a de la beauté. Le perpétuel voyage des idées.
Des êtres aussi, ces cinq hommes qui quelques jours auparavant sur le bateau du lac d’Assouan avant la frontière ont entamé la discussion, ils m’offrent des galettes, et du fromage épicé. A demi-mots une fois la ligne passée, ils avouent qu’ils partent pour le nord de la Libye, et Daech, par Khartoum, un des nœud du réseau de passage des futurs combattants. Certains ne veulent pas parler, ils ont le regard des convaincus, et la sympathie, le partage qui font les hommes. Oui, hommes. Dans toute leur complexité, celle qui amène ces flux d’âmes à sortir de nos entrailles ce qui nous appartient de plus dur, ceux qui nous pose cette question de la condition humaine. Le bus ralentit, à ma gauche un dernier regard, vers cet autre qui est là , cet autre moi.
Plus au sud, a Karima, les rayons du soleil qui se couche au loin sont rouges, ronds. Les pas qui montent, du bout des lèvres je chuchote, des mots, des phrases qui se perdent dans le silence, et la paix. Autour, les roches et le sable de Nubie, les reliefs basaltiques sont eux peu nombreux, le tout battu par les vents. Au sommet, l’horizon est un cercle plat. À l’ouest, la lueur, en haut, un croissant, la Lune, et ici bordant le fleuve, le large plateau de grès de Geber El Barkal, d’après les croyances, ‘là où le soleil va’.
Le lendemain, je m’arrête aux abords d’une route, après un longue traversée aride et sèche. La nuit, la lumière est grise. Les triangles de pierres empilées, tombeaux qui veillent, sont posés là sur la crête face au sable. La Lune déjà haute est pleine, montrant la voie. Avec des pas doux, lents, crainte et respect, je marche, me pose, et m’assoupis, le long des roches carrées alignées, dans le noir et les étoiles à présent, un doux son de cailloux qui tombent, de niveaux en niveaux, la gravité, le temps.
La ligne qui se déplace, avec le Sud pour but, se sépare après un temps. Les Hommes ont fait des cités, celle-ci est à la confluence, le Bleu, le Blanc et Khartoum. Il fait nuit. Au centre du cimetière, une mosquée modeste, de style ottoman; tout proche, une tombe où les Soufis ont un saint qu’ils honorent tous les vendredi, les hommes et les femmes forment un cercle, les tambours sont puissants, tous chantent, dansent. Les habits sont colorés, les visages en transes. Des tourbillons, des hurlements, des mains haut vers le ciel. Mes muscles, ma peau, mon corps vibrent de toute part. Je regarde comme eux, avec eux, le ciel, et cette Lune qui est là . Les mouvements, les cris et leur force comme silence. Les hommes, les cités, leurs Dieux et leurs mythes, tels le Nil en perpétuel passage.
Flots qui embrassent la sphère et les astres.
Nuit de toutes les nuits.
L’existence a pour origine le mouvement. Il ne peut donc y avoir d’immobilité en elle, car si elle restait immobile, elle reviendrait à son origine qui est le néant.Â
Le voyage ne cesse donc jamais dans le monde supérieur et inférieur. De même les réalités divines sont sans cesse en voyage, allant et venant, telle la descente seigneuriale vers le ciel le plus proche ou l'établissement ascendant vers le ciel, comme il convient à la transcendance et à l'absence de toute similitude ou ressemblance. Dans le monde supérieur, les sphères entraînent dans leur rotation perpétuelle, sans le moindre repos, les êtres qu'elles contiennent. Si elles s'immobilisaient, la création serait réduite à néant et l'ordonnance du monde parviendrait à son achèvement et à sa fin.Â
L'évolution des astres dans les sphères est pour ceux-ci un voyage: «Et la lune, Nous en avons déterminé les mansions» (36: 39). Les mouvements des quatre éléments, des êtres engendrés à chaque minute, le changement et les transformations engendrés par chaque souffle, le voyage des pensées dans les catégories du louable et du blâmable, le voyage des souffles émis par celui qui respire, le voyage des regards à travers les choses vues en éveil ou en sommeil et leur passage d'un monde à l'autre par la transposition de leur signification; tout ceci est sans aucun doute voyage pour tout homme doué d'intelligence. Certains considèrent que le monde des corps, depuis l'instant où Dieu l'a créé, ne cesse dans sa totalité de descendre, dans le vide sans fin.Â
En réalité nous ne cessons jamais d'être en voyage depuis l'instant de notre constitution originelle et celui de la constitution de nos principes physiques, jusqu'à l'infini. Quand t'apparaît une demeure, tu te dis: voici le terme; mais à partir d'elle s'ouvre une autre voie dont tu tires un viatique pour un nouveau départ. Dès que tu aperçois une demeure, tu te dis: voici mon terme. Mais à peine arrivé, tu ne tardes pas à sortir pour reprendre la route.
Ibn’Arabi (1165 - 1240), Le dévoilement des effets du voyage.
Nile stories. Aswan.
Triangles.
There cling’s and clang’s. The metal worker was hitting.
Cairo, Egypt.
Through the suq of the ever lasting Alexandria, Egypt.
Les souffles, Danakil, 2015
Self-portraits
New works from Commencements, here.
Dans ‘Question de’ chez Albin Michel au côté du philosophe André Comte-Sponville.
In P magazine third edition about Intimacy, from Mexico.
Rivière de Temps
Sur les collines de Kabul, le soleil qui s’efface, ces pensées qui fuyaient, laissant cette forte empreinte, celle que seules les années usent. Éclatant à nouveau, ce sont celles des odeurs des armes, des bruits, des énergies qui s’affrontent, avec tout leur mystère, leur immédiateté, et ces forces qui se déversent sans la distance, en pur produit de l’émotion, de la condition. Humain.
Seules les lueurs du soleil qui, lui, a continué son ballet inchangé, non affecté, son réel étant autre. Des notes de pianos, ces ondes qui dans le silence offrent un chemin. Elles touchent, traversent, transpercent. Ces pas, ces silences, et encore ces pas qui vont. Est-ce la liberté qui dans le noir s’immisce. Le blanc qui aveugle. Une force qui s’extirpe, la vie qui prend ses droits. Notre condition, l’humaine, qui nous appelle, nous tient, nous ballote.
Cette sensation qui envahit, que ce chemin qui serait là devant nous, n’est point tracé, mais simplement ces hommes qui marchent, vers, pendant le présent qui fuit. Ce réel qui est là . Mais perceptible seulement une fois que le temps a pris sa place. Il n’y a pour lui aucune voie tracée, mais elle au même instant l’est déjà .
Les tragédies, les bonheurs, qui le frappent, le submergent, ici, au loin, l’importance qu’il leur accorde. Les combats des hommes, aujourd’hui, avant et après ses spiritualités, ses croyances, ses idées. Il a ses langages, ses mots qui se font face, et s’entrechoquent, ses réels qui s’affrontent. Chacune prisonniers du leur ils se confrontent, puis s’éloignent à nouveau avant les prochaines rencontres qui elles viendront, inéluctablement. Vagues.
Tous comme Un. Ses expériences de l’instant restent de sa seule condition, son histoire, la connaissance qu’il se crée.
Cette rivière infinie qui file et dont ne restera que poussières dans le silence.
For all nights.
Danakil, Ethiopia.