Blog destiné à l'expérimentation, ici je développerai articles ou reviews autour de sujet en tout genre, que ce soit une oeuvre de fiction, un personnage ou encore un sujet de société.
Hello ! Je m'appelle Ryry, pseudo que j'utilise sur mes différents réseaux sociaux. Je suis un petit jeunot de 20 ans avec les rêves pleins la tête qui regorge d'idée pour partager mes passions. Je viens de la Suisse, mais je suis loin d'avoir une bonne maitrise de l'allemand. Je parle surtout français et anglais sans grande prétention, et je suis actuellement en étude de Sciences Politiques ! Ici, j'aimerais avant tout vous partager mes passions pour : l'esport, l'écriture, la littérature et la culture pop par le biais de mes billets. J'espère que ça va vous plaire :)
S n o w o n t h e b e a c h (Sasha's version) - WIP (03.01.2024)
M i d n i g h t s c o l l e c t i o n
Résumé : Sasha et Louane formait une paire. Inséparable depuis l'enfance, la complicité entre elle n'avait pas de limite, et personne pourrait en mettre, hormis elle-même. Adolescente blagueuse, Sasha parvenait toujours à faire sourire Louane, ce qui était sa plus grande fierté. Mais qu'en sera-t-il lorsque, durant des vacances au ski, Sasha découvrira la véritable nature de ses sentiments pour Louane ? Récit de découverte, Snow on The Beach narre l'histoire d'un jeune amour, avec ses défauts, mais surtout, ses plus grandes qualités...
Cette nouvelle fait partie d'une collection de nouvelles, la Midnights Collection, qui regroupent des nouvelles de différents styles, inspirées par le dixième album studios de Taylor Swift, Midnights.
Il m’en fallait pas plus pour que je commence à préparer un chocolat chaud. Tout m’avait paru plus chic que par chez-moi. De la brillance des casseroles jusqu’à la qualité premium du cacao, je ressentais un certain malaise à utiliser ces produits. Non pas que j’ai peiné à me faire aise – j’entends encore Mathilda se plaindre du chenille que j’ai mis dans sa chambre lors de son anniversaire – plutôt que j’avais l’impression de ne pas appartenir à ce monde. Même le lait avait un certain standard, une saveur dont mes papilles se sont délécté, merci beaucoup. Mais ç’avait un goût d’innaccessible, trop luxueux pour une personne comme moi.
BONNE ANNÉE 2024 !!! Je ferais un billet un peu plus propre pour vous la souhaiter, et c'est avec plaisir que je la commence avec cet extrait ! J'ai failli à ma tâche la semaine passé en ne postant aucun extrait, et j'en suis désolé... Je ferais tout mon possible pour que ça ne soit qu'un mauvais pas :)
Pour parler de l'avancement de la nouvelle, je dirais que j'en suis à 35% de l'écriture voire 40%. Je m'attendais pas à ce qu'elle soit si longue à écrire, mais mon esprit a décidé d'y glisser des thèmes importants dans le cadre de la nouvelle. Y'a également un aspect sur lequel je dois faire quelques recherches, et franchement, je m'attendais pas à devoir me cultiver dans le domaine en question !
Que cette année 2024 vous apporte bonheur, santé et réussite, et je vous dis :
S n o w o n t h e b e a c h (Sasha's version) - WIP (20.12.2023)
M i d n i g h t s c o l l e c t i o n
Résumé : Sasha et Louane formait une paire. Inséparable depuis l'enfance, la complicité entre elle n'avait pas de limite, et personne pourrait en mettre, hormis elle-même. Adolescente blagueuse, Sasha parvenait toujours à faire sourire Louane, ce qui était sa plus grande fierté. Mais qu'en sera-t-il lorsque, durant des vacances au ski, Sasha découvrira la véritable nature de ses sentiments pour Louane ? Récit de découverte, Snow on The Beach narre l'histoire d'un jeune amour, avec ses défauts, mais surtout, ses plus grandes qualités...
Cette nouvelle fait partie d'une collection de nouvelles, la Midnights Collection, qui regroupent des nouvelles de différents styles, inspirées par le dixième album studios de Taylor Swift, Midnights.
Lors de cette journée, j’ai découvert une femme au cœur d’or. J’ai ris aux éclats quand elle a narré sa rencontre avec son ex-mari, un artiste raté aux compliments maladroits. C’était ces mêmes compliments qui l’ont intrigué alors qu’elle était encore étudiante. Ses yeux d’un brun d’une clareté de verre se sont plongés dans son café noir alors qu’elle parlait de ces années d’amour, celles qui la rendaient invincible.
Hello hello, petite compte rendu de cette semaine d'écriture et surtout de l'avancée de cette nouvelle. Pour le moment, j'en suis à environs 5'000 mots et je dirais à 1/4 de la nouvelle pour l'instant. C'est assez difficle de m'en rendre compte surtout que j'ai encore le nez en plein dans le guidon, mais avec un peu de recul je pense qu'on arrive dans ses eaux-là. En terme d'enchainement de journée, j'ai écrit quasi toute la semaine, juste le dimanche et le lundi qui ont été des journées compliquées puisque j'étais à une fête de famille qui m'a pris pas mal d'énergie. Sur ce, je vous retrouve normalement la semaine prochaine pour la suite de l'avancement de la nouvelle,
S n o w o n t h e b e a c h (Sasha's Version) - WIP (13.12.2023)
M a s t e r l i s t - M i d n i g h t s
Résumé : Sasha et Louane formait une paire. Inséparable depuis l'enfance, la complicité entre elle n'avait pas de limite, et personne pourrait en mettre, hormis elle-même. Adolescente blagueuse, Sasha parvenait toujours à faire sourire Louane, ce qui était sa plus grande fierté. Mais qu'en sera-t-il lorsque, durant des vacances au ski, Sasha découvrira la véritable nature de ses sentiments pour Louane ? Récit de découverte, Snow on The Beach narre l'histoire d'un jeune amour, avec ses défauts, mais surtout, ses plus grandes qualités...
Cette nouvelle fait partie d'une collection de nouvelles, la Midnights Collection, qui regroupent des nouvelles de différents styles, inspirées par le dixième album studios de Taylor Swift, Midnights.
« C’est pour ça que j’adore l’hiver, m’a-t-elle confié souriante, il a beau faire nuit tout le temps, c’est pour ce genre de paysage que je supporte le froid. »
Ses yeux sombres pétilliaient d’une joie mirifique. Je me souviens l’avoir trouvée belle à ce moment-là. Mais j’étais encore timorée et ignorante, alors j’ai pensé que c’était un sentiment normal à avoir pour sa meilleure amie. Quelle idiote j’étais.
Hello ! Petite surprise de mon côté, je vais essayer de poster chaque mercredi un passage de la fiction sur laquelle je travaille afin de vous tenir un peu au courrant sur quoi j'écris et aussi pour mettre un moyen pour me forcer à bosser, c'est gagnant-gagnant :) J'ai repris l'écriture de Snow On The Beach (Sasha's Version) que samedi dernier, mais depuis j'arrête pas de taffer dessus ! J'espère pouvoir publier la version finale très bientôt, même si je doute qu'elle se fera avant janvier 2024. Voilà pour les news, je retourne taffer de mon côté, passez une bonne journée/soirée et on se revoie très vite !
Résumé : Toute la France connait Lise Careille. Revêtant le pseudonyme "Lise Vous Parle", elle est un phénomène rare sur les plateformes et les réseaux sociaux. C'est une célébrité qu'elle gère au mieux, avec tout le poids que cela apporte, comme les journalistes qui décrient le moindre de ses faits et gestes, pour le meilleur, mais surtout pour le pire.
Cette nouvelle fait partie d'une collection de nouvelles, la Midnights Collection, qui regroupent des nouvelles de différents styles, inspirées par le dixième album studios de Taylor Swift, Midnights.
« Mais en fait, vous comprenez pas que je reçois ce genre de commentaire à longueur de journée. Que ce soit sur Insta’ quand je poste une photo où y’a un peu de peau visible, sur YouTube quand je modère mes commentaires, et même sur Twitch quand les modos n’effacent pas assez vite les messages désobligeants. Y’a un moment, j’en peux plus. J’ai pas fait ce métier pour que des pervers comme lui se branle sur moi » Et de là, elle insiste sur sa situation. Elle parle des commentaires qu’elle reçoit en messages privés, des photomontages sur lesquels on colle sa tête sur une femme dénudée, des dickpics non-voulue. « Y’a même des gars qui se filment en train d’éjaculer sur une photo de moi. J’ai jamais voulu de ça, je veux juste faire mon métier tranquillement. »
Cette fiction peut aussi être lu sur Wattpad, bonne lecture :)
I’d stared directly at the sun, but never in the mirror. It must be exhausting always rooting for the anti-hero – Anti-Hero
11 | Société Nice-Matin | Le 5 juillet 2020
Lise Careille : la star niçoise qui se confie à sa caméra !
Une journée pas comme les autres
C’est un dimanche comme un autre pour la jeune Lise Careille. Elle se lève, s’arme de son téléphone, s’en va dans sa salle de bain, et commence à se maquiller. Elle parle de son quotidien, de ce qu’elle va faire dans la journée. Puis, la caméra de son téléphone assiste à une scène tendre : le petit-ami de l’influenceuse qui l’enlace par-derrière et l’embrasse. Puis, une fois le matin achevé, elle poursuit sa journée, toujours devant les caméras. Cette fois-ci, elle s’exprime devant une caméra dernière génération. Puis l’après-midi arrive, et elle le passe devant l’ordinateur sur lequel elle monte une prochaine vidéo. « C’est comme ça que se déroule une journée la plupart du temps, nous explique Maxime Chabrond, le petit-ami de Lise, elle passe tout son temps devant un écran, ce qui rend parfois la vie de couple difficile, mais on s’y fait ! »
Un succès à double tranchant
À la fin de la journée, Lise se pose et défile son fil d’actualité. Dedans, on y trouve bons nombres de commentaires de ses fans, des compliments et des remerciements, et quelques commentaires négatifs « ça ruinait mes journées à mes débuts, nous confie la niçoise, j’essaie de ne plus trop les prendre à cœur, mais c’est compliqué, surtout après le harcèlement que j’ai vécue au collège » En effet, c’est en vivant un harcèlement constant depuis ses 14 ans que Lise s’est lancée sur les plateformes à 16 ans. Un mal pour un bien dirait certains, puisqu’aujourd’hui, l’influenceuse comptabilise plus de 3 millions d’abonnés sur YouTube et 1,5 million sur Instagram. Des chiffres renversants qui lui permettent de vivre de son activité sur les réseaux. Présente depuis 6 ans, on retrouve sur sa chaîne des conseils maquillages, des vlogs – vidéos qui montrent toute une journée ou couvrent un événement particulier, comme la Vidéo City Paris – ou encore des vidéos cuisines. Mais récemment, la Youtubeuse essaie de se renouveler, comme le prouve sa dernière vidéo Mon Expérience de joueuse. « Je suis une grande fan de jeu-vidéos depuis que je suis petite, se remémore-t-elle avec nostalgie, mais je n’osais pas montrer cette facette de moi, c’était mal vu à l’époque… » Ce soir, elle s’essaie à Twitch, plateforme dont le but est de retransmettre en direct une partie de jeu-vidéo, qui connait un grand essore depuis le confinement. Elle s’adresse à un chat, rebondit sur les commentaires de ses viewers et réagit à sa partie d’Animal Crossing New Horizons. Plus de 1'000 personnes suivent sa partie.
22 heures passées, elle coupe la diffusion, et consulte ses mails. Dans ses contacts, des grands noms de la mode se bousculent pour réaliser un partenariat commercial. « C’est ma première source de revenus. Avec les polémiques récentes sur YouTube, les sommes que j’obtiens à la fin du mois avec mes vidéos seulement sont ridicules » affirme-t-elle. À la fin de la journée, elle s’endort à minuit alors que son petit-ami se trouve déjà au lit.
À seulement 20 ans, l’influenceuse niçoise a un emploi du temps très chargé et gère beaucoup de business. Elle n’est pas seulement youtubeuse, instagrameuse, ou streameuse, puisqu’elle gère également une marque de vêtement qui a ouvert ses portes l’année dernière. À l’occasion, un magasin éphémère a émergé à Nice où sa marque a été mise à l’honneur. Avec son agenda, on pourrait se demander si elle trouve du temps pour son couple. « C’était dur au départ, déclare Maxime, on s’est rencontré au lycée et quand elle a eu son premier buzz, on s’est séparé à cause de nos modes de vie différents. » Ils se sont remis ensemble très récemment pour le plus grand plaisir des fans de l’influenceuse. Si Lise a acquis des compétences de cheffe d’entreprise sans avoir de diplôme, ce n’est pas le cas de son compagnon qui poursuit ses études. Quand ce dernier part de leur appartement, la jeune femme y reste pour travailler. Deux modes de vie complètement différents, pourtant, ils parviennent à « mener une vie de couple heureux ».
Un avenir incertain
Mais ce mode de vie peut-il se maintenir jusqu’à la vieillesse ? Des ex-stars du web semblent avoir déjà entamé leur reconversion, comme Cyprien Iov qui s’intéresse de plus en plus au monde de la fiction. On peut également prendre en exemple Jigmé, de la chaîne Les clichés de Jigmé, qui a abandonné sa chaîne pour vivre en total autarcie. « Pour ma part, je me vois encore faire ce métier aussi longtemps que je le peux, affirme la Youtubeuse, c’est sûr que c’est pas un train de vie facile à vivre, mais c’est ce qui me plait et la fatigue n’est qu’une broutille en comparaison de ce que je vis ! »
Clément Martins
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9 | People Consmopolitan | Le 6 mars 2023
Influence : le couple Maxime/Lise de nouveau rompu ?
Une absence des réseaux
Cela fait plusieurs semaines que nous n’avons pas vu Maxime dans les publications de Lise. À ce jour, l’influenceuse s’est faite discrète au sujet de son couple, là où avant elle n’hésitait pas à afficher sa moitié au grand jour. En effet, la dernière parution du journaliste sur ses réseaux remonte à début février. Selon nos sources, les deux tourtereaux ont assisté à une soirée dans une boîte à Monaco. À l’occasion du lancement d’une première échoppe dans la ville-état, Lise s’est payé le luxe d’organiser une soirée pour sa marque dans le Monte-Carlo Club. Par ailleurs, dans son traditionnel photo dump de la soirée, Maxime ne figure sur aucune photo. Pourtant, le journaliste a été bel et bien présent à la soirée. Une absence qui fait planer le doute sur la bonne santé du couple.
Loin d’être une première
Pourtant, leur séparation ne serait pas une surprise. En effet, le journaliste s’est déjà séparé de l’influenceuse. Comme il l’a dit chez Nice Matin : « on s’est rencontré au lycée et quand elle [Lise] a eu son premier buzz, on s’est séparé à cause de nos modes de vie différents. » Se pourrait-il que leur mode de vie se soit à nouveau interposé dans le couple ?
Une certitude pour les fans
Ce qui est sûr, c’est que même si Lise ne s’est pas encore prononcée, pour les fans, Maxime s’est à nouveau séparé de la Youtubeuse. Depuis une semaine, celui-ci est attaqué sur les réseaux sociaux par les fans de l’influenceuse. S’il utilise très peu Twitter, ne se servant que de l’oiseau bleu pour son travail, ses tweets n’en restent pas moins assiégés par une poignée de commentaires qui se questionnent sur l’état de son couple. À ce jour, il ne s’est pas prononcé sur le sujet, ce qui a le don de titiller les fans. « C’est sûr qu’ils se sont séparés, regardez comment elle [Lise] est beaucoup moins joyeuse sur ses dernières vidéos » déclare l’un de ses fans sur Twitter.
Un mystère qui reste en suspens
Toutefois, rien n’est certain. On ne peut que faire des suppositions sur le couple. En revanche, nous sommes en droit de se questionner sur l’état de santé du couple, celui-ci étant une égérie des couples d’influenceurs, à l’instar de Léna Situation et de Seb. Ce qui est sûr, c’est que si la rumeur s’avère vraie, c’est tout un public qui sera endeuillé. À ce jour, Lise cumule un total de 5 millions d’abonnés sur YouTube ainsi que 3 millions d’abonnés sur Instagram, un public qui sera potentiellement affecté par leur séparation.
Aurore Martinez
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Numerama
Publié le 10 avril 2023
Société | Culture Web
« J’ai pas fait ce métier pour que des pervers comme lui se branle sur moi » : Lise Vous Parle explose en plein stream
Victoria Gayle
La jeune influenceuse, présente sur Twitch depuis 3 ans, s’insurge d’une remarque d’un viewers durant un de ses streams. Si ce commentaire est le seul qui fait réagir la streameuse, il témoigne cependant d’une accumulation d’injure et de remarques salaces sur son chat. Un comportement qui n’est pas rare pour les femmes du web.
C’est un samedi comme les autres pour Lise Careille. Présente sur les réseaux depuis ses 16 ans, elle anime depuis le confinement un stream sur la plateforme à succès Twitch. Après avoir complété sa journée, répondu à ses obligations pour alimenter sa chaîne YouTube et son Instagram, elle se décide, comme tous les samedis, à allumer sa caméra et commencer son stream. Comme d’habitude, elle accueille ses viewers en parlant de son actualité. L’échange avec son chat reste cordial, l’influenceuse rebondissant sur les messages de ses viewers. Une ambiance bonne enfant s’est instauré, rien de surprenant. C’était jusqu’à ce qu’un message fasse sortir de ses gonds la streameuse. « Tu pourrais faire un Onlyfans, ça serait plus intéressant que tes streams » Ce commentaire, qui peut paraitre simple en apparence, a suffi pour attirer l’attention de la streameuse. « Frère y’a un moment je [ne] te force pas à rester sur le stream. Si tu veux te branler, y’a des sites faits pour et pleins d’autres meufs sur Onlyfans. »
Loin d’être un cas isolé, la streameuse expose les actes déplacés qu’elle a vécu
À partir de ce moment, le chat s’enflamme, tout comme l’influenceuse. Ses viewers lui proposent d’ignorer cette personne, qui continue de débattre avec Lise, l’accumulation des deux énervant plus la streameuse. « Mais en fait, vous comprenez pas que je reçois ce genre de commentaire à longueur de journée. Que ce soit sur Insta’ quand je poste une photo où y’a un peu de peau visible, sur YouTube quand je modère mes commentaires, et même sur Twitch quand les modos n’effacent pas assez vite les messages désobligeants. Y’a un moment, j’en peux plus. J’ai pas fait ce métier pour que des pervers comme lui se branle sur moi » Et de là, elle insiste sur sa situation. Elle parle des commentaires qu’elle reçoit en messages privés, des photomontages sur lesquels on colle sa tête sur une femme dénudée, des dickpics non-voulue. « Y’a même des gars qui se filment en train d’éjaculer sur une photo de moi. J’ai jamais voulu de ça, je veux juste faire mon métier tranquillement. »
Une constante en tant que femme du web
Lise est loin d’être la seule à vivre cela, d’autres créatrices de contenus vivent cette réalité. Ava Mind, streameuse à plein temps sur Twitch, s’est déjà plaint de la situation. Le 22 juillet 2022, elle a notamment exposé un message vocal qu’elle a reçu sur Instagram. « Je me disais, pourquoi pas faire du MYM ou du Onlyfans ? commence-t-on à entendre dans le message vocal que diffuse Ava Mind. Au moins tu mettrais à contribution ton corps, parce que te faire passer pour une geek pour des miséreux sexuels, c’est franchement malaisant. Au fond de toi, tu sais que t’es une pute, donc monétise dessus […] » AvaMind assure qu’elle reçoit ce genre de message plus d’une soixantaine de fois quotidiennement. Ce qui ressort de ces commentaires, c’est qu’une femme n’a rien à faire sur les réseaux, n’a pas sa place dans le monde du jeu vidéo, et devrait se contenter de servir l’homme avec son corps.
Harcèlement propre aux femmes
De même lors du Zevent, un événement caritatif qui réunit les streamers autour d’une cause, Ultia, créatrice de contenu autour de l’univers Nintendo, s’insurge du comportement d’un des streamers présents, Inoxtag, qui, selon elle, réunit énormément de spectateurs tout en objectifiant une actrice Mexicaine sur son stream. « Et les gens applaudissent en plus » crie-t-elle alors qu’on félicite Inoxtag d’avoir fait un record de viewers. Si les deux personnalités du web se sont expliquées après, enterrant une hache de guerre qui a été à peine dégainée, la guerre n’a fait que commencer sur Twitter. Depuis, la streameuse reçoit une vague de harcèlement plusieurs fois, pareil à Léna Situation qui vit du harcèlement pour ce qui semble être des non-événements.
Un rien provoque la haine
Invitation au ballon d’or refusé, strip-teaseurs qui performent lors de son anniversaire sous les yeux de son petit ami, ou encore nouvelle coupe de cheveux, tout est un prétexte pour harceler l’influenceuse, qui a témoigné de son ras-le-bol lors de sa vidéo « Les chiens aboient, la caravane passe ». « Je me suis pris une patate le jour où, quand la haine, que je connaissais, qui existait que sur Internet [est devenue] réel, [lorsque] ma mère reçoit des appels (qui disent) : « Ouais ta fille c’est une grosse pute » » s’explique l’influenceuse. Elle montre des commentaires, et on peut lire : « Les femmes de nos jours… bandes de salopes » « Mais mettez-la au cachot cette immense pute c’est la pire » « Je lui aurais envoyé un crochet dans la gencive sérieux » Tout cela témoigne d’une haine pour l’influenceuse qui ne semble pas justifiée, ou si elle l’est, pour des raisons bénignes qui prennent des proportions incontrôlables, à tel point de se métamorphoser dans la vraie vie. « On a retrouvé le téléphone de ma grand-mère […] pour l’appeler pour lui dire que sa petite fille est une grosse salope » Tout cela génère de la crainte que Léna ressent pour ses proches, à tel point qu’elle s’est effondrée et a plongé dans une grande déprime.
Internet, terrain fertile pour le sexisme
Tous ces commentaires ne sont que des exemples de ce que se prennent les femmes dans la vie de tous les jours. Les sifflements dans la rue se métamorphosent en suggestion d’Onlyfans, en dickpics, en fausses photos dénudées. La parole des femmes est minimisée, et on insulte celles qui osent s’insurger. Et tout est un prétexte pour harceler une femme qui n’a pas le comportement auquel on s’attend. On s’attend à ce qu’une femme se taise et serve l’homme avec son corps, ce qui n’est pas le comportement des influenceuses qui sont de véritables cheffes d’entreprises. Qu’elles le veuillent ou non, les femmes du web sont les témoins bruyants de ce que vivent les femmes tous les jours, une preuve que la cause féministe est encore à l’ordre du jour. Il y a encore du travail pour que les femmes puissent exister sans qu’on ne remette en cause leurs agissements.
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MEDIAPART
Numérique
Santé Mentale : Lise Vous Parle s’exprime sur sa dépression
Dans sa dernière vidéo, l’influence niçoise Lise se livre au sujet de sa santé mentale et des difficultés qu’elle rencontre ces derniers mois. Rupture, harcèlement, remarques sexistes, succès, elle décortique sa vie sous le prisme de sa santé mentale qui, ces dernières années, s’est effritée jusqu’au point de rupture.
Alexander Courtil
1er juin 2023 à 17h42
On est mercredi. C’est une journée comme une autre, et à force de défiler dans l’onglet abonnement, une nouvelle vidéo de Lise Vous Parle, youtubeuse à plus de 5,4 millions d’abonnés, apparait. Pour les fans, c’est anormal. L’influenceuse a habitué son public à deux vidéos par semaine, le mardi et le samedi. Le titre déclenche la sonnette : « je suis à bout… ». En cliquant sur la vidéo, on s’apprête à découvrir tout un pan que la niçoise a caché à son public.
Au début de sa vidéo, Lise prévient qu’il ne s’agit pas d’une vidéo comme les autres. Pas de musique en fond, pas de sourire, pas d’introduction, rien de tout cela. Elle parle, sa voix résonne même dans sa pièce dont seul le mur blanc est visible. Elle introduit le sujet : elle a été diagnostiquée par un psychologue. « Elle [sa psychologue] m’a fait prendre conscience que je suis malade, que je suis souffrante et que cette maladie s’est aggravée ces derniers jours » Si la youtubeuse reste très secrète sur sa maladie, cette dernière marque néanmoins son visage et son humeur. D’une nature plutôt joviale, Lise Vous Parle s’est toujours montré avec un sourire sous les caméras. C’est pourquoi cette mine blafarde, ce visage neutre, démaquillé, a de quoi surprendre son public. « La dernière vidéo de Lise… un crève-cœur, elle est courageuse de se livrer comme ça, gros soutien » C’est ce genre de tweet qu’on peut lire depuis hier.
En continuant sa vidéo, Lise se livre. Elle revient sur son harcèlement qu’elle a vécu au collège. « J’avais des problèmes de poids à cette période-là. Je me trouvais trop grosse, à tel point que je me faisais vomir à chaque repas. C’est pas passer inaperçu auprès de mes camarades, qui ont pointé du doigt ce problème chez moi […] Je pense qu’ils se rendaient pas compte dans quel état ça me mettait. On était des gamins à cette époque… » C’est pour fuir la réalité que l’influenceuse a commencé à filmer des vidéos sur Internet. « Ça me faisait un bien fou, à tel point que je parvenais à passer outre les commentaires des autres. »
Le succès est venu tout seul pour l’influenceuse. Elle gagnait des abonnés, lisait des commentaires « adorables » tous les jours, et elle a même réussi à vaincre ses pulsions et a arrêté de se faire vomir. Elle a appris à s’accepter et à aller de l’avant. Le lycée, contrairement au collège, s’est bien passé. Elle a eu son premier copain, qu’on connait très bien, Maxime Chabrond. Mais avec le succès grandissant, elle a dû faire le choix d’arrêter ses études pour se consacrer pleinement à la création de contenu. « J’ai jamais regretté ce choix. L’école m’ennuyait, et j’y allais que pour revoir Maxime. »
Puis, les années passant, sa communauté grandissant de plus en plus, elle a commencé à ressentir le poids de la célébrité sur ses épaules. Elle ressentait la pression de toujours faire les choses bien pour ses fans. « Savoir que je pouvais vous décevoir, ç’a été ma hantise, et ça l’est encore aujourd’hui. J’ai de la peine à me rendre compte de la chance que j’ai de vivre de ce métier, je ressentais que la fatigue que la paperasse de la marque me provoquait. » Avec la pression qu’elle se mettait, les nombres qui stagnaient par moment, elle a commencé à se questionner sur son contenu. « Et je crois que c’est ce qui m’a fait perdre Maxime, encore une fois. Je voulais pas en parler parce que je crois que moi-même, je me rendais pas compte que c’était fini entre nous, et aussi parce que je voulais pas vous décevoir. »
Si sa rupture ne l’a pas aidé à aller mieux, le harcèlement qu’elle vit depuis deux mois déjà n’a fait qu’empirer son état. En effet, lors d’un de ses streams qu’elle anime habituellement le samedi, elle s’est énervée sur un de ses viewers qui lui a fait un commentaire des plus sexistes, l’invitant à se dénuder plutôt que de faire croire à sa communauté qu’elle était une amatrice de jeux vidéos. « J’étais déjà à bout à ce moment-là. Je venais de perdre Maxime, et j’ai pas réussi à me taire comme d’habitude. Quand bien même j’ai dit la vérité, je pense qu’avec du recul, j’aurais dû fermer ma gueule. Surtout quand je vois ce que je me prends sur Twitter. »
Si ses clips ont tourné sur le réseau à l’oiseau bleu, le discours qu’elle promulgue n’a pas fait l’unanimité. Certains tweets disent qu’elle a fait ça pour l’attention, d’autre considère que ce n’est pas si grave ce qu’elle vit, qu’elle ment, qu’elle n’est rien que « une pute à buzz ». « Et faut pas croire, mais ces messages ne passent jamais inaperçus. Je les lis. Pas tous, sinon je deviendrais folle, mais je les lis. Et ça fait mal de lire ça tous les jours. Mais à la fois, je pouvais pas m’empêcher d’aller sur Twitter et de chercher mon nom. C’est malsain, je sais, mais c’était plus fort que moi. »
Elle présente un constat froid sur sa situation à la fin de sa vidéo. Alors qu’elle s’apprête à éteindre la caméra, elle lance : « Si j’étais un mec, je pense que je vivrais pas tout ça. J’ouvrirais pas mes DMs sans avoir une boule au ventre. Je verrais pas des bites à longueur de journée. Ma parole serait légitime, on m’écouterait, et on validerait mes propos. Mais faut croire que j’ai pas de chance, j’ai tiré le mauvais numéro. » Et sur un fondu au noir, la vidéo s’arrête. Depuis, l’influenceuse ne donne plus signe de vie. D’habitude, ses réseaux sociaux sont actifs tous les jours. Là, ça fait une journée entière sans nouvelle. Si cela a de quoi inquiéter, la mère de Lise nous prévient par un post Facebook que sa fille va bien. « Elle est revenue à la maison pour un certain moment, elle a besoin de temps, elle reviendra, ne vous inquiétez pas. Elle a juste besoin d’une pause pour s’occuper d’elle. Elle s’est occupée de vous pendant des années, accordez-lui au moins une petite pause s’il vous plait. »
Sa vidéo a de quoi interroger sur la sécurité des femmes sur le web. Elle n’est pas un cas isolé. Ultia, Lena Situations, Avamind, Manonolita, ou encore plus récemment Loupiote, ce sont des femmes qui ont déjà été victimes des commentaires d’Internet, qui le sont encore, et le seront encore tant que les gouvernements ne s’intéresseront pas à la question du cyberharcèlement.
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21 | Société Le Figaro | le 13 septembre 2023
Harcèlement en ligne : Lise Vous Parle toujours sous les radars, un caprice d’une génération entière ?
Editorial par Bernard Lefèvre
Voilà plus de 3 mois qu’on est sans nouvelles de l’influenceuse Lise. Star des réseaux sociaux, récemment la youtubeuse s’est faite discrète sur les diverses plateformes. Pas un signe de vie n’a été donné, si ce n’est des photos faites par ses fans de temps en temps. « J’espère qu’elle ne va bien » « Personne sait ce que devient Lise Vous Parle ? Ses vidéos me manquent trop… » « Aucune nouvelle de Lise, ça devient inquiétant, j’espère qu’on la revoit bientôt » C’est ce genre de tweets qu’on peut retrouver sur la plateforme fraichement renommée X. Mais si bons nombres s’enquièrent de la santé de Lise, d’autres s’interrogent au sujet de cette pause.
Si on ignore la gangrène misogyne et les commentaires dégradants sur son physique de plus en plus maigre sur les récentes photos de fans, une remarque intéressante relève le niveau du débat : « Si elle n'était pas riche, elle se serait jamais permis de quitter les réseaux comme ça » Si on repense la situation et qu’on l’applique sur une personne de classe moyenne, on serait en droit de se demander s’il serait réaliste de quitter son travail pour 3 mois. Quand la monnaie a encore de la valeur, que le frigo se vide et que les factures s’entassent, même avec le chômage, on est très vite remis sur l’étrier afin de travailler. Il y a peu, on ne parlait pas de santé mentale. Le terme de burn-out n’existait tout bonnement pas, et on se contentait de continuer de travailler parce qu’on n’avait pas le choix.
Les années avançant, de plus en plus de jeunes se disent haut potentiel, hyperactif, ou encore dépressif. Si ce n’est pas un problème en soit, le fait de remettre la cause de ses problèmes sur sa potentielle maladie mentale l’est en revanche. Et ce sont des personnes comme Lise qui promulgue un mode de vie paresseux, dans lequel on s’arrête dès le premier obstacle. Bien sûr, sa maladie est légitime, peu de gens pourrait se targuer de supporter toute la charge qu’elle a accumulé durant ces dernières années. Mais en ne se montrant pas, en abandonnant son travail alors qu’elle est une personnalité publique, elle montre un exemple qu’il ne faut pas suivre. Dès que l’enfant a acquis le fait qu’il n’est pas grave de prendre des longues pauses et qu’il n’y aura aucun impact sur sa vie, c’est la société entière qui va se retrouver à éduquer des paresseux, sous couvert que ces derniers auraient des problèmes mentaux qui légitimeraient une pause. Et lorsque les premiers mousses quittent leur poste, c’est tout le bateau de la société qui tanguera. Celle-ci s’endettera pour aider les plus démunis, ceux-là même qui croyaient pouvoir déserter leur poste, car leur influenceuse préférée l’a également fait. La différence qui les sépare d’elle, cependant, se fait dans le capital qu’ils renferment dans le compte en banque. Et pendant qu’ils galèreront à satisfaire leur besoin, à nourrir la société de leur argent, que celle-ci financera une flopée de chômeur en taxant les plus démunis, Lise et consorts seront en train de faire leur post sponsorisé qui leur rapportera gros sous, observant le monde se déréguler, couché sur leur transat dans un paradis fiscal.
Bernard Lefèvre
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9 | People Paris Match | Le 31 septembre 2023
Entreprise : du nouveau sous le soleil de Monte-Carlo !
Monaco est un pays qui renferme beaucoup de pilotes de Formule 1, tels que Charles Leclerc, Lando Norris ou encore Max Verstappen. Et si le pays accueille chaque année un circuit mythique, ce n’est pas de course dont l’article est question. En effet, aux abords de Monaco, sur la mer bondée de yachts et autres véhicules nautiques, on peut apercevoir deux hommes qui ne sont pas méconnus. Pedro Borleti, chef d’une grande firme italienne de la mode, a été aperçu sur son bateau privé en compagnie d’un jeune homme. Journaliste chez le Monde, Maxime Chabrond se trouvait aux côtés de l’Italien. Et si on peut penser qu’ils sont bons amis aux premiers abords, le doute n’est plus permis quand on voit les photos prises et publiés chez Chi, un magazine italien. On connait Maxime de par sa relation avec Lise Careille, influenceuse du web qui a disparu depuis quelques temps. Et si l’une semble encore se remettre de la rupture, l’autre parait on ne peut plus heureux, lové contre le torse-nu du chef d’entreprise.
Il suffit de les voir pour savoir qu’ils sont heureux. Regardez ces sourires alors qu’ils semblent se chamailler, l’un faisant de l’ombre à l’autre ! Personne n’a pu soupçonner ce couple, et chez la presse italienne, la nouvelle se répand comme une trainée de poudre. Il reste à savoir comment Lise va réagir à la nouvelle. Si elle n’a pas encore réagi, ses fans ont été plus vifs. Ces photos houleuses ont provoqué un débat sur les réseaux. Les concernés n’ont pas réagi, et si chez Paris Match, nous avons tenté de les contacter, ni Maxime Chabrond ni Pedro Borleti n’ont voulu répondre à nos questions.
Éleonor Waber
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9 | Société Le Monde | Le 17 octobre 2023
Influence : tremblement de terre sur le web, Lise interné à l’hôpital
Absente depuis 4 mois, on apprend que Lise Careille se trouve à l’hôpital psychiatrique.
Après avoir inquiété ses fans, l’influenceuse Lise Vous Parle s’est confié sur la raison de son absence. Pas de grandes vidéos n’augurent son retour. Le 15 octobre 2023, c’est par un poste sur la plateforme X qu’on apprend qu’elle se trouve à l’hôpital. « Désolé pour le manque de nouvelle. Comme j’ai dit dans ma dernière vidéo, j’ai besoin d’une pause. Ma santé s’est aggravée, je suis à l’hôpital pour une durée indéterminée. » En effet, l’influenceuse s’est confiée sur sa santé mentale avant de complètement disparaitre des réseaux. On y a appris qu’elle souffre d’une maladie inconnue, sur laquelle elle ne s’est pas prononcée. S’il y a quelques mois deçà, on la retrouvait encore sur des photos de fans, ce n’était pas pour autant que son état rassurait. Elle y apparaissait de plus en plus mince, ce qui n’a pas échappé à sa communauté. Celle-ci a diagnostiqué un trouble alimentaire, sûrement de l’anorexie, selon leurs mots.
Raz-de-marée de l’influence
Aussitôt que la nouvelle a été communiquée, une vague d’influenceur s’est jeté sur l’information. Tout le monde y va de son petit mot de soutien. Que ce soient des postes, des photos ou encore des vidéos, chacun exprime à sa manière son empathie envers Lise Careille. Certains en profite également pour sensibiliser sur la santé mentale, comme EnjoyPhoenix, grande amie de la niçoise. Elle rappelle que des numéros sont à dispositions pour ceux dans le besoin et souhaite « de tout cœur » que son amie aille mieux. Cet internement a de quoi interroger sur les moyens à dispositions pour protéger les influenceurs. En effet, si Lise a par le passé vécu du harcèlement, développant des troubles alimentaires, elle est parvenue à remonter la pente au point de se hisser dans les hautes sphères de l’influence. Aujourd’hui reconnue par ses paires, elle est l’égérie de plusieurs marques et dirige même la sienne. Véritable cheffe d’entreprise, elle a « géré tout ça avec brio ». « Je crois qu’elle s’est beaucoup négligée ces derniers temps et qu’après ce qu’elle a vécu cette année, elle mérite une pause » nous communique Marie Palot, amie et collègue de l’influenceuse.
À qui la faute ?
Durant toute cette année, Lise n’a eu de cesse de se plaindre de sa situation. Des milliers de messages à caractère dégradant peuvent être trouvés sur les réseaux. Elle s’est fait harceler, un fait qui n’est pas rare pour les femmes du web. Mais son harcèlement s’est intensifié lorsqu’elle a dénoncé le commentaire d’un de ses spectateurs de son stream. Insultes, photos truquées, vidéos montées, c’est ce qu’elle recevait tous les jours. Tout cela a abouti à sa dernière vidéo, où elle s’est confiée sur sa situation, sur sa santé mentale qui a empiré.
Une guérison lente.
La santé mentale est un aspect des pathologies qui a longtemps été resté sous silence. S’il existe des remèdes, ils prennent néanmoins un certain temps avant d’être instauré et les effets bénéfiques ne se montrent qu’après un grand laps de temps. À titre d’exemple, « il faut un mois complet sous antidépresseur avant de ressentir les effets du médicament » indique Eloïse Ernau, psychiatre depuis 20 ans, « un mois complet durant lequel le patient peut oublier son remède, ou décider de ne pas le prendre. Et cela ce n’est sans compter sur le temps de recherche de la bonne posologie pour le patient. » Pour ce qui est des autres maladies, le processus et tout aussi lent, et nécessite souvent une prise en charge par des séances chez le psychologue. Aujourd’hui, il n’est pas sûr qu’on revoie Lise sur les écrans avant un certain temps.
Résumé : Depuis l'arrivée de Pedro, c'était toujours eux deux contre le monde. Charles, jeune adolescent ayant fait sa vie dans la campagne italienne, se retrouve bouleversé par l'arrivée d'un citadin de son âge. Très vite, ils créent un lien d'amitié fort, qui bataille contre le temps, si bien que la frontière entre le sexe et l'amitié devient très fine.
Cette nouvelle fait partie d'une collection de nouvelles, la Midnights Collection, qui regroupent des nouvelles de différents styles, inspirées par le dixième album studios de Taylor Swift, Midnights.
TW : scène de sexe explicite, relation de codépendance, relation avec bénéfice
Extrait :
Il ne veut pas s’engager, il me l’a fait bien comprendre. Et c’est censé me convenir. Je vais mener une vie d’auteur, voyager pour présenter mes œuvres, mes premiers livres, faire mes premiers pas dans le monde de la littérature. Une relation ne serait qu’un poids pour moi. Et pourtant, je le sais. Je l’ai su depuis nos retrouvailles. Chaque jour, je me réveille avec ce souvenir de notre nuit, un héritage qu’il m’a légué et dont je me délecte chaque matin. Mais lors de ce matin-là, celui-ci même que je vis, je crains mes sentiments. Ne pas tomber amoureux, une litanie que je me répète depuis Torrazza, depuis mon arrivée en Suisse, depuis toujours. Je ne suis pas fait pour ces relations normées, pour me lier à jamais à quelqu’un.
Pedro est le seul à me faire douter de cette certitude.
Et quand je sors de la douche, que je veille sur lui et son visage tendre, sa peau douce, ses lèvres charnues, écorchées par mes dents, son torse sculpté, ses cils papillonnant, ses cheveux en bataille, et son sourire malin, je me dis :
Putain de merde.
Cette fiction peut aussi être lu sur Wattpad, bonne lecture :)
I wake with your memory, over me. That’s a real fucking legacy to live – Maroon
J’ai fait ma première fois avec mon meilleur ami. Dans la norme, on attend l’instauration d’une relation intime, exclusive, avant de se livrer à la personne aimée. De longs mois d’attente ponctués de stress, de temps passé à imaginer le moment, à chercher des vidéos sur Internet, traversant la frontière de l’éducatif pour découvrir le monde de la pornographie, tout ça pour enfin arriver au moment opportun où, ça y est, on découvre une autre facette de l’autre. Je n’ai pas eu la chance de vivre toutes ces étapes, trop précoce pour cela.
Est-ce un mal ?
Je n’en sais rien.
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Il a beau être mon meilleur ami, je suis également le seul. Du moins, je le crois. Sa timidité n’est pour moi qu’un symptôme de son inaccoutumance à la vie campagnarde, celle qu’on partage tous dans cette petite communauté que je considère comme ma famille. Lors des fêtes et des réunions, il m’a poussé hors de mon groupe, m’éloignant de mes confrères avec lesquels j’ai fait les quatre cents coups. Il est nouveau, ma gentillesse m’a poussé à accepter ses caprices. Au départ un fardeau, très vite, j’ai apprécié découvrir cette nouvelle personne, celle-là même qui s’est dévoilé lors d’une soirée.
L’horizon baigne dans la lumière du crépuscule. Nous étions couchés dans les hautes herbes et il a commencé à raconter ses récits de la ville. Il m’a parlé de sa vie citadine, ses anecdotes de gars de la ville. Il m’a parlé de l’absence des étoiles, du brouhaha constant et de la fatigue ambiante qui se lisait sur le visage de chaque passant. Ces choses, que j’ai considérées comme des défauts, se sont embellies à mesure qu’elles sortent de sa bouche, ses yeux azur pétillant à l’évocation de ces qualités.
C’est à ce moment-là que j’ai commencé à m’intéresser davantage à lui, que mon masque de gars sympa a fusionné avec ma peau. Sans le savoir, j’ai attendu quatorze années avant de rencontrer la personne avec qui je partagerai ma première fois.
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Deux ans se sont écoulés. Deux années durant lesquelles on s’est invité l’un chez l’autre, et inversement, après les cours. Nos inquiétudes ont évolué au rythme de nos anniversaires, l’heure de la collation troquée par l’anxiété de l’avenir. Nos cours nous ont appris à considérer notre chance, celle de vivre dans ce petit village vallonné de Torrazza, reclus du monde, séparé de la ville la plus proche par trente minutes de route. Et on a grandi, on s’est rendu compte de la petitesse de nos vêtements qui nous allaient encore une semaine auparavant. Nos voix se sont aggravées et le groupe qu’on a fréquenté s’est fragmenté.
Deux parties cohabitent : ceux qui ont connu le goût aphrodisiaque du sexe et ceux qui rêvassent à ce propos. Pedro et moi faisons partie de ce deuxième groupe. Entre deux discussions sur l’avenir s’est glissé le sujet de l’amour. Nos bouches sont vierges de l’altérité et la curiosité adolescente nous a poussé l’un vers l’autre. Alors, il m’a pris par la taille, mon toucher timide, maladroit, posé contre son torse. On ne peut retenir des rires gênés quand l’espace entre nos visages s’est réduit. Je ne me souviens pas de qui a initié le mouvement. Tout ce que je sais, c’est qu’une seconde plus tard, nos lèvres se sont frôlées un premier temps. On s’est regardés, on s’est souri, et on s’est embrassé.
Je ne l’aime pas pour autant. C’est un échangé bref, notre discussion reprise l’instant d’après. Cependant, ma certitude n’est pas aussi assurée quant à l’éveil d’un désir, provoqué par son geste. Après ce baiser, il m’a obnubilé. Dans les couloirs, dans la vallée, il rayonne seul dans mon champ de vision. Il occupe mes rêves, embellit mes cauchemars. Et je vois nos interactions qu’au travers de lunettes teintées de rouge. Un rouge si séduisant, si fort, qu’on le confondrait volontiers avec du bordeaux. J’ai envie de lui, et durant nos nombreuses discussions, Pedro a parsemé des indices sur ses désirs. Mais nous sommes timides, jeunes, couards. On s’est retrouvé, de nombreuses fois, seuls, comme d’habitude. Les occasions de réponses à ses avances ne manquent pas.
Alors, je ne sais pas ce qui a changé ce soir-là.
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J’ai goûté au sexe lors d’une soirée. Pedro et moi avons tous les deux seize ans. Je viens de les fêter alors que lui attend encore de souffler ses bougies. L’alcool coule à flots dans cette petite maisonnette. On se trouve à l’étage où un petit cercle s’est formé : une fille et trois garçons. La chambre, un véritable capharnaüm, baigne dans une atmosphère tamisée. Dans le bazar, un vinyle joue une vieille musique italienne. Je me trouve en face de Pedro alors que la fille me passe, du bout de ses doigts écorchés, la peau morte formant un cercle rougeâtre, un joint. J’ai tiré sur le bâtonnet tout en regardant mon camarade. J’ai lu dans ses yeux azur sa perdition, son regard vague fixant le vide, un état dont je me suis habitué depuis son arrivée au village. Et quelque chose m’arrive quand je le vois, un je-ne-sais-quoi qui me prend aux tripes.
Je ne sais pas si l’absence de la fille et du garçon, dont les noms m’échappent désormais, m’ont poussé à m’installer auprès de lui. Je ne sais pas si la lumière, colorée d’une teinte orange tirant sur le rose, dont les reflets dorent la blondeur de mon ami, a rendu sa beauté plus remarquable. Je ne sais pas si son bras qui m’entoure, dont les muscles développés magnifient son corps, m’a donné la confiance nécessaire. Tout ce que je sais, c’est que mes lèvres charnues, gercées par le stress, se sont posé sur les siennes l’instant d’après.
Il n’y a plus de timidité qui tienne. J’ai placé d’un geste violent mes mains sur son visage. Mes pouces creusent ses joues, retiennent ses fossettes et descendent vers son cou où ils se réchauffent. Je sens la pression de ses paumes sur ma taille tandis qu’il me porte un bref instant. Je me suis alors retrouvé assis à califourchon sur ses genoux. Contre ma fesse, je sens quelque chose durcir, le mouvement me chatouille. Une chaleur me prend aux joues quand je le remarque. Mais très vite, la gêne a été balayé lorsqu’il a reposé sa main froide sous mon t-shirt. Mon bas-ventre répond à ses caresses pendant que ses doigts jouent avec mes boucles abondantes.
Ma peau sensible réagit à ses caresses. J’entends mon cœur battre à une cadence que ma tête ne parvient à suivre. J’ai l’impression qu’il va exploser, sensation pareille à celle d’avoir une bombe dans mon torse. J’ignore s’il détonnera, si mon corps supportera ce tempo mortel. Mais, à vrai dire, tout cela m’importe peu. Je me laisse guider par mes désirs, et mes désirs guident ma poigne dans son pantalon.
Ce contact déclenche aussitôt un frisson. Ma main tremble alors que j’empoigne son sexe. Mon pouce, timide, joue avec son gland. Un râle guttural s’évanouit dans mes lèvres tandis qu’il intensifie notre baiser. Très vite, je me débarrasse de mon pantalon gênant. Le froid de l’air passe sur mon prépuce à peine visible, celui-ci se rebellant contre la barrière de mon boxer. À son tour, Pedro enlève son pantalon, et ce que j’ai senti se dévoile enfin. Le tissu, qui ne parvient pas à cacher sa virilité, est mouillé, le rouge assombri par du pré-sperme.
Pendant un court instant, on se regarde dans les yeux. On ignore ce qu’on fait là, dans une chambre en désordre, presque nus. On aurait pu s’arrêter, se rhabiller et poursuivre notre conversation sur je-ne-sais-quel sujet. On aurait pu garder notre relation d’amitié, ne pas risquer de la perdre à cause de plaisirs spontanés. On aurait pu prétendre que rien ne s’est passé, que notre attirance mutuelle s’explique au travers de nos hormones déséquilibrées et du mélange du vin avec des substances dans nos veines. Mais ces hypothèses n’existent plus dès lors qu’on se sourit. On hoche la tête, et on reprend notre affaire.
Mes lèvres se confortent auprès des siennes. Mes mains se baladent sur son corps, chaque parcelle de peau, un trésor insoupçonné. Je troque le contact de ma paume contre celui de ma bouche. Ma langue découvre son cou, la dureté de ses tétons froids, le tracé de ses abdos. Je profite des gémissements que je provoque, découvre l’effet de mes lèvres sur sa peau claire. Puis, j’arrive à son bas-ventre. Quelques poils dépassent de son boxer que j’enlève aussitôt.
Mes yeux admirent la beauté de son sexe oblong, une légère courbe le dressant. Ses testicules pendent au-dessus du sol. Je les prends d’une poigne hardie ce qui enclenche un râle chez mon partenaire. Puis, mon visage s’approche de son érection et je tente un coup de langue. Un goût amer, sans être désagréable, prend d’assaut ma gorge, un choc qui parcourt mon corps jusqu’à ma virilité. La surprise me force un mouvement de recul. Encore prisonnière de mon boxer, Pedro délivre ma verge à son tour, ses mains la frottant.
Ce sont des mouvements timides au départ, mais suffisant pour provoquer un premier orgasme de mon côté. Mon corps tremble alors que mes sensations se décuplent. Le bruit mouillé de nos sexes branlés sonne comme une symphonie perverse à mes oreilles. Le goût amer de son liquide séminal, mélangé à celui de la sueur, donne un cocktail que je savoure du bout de ma langue. Ses caresses chaudes contre mon corps trompent la froideur de la pièce, ses mains, un radiateur confortable auprès duquel je me réchauffe. Et l’odeur de transpiration, si désagréable au départ, se tarit à mesure de nos contacts. Nos yeux se rencontrent alors qu’on se masturbe mutuellement, et je lis un désir dans ses iris azur que je ne saurais décrire. Et ces sensations, ces plaisirs partagés, ces mouvements maladroits, néanmoins naturels, ces cris incontrôlés, aboutissent au moment où les premiers jets blancs se libèrent.
J’éjacule alors, suivi de près par mon partenaire. La fatigue s’entend dans nos respirations irrégulières. Ma tête reposée contre son torse, les tambourinements de son cœur tonnent dans mon oreille. Un instant de répit, je profite de ses doigts baladeurs, le hasard conduisant ses caresses dans mes cheveux de jais. Quelques épis gênent ma vision tandis que mon regard se tourne vers le visage suintant de Pedro. La lumière orange se reflète dans ses traits. La sueur trace le pourtour de son expression reposée, alors que son regard, apaisé, est fixé sur le pan d’un mur de la pièce.
Pendant un instant, je crois le cerner. Je crois comprendre ce qu’il traverse. Je crois partager son humeur, son allégresse alors qu’il se rend compte de ce qu’on vient de traverser. Et, à mon tour, je constate les conséquences de nos actes sur nos corps nus, la sueur mêlée au sperme, pommade naturelle d’une union. Et je ne peux réprimer un sourire.
Mais ce que je raconte, ce n’est que le préliminaire de notre première fois. Quand bien même j’ai découvert le plaisir de l’orgasme, les joies du corps, et les sensations de l’amour charnel, je ne me suis pas encore offert complètement. Je ne peux pas encore faire partie de ceux qui ont goûté au fruit défendu.
Du moins, pas encore.
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Je pense devoir remercier Pedro, sans qui je ne me serais jamais découvert. C’est grâce à lui que je me suis rendu compte de mon attirance pour les garçons. L’instant qu’on a partagé dans cette maison, nos préliminaires, m’a ouvert les yeux. J’aime les hommes et, s’ils peuvent être mes amis, je les vois plutôt d’un œil romantique. Avant l’arrivée de Pedro dans le village, j’ai trouvé étrange que mes amis parlent des filles comme d’une gente à séduire. J’ai été bercé par les dessins-animés et les valeurs de ma famille. L’amour entre garçons, un problème que j’ai intériorisé à force d’entendre, de la bouche de ceux que j’ai cru être mes amis, les termes frocio ou encore finocchio.
Je me suis trouvé bizarre quand j’ai eu un coup de cœur pour le nouvel arrivant du village. Son langage de la ville, ses relations, il les a embarqués avec lui et me les instruit, parvenant à bazarder mon homophobie campagnarde. Il m’a inculqué la tolérance citadine, m’a enseigné une manière d’aimer et m’a encouragé à parler à mes parents. Sans qu’il ne s’en rende compte, Pedro m’a donné le courage nécessaire pour m’assumer. La crainte que j’aie de mes parents, de leurs aprioris et de mes hypothèses, je l’ai cultivée au point de m’en rendre malade.
Pas un jour n’est passé sans que je ne cauchemarde leur rejet, m’imagine leur réaction, leur dégoût, que la honte crispe leur visage décontenancé. Pas un jour n’est passé sans un réveil à une heure tardive. S’endormir est devenu une corvée que j’ai peiné à remplir, si bien que mon corps s’est fatigué au gré des jours. J’ai inquiété Pedro, j’ai ravalé mes larmes quand je lui ai confié ma peine. Chaque jour passé sans sortir du placard m’est paru comme une trahison auprès de mes proches. Pourtant, aucun mot n’est sorti de ma bouche quand j’ai voulu aborder le sujet à mes parents.
Cette peur, perpétuelle compagne de mes journées, s’est imposé dans mon quotidien.
Je rentre de l’école, épuisé. Les termes mathématiques se mélangent aux concepts philosophiques dans ma tête. La courbe de Gauss se confond avec la morale kantienne tandis que j’enlève mes chaussures. Prêt à me reposer dans ma chambre, mon estomac me guide cependant au travers du hall. J’arrive à la cuisine, le bois grinçant troqué par le bruit sourd, adouci par mes chaussettes, du simili-marbre.
Assis à table, un café fumant en face, mon père lit la Repubblica. Ses cheveux gris, jaunis par la vielle lumière de la lampe suspendue au-dessus de lui, forment une coupe en pic. Ses yeux marron, dont j’ai hérité, remontent vers moi. Il me salue d’un geste de la main, sa paume marquée par le travail. Un sourire en coin creuse sa joue pileuse. À mon tour, je le salue, m’approche de lui, et dépose un baiser sur sa joue. On discute de tout et rien. Il me parle de ce qu’il vient de lire, des discordes politiques autour du suicide d’une jeune femme lesbienne. Il débat de l’injustice de ce pays, celui d’une puissance occidentale incapable de se débarrasser de ses racines fascistes. Il disserte sur la tolérance, me sert un discours que je n’avais jamais entendu de lui.
Mon père, un ouvrier qui a subi la répression du peuple, qui s’est battu pour ses droits, qui a hérité de la mentalité arriérée de mes grands-parents, prouve qu’il est prêt à évoluer avec son temps. Si les pédés étaient discriminés à son époque, et s’il ne faisait rien pour la cause jadis, il frappe désormais du poing sur la table quand il apprend qu’une personne s’ôte la vie parce qu’elle estime qu’elle ne pourra jamais la vivre pleinement. Et c’est à cet instant que je me dis, ça y est, c’est le moment.
« Papà, devo dirti una cosa… » avertis-je.
Il pose son journal sur la table et me regarde. Mon ton tremblote alors que la vérité pend à ma langue. Je prends un soupir, je le vois se tourner vers moi avec un air inquiet. Je m’apprête à me révéler, mon souffle retenu, et lui, concentré sur mes lèvres.
« Sono… »
Et le claquement de la porte retient la fuite de mon secret. On entend une voix féminine, aggravée par des années de fumette. Le claquement de ses chaussures fait vibrer toute la maison et, quand elle se trouve sur le palier de la porte, mon père sourit. L’encadrement dévoile une femme grande, son cou orné d’une croix du Christ en argent. Ses oreilles nues sont rougies à cause du froid hivernal. Elle se frotte les mains, ses doigts rongés dissimulés à tour de rôle derrière ses paumes bronzées. Mon père se met à ses côtés et frictionne sa main contre le tissu de son vêtement. Il me jette une œillade, et je comprends ma tâche.
Je m’affaire à la préparation d’un café. Je lave à la va-vite la cafetière, la remplis et pose le métal rouillé sur la gazinière. J’allume le feu et verse le café. Pendant l’infusion, je me tourne et les tremblements de ma mère ont cessé. Je la vois, lovée contre le torse de mon père. Le vent a décoiffé sa crinière brune, des mèches éparpillées sur son front. Elle nous confesse qu’elle revient de l’église et que le froid l’a surprise. Notre maison n’est pas bien chauffée, le bois dont elle est composée laissant passer la bise. Un courant d’air passe au travers de mes cheveux. Je pars de la cuisine, ferme la porte d’entrée. Puis, un sifflement m’indique que le café a fini d’infuser. Je m’empresse alors de revenir et de servir ma mère qui s’est assisse à côté de mon père. Ce dernier me demande ce que je voulais lui dire. Et mon œil louchant vers le buste de ma mère, la croix du Christ se balançant à son cou, je finis par dire :
« Niente di importante »
Et sur cette phrase, le cœur battant, j’embrasse ma mère et me presse dans ma chambre. Une fois entré, je pousse un soupir et laisse mon corps glisser contre le vieux bois. Mon cœur ralentit, se serre, toujours pas soulagé du poids de la vérité. Mes genoux ramenés contre moi, je repense à mes discussions avec Pedro. Il m’a parlé de sa sortie du placard, de la liberté que cela lui a prodigué quand il s’est dévoilé à sa mère. Il m’a partagé son euphorie, son goût du plaisir, et j’aimerais l’imiter. Mais si je peux tout avouer à mon père, ma mère est un obstacle plus dur à surmonter.
Elle a grandi dans une famille dans laquelle la chrétienté est la seule vertu louable. Je me souviens de ma grand-mère française qui m’a dorloté à l’aide de versets de la Bible, si bien que des passages me reviennent encore aujourd’hui.
« Honore ton père et ta mère »
« Enfants, obéissez en toutes choses à vos parents, car cela est agréable dans le Seigneur »
« Car l’Eternel châtie celui qu’il aime, comme un père l’enfant qu’il chérit »
Ses paroles sont gravées dans ma mémoire. Et si son éducation peut paraitre dure, voire rétrograde, cela m’a forgé en tant que personne. J’ai appris à aimer mon prochain, à respecter mes parents, et je leur ai permis de mener une vie sereine. Aujourd'hui, je lis la fierté dans les yeux de ma mère, et je la lui rends ma serviabilité. Et si ma mère m’a éduqué à l’ancienne, mon père représente la modernité. Il m’a appris à apprécier ce nouveau monde. J’ai été un fils épanoui et c’est grâce à lui que j’ai développé un esprit critique de la religion.
Dieu m’a enseigné l’amour du prochain, et je l’applique en faisant fi des traditions.
Mais, si ma confiance égale mon assurance, je garde en moi une certaine homophobie. J’aime les hommes, j’apprécie le contact de la chair et j’ai goûté au fruit défendu. Avec un homme. C’est problématique. Et si l’alcool, le sang de Jésus, a supprimé mes barrières lors de nos préliminaires, je ne peux assumer mon geste devant mes parents. Mon jardin secret, je ne le partage qu’avec Pedro.
Et avec Louane.
Je me lève alors, prêt à me confier à celle-ci. Je m’assois à mon bureau, ouvre mon ordinateur portable. Ce dernier dévoile sur son écran une page d’un forum d’écriture.
Aussi loin que je me souvienne, écrire a toujours été un catalyseur de ma créativité. Depuis petit, je lis. À mesure que je grandis, j’ai troqué mes première bande-dessinées pour des petits romans. Puis, à mon adolescence, mon goût de la lecture et mes cours de français m’ont poussé à m’intéresser au classique de cette littérature. Quand bien même les vers de Pétrarque et la comédie de Dante honorent ma culture italienne, je ne peux m’empêcher de trouver les Fleurs du Mal de Baudelaire plus magnifique encore. Mon amour pour cet auteur et l’héritage aînesse de mes grands-parents m’ont encouragé à l’apprentissage du Français. C’est pourquoi j’ai appris cette langue, maitriser cet accent grave qui rend ma voix plus aiguë. Je ne voulais plus des traductions imparfaites des classiques, j’ai désiré découvrir Maupassant dans sa plume originale, étendre mon vocabulaire avec Camus, me perdre dans la syntaxe laborieuse de Proust. Et cet apprentissage, cette langue, je la perfectionne avec ma propre écriture que j’exprime au travers de mes poèmes.
Pedro et Louane m’ont beaucoup aidé dans ce processus. Pedro parle le français avec une aisance que je tente d’imiter, en vain. Mon accent italien s’entend encore lorsque je lui parle, ce qui m’a valu des douces moqueries, auxquelles j’ai répondu avec une mine boudeuse. Un comble qu’il parle mieux que moi, nos prénoms n’honorant pas notre aisance dans cette langue. L’instant d’après, j’ai arrêté mon jeu, puisque je ne peux lui faire la tête. Je veux dire, il suffit d’avoir des yeux pour contempler son adorable et magnifique visage. Mais très vite, je tombe dans mes vielles habitudes lorsque je lui parle, ma langue natale triomphante d’une victoire facile. C’est pourquoi je me suis rabattu sur Internet. C’est là que j’ai rencontré Louane.
Un jour, alors que je lisais une pièce de Marivaux, Le jeu de l’amour et du hasard, j’avais soif de connaissance, un besoin constant d’en savoir plus et de comprendre l’œuvre. Le style précieux et l’air innocent des personnages m’ont marqué à tel point que je me suis retrouvé à faire des recherches à l’aide de mon ordinateur, nouvellement acquis. Et au cours de mes pérégrinations, je suis tombé sur un forum littéraire français. Il y avait un topic sur Marivaux, tenu par une dénommée « Loulit ». Ce n’est qu’après de multiples échanges, qu’après avoir poursuivi la discussion avec mes questionnements et mon orthographe approximative, que j’ai noué un lien plurijournalier avec cette personne.
Je me suis caché derrière un pseudonyme peu inspiré, alors qu’elle s’est dévoilée au bout de deux semaines de correspondance. J’ai découvert son prénom, Louane, appris ses origines suisses, partagé sa passion pour la littérature et été stupéfait de sa jeunesse. Elle a quinze ans alors que je fêterai bientôt ma majorité. Sa jouvence ne transparaissait pas dans ses mots, encore moins dans ses poèmes. Mais cet écart ne me gêne pas tant que ça. On a continué de s’envoyer des messages, nos œuvres, à tel point que nous avons bâti une relation de confiance, à la manière d’un frère et d’une sœur.
Devant mon ordinateur, je tape mon message, un long pavé sur ma tentative de coming-out. Je lui décris mes déboires, mon dessein motivé par un désir de liberté. Je lui parle de mon ras-le-bol de ce village, de l’ennui que l’habitude nourrit. De ces décors pittoresques, j’en ai fini par être lassé. Les récits urbains, mondains de Pedro, m’ont séduit. Je rêve de la ville, l’endroit où le champ des possibles frôle l’infini, beaucoup plus développé et moins coincé que mon village. Un lieu où je pourrais être moi-même.
Une fois mon message achevé, je l’envoie à Louane. Étant donné qu’elle mettra du temps à y répondre, je me décide à rejoindre Pedro. Je descends, avertis mes parents, me chausse et sort enfin de ma maison. Le soleil vespéral baigne Torrazza dans une atmosphère orange. Le chant des cigales m’accompagne sur la route, mes chaussures, usées par la terre, claquant contre les routes en pierre. À chaque fois que je croise un voisin, je le salue avec un sourire et un geste de la tête, m’engageant alors dans une conversation non-voulue. Les rumeurs du village, les remarques sur la météo, les commentaires sur les petits commerces et les injonctions sur la politique retardent mon arrivée, un trajet de dix minutes en prenant trente.
Je pousse un soupir de soulagement lorsque j’arrive au palier de ma destination. Je sonne, patiente, et la porte s’ouvre enfin. Encadrée par le bois, la lumière de la maison resplendissant derrière elle, Cathrina me sourit. Le poids des années pèse sur ses rides, son visage tiré par son expression joviale, fatiguée. Sur sa coupe brune, le gris annonce son arrivée, se fondant dans la masse capillaire. J’approche mon visage du sien, lui fait la bise en guise de salutation. On discute un moment, de tout et de rien. Sa joie ne dissimule pas son épuisement cependant. Je le remarque dans ses gestes alanguis quand elle m’invite à entrer, dans sa voix posée, grave, qui d’habitude tonne.
J’enlève mes chaussures pendant qu’elle m’indique que Pedro se trouve dans sa chambre. À son évocation, ses yeux mouillent. Je n’y prête pas plus attention et me dirige vers sa chambre. Je traverse le couloir, passe devant moult photos de famille, sur lesquelles le père ne témoigne sa présence.
Je ne peux pas m’empêcher d’y penser. Pedro a toujours été très secret au sujet de son père. Quand je lui ai posé la question lors de ma première venue, il a fait mine de ne pas m’avoir entendu en amenant la discussion sur un autre sujet. Mon imagination s’est figuré tantôt un père tyrannique, tantôt disparu. Dans tous les scénarios, j’ai vu une mauvaise figure paternelle, mon explication à la discrétion de mon ami. Puis, le sujet n’étant pas plus important, j’ai laissé mes fabulations pour m’intéresser davantage au jeune homme solitaire, dont la chambre se cache derrière la porte devant moi. J’y toque trois coups fermes et, sans trop attendre, je suis désormais en face de Pedro.
Son visage neutre est très vite remplacé par une expression plus gaie, ses lèvres fines se mouvant en un sourire franc. Avec facilité, insouciance, ma bouche le mime et il m’enlace. Inhabitué à ce geste, cette position, je mets du temps avant de rendre la pareille. Je le sens me serrer davantage. Sa respiration chatouille mon cou, ses cheveux, mon oreille, et ses bras pressent mon dos. Quelque chose ne va pas. Je garde cette réflexion pour moi et me laisse emporter dans l’étreinte.
Elle dure deux bonnes minutes. Deux minutes de tendresse surprenante, néanmoins agréable, que j’ai cru impossible venant de mon camarade. Deux minutes durant lesquelles mes mains tracent des cercles dans son dos, mes doigts agrippent ses côtes, ma paume réchauffe le tissu de son sweat-shirt froissé. Deux minutes de silence à la fois grave et calme. Je profite de celui-ci et ne fais pas attention à l’autre, mes lèvres dangereuses tentant un baiser au sommet de son crâne. C’est une aventure que je me prive d’habitude, mais les circonstances sont loin d’être habituelles. Alors, je me permets de le rassurer, de me laisser porter par mon envie. Après cela, le moment se conclut, emporté par son corps qui recule.
« Tout va bien ? » demandé-je en levant le regard.
Il hoche la tête. Il parait chétif, discret, timide. Ça ne lui ressemble pas. Je dois tirer les choses au clair, et cette soirée semble propice. Pour l’heure, je me contente d’entrer dans sa chambre qu’il referme juste après.
Celle-ci parait beaucoup plus vide que les dernières fois. Peut-être que cela vient de l’absence des posters, des bouts de scotch témoignant leur présence par la trace qu’il laisse sur ces murs aigue-marine. Son lit défait, un livre se cache dans le creux de sa couverture. Des papiers éparpillés sur son bureau donnent un aspect bordélique à l’endroit, alors que la chaise de bureau, éloignée de l’espace de travail, laisse deviner son activité avant de m’ouvrir. Sa bibliothèque, vidée de ses décorations, n’est remplie que de quelques bouquins, les autres reposant sur son bureau.
Je prends place sur la chaise, lui sur le lit. Assis en tailleur, ses yeux bleus, d’une clarté sans pareille, me fixent. Son manque d’assurance est masqué alors qu’on discute. Des mots italiens se glissent parfois dans mes phrases et il en rit. Et c’est comme si le moment précédent, un souvenir récent, n’a jamais existé. Une parenthèse d’un temps, il ne se manifeste qu’au travers de cette chambre vidée de son charme. Du reste, Pedro se cache derrière son sourire, ses railleries quand j’emploie un mauvais mot en français.
Comme d’habitude, ce qui commence comme une conversation banale devient une joute intellectuelle. Les rumeurs du village se métamorphosent en débats sur la confiance, l’amour et la vie. On pourrait se fatiguer de cela, croire que nos élucubrations tournent en rond. Mais l’âge avançant, nos traits se raffermissant avec le temps, nos prises de position évoluent en même temps. Surtout, le quotidien et les limites du village nous forcent à se fréquenter tout le temps. Les banalités, nous les connaissons déjà et l’intérêt qu’on leur porte ne se limite qu’à une introduction à nos conversations.
Pourtant, entre deux arguments, je lui évoque ma tentative de coming-out. Sa façade assurée est troquée par une attitude concernée. Il se lève de son lit, s’approche de moi, s’accroupit à ma hauteur et pose une main sur mon épaule. Je n’ose pas affronter son regard, crainte de le décevoir à cause de mon manque de courage. Alors, je parle au mur qui me fait face. Je lui confesse tout, mon envie de liberté, de ne plus mentir à mon entourage, de ne plus me cacher et d’assumer enfin qui je suis vraiment. J’évoque le fait divers de mon père qui m’a encouragé à sortir du placard. J’évoque aussi l’interruption de ma mère, sa froideur traduite dans ses tremblements et sa croix chrétienne. J’avoue mon dégonflement, renfloué dans mes actions.
Une larme que je ne peux chasser coule le long de mon visage. Je ne me suis pas attendu à être aussi sensible et à autant me révéler. Et j’ai ignoré à quel point ce simple moment, pourtant critique et banal, m’a touché. Et la tendresse de tout à l’heure réapparait dans les gestes de Pedro, son bras passant derrière mon cou. Il m’embarque dans un câlin maladroit, la blondeur de ses cheveux obstruant ma vision, caressant mon visage.
Soudain, la porte s’ouvre, et on s’éloigne aussi vite que l’on peut.
C’est Cathrina.
« Rimani a cena, Charles ? »
La prononciation de mon prénom me soutire un sourire. Je hoche la tête et elle s’éclipse de la pièce. Pedro semple plus tendu. Je feins l’ignorance, me lève de la chaise et le suis jusqu’à la salle à manger. Quatre chaises en osier se trouvent auprès d’une table en vieux bois. Elles sont disposées deux par deux, se faisant face. Le brun du dessous de table, sur lequel repose une casserole pleine de spaghettis, se marie à celui de la table. Assis, la maman de Pedro s’est déjà servie, des boulettes de viande recouvertes de sauce tomate accompagnent le dîner. Une bouteille de vin trône à côté de la poêle dans laquelle les boulettes baignent. Devant ce repas, je ne peux m’empêcher de saliver, prédisant son goût délicieux, un appriori que Pedro ne semble pas partager.
Alors qu’on s’assoit, sa mère en train de me servir, je remarque son visage inexpressif. Les yeux dans le vide, il semble perdu dans le vague, son iris bleuté fixé sur Cathrina. Lors du dîner, quand nos services cognent la céramique de nos assiettes, quand nos dents déchiquettent le plat, quand nos lèvres sifflent d’un bruit sourd le vin, un silence plane. Je me sens de trop alors que la mère, dans une tentative d’apaiser l’ambiance par ses discussions oubliables, livre une bataille de regard avec son fils. Ce dernier prête plus attention à son assiette qu’à sa matronne. Moi, j’essaye de converser, d’intégrer mon ami à l’échange, de jouer le médiateur dans une situation que je ne comprends pas.
Cathrina, passive jusque-là, commence à lancer des piques à Pedro. Ce sont des reproches discrets, des attaques sournoises, mais pas assez pour que je ne le remarque pas. Immaturité, manque de responsabilité, égoïsme se dissimulent derrière son sarcasme. Les joues rouges, ma jambe tressaute sous la table alors que le mutisme de mon ami m’inquiète. Pour la première fois, je ne parviens à déceler ses émotions.
Je n’arrive pas à savoir si de la colère se manifeste quand il maugrée des réponses brèves, ou s’il s’agit de l’ennui. Je ne sais pas si de la tristesse teint l’azur de ses yeux quand il relève son regard vers moi, ou s’il s’agit du dépit. J’ignore si l’ennuie meut ses gestes lents quand il se sert une demi-assiette, ou si c’est de la fatigue. En revanche, il m’est difficile de ne pas remarquer son exaspération quand il sort de table après une énième attaque de sa mère. Une insulte sort de sa bouche alors que, d’un mouvement brusque, il se lève, ses sourcils froncés.
Sa demarche ferme le mène hors de la cuisine. Il laisse sa mère et moi regarder son dos crispé, sa crinière blonde en désordre, tous disparus lorsqu’il referme la porte dans un claquement sourd. Cathrina s’affale sur sa chaise pendant qu’un soupir outrepasse la barrière de ses lèvres.
« Scusi mille » s’excuse-t-elle.
Ma tête tourne de droit à gauche.
« Non c’è bisogno di essere » rassuré-je sans pour autant le penser.
Je finis mon assiette dans le silence, ma tête pleine d’interrogations. Je m’avine, l’alcool capiteux, boisson soporifique, tente de taire mes questions. Je les garde pour moi, pour plus tard. Cathrina me regarde manger, une mélancolie semblant embrumée ses yeux. Le silence aggrave l’atmosphère, la bizarrerie de la situation m’empêchant de profiter du goût riche qui se glisse sur mes papilles. L’heure n’est pas à la déléctation, c’est ce que le monde me crie. Mais je m’efface de celui-ci, je le trompe dans mon mutisme et dans mon verre de vin. J’ose à peine exprimer mon ressenti. La proximité habituelle avec la famille Borleti me parait lointaine, un souvenir embrumé par le temps, abimé par la situation. Je finis mon repas, débarasse la table ; elle n’a pas touché à son assiette depuis le départ de son fils.
Après avoir lavé mes services, je salue Cathrina et m’apprête à partir. Ma main sur la poignée, je l’abaisse et ouvre la porte. Une voix plaintive interrompt ma démarche.
« Prenditi cura di lui, per favore » supplie-t-elle.
Sa déclaration affecte ma peau, un frisson parcourt mon échine. Je n’ai pas besoin de me retourner pour connaitre son visage, celui-ci tiraillé par la peine et la culpabilité. J’imagine ses traits serrés, marqués par des rides creusant sa peau. Et le regard droit, je hoche la tête, une promesse conclue.
Je ne prends pas la peine de toquer. Dans ces cas-là, ce n’est plus une précaution à prendre. Je sais que ma présence est nécessaire, je l’ai compris à force de le fréquenter. Je suis son seul ami, son seul confident. C’est alors naturel, lorsque je l’aperçois sur son lit, les jambes rapproché de son torse, son front contre ses genoux, que je me mette à côté de lui. Mon poids presse le matelas, s’ajoute au sien. Il lève la tête et la tourne vers moi.
Il ne pleure pas, mais je devine dans ses yeux sa tristesse. Je la vois aussi dans sa tentative vaine de sourire, grimace vide qui ne dissimule rien. Ses cheveux blonds, denses, se retrouvent dans un désordre inhabituel. Je tente de le rassurer par ma présence, par mon air assuré, mais mon incompréhension doit se lire dans mon expression, puisque ses traits ne changent pas. Il reste las, les lèvres tremblantes, au bord de l’effondrement. Mais il ne pleure pas. La fierté et son caractère l’en empêche. Je mime sa posture, mon dos reposé contre le mur. Je ne pipe mot. Le temps passe dans ce silence vertueux, serein. Les mots inutiles, on laisse nos visages et nos corps parler.
Pedro pose sa tête sur mon épaule et je m’enfonce dans le matelas afin qu’il se trouve dans une position plus confortable. Je sens sa main atteindre la mienne, ses doigts jouant avec ma paume. J’accentue le contact, l’espace de nos mains comblées par nos doigts entrelacés. Nos yeux ne se rencontrent pas, occuper à fixer le mur qui nous fait face. On reste comme ça pendant une dizaine de minutes, le silence interrompu par le bruit froissé, causé par nos mouvements, de la couverture. Et c’est quand je pose ma tête sur la sienne, que, proche du sommeil, mes paupières lourdes se fermant, qu’il se décide à parler.
« Je vais partir Charles… »
D’un coup, j’ouvre les yeux et me retire de son contact pour regarder enfin son visage. À première vue, il parait neutre, avec ses lèvres droites et son air assuré. Mais je sais que ce n’est qu’une façade, je le connais trop bien pour ne pas remarquer ses yeux fatigués. Je lis dans l’azur, dans cette mer tumultueuse, une déception profonde. Pour la première fois depuis que je le fréquente, j’ai l’impression qu’il est dépassé par les évènements. Je ne prête pas attention à mon cœur battant, son rythme fou résonne dans mon corps. Je ne prête pas attention au flot de pensées qui tiraille mon esprit, à la kyrielle de questions qui me viennent après cette révélation. Je veux juste savoir, comprendre ce qu’il se passe dans sa tête.
« Comment tu le vis ? » demandé-je en resserrant la pression de ma main sur la sienne.
Je penche ma tête vers lui. Il hausse des épaules et tourne avec lenteur sa tête de droite à gauche.
« Ça me fait chier, mais j’ai pas trop le choix. »
Mes sourcils se froncent. Pedro avait toujours le choix. Peu importe la situation, qu’elle soit urgente ou non, le manque de possibilité ne l’a jamais pressé à prendre une décision. Toute sa vie, c’est lui qui l’a mené. Il ne laisse rien au hasard, sa volonté se manifeste dans ses prises de positions et ses actes. Il déteste l’aléatoire, ne croit pas au déterminisme (je me rappelle ses soupirs quand on a évoqué Spinoza en cours) et essaie d’être maître de son destin. Rien n’est écrit, tout est à écrire. Alors, entendre ses mots me fait l’effet d’un électrochoc.
« Pourquoi ? » tenté-je, alors que je me concentre sur son visage.
Le coin de sa bouche creuse un creux tandis qu’il se mord la lèvre inférieure.
« Histoire de famille, j’ai pas trop envie d’en parler. »
Je hoche la tête tout en ravalant ma déception. C’est dans ce genre de moment que je doute de notre relation. Mais je le garde pour moi. J’accepte son envie, je ne suis là que pour l’aider à aller mieux. Avec cette démarche en tête, je réduis l’espace entre nos épaules et passe mon bras autour. Il souffle.
« Ça me saoule, j’me sentais bien ici. C’est pas Milan, mais j’ai fini par apprécier Torrazza. » se plaint-il d’un air nostalgique.
Encore une fois, j’opine du chef alors que sa main s’accroche à la mienne qui l’entoure. Je sens mon cœur se serrer alors que j’imagine une vie sans lui. Je repense à nos belles années passées ensemble, à ces débats sans fin, ces escapades nocturnes aussi fréquentes que nos nuits blanches passées chez l’un ou l’autre. Je repense à nos fous rires après qu’on ait bu le vin piqué de la cave, à nos retrouvailles d’après-midi après les cours. Et je pense au vide qu’il va laisser après son départ. Je pense à ces moments creux, toujours comblées par ses commentaires ou ses remarques. Je ne l’ai connu que quatre ans, mais ç’a été assez pour qu’il fasse partie intégrante de ma vie, sa présence devenue un besoin perpetuel.
Je ne contrôle pas mon corps quand il tremble. Je mords ma lèvre inférieure pour retenir un sanglot. Il me prend dans ses bras, et je plonge mon visage dans son cou. Son parfum, un mélange de vin bouché et de kirch, s’infiltre dans mes narines. Une odeur ennivrante, envoutante, dont je ne pourrais bientôt plus profiter. On reste ainsi, enlacés, pendant un certain temps. Parfois, il passe ses mains dans mes cheveux, et parfois, je caresse son dos. Très vite, on se trouve couchés dans son lit, nos yeux, une rencontre entre un bois sombre et une grotte de saphir, fixés l’un sur l’autre.
Et on se laisse porter, on s’embrasse comme si c’est l’action la plus naturelle à faire. Au départ douloureux, ce baiser s’enflamme vite. La passion guide nos gestes, nos mains baladeuses parcourant nos corps qui ne sont plus si étrangers. Des gémissements outrepassent nos lèvres alors qu’on se couvre de baisers, qu’on se redécouvrent du bout de nos langues. Je ne peux réprimer mon excitation ; mon corps vif réagit à ses caresses. Ses doigts délicats prennent soin de moi, m’emmènent sur des terres inconnues.
À ce moment-là, j’ai peur. Mes gestes maladroits, comme les siens, ne me rassérènent pas. La crainte se bouscule avec les récits que j’ai lus. Les premières fois ont la réputation d’êtres douloureuses, si bien que je ne peux réprimer quelques larmes quand on se murmure :
« T’es sûr ?
- Plus que je ne l’ai jamais été. »
Mon cœur battant m’empêche de penser, le désir et la peur guidant mon attitude. Mon souffle s’accélère, coupé court par un énième baiser.
« Andrà tutto bene » me rassure-t-il alors que, pour la première fois, un sourire nait sur ses lèvres.
À cet instant, je le regarde, j’admire son torse nu qui me surplomble. Je serre une poigne autour de son bras qui s’appuie contre le matelas. Je hoche la tête. Il essuit une larme d’un revers du pouce et nous replonge dans nos baisers. Je confie mon corps à ses mains, mes lèvres aux siennes, et tout le reste à son corps.
Je retiens un souvenir doux-amer de ma première fois. Dans mes larmes, la douleur se confond avec la tristesse. Mes tremblements portent à confusion. Mais le plaisir que j’ai pris est ineffable. Et je ne peux pas rêver mieux que de me livrer tout entier à mon meilleur ami. Voir son visage étiré par la volupté me provoque une joie immense, décuple mon allégresse. Et un derner râle, dernier coup, nous pousse à l’orgasme.
Et on ne prend pas de pause. Parce qu’on sait ce que l’avenir nous réserve. On sait que la distance oxydra le lien qu’on a forgé en quatre ans, l’acier cédant au poids du temps. Alors, on profite, même si la fatigue alourdit nos paupières, même si nos corps ne répondent plus, on s’unit encore et encore. Chaque baiser échangé est un « au revoir ». Chaque caresse hurle « tu vas me manquer ». Et chaque embrassade crie « ne m’abandonne pas ».
Finalement, on se perds dans nos gestes, on ne prête plus attention au temps. On cède aux avances de Morphée que lorsque les premiers rayons du matin s’invitent dans la chambre, l’ombre de la nature dansant dans les reflets de la vitre.
Je garderai un souvenir impérissable de ce moment. Lui dans mes bras, mes lèvres posées sur le sommet de son crâne, emmitouflés dans son lit.
.*.*.
J’ai vingt et un ans quand je me réveille dans ce petit appartement étudiant. J’ai achevé mes études obligatoires en Italie non sans difficulté. Mon choix de carrière s’est imposé à moi avant les examens, et j’ai su que je voulais poursuivre ma voie dans la littérature française. Mes correspondances avec Louane m’ont appris l’existence d’un cursus d’écriture en Suisse, à Bienne. Je me suis renseigné, découvert un programme qui m’a tout de suite séduit.
Quand j’en ai parlé à mes parents, ils ont été très surpris de mon choix. Partir loin de mon village, de mon petit hameau, de la communauté qui m’a vu grandir, paraissait fou pour eux. Ils connaissaient ma fluidité en français, et la langue ne leur inquiétait que peu. Mais abandonner leur fils dans un autre pays, loin de tout repère, seul, nourrissait des craintes logiques. Mon père, après une longue discussion, a été le premier à soutenir mon projet. Il m’a demandé de lui montrer mes écrits, je lui ai fait la traduction en italien de mes poèmes. J’ai buté sur des métaphores que je trouvais maladroites dans ma langue natale. Cette gêne a dû se lire sur mon visage puisque mon père a esquissé un sourire et m’a donné son feu vert.
Ma mère, en revanche, a été celle la plus dure à convaincre. J’ai eu l’appui de mon père, mais elle est restée bornée, et jusqu’au dernier moment, j’ai cru que je ne goûterais jamais à la vie citadine. Il m’est arrivé de surprendre des disputes. Le ton montait, et la voix de ma mère tremblait. Elle reprochait à mon père de ne pas la soutenir, de ne pas me raisonner. Elle restait persuadée et tonnait que je ne partirais pas, que mes rêves stagneraient à ce stade. Mon père, silencieux, restait statique face à l’angoisse de Maman. Mais je ne me suis jamais interposé. J’ai su qu’elle avait besoin de temps pour se faire à l’idée. Son amour pour moi m’a trop couvé, et cela m’a fait pleurer.
C’était dans ces moments que j’ai voulu abandonner mes rêves de grandeur, que l’absence de Pedro m’a fait défaut. Mais j’avais Louane qui a continué de m’écrire, qui a insisté qu’une place m’attendait à Bienne, dans cet institut qui sublimerait mon art. Et je l’ai écoutée, cette voix lointaine. Ma cadette m’a poussé à me battre pour mes écrits, et ç’a été mon combat estival. Chaque fête au village, un champ de bataille où j’ai guerroyé contre ma mère, décochant mes arguments, fatiguant mon ennemie. Et j’ai avancé, remarqué le résultat de mes efforts. Mon père évoquait mon avenir, et ma mère n’élevait plus la voix. Je parlais de mes écrits, et elle profitait de ma traduction imparfaite. Quand j’ai commencé à plier bagage, elle regardait mon père et moi faire les cartons. Et finalement, elle m’a conduit en Suisse dans ce vieux camion, loué pour l’occasion. Ma victoire, un sourire triste de ma mère ainsi que ses vœux de « bonne chance ». Mon trophée, un pendentif sur lequel suspend le Christ sur sa croix.
Le soleil se reflète sur sa dorure à mon cou.
La veille, j’étais encore en Italie pour les vacances et la conduite jusqu’ici m’a fatigué, à tel point que je ne suis pas allé à la fête de rentrée. Demain, j’entamerai ma troisième, et dernière, année de bachelier. Évidemment, je poursuivrai mes études, les pousserai jusqu’à un Master tant fantasmé. Mais pour l’heure, j’ai encore une année à compléter et une personne à rencontrer. Je prends mon téléphone et sors de mon lit. Me dirigeant vers la salle de bain, juste à quelques mètres de mon lit, je remarque dans mon fil de notifications un message.
Mon rendez-vous.
Je souris et lui envoie un message, confirmant l’endroit et l’horaire – je dois me dépêcher. Après une douche rapide, j’enfile un accoutrement adéquat, soit une chemise rouge ainsi qu’un pantalon beige, et me presse hors de l’appartement. En sortant, je remarque mes voisins, d’autres étudiants de ma promotion, que je salue vite, peut-être trop fort pour leurs oreilles. Pas le temps de penser à eux, l’horloge avance, et je suis en retard. Je dévale les escaliers exigus et je pousse la porte en verre. Dehors, ma voiture m’attend, cette petite Fiat rouge qui a subi le trajet Suisse-Italie.
J’ouvre la portière, m’engouffre dans la chaleur étouffante et m’installe. Je démarre le moteur et m’engage dans les petites rues de la ville. Sur le chemin, la verdure ne manque pas. Je pousse un soupir. Ce paysage, après trois ans, a perdu de son charme. J’ai pris tout ce que Bienne avait à m’offrir, cette ville ressemblant de plus en plus à mon quotidien à Torrazza, rythmé par mon destin de campagnard. Néanmoins, l’endroit reste plus actif que chez moi. Je ne peux pas prétendre connaitre tout le monde, les visages beaucoup plus diversifiés ici que dans mon village. Pourtant, ces trois ans ici m’ont suffi. J’ai besoin de voir ailleurs, de bouger. Ce n’est pas la vie citadine que j’ai espérée, que Pedro m’a miroité. La petitesse de la ville n’exauce pas mes rêves les plus grands.
Elle n’est qu’un arrêt obligatoire dans mon voyage d’auteur.
À force de réfléchir, sans m’en rendre compte, je suis arrivé à destination. Évidemment, j’ai dû sillonner les alentours afin de trouver une place de parking. Évidemment, j’ai dû subir dix minutes de marche, la seule raison de mon retard : il est dix heures sept quand une personne me salue. Je sens un grand sourire s’emparer de mes lèvres lorsque je la remarque. Elle se tient debout, prêt à m’accueillir dans ses bras, et je m’empresse d’accepter l’étreinte.
Après cinq ans de correspondance, je rencontre enfin Louane.
Après une poignée de secondes, on se laisse un peu d’espace sans briser le contact. Ses mains noires tiennent mes manches rouges, la froideur de sa peau rencontrant la chaleur du tissu. Je la regarde, mon brun rencontre son noir. Des lunettes encadrent son visage fin alors qu’une brise se lève, ses longues tresses flottant au vent, tout comme son accoutrement, une marinière qui la couvre de sa poitrine jusqu’à son ventre.
« On s’installe ? » propose-t-elle en désignant la terrasse d’un coup de tête.
Je hoche de la tête et on s’exécute, son collier de perles se balançant au rythme de ses mouvements. La conversation débute de manière légèrement gênante. Je ne sais pas comment me comporter avec elle. J’ai tant fabulé et on a tant discuté d’une potentielle rencontre qu’une fois face-à-face, je perds mes moyens. J’ai un sourire gêné pendant que son regard reste fixé sur ses Converses claires. On piétine, on se tâte, comme lors d’un premier rendez-vous romantique. Puis le serveur arrive, prend nos commandes et lance un commentaire :
« J’arrive tout de suite les tourtereaux »
À l’aise. Il part, on se jauge du regard, et on éclate de rire. Elle, un potentiel date ? C’est comme si on me demande de sortir avec ma sœur. Impossible. C’est le déclic dont on a eu besoin pour détendre l’atmosphère. Elle croise ses jambes, son pantalon blanc révélant ses chevilles. Je m’accoude à la table, ma chemise dévoilant mon bracelet. Tout semble revenu à la normale, on se parle comme si on se connaissait depuis toujours. On échange sur un livre récent, débat de l’idéale de Baudelaire, de nos derniers poèmes, puis on se raccroche aux dernières nouvelles de nos vies. Je découvre aussi son léger accent et bégaie quand elle prononce « huitante » pour la première fois.
Elle me confesse sa quête d’un amour parfait, exclusif, celui-là même qu’elle a cru vivre avec une amie d’enfance, perdue de vue à cause des études. Moi, je lui loue la liberté dont je jouis, des amourettes qui ne durent pas plus de trois semaines, des plans d’un soir. C’est comme ça que je vis, n’en déplaise à mes parents qui espèrent voir une fille dans le foyer familial. Je lâche cette remarque avec une certaine amertume, mon café et sa viennoiserie enfin servis.
« Tu sais Charles, faudra vraiment que tu fasses ton coming-out.
- On n’a pas tous la chance d’avoir des parents comme les tiens… » me plains-je alors que je mélange lentement la crème avec une cuillère.
Elle répond par un sourire triste. Je hausse des épaules. J’ai accepté de vivre dans mon placard. Je sais que mon père sera un soutien, mais les remarques anticipées de ma mère me font peur. J’entends encore les disputes avant mon départ en Suisse, les imagine amplifiées si elle apprend la nouvelle. Je chasse ses pensées en changeant de sujet. La rentrée arrive pour nous deux, et si j’ai bientôt complété mon cursus, elle le débute de son côté. Même projet, mêmes envies, juste pas le même âge. Elle rit à mes anecdotes, s’intéresse à mes conseils et bazarde mes avertissements. Elle sait que ça va être dur, que la transition post-obligatoire lui enlèvera des heures de sommeil. Mais son objectif la motive.
Et je la comprends trop bien.
Aujourd’hui, je n’ai pas vu le temps passé. On est restés ensemble durant toute la journée, elle jouant les touristes, moi le guide. Je retiens mon ennui quand je lui présente les paysages de Bienne, elle exultée face à la beauté de la ville. Elle bavarde au sujet de son village vaudois, non loin de Lausanne – ville que j’ai eue l’occasion de visiter au détour d’une virée avec des potes. Elle me montre quelques photos sur son iPhone, de cette vue prenante depuis son balcon, de ce jardin dans son arrière-cour dans lequel elle cultive ses fruits, de cette petite allée vers laquelle elle se hâte quand l’inspiration lui manque. En défilant dans ses photos, elle s’arrête sur un chien dont elle me chante les louanges. Je lui apprends l’envie de ma mère d’adopter un chat. Et on échange ainsi, encore et encore, sans même remarquer les premières lueurs du crépuscule. Et on se laisse porter par nos pas qui nous emmènent jusqu’à chez-moi.
À l’intérieur, on boit un verre, deux, trois, on perd le compte comme je perds le flux de personnes chez moi. Très vite gêné par la petitesse de l’appartement, on part dans un bar ou d’autres étudiants se joignent à nous. J’ai perdu de vue Louane dans cette masse de personnes, et je me retrouve accaparé par un groupe. Il m’emmène vers une tablée où un jeu à boire se déroule. J’y prends part, et ma nullité me force à enchaîner les shots. Je remarque un garçon qui me plait ainsi que Louane en train de parler à une fille. Je sens un sourire se dessiner sur mes lèvres, très vite effacé par les lèvres d’un autre garçon. Et ma soirée se termine là où ma journée à commencer, mais je ne suis plus seul dans ce lit, dont les draps se salissent à mesure que la nuit passe.
.*.*.
Les feuilles craquent sous mon poids tandis que je marche dans Berne. J’ai garé ma voiture pas loin, le rouge de sa carrosserie devant être déjà recouvert de verdures mortes. Le vent souffle mon cardigan alors que je ressers mon écharpe bordeaux. J’avance dans l’allée en suivant les indications de mon téléphone. Louane a insisté pour que je la retrouve à la Zeughausgasse. Il s’y tiendra une conférence à laquelle elle souhaite que j’assiste. Il a fallu de pas-grand-chose pour me convaincre : de la nourriture et une rencontre avec un auteur. Je ressens une vibration contre mon mollet. Je sors mon téléphone, m’aperçois de l’heure, et je me presse.
J’ai très vite chaud, mais je ne peux me permettre d’être en retard. Après tout, une conférence avec un auteur tel que Todisco mérite une attention complète. La devanture en brique du bâtiment se dresse peu à peu dans l’horizon. Puis, c’est Louane qui devient plus nette à mesure que j’avance. Dans mon souffle entrecoupé, je m’excuse du retard, ce qui soutire un rire à mon amie.
« Allez, bouge-toi, se raille-t-elle, ça va bientôt commencer. »
Je hoche la tête. On entre et la richesse de l’endroit nous assomme. La lumière blanches des lustres nous aveugle alors que le vin coule dans les verres de ceux qui se trouvent sur le côté. Les miettes des apéritifs tombent sur le parquet en bois propre, la saleté épargnant leurs costumes trois pièces. Et dans cette mer de richesse, un visage familier croise ma vue.
Beaucoup trop familier pour que je ne m’arrête pas.
Et une vague de souvenir me frappe quand je le reconnais.
Un mouchoir orne son costume brun. Il ressert sa cravate jaune, des reflets dorés éclairent sa Rolex alors que sa manche révèle sa peau bronzée. Il a grandi, non, mûri plutôt. Une fine couche de gel plaque ses cheveux contre son front, cette blondeur, de souvenir désordonnée, dressé de manière classe, régulière. Sa peau ne présente aucun défaut, les boutons de l’adolescence, une image du passé. Son seul héritage, reconnaissable par mille, ses yeux d’un bleu océan magnifique, ceux-là même qui réveillent ma mémoire, une pellicule doucereuse se jouant dans ma tête. Et son sourire de façade s’efface quand il me remarque.
Quand Pedro se tourne vers moi, mon cœur frénétique rate un battement.
« Qu’est-ce que tu fous ? »
La question de Louane me sort de ma surprise. C’est vrai. Todisco. Il peut attendre.
« Trouve-nous des places, je te rejoins plus tard. »
Ses yeux s’écarquillent. Elle suit mon regard et, ne cherchant pas à comprendre, elle tourne sa tête de droite à gauche. Elle lâche un commentaire à peine discernable avant de se retirer. Je m’avance vers mon vieil ami, lui, adresse un mot aux hommes en costard avant de s’éclipser. Une fois assez rapproché, je ne sais pas comment lui parler. Ça fait si longtemps que j’ai oublié comment on agissait l’un avec l’autre. Lui ne pipe mot, il me relooke de haut en bas, comme s’il voyait un fantôme. Un rictus s’esquisse sur ma joue alors qu’une parole me vient :
« E' bello vederti ! m’exclamé-je. Cosa ci fai qui ? »
Il ne répond que par un air hébété, le joue prenant d’assaut ses joues. Il me partage un rire gêné, il se gratte l’arrière du crâne. Je hausse un sourcil, et je comprends vite. Je balaie cet instant avec mon sourire rassurant.
« Peut-être que c’est mieux comme ça ? » proposé-je avec mon léger accent.
Il rit franchement.
« Ouais, désolé, ça fait juste tellement longtemps qu’il ne me reste plus rien… »
À la fois défait et amusé, je tourne la tête de droit à gauche.
« T’es pas croyable j’te jure. Qu’est-ce qui t’amènes ici ? »
Il regarde derrière lui, jette une œillade à l’assemblée aux costards.
« J’te sers un café ? » offre-t-il.
Je dévie mon regard vers la salle de conférence. J’hésite. Des occasions comme ça, j’en aurais d’autres. Désolé Louane. Je hoche la tête et on sort. Quelques minutes suffisent pour rejoindre la Waaghausgasse où un Starbucks nous tente. On y entre, et l’atmosphère tamisé et calme nous séduit. On commande chacun sa boisson, moi chaude, lui froide, et on s’assoit proche de la fenêtre, le charme de la rue nous surplombant.
On prend des nouvelles de chacun. J’apprends qu’il est à la tête d’une grande entreprise et qu’il a fini de présenter une conférence avec des associés suisses. Il habite désormais à Monaco, logement principal qu’il fréquente peu ces derniers temps. Il voyage de pays en pays pour s’assurer du bon fonctionnement de ses succursales. Il poursuit le business de son père, perpétue son héritage. Il me semble discerner un visage perdu lors d’un moment de silence, mais cette pensée est balayée lorsqu’il relance la discussion, s’enquérant de ce que je deviens. Je lui raconte mes projets, mes études, mon rêve de devenir un auteur, de tutoyer les idoles de mes lectures et les origines de ma passion pour le français. Il s’en étonne.
« T’es sûr que tu vas réussir ? »
Je confirme par un hochement de tête.
« Il faut bien, sinon j’aurais fait tout ce chemin pour rien. »
Il se mord l’intérieur de la joue, avant de retrouver une moue normale. Il prend des nouvelles du village, de ma mère, de la sienne. Je lui indique qu’elle est partie peu après son départ, sans donner plus d’informations sur sa prochaine destination. Aujourd’hui, la maison qu’ils ont habitée accueille le train-train quotidien de la fille du maire et de son mari, un de mes anciens camarades d’école. C’est ce que ma mère m’a colporté à chacun de mes retours, à chaque vacance, et ce quotidien me colle à la peau.
« Ça te manque pas, toi ? me demande-t-il.
- Non, et tu le sais très bien, insisté-je. J’aime plus autant Torrazza que mes parents. J’y retourne parce qu’il le faut, et que passer mes vacances dans mon petit appart’ me rendrait fou. »
Je suis malade. Malade d’une envie de nouveauté constante. J’envie la vie de Pedro, celle dans laquelle son quotidien est un changement constant. Il est rythmé par les escales, son travail l’oblige à passer ses journées dans les hôtels et les avions. Il ne parvient pas à surmonter sa peur des vols, quand bien même il tente de s’habituer aux turbulences et autres repas que lui servent les hôtesses de l’air. La fatigue le guette, mais il se force à garder les yeux ouverts pour s’affairer à ses nombreuses obligations.
On parle durant des heures, si bien que j’ai reçu un message de Louane qui demande si elle doit m’attendre ou non pour partir. Je lui réponds que non, voyant bien que Pedro souhaitait rattraper le temps perdu. Et on continue, on quitte ce café car on a besoin de prendre l’air. On longe l’Aar, le soleil couchant se reflète sur l’eau irrégulière. Le bruit des terrasses, qui se remplissent, celle du vent qui cogne contre les vagues et des feuilles qui tombent, se craquelant sous mes Converses et ses mocassins, se fond parfaitement dans nos échanges, ne coupant pas ses retrouvailles.
Je retrouve les sensations d’autrefois, ce petit creux agréable dans le ventre qui papillonnait à chaque fois que je passais mon temps avec lui. De temps en temps, nos mains se frôlent, sans pour autant que j’en fasse quoi que ce soit. Je ris d’un rire sincère que seule Louane parvient à me soutirer. On s’arrête devant un hôtel, le Schweizerhof, le sien, je présume. Les mains dans les poches de mon cardigan, je me dandine sur mes pieds, attendant une remarque de l’entrepreneur. Il tourne son regard, guette les environs, les mains dans les poches de son pantalon.
« Ça te dit de monter ? » propose-t-il.
Il s’humecte les lèvres alors qu’il plonge ses yeux dans les miens. Comme à l’époque, je succombe à son charme. Ce n’est plus un caprice auquel je cède, mais lui qui répond à mon besoin. Je n’hésite même pas quand j’accepte. La démesure et le luxe nous entourent quand on rentre. Le plafond nous surplombe par sa grandeur. Les lumières artificielles projettent leur rayon sur les murs marmoréens, un arc de cercle descendant jusqu’aux pilastres incrustés. Le réceptionniste me toise du regard dans sa tenue rouge, classe, des ornements dorés disposés çà et là. Puis ses yeux s’intéressent à mon ami. Aussitôt, il se reconcentre sur son journal.
On traverse un grand hall, notre chemin tracé par un tapis rouge sans fin. Puis on arrive dans l’ascenseur, vide de monde. Et quand les portières se referment, je ne peux me retenir davantage. Je l’embrasse, embrasse mes envies de la journée. Mes mains découvrent la douceur de son costume, celle de la soie de sa cravate. Il me pousse contre un coin, me soulève. Mes jambes lassèrent sa taille, alors que mes pouces caressent ses poils naissants sur ses joues. Je savoure ses lèvres, chatouille sa langue avec la mienne dans un rythme lent, inoubliable. Je sens son bas-ventre contre ma cuisse alors que le mien me serre.
Les portières s’ouvrent, on reprend notre civilité juste le temps d’aller dans sa chambre. Et les joues rouges, je goûte au luxe de son lit et de son corps.
.*.*.
Nos soupirs s’entendent dans toute la pièce. Nos jambes entrecroisées, je passe le bout de mes doigts sur son torse nu. Ma main suit sa ligne, celle bien définie par ses pectoraux musclés. Avec toute sa charge de travail, il parvient à s’entretenir. Moi, j’ai à peine le temps de finir mes lectures pour le mois prochain. Des milliers d’obligations me hantent, pourtant, je ne bouge pas. Je profite de sa présence, de ses draps rembourrés, même si salis par nos ébats. Sur son plafond, un miroir dans lequel je me ridiculise. Ma pâle figure contraste avec son physique marqué d’un léger bronzage.
J’en ai eu des coups d’un soir. Mes doigts ont eu l’occasion de tracer divers traits, caresser plusieurs corps. J’ai galoché des personnes, même des bouches plus expérimentées. J’ai testé tout un tas de positions, même les plus farfelues, refusé plusieurs fantasmes extrêmes, expérimenté les plus abordables. Ma langue a parcouru des recoins que j’ai cru jusqu’alors non-érogène. J’ai eu le temps de découvrir des partenaires, de partager mes nuits avec d’autres. J’ai vécu des expériences extraordinaires, d’autres beaucoup plus maladroites. J’ai reçu, donné, joui, recommencé, encore et encore. Mais rien, rien ne me fait plus frissonner, plus m’extasier, orgasmer que Pedro.
Il a été ma première fois, rien ne le remplacera.
.*.*.
Depuis ce soir-là, on a repris contact. J’ai son numéro dans mon téléphone et on s’échange des messages de temps en temps. Mes études et son travail nous empêchent de trop nous voir, de passer notre temps ensemble comme à l’époque. Tout a changé dans nos vies, mais notre intimité, malgré les années, est restée intacte. Du moins, presque. Le sexe n’était pas aussi présent dans nos échanges par le passé, la timidité adolescente muée en fougue à l’âge adulte. Quand l’ennui me prend, et que le désir se réveille dans mon bas-ventre quand je repense à nos ébats, je lui envoie un Snap de ma verge, et aussitôt, on s’excite à distance au point de salir mon sous-vêtement.
Mais l’exclusivité ne définit pas notre relation. On le sait autant l’un que l’autre que nos agendas serrés nous permettent pas d’entamer une relation sérieuse. Enfin, surtout le sien, mais l’idée du couple ordinaire ne m’a jamais effleuré. J’aime trop découvrir des gens, expérimenter des fantasmes que je ne pourrais jamais tenter avec Pedro, pour m’offrir complètement à lui. D’un commun accord, les limites de notre relation sont basées sur une amitié profonde, si bien que la gêne n’existe pas quand on s’envoie en l’air.
Ainsi, l’année passe. À l’occasion, j’ai parlé de ma relation à Louane. Elle est ma confidente, une amie qui n’impose pas son jugement quand je lui raconte mes secrets les plus intimes. Elle n’évoque jamais la sexualité hormis quand je parle de Pedro. M’écoutant divaguer sur son corps musclé, elle m’a confié une fois :
« T’es sûr que t’es pas en train de tomber amoureux ? »
Un frisson parcourt mon corps quand j’entends ses mots. Un je-ne-sais-quoi me gêne dans ses trois dernières syllabes. Je balaie ce doute dans un rire gauche.
« Vraiment pas »
Elle fronce ses sourcils alors que son pouce caresse son bracelet. Elle hausse des épaules et tourne la tête de droit à gauche, signal corporel de sa pensée muette. Et puis le sujet n’a plus jamais été remis sur la table. Dans ma tête, je l’ai convaincu du bénéfice de mon amitié. Mais elle a mis en doute mes convictions, mes certidudes. Je crois qu’après cette conversation, j’ai dû baiser avec trois types sur Grindr dans la même semaine. Peut-être que c’est à cause du stress de mes derniers examens, sûrement même. Mais une petite voix répète ce mot que j’abhorre.
Amoureux.
Je n’ai plus eu le temps de repenser à ça. Mon mois de rush intensif et mes nuits blanches ont rythmé ma session de juin. Les termes se confondent dans ma tête alors que je tente d’y mettre de l’ordre. À la fin, j’ai vu le bout de mes trois années de bachelor. Un certificat concrétise mes résultats alors que la fierté peints un sourire sur mes traits fatigués. J’ai tout de suite téléphoné à mes parents qui m’ont félicité dans un Italien explosif dont mon tympan a perdu l’habitude. Louane m’a congratulé et je lui ai retourné le compliment dans une étreinte forte.
Elle a passé sa première année avec succès, et je me rends compte de l’année qui s’est écoulé. Je repense à ces moments passés à ses côtés, à ses soirées arrosées qu’on a regrettées le lendemain, à ces moments de doute quand on butait sur nos écrits, à ses échanges de poèmes et d’avis sur les auteurs des classiques. Et je me dis que ce visage resplendissant va me manquer. Tous ces visages vont me manquer, ces futurs auteurs, autrices, dramaturges ou autres poètes en puissance. Ces professeurs aguerris qui m’ont enseigné tant de fondamentaux, guidé dans mes processus créatifs, m’ont permis d’affermir mon style, exploré l’univers d’autres artistes. De tout cela, je leur en serais reconnaissant à vie.
J’ai reçu un message de Pedro le jour même. Il m’a envoyé une adresse, ainsi qu’un billet d’avion pour New-York.
On va fêter ça, champion, m’a-t-il envoyé.
Je n’ai même pas réfléchi quand j’ai embarqué dans l’avion, mon petit sac à dos comme unique bagage.
.*.*.
Le matin se reflète sur les vitres des buildings. Depuis cette chambre d’hôtel, la largeur de New-York s’étend à perte de vue. J’admire cette immense ville alors que les nuages orange, presque rouges, couvrent la ville, ombrent nos corps nus. Les pieds nus, je me sépare du corps de Pedro. Je sens la froideur sous ma plante, la moquette salie par une tache de vin, une bêtise due au trop plein d’alcool dans nos veines. Je me remémore cette soirée durant laquelle on a bu encore et encore pour célébrer mon triomphe, ma victoire acquise grâce à mon dur labeur.
Je me suis livré à lui, il a pris soin de moi, m’a mené jusqu’à l’orgasme à de multiples reprises. Il a ramené un vieux vinyle qui crépite désormais parce qu’on a perdu la notion du temps. Je hausse le tourne-disque, le crépitement s’arrête, baignant la pièce dans un silence agréable, parfait, comme cette nuit passée à ses côtés. Je me dirige vers la salle de bain, me regarde dans le miroir. Des cernes violets, mon t-shirt taché d’un bordeaux profond, couleur similaire sur mes lèvres et mes joues. Je l’enlève, découvre les marques que Pedro m’a laissées.
Des traces de griffures, de morsures, des suçons parsèment mon corps. Personne ne m’a autant possédé que lui, ces signes évidents d’un besoin sauvage. Je me sens conquis à ses côtés, plein. J’ai l’impression d’être spécial avec lui, que je vaux quelque chose. Dans la douche, je repense à ce mot, celui que Louane m’a imbriqué dans la tête. Amoureux, me surssure cette voix. Je ne peux pas me le permettre, pas avec Pedro.
Il ne veut pas s’engager, il me l’a fait bien comprendre. Et c’est censé me convenir. Je vais mener une vie d’auteur, voyager pour présenter mes œuvres, mes premiers livres, faire mes premiers pas dans le monde de la littérature. Une relation ne serait qu’un poids pour moi. Et pourtant, je le sais. Je l’ai su depuis nos retrouvailles. Chaque jour, je me réveille avec ce souvenir de notre nuit, un héritage qu’il m’a légué et dont je me délecte chaque matin. Mais lors de ce matin-là, celui-ci même que je vis, je crains mes sentiments. Ne pas tomber amoureux, une litanie que je me répète depuis Torrazza, depuis mon arrivée en Suisse, depuis toujours. Je ne suis pas fait pour ces relations normées, pour me lier à jamais à quelqu’un.
Pedro est le seul à me faire douter de cette certitude.
Et quand je sors de la douche, que je veille sur lui et son visage tendre, sa peau douce, ses lèvres charnues, écorchées par mes dents, son torse sculpté, ses cils papillonnant, ses cheveux en bataille, et son sourire malin, je me dis :
Putain de merde.
Mais ce n’est pas ce qui nous empêche de nous relancer, de se perdre dans ses draps alors qu’on s’embrasse, encore et encore. Je suis amoureux, je le sais, mais je le cache dans notre quête de sexe. Une pensée perverse me hante que je chasse quand je m’offre à lui. Une larme coule le long de ma joue, prétendue douleur physique, alors que c’est mon mental qui me fait défaut.
.*.*.
Par chance, je ne le croise pas si souvent durant les deux prochaines années. Il est affairé avec son entreprise, moi avec mes projets littéraires, marquant une pause entre mon bachelor et mon master. J’écris, je me relis, je réécris, je confis mes manuscrits à des proches pour qu’ils me relisent, j’écoute leurs conseils, les trie, corrige mes fautes, et je recommence. C’est mon quotidien. À côté, je travaille dans un bar où je m’improvise mixeur, dans un coin de Genève populaire. Le quartier de Rive est loin de chez-moi, loin de Carouge, mais c’est l’endroit le plus prolifique pour le monde de la nuit, mon monde.
C’est ce travail qui m’aide, qui m’épaule dans ma vie. J’apprends la vie des autres, découvre le quotidien des clients attablés au bar, l’alcool les aidant à se confier. Je les écoute d’une oreille attentive, empathique, et un coin de ma tête note des idées pour mon roman. Il m’arrive parfois de me faire draguer, j’accepte certaines propositions. Mais je suis las de ces coups d’un soir, las de ce sexe casuel qui ne mène nulle part. Il m’arrive de ne pas finir, prétextant un problème à mes amants. Mais dans le fond, ce n’est pas ça le problème.
Parce qu’il m’arrive de penser à Pedro, parce que ses messages et ses photos sont toujours présentes dans mes notifications, quel que soit le moment, et parce que je poursuis cette relation sans suite, au nom d’une amitié qui date de mon enfance. Parce que je l’aime, je suis incapable de profiter de ce que me prodiguent les autres.
Fais chier.
Mais en face de lui, je garde la face, je joue les imbéciles. Quand on baise, je prends plaisir, profite de ce qu’il m’offre. Je me contente de cette relation, presse tout ce qu’elle peut me donner, essore jusqu’à la dernière goutte ces plaisirs qui ne durent qu’un instant, que lors de l’apothéose, quand mon monde fusionne avec le sien. Et je m’en inspire pour mes histoires, mon écriture, une thérapie créative sans limite qui sauvegarde le peu de bon sens qui me reste. Pedro me rend fou à crever, ce corps hante mes rêves, cet héritage devient trop lourd à porter. Pourtant, je continue à me faire du mal en suppliant ses caresses, qu’il me prenne comme il n’a jamais pris personne.
Et à force de corriger mon projet, de servir des verres, de baiser pour baiser, non plus pour le plaisir, de récolter des informations de mes clients et de m’en inspirer, je débouche sur une fin satisfaisante pour mon roman. Et je me dis, ça y est, c’est fini, c’est bon, je peux le publier sans remords. En le relisant une dernière fois pour la forme et vérifier les dernières éventuelles coquilles, je découvre une histoire qui me convient. Et quand je l’imprime, passe ma main délicate sur les reliures encore chaudes, je m’en rends compte :
J’ai écrit mon premier roman.
.*.*.
Spinoza a établi que les événements tels qu’on les vit ne sont que le résultat d’une chaîne de causes et d’effets. Cette idée, on peut la comparer avec une rangée de dominos. Dès lors que le premier domino tombe – ce que Spinoza appelle la cause première – la suite de la chaîne se renverse également. Mais si on isole un domino dans la chaîne, on se rend compte que sa chute est le résultat d’une cause d’un domino qui le précède et qu’il est lui-même la cause de la chute d’un prochain domino. Chaque domino représente un événement, qui est lui-même la cause et l’effet d’un autre événement. C’est avec cette pensée que je présente le déterminisme à une foule devant moi, dans cet auditorium en plein cœur de Nice.
J’ai 26 ans quand je pose ma voix et que je lis mes notes sur Spinoza. Deux ans se sont écoulés, c’est le temps qu’il a fallu attendre pour que mon premier roman soit un succès commercial. C’est le même laps de temps qui s’est écoulé durant sa rédaction, et j’en suis très satisfait. Mais quand j’énumère les causes et les effets de ma venue ici, un coin de ma tête pense à ceux de mon amour pour Pedro. Je refais le film de ces dernières années, rembobine ma vie aussi loin que je le peux pour me rendre compte d’où est-ce que mon histoire a commencé à déraper, que cette chaîne de cause et d’effet à commencer à dérailler. Je pense aux causes qui m’ont fait crier son nom il y a quelques semaines de cela. Je pense aux effets du succès de mon livre, le plus récent étant ma conférence dans ce lieu.
Alors que j’évoque le mythe de Prométhée, que je parle de son frère, j’imagine sans mal Pedro comme porteur du feu. Il joue toujours avec quatre coups d’avance, sa prévoyance, un don qu’il a développé pour garder le contrôle sur sa vie. Moi, j’assume sa perte définitive au moment où je me suis livré à lui pour la première fois. Les dieux m’ont joué un tour, et je me trouve bloqué par ce sentiment atroce, incontrôlable. Je me remémore la haine de mon ami pour Spinoza, un rictus à peine visible alors que j’aborde la philosophie de Hegel.
Je cherche encore le sens de mes sentiments, cette rationalité que le philosophe défend bec et ongles quand il s’agit du déterminisme. Tout arrive pour une raison selon lui. Mais je me raccroche à l’absurdité de Camus. Après tout, si le sens mouvait les actions de ce monde, il ne m’aurait jamais fait tomber dans les bras de mon meilleur ami. Et pourtant, mon roman parle de ce protagoniste qui cherche une preuve de la mort de son meilleur ami, qui tente de survivre à ce deuil douloureux. Poussé dans un jeu de piste, je parle de son débat interne, de sa rage contre le monde qui lui a enlevé une part de sa vie. Je parle du nécéssitarisme et d’à quel point cette philosophie absurde hante mon personnage principal.
Ce roman, j’en fais le porte-étendard du débat entre déterminisme et libre arbitre, et dans un dernier pas, je m’arrête face à mon public, et je les remercie pour leur attention. Sous les applaudissements, je remarque dans un coin de la pièce Louane, un sourire fier dessiné sur son visage. Je fais un petit mouvement de la tête, et je balaie du regard l’auditorium. Je dissimule ma déception quand je m’éclipse de la scène ; il n’est pas venu.
Je suis loin d’être naïf. On continue de parler de nos aventures d’une nuit par message ou quand on s’appelle. Et depuis quelque temps, j’ai remarqué qu’il se rend de moins en moins disponible. Et cette distance s’est créée quand il m’a parlé d’un Maxime pour la première fois. À force de rencontrer des gens, de parler avec, j’ai développé une grande attention. C’est comme ça que je le sais. Qu’à force d’entendre ce prénom, j’ai deviné que ce journaliste n’est pas un simple coup d’un soir, qu’une énième gâterie nocturne, qu’une lubie.
Non, il est bien plus que ça.
Et ça m’effraie.
C’est avec cette même peur que je prends mon natel, compose son numéro et l’appelle. J’entends que ça sonne, patiente une trentaine de secondes, et il ne décroche pas. Je soupire. On devait se voir aujourd’hui. Il faut croire que je ne passe qu’au second plan désormais. Je me mords l’intérieur de la joue, mon regard fixe dans les coulisses. Je me dirige vers ma suite, range mes affaires et me regarde dans le miroir. J’y vois un jeune homme hâlé, une barbe naissante, et une once de tristesse dans ses iris brunes. Je tourne la tête de droite à gauche quand j’entends quelqu’un toquer.
La personne entre et je vois dans le reflet une jeune femme noire. Ses cheveux crépus, dressés en chignon, se dissimulent devant l’ombre d’une housse de guitare. Ses lèvres, recouvertes d’une légère couche de gloss, arborent un grand sourire. Je le lui renvoie dans le miroir.
« Y a une foule qui t’attend dehors, monsieur Beloscuni. » me déclare-t-elle avec un accent sur la fin de sa phrase.
Je lâche un léger rire alors que je quitte mon siège pour venir l’enlacer. Elle n’est que de passage à Nice, et le hasard des calendriers fait que je vais y vivre pendant un petit temps. Alors, elle m’a prévenu de sa venue, et on a convenu d’une petite sortie. Je voulais lui présenter Pedro, mais il faut croire que monsieur est trop occupé en ce moment, en train de baiser un inconnu alors que j’existe. Je hausse des épaules quand elle me pose la question tandis qu’on se dirige vers une nuée de gens. On se sert du rosé, quelques personnes viennent me poser des questions, d’autres me féliciter, et une poignée me faire dédicacer leur livre.
Je ne me rends pas forcément compte de la chance que j’ai. Il est dur pour un auteur de vivre de son métier, je le sais. Je sais aussi que le monde du livre et de la littérature ne séduit plus grand monde, l’industrie du cinéma et celui du streaming lui faisant concurrence. Les livres de fiction ne se vendent plus, s’entassent dans des grandes bibliothèques sans attiser la curiosité, et beaucoup de jeunes auteurs renoncent à leur rêve de littéraire. C’est pourquoi j’ignore comment répondre quand on me demande la raison de mon succès. La vantardise, je ne me l’autorise pas. Les maisons d’édition peuvent se targuer d’un excellent travail, les chiffres effarants du nombre de vue sur Tiktok au sujet de mon livre étant une probable réponse. Le fait que des influenceurs fiers affichent mon livre dans leur story, un autre élément de réponse.
Ce monde-là, j’en ai jamais rêvé.
Bien sûr que j’ai visé le succès. Mais jamais l’abondance. J’ai rêvé d’une vie balzacienne ou encore baudelairienne, les malheurs de leurs époques en moins. Dans la mienne, être auteur se résume à une longue bataille avec les maisons d’édition, à des expéditions obligatoires dans des salons dédiés ou encore, comme aujourd’hui, à donner des conférences sur nos œuvres. Moi, je compte qu’un seul livre, et j’en suis déjà las. Un brouillon repose dans mon ordinateur, et l’angoisse d’un échec commercial rythme mon écriture. Non pas que l’argent m’intéresse, ça je m’en fiche, mais ce sont plutôt les retombées qui me stressent. Se faire lâcher par son éditeur, subir ses pressions, abandonner la créativité pour pondre un bouquin bâclé, décevoir son public, bis repetita.
Je crains ce cycle, cette boucle craint.
Ce sont des angoisses qui occupent mes nuits, qui nourrissent mes nuits blanches, nuisent à créativité. J’en ai confié une partie à Louane, qui à son tour m’a parlé de la pression de ses parents, des critiques vis-à-vis de sa vie bohémienne. Elle veut la vivre, cette putain de vie d’artiste, ses poèmes transposés en ballade, en pop dansante ou en hymne servant de tremplin dans sa tournée des bars de toute la France. Elle parait loin, cette époque dans cette petite ville de Bienne, dans laquelle on passait nos nuits à réviser pour le prochain examen, tout en refaisant le monde avec notre plume, nos écrits partagés autour d’un joint de CBD sur le toit de notre immeuble.
Je repense à Torrazza parfois. Elle me manque de temps en temps. Mais la vie d’adulte m’a donné l’opportunité de visiter de grandes villes, comme Nice ce soir. On se balade avec Louane, les lumières artificielles du soir éclairant nos pas. J’apprécie la grandeur des bâtisses, la beauté de la mer. L’air salé se faufile dans nos narines, se confond avec mon parfum industriel. On rit, on se perd dans des ruelles, notre joie, une étrangeté aux yeux des passants. Mon amie m’emmène dans un bar, on enchaîne plusieurs shots alors que la lumière tamisée nous couvre le visage de sa chaleur, se reflète dans nos joailleries, elle, ses boucles d’oreilles argentées, moi, ma bague sur laquelle couche un rubis. On l’invite sur scène, elle sort sa guitare, et joue une petite mélodie, nous sert un texte innocent. J’apprécie la douceur des consonnes, la résonnance des voyelles dans sa voix chantante, basse par moment, puis fortes par d’autre, le tout, un plaisir pour les oreilles. Elle resplendit sur scène avec son instrument.
Et pour une fois dans la soirée, mes craintes n’occupent plus mon esprit. J’oublie Pedro l’espace d’une soirée. J’ignore la distance qui s’est mise entre nous. Je tais mes doutes vis-à-vis de notre amitié. Je ne me préoccupe plus de notre futur qui s’efface à mesure que les affres du temps travaillent notre lien. Les chaînes semblent sur le point de céder, mais j’ai décidé de ne plus y penser dès lors qu’une lueur se reflète dans les yeux de Louane.
.*.*.
On est en plein milieu du mois de mai quand Pedro m’a appelé. J’écrivais un bout de mon manuscrit quand j’ai senti mon téléphone vibré contre ma jambe. Aussitôt, je l’ai pris et j’ai ouvert grand les yeux quand j’ai vu son prénom affiché sur mon écran. Mon cœur rate un battement quand je décroche et que j’entends les premiers souffles de sa voix.
« Salut, ça te dit qu’on se voit ? »
L’après-midi touche à sa fin. J’ai été plutôt productif dans mon écriture, et mon prochain rendez-vous avec mon agence n’aura pas lieu avant la semaine prochaine. Plus rien ne me retient dans mon appartement, et ça fait si longtemps qu’on ne s’est pas vu. J’accepte son invitation, raccroche, et ferme mon ordinateur avec un coup violent. Je prends juste la peine de me vêtir d’un sweat à capuche brun avant de partir de chez-moi. Il m’a envoyé l’adresse, un énième hôtel pour une énième soirée sous les draps. Je prends une vingtaine de minutes avant d’apercevoir la devanture. La grandiloquence ne la définit pas, ce qui attise ma curiosité.
Mal gré bon gré, mes standards se sont élevés à force de fréquenter Pedro. Il m’a habitué à ce que les entrées soient soutenues par d’immenses colonnes d’un style antique. Il m’a habitué à ce qu’un portier m’accueille avec un grand sourire, un chapeau ridicule aux couleurs de l’hôtel siégé au sommet de son crâne. C’est à moi d’ouvrir la porte. Pas de tapis rouge sous mes semelles, pas de lustres, que des touristes avec leurs chemises dégoulinantes de sueur et leur paire de Ray-Ban d’entrée de gamme. Alors, c’est loin d’être un bouiboui, il n’empêche que cet endroit ne ressemble à rien de ceux de mes meilleures nuits.
Quelque chose cloche.
Je demande la chambre de Borleti au réceptionniste qui m’indique le numéro 116. Je le remercie et m’y dirige. Je frappe trois coups brefs, la porte s’ouvre, et je n’ai même pas le temps de parler qu’une paire de lèvres prend d’assaut la mienne. Je ne me pose pas plus de questions, et je me laisse embarquer dans une danse dont je ne rythme pas le tempo.
Entre deux baisers, j’entrouvre les yeux, et découvre un Pedro désespéré. Il descend ses lèvres vers mon cou dans lequel il dépose une rangée de baisers. Une odeur forte d’alcool émane dans la pièce. Sa démarche est précipitée, vive, et sauvage. Des premiers soupirs sortent de ma bouche alors que j’embrasse sa tempe à plusieurs reprises, mimant l’attitude de mon amant. Je lui mords le lobe, ce qui lui provoque un gémissement grave. Il murmure mon prénom, glapie des insultes, me supplie plus. Ses mains frottent le tissu de mon sweat, qu’il enlève d’un mouvement rapide, ses doigts accrochés aux ourlets de mon vêtement.
Transpirant, son visage se tiraille dans une expression singulière, un mix entre de l’envie et de la tristesse. Il me pousse contre le lit, m’alite avec une légère pression sur mon torse. Il enlève son t-shirt, et je ne peux m’empêcher de saliver quand je revois ce corps qui occupe encore mes nuits les plus torrides. Ces derniers temps, je soulage mon désir à l’aide de ma main, mon imagination jouant avec mes souvenirs. Mais cette fois-ci, je peux satisfaire mon envie avec Pedro.
Mes mains glissent vers son pantalon, une bosse prépondérante signale son érection. J’esquisse un sourire qu’il mime avec moins d’entrain, toujours ses yeux apeurés, comme lors d’une première fois. Sans plus tarder, je desserre sa ceinture alors qu’on entend résonner un bruit métallique dans toute la chambre. D’un geste maladroit, il m’imite, tirant mon pantalon d’un coup bref.
Sa main empoigne mon membre, déjà gonflé de sang. Un premier râle sort de ma bouche, alors que je frotte avec ma paume son boxer, une tâche visqueuse rencontrant ma peau frêle. Puis je le découvre, je rentre en contact avec son sexe pour la première fois depuis un long moment. Je le branle de trois coups secs. Un filet de pré-sperme s’échappe de son prépuce, s’échoue sur ma paume. Les joues rouges, il me regarde le prendre en bouche. Ses soupirs se précipitent de plus en plus, son torse, sur lequel ma main est posée, s’affaisse et remonte dans un rythme irrégulier.
À califourchon sur le lit, je joue avec son érection, ma langue lèche son gland, se délecte du goût âcre de son liquide séminal. Je sens ses mains dans mes cheveux, alors que quelques coups de rein atteignent le fond de ma gorge. Je déglutis, de la bave s’étale sur son membre, mais il ne s’arrête pas pour autant. Il poursuit ses coups, de plus en plus erratique, presque violents, alors que des gémissements s’échappent de ses lèvres. Mon nom outrepasse la barrière de ses lèvres, et je sens un sourire s’esquisser malgré moi. Je sens sous ma paume la transpiration se masser, son fluide mélanger avec le mien. Quelques gouttes perlent au bout de mes cheveux, coulant par moment sur lui.
Il arrête ses coups de rein. Surpris, je rouvre les yeux et ma vue rencontre un visage figé dans une expression illisible. Je m’arrête à mon tour. Dehors, le soleil se couche. Ses lumières orangées se reflètent sur nous. J’ai chaud. Très chaud. Mais rien ne se passe. Là, à ce moment, on se toise du regard. De sa hauteur, il me plombe, se rapproche de moi. Toute suintante de sueur, sa blondeur salie me chatouille le nez. Une énième rencontre, mer profonde qui croise mon regard noir. Il m’observe. Mes joues se réchauffent. Je m’apprête à parler, mais je suis tu, ma parole obstruée par ses lèvres.
Et tout se relance, l’alcool se mélange à la menthe dans son baiser. La pièce sort de son silence, nos voix se confondent dans des râles et dans des exclamations. Je pousse d’un coup de pied mon pantalon, mes chaussettes emportées dans le mouvement. Complètement nu, il me jauge du regard, avant d’à son tour se débarrasser de son bas. Je ne l’ai plus vu comme ça depuis si longtemps, si bien que mon corps répond à ce manque. À présent, je ne contrôle plus la situation. Mon cerveau s’éteint, je ne suis plus qu’une boule de nerf dirigée par des désirs bestiaux.
Comme d’habitude, il me couche sur les draps. On s’embrasse, la chaleur monte, il écarte mes jambes. Une pression contre mon derrière, une clé pour un monde de luxure. Il s’y insère, mes fesses se contractent. Un premier gémissement, plaintif, sort de mes lèvres. Puis mon entrée s’habitue, se détend, et les premiers coups de rein s’enchaînent. Plus de douceur comme les premières fois, il grogne de plus en plus à mesure qu’il accélère la cadence, et la douleur se mêle au plaisir. Mes jambes en l’air tremblent à chaque fois qu’il s’enfonce en moi, mais le plaisir dépasse la peur, alors que ma main me branle.
Je sens mon pouls dans le creux de mes deux mains, dans mes poignets, qui remonte le long de mes bras, de mon cou, et mon corps n’est plus qu’une pulsation, qu’un battement qui accélère, accélère, accélère. Il se calque sur le tempo de ses coups de rein de plus en plus rapide. Ma main tente de mimer ce rythme, de le suivre, toujours avec un train de retard, jusqu’à ce qu’il suive son propre tempo. Ces mouvements, un métronome désynchronisé qui ne suit aucune musique. Ces sons sauvages, un orchestre charnel sans chef, une cacophonie ambiante qui imite mal les plus grandes symphonies. Ma voix se trouve dans une autre tonalité que ses râles. Tout se termine dans une apothéose pathétique, dans laquelle j’ai joui trop vite, et lui pas.
Il sort de moi, se couche à mes côtés, et regarde le plafond avec un air hébété. On reste comme ça pendant un certain temps durant lequel une gêne taciturne s’installe. Je n’ose pas tourner la tête de peur de croiser une expression trop révélatrice. Des perles de liquide séminal glissent sur mon ventre, tombe sur le petit espace qui sépare nos corps. Je me mords l’intérieur de la lèvre, alors que le matelas s’allège d’un poids. Je me tourne, me retrouve face au dos de mon amant. Quelques grains de beauté décorent sa peau, ses épaules montent et descendent dans un rythme calme. Il soupire.
« Il faut qu’on arrête ça, Charles. »
Je prends du temps à digérer l’information. Mon bon sens se perd avec mes sentiments. Je déglutis alors que mon cœur rate un battement. Pedro se lève du lit, se dirige vers ce que j’imagine être la salle de bain. Je me précipite vers lui, retiens son poignet pour qu’il s’arrête.
« Pourquoi ? demandé-je dans un souffle indiscernable. Pourquoi ? J’veux dire, ça arrive ce genre de baise. »
Il ne me regarde pas. Je tente de calmer ma respiration, de me rassurer comme je peux.
« On peut recommencer dans un, deux, trois jours et tout redeviendra comme avant. On prendra plaisir comme on a l’habitude.
- T’as pas l’air de comprendre, j’veux plus de ce genre de relation. J’peux plus me le permettre, j’y arrive plus. »
Je tressaillis. Je comprends.
« Qu’est-ce qu’il a de plus que moi ? J’veux dire, tu connais Maxime depuis à peine quelques mois, tu peux pas me jeter comme ça. »
Je serre le poing, jalousie enfin exposée au grand jour.
« J’te connais depuis qu’on est petit. C’est pas le genre de relation qui s’oublie. C’est toi-même qui a renoué les liens. »
Je resserre ma poigne autour de son poignet.
« J’peux pas te laisser détruire ce qu’on a.
- Parce qu’il y a eu quelque chose entre-nous ? »
Il tourne sa tête, son regard s’assombrit, ses sourcils se froncent.
« C’était que de la baise entre-nous Charles, on était bons potes, c’est normal qu’on se soit revu de temps en temps. Et t’arrive même plus à me faire jouir. »
Il me fixe avec ses yeux verts, me juge avec hauteur. Un poids tombe jusqu’à mon estomac quand il prononce ces mots :
« J’crois que j’suis amoureux, et crois-moi, j’suis le premier à qui ça fait chier. Mais pour lui, j’pense que j’suis prêt à sauter le pas. Quoi que ça veuille dire. »
Je me mords la lèvre inférieure. Les yeux baissés, je fixe ma poigne, encore attaché à son poignet. Dans un chuchotement, je lui dévoile mes sentiments que j’ai tenté de taire depuis leur découverte :
« Pourquoi pas avec moi ? »
Ses yeux s’écarquillent alors qu’un rictus creuse sa joue.
« Mais tu comprends rien en fait ? J’ressens rien pour toi. J’ai jamais ressenti quoi que ce soit pour toi, et tu le sais très bien. »
Il se détache de mon emprise.
« On était potes, je cherchais pas plus avec toi. Maintenant, je vais prendre une douche, me rhabiller et partir d’ici. Garde la chambre, prend ça comme un dernier cadeau. »
Et comme ça, il s’en va dans la douche. À peine j’entends l’écoulement de l’eau que mon ventre se met à se tordre. Ma respiration accélère, mes yeux se troublent, mon corps tremble. Sans même réfléchir, je me rhabille. Le mélange de sueur et de sperme tache mes vêtements, colle à ma peau, mais ce n’est pas ça qui me rend sale. Ce qui me salit, c’est l’espoir. J’ai cru pouvoir entreprendre une relation avec Pedro, qu’on filerait le parfait amour. J’ai pensé que l’Akai Ito m’a relié à lui, à designer cette personne comme celui qui m’était destiné. J’ai suivi un fil qui n’a jamais existé. Et je me sens bête quand je dévale les escaliers, les yeux plein de larmes que je ne peux plus retenir.
Dehors, la pluie tente de laver ma connerie, masquer mes actes, couvrir mon visage, mais je me sens encore plus sale, dégoutant, poisseux. Dans le bus, le jugement des passagers s’ajoute à ma peine. Mais ma fierté a été tellement bafouée que je ne peux arrêter la course de mes larmes, ni les tremblements que subie mon corps. Les souvenirs m’assènent, son visage et nos moments, des flashs aveuglants. Je me précipite dehors quand on annonce mon arrêt. Mes gestes décousus et alanguis me mènent jusque dans mon appartement dans lequel je sombre. Dans un coin de ma chambre, je m’effondre. Je ne suis qu’un cœur dont les miettes s’éparpillent sur mon corps. Les souvenirs animent mon âme dans des ténèbres profonds.
La fatigue m’emporte dans une torpeur cauchemardesque, doucereuse. Mes rêves me rappellent nos plus belles journées, nos soirées les plus tardives. Ils me ramènent en enfance, et me voilà adolescent en train de refaire le monde dans sa maison à Torrazza, nous deux lovés dans son lit. Et le lit s’agrandit, les couvertures devenant plus luxueuse, nous deux en face d’une fenêtre qui donne sur un décor helvétique. Et les petites maisonnées se transforment en building, leur reflet de New-York me ramène à ce jour béat et maudit, le jour de la découverte de mes sentiments. Et je me réveille à cause de ce visage sombre, moqueur, animé par un rire dégoûté qui tonne encore et encore jusqu’à me sortir de mon sommeil.
Je tremble encore, je peine à respirer tant je pleure. Mon dos douloureux me force à me lever, m’épuise. La sécheresse de mon visage me frappe alors que je m’assois à mon bureau. Une idée me vient, des mots à poser, à réciter : mon exutoire. J’ouvre l’un des tiroirs, en prends un petit carnet, et sous la lueur blafarde de la Lune, je compose un poème d’une plume tremblante.
Une vallée isolée, l’endroit de notre enfance
On s’est parlé une fois, on s’est jamais lâché
On existait pour l’autre, nous, moments partagés
Ton refuge est en ville, j’ai haï la constance
De cette campagne : je rêvais d’évasion
À ton départ, nos deux ombres se sont confondues
Une errance dans une pièce, tout quitté, j’y crois plus
Mon rêve, tu l’as ranimé dans une vision
Trois ans plus tard, des retrouvailles, corps magnifique
Que je parcoure du bout de ma langue douce
Un contrat tacite, des rencontres qui nous poussent
Dans les bras de l’autre, à tel point que je m’y pique
Je tombe pour toi, je maudis mes sentiments
Le corps des autres ne procure rien, je veux que toi
Tu tombes pour un autre, tu me quittes sous ce toit
Et encore aujourd’hui, j’espère que tu me mens
Résumé : Jeune apprenti-journaliste, Maxime vit une vie mouvementé par les études et sa copine. Mais au détour d'une soirée dans laquelle il a été embarqué de force, Maxime va, après une énième dispute, faire la rencontre d'un inconnu. Accoutumé à une vie banale, cet inconnu va lui faire découvrir une nouvelle manière d'appréhender une liaison.
Cette nouvelle fait partie d'une collection de nouvelles, la Midnights Collection, qui regroupent des nouvelles de différents styles, inspirées par le dixième album studios de Taylor Swift, Midnights.
TW : Scène de sexe implicite
Extrait :
Il empoigne cette main tendue, et les deux jeunes hommes rentrent dans la boîte de nuit. Au départ, mal à l’aise – car il ne s’agit pas de son monde – Maxime se laisse aller, suit les mouvements de son compagnon. Celui-ci se mêle à la foule, danse et saute partout. Il a l’air d’être dans son élément, comme un poisson dans l’eau dans cette mer lavande. Autour de lui, personne ne resplendit. Une brume de fumée se masse alors que la musique se fait de plus en plus forte. Les vibrations du son, les sauts répétés de la foule, rien ne le déstabilise plus que les mouvements corporels de l’inconnu. Il joue avec la fumée, les couleurs violacées, le rythme endiablé du son. Et Maxime le suit, se laisse tenter à quelques pas maladroits.
Cette fiction peut aussi être lu sur Wattpad, bonne lecture :)
Meet me at midnight – Lavender Haze
Le monde des boîtes de nuit ne lui a jamais plu. Qu’on soit clair sur ça, il aime la fête comme il adore boire. Mais cet univers dégage une aura si particulière, si spéciale, qu’il s’y sent étranger. Ce n’est pas faute d’avoir essayé. Mais il faut croire que l’espace étroit de la piste de danse, la musique forte, d’un style qui ne lui plait pas, et les cris de sa copine qui frappent ses tympans, ne l’aideront définitivement pas à se familiariser avec le milieu. Il passe une main dans ses boucles brunes, transpirantes, et commence à s’expliquer avec la fille qui lui fait face.
L’alcool a des effets à double tranchant. Vous êtes heureux, alors la bière que vous avez bue vous rendra euphorique. Mais vous êtes malheureux, et voilà que les mélanges de whiskey-coca que vous avez enchainés vous déprime. Lise se trouve dans ce deuxième cas. Elle se plaint auprès de lui, auprès de Maxime qui, comme à son habitude, n’arrive pas à se détendre lors de ses soirées importantes. Il n’y peut rien, la sphère de la célébrité et des paillettes n’est pas celle qui lui est destinée. Lui, il adore l’actualité, mais elle préfère en être le sujet. Lorsqu’il passe un coup de fil, il parle avec Monsieur et Madame Tout-Le-Monde. Lorsqu’elle décroche un appel, elle se retrouve à discuter avec une actrice renommée, un modèle d’une marque de luxe, le porte-parole d’une association bienfaitrice. Ils vivent dans deux mondes qui tout oppose. Pourtant, ils sont en couple.
Tristement en couple.
Il fait des études, elle est occupée à gérer sa boîte tout le temps. Eh oui, cette soirée à Monte-Carlo fait partie de son emploi du temps ô combien chargé. Maxime se perd dans ses explications, Lise se confonds en accusations. Il discerne à peine son visage dans cette lumière violette émise par les projecteurs et les néons de la boîte de nuit. Elle entend à peine ses soupirs à cause du brouhaha éthylique et musical. Cette discussion ne mène nulle part, un dialogue de sourds dans un endroit sans lumière. Il hésite, mordille sa lèvre inférieure. Ce n’est pas le genre de Maxime d’hésiter, une réminiscence de leur première rupture. Cela ne fait qu’un an qu’ils se sont remis ensemble, et il regrette. Parce qu’elle n’a pas évolué. Parce qu’elle n’a pas changé d’attitude. Parce qu’elle est restée cette même fille qui ne comprend pas son monde, qui le force dans le sien. Alors, solution soutenue par l’alcool, par cette dispute, il amorce une bombe :
« Tu sais quoi, Lise ? »
Elle le regarde avec une telle colère dans ses yeux bleus, froids, glaciales. Son visage lisse laisse deviner son exaspération. Ses lèvres, repliées sur elles-mêmes, forment une moue boudeuse à la manière d’une enfant. Peut-être que l’immaturité est aussi un motif de rupture. Dans tous les cas, la décision de Maxime est prise :
« J’crois qu’on aurait jamais dû se remettre ensemble »
Et, une fois ces mots prononcés, Maxime quitte le comptoir et part loin de Lise, ne posant pas le moindre regard sur le visage qu’il imagine décomposé de son ex. Il se précipite dehors, loin de tout ce bruit, loin de tout ce monde. Désormais, seule la musique étouffée et les complaintes des quelques passants atteignent ses oreilles. Il perçoit même les battements de son cœur, erratiques. De sa bouche sort de la buée à un rythme irrégulier, l’hiver mordant les morceaux de sa chair nue. Il frissonne. Il doit y retourner, non pas pour s’excuser, mais pour récupérer ses affaires. Il ne le veut pas. Et son souffle erratique l’empêche d’avoir une pensée logique. Il se perd dans son monde, un défaut que lui attribue souvent Lise.
Attribuait.
Usage d’un passé révolu, Maxime se rend compte de ses actions. Merde. Il vient vraiment de larguer sa copine ?
« Putain… » lâche-t-il alors qu’il s’accroupit, les mains sur les genoux, essoufflé.
Est-ce qu’il a pris la bonne décision ? Il l’ignore. Son esprit, embrumé par l’alcool, ne trouve pas de réponse à sa question. C’est une équation qu’il ne parvient pas à résoudre. Et encore, il vient de quitter sa copine. Il pense à la liberté que cela lui offre. Puis la peur, la crainte, les représailles sur les réseaux. Il vient de quitter une célébrité. Il vient de se libérer du poids de ce monde ; il a froid. Il tourne la tête vers la boîte de nuit, trop chic pour son univers.
Il doit y retourner.
Ça fait combien de temps qu’il est dehors ? Machinale, sa main fouille sa poche. Vide. Il soupire. Il devra se confronter à la foule, se perdre dans cet endroit assombri, seules les lumières violettes éclairant sa voie. Il se frotte les mains, tentative vaine de se réchauffer. Puis, ses oreilles captent le bruit métallique d’un Zippo. Ses narines sentent l’odeur âcre et chaude de la nicotine. Il se tourne vers ce bruit, cette odeur.
À ses côtés, se dresse une figure. La blondeur de ses cheveux est dévoilée par la maigre lueur de sa cigarette. Il peine à distinguer sa coupe courte, une touffe mimant un style coiffé/décoiffé. Et, quand une voiture passe à leur côté, ses phares dévoilent le visage, masculin, et les yeux, d’un bleu perçant, de l’inconnu. Maxime tente un sourire, transformé en grimace à cause du froid hivernal. La fumée de la cigarette atteint à nouveau ses narines, réchauffe son visage.
« Tu devrais rentrer » avertit le jeune homme à ses côtés.
Il a une voix grave, graveleuse.
« Je peux pas… » répond Maxime, plaintif.
Il entend l’inconnu pouffer de rire. Adorable.
« Rude soirée ? » demande-t-il alors qu’il tend sa cigarette.
Maxime hoche de la tête. Ses doigts, délicats, frôlent ceux chauds de son interlocuteur tandis qu’il prend le bâtonnet de nicotine. Il ne fume pas. Mais, après une dispute, il pourrait y trouver du réconfort. Alors, il porte cette cigarette à ses lèvres et en extrait ses bienfaits. Son corps se relaxe, ses épaules s’affaissent et un premier sourire se dessine sur son visage. Il opine du chef comme geste de remerciement et rend l’objet récréatif à son propriétaire. Un bref mouvement de tête, le temps passe. C’est quoi les paroles de cette vieille chanson déjà ? Maxime ne s’en rappelle plus, ce vieux souvenir qui le fuit à cause de l’alcool emmagasiné dans ses veines. Toujours est-il que cette pensée lui a ôté la parole un court instant, juste ce qu’il faut pour que le fumeur finisse ce qu’il a entamé. Et, dans un mouvement taciturne, il lui tend sa main.
« On y va ? » demande-t-il avec un sourire que l’obscurité tente de dissimuler.
Il veut y retourner.
Et il a une excuse parfaite.
Il empoigne cette main tendue, et les deux jeunes hommes rentrent dans la boîte de nuit. Au départ, mal à l’aise – car il ne s’agit pas de son monde – Maxime se laisse aller, suit les mouvements de son compagnon. Celui-ci se mêle à la foule, danse et saute partout. Il a l’air d’être dans son élément, comme un poisson dans l’eau dans cette mer lavande. Autour de lui, personne ne resplendit. Une brume de fumée se masse alors que la musique se fait de plus en plus forte. Les vibrations du son, les sauts répétés de la foule, rien ne le déstabilise plus que les mouvements corporels de l’inconnu. Il joue avec la fumée, les couleurs violacées, le rythme endiablé du son. Et Maxime le suit, se laisse tenter à quelques pas maladroits.
La soirée s’ensuit, mais rien ne le sort de cette transe dans laquelle il a été embarqué. Il ne se rend pas compte du temps passé sur la piste. Cette notion, il l’a perdue à force de danser, chanter et de discuter avec l’inconnu. Il ignore son prénom, cette distinction qui semble insignifiante alors que son corps, dangereux, s’approche de l’autre. Et peut-être qu’il a un peu trop bu, mais une envie soudaine lui prend. Et un sourire échangé suffit pour comprendre.
C’est réciproque.
Alors, Maxime tente un mouvement. Torse contre torse, ils arrêtent de se mouvoir. Le temps se stoppe à cet instant précis où, timorées, leurs lèvres se rencontrent. Et Maxime se laisse aller, se détend alors que le blond intensifie le baiser. Leurs mains trouvent leur corps, s’attachent comme ils peuvent et poursuivent leur union. Ils s’embrasent alors qu’ils se perdent dans cette mer de fumée, cette marée humaine. Ils n’y prêtent pas attention, trop affairés à se découvrir. Jusque-là inconnus, ils se sont trouvés dans cet univers qui n’est pas celui de Maxime. Et pourtant, il tente cette aventure, plonge dans ce regard azur et sourit. Il oublie que, quelques instants plus tôt, dans ce même endroit, il s’est disputé avec sa copine, trop obnubilé par la personne de ses désirs.
Et il en veut plus, beaucoup plus.
Un murmure à ses oreilles, un accord passé, un baiser échangé et ils se séparent, juste le temps pour Maxime de retrouver son téléphone et ses affaires. Puis, une fois dehors, il retrouve la chaleur corporelle de l’inconnu. Ils discutent, se prennent bras-dessus bras-dessous et déambulent dans les rues monégasques. Cet endroit, inconnu, ne l’est pas pour son compère. Il apprend d’ailleurs son prénom après un baiser échanger. Un prénom aux sonorités hispaniques qui révèlent ses origines.
« Pedro… » murmure Maxime, profitant des syllabes qui ronronnent sous sa langue.
Puis, il rit d’un rire éthylique. Émerveillé par un rien, Maxime se présente alors qu’ils s’arrêtent devant un immeuble. Et ils discutent, discutent, discutent, s’échangeant des banalités encombrantes lors de leur ascension. Les escaliers sont interminables, de quoi provoquer des cloques dans ses chaussures trop serrées, une obligation de Lise. Sans s’en rendre compte, un soupir outrepasse ses lèvres, très vite évanoui dans la bouche de Pedro. Un sourire nait sur ses lèvres tandis qu’il pousse son compagnon contre le mur d’un étage. Celui-ci fouille dans ses poches, un cliquetis pressé résonnant dans l’immeuble entier. Enfin, il dégaine des clés qu’il insère dans la serrure de la porte à côté d’eux.
Enfin, ils trouvent une chaleur confortable.
À l’abri des regards d’une foule indiscrète.
Ils poursuivent leur parade nuptiale, découvrent ce qui se cachent sous leur couverture de tissus. Ils troquent le confort de leurs vêtements contre celui de leurs mains. Ils se cherchent, s’observent, se touchent dans une maladresse propre aux premières fois. Sous des caresses, ils se dévoilent l’un à l’autre, leur peau nue en proie à la froideur de leur toucher. Froideur frictionnée en chaleur à mesure qu’ils prennent l’habitude de ce contact, ils explorent leur peau, leurs courbes timides tandis qu’ils se caressent. Et du bout de sa langue, Maxime explore le moindre recoin de ce monde. Soif de découverte, l’aventurier apprend et masse les connaissances. Mais il a tendance à oublier qu’il n’est pas le seul dans cette épopée. Alors, on le lui rappelle d’une pression délicate, puis plus intense vers son bas-ventre, trouvant un contact contre son fessier : un accord tacite passé dans un hochement de tête simultané.
Ils se séparent, le temps de se préparer. Un préservatif, du lubrifiant, et ils ne s’arrêtent plus. Les coups de reins s’enchainent à un rythme irrégulier, juste le temps de se réguler. Le plaisir est décuplé à chaque coup, alors que le sexe libre du brun se trouve vite empoigné par le blond qui le masturbe tout en pénétrant son derrière. Et ils continuent, encore et encore, les râles et soupirs occupant l’espace auditif alors que la sueur s’accumule sur leur torse. Enfin, dans un pénultième baiser, une dernière union, un ultime va-et-vient, Pedro jouit en même temps que Maxime. Et le plaisir prodigué par cet instant complice les pousse à la fatigue, non sans échanger un baiser qui vient clore leurs ébats et leurs yeux.
.*.*.
Le lendemain, les premières notes désagréables de son réveil résonnent. Irrité au départ, Maxime tend sa main fatiguée pour éteindre son téléphone. Par malheur et inconvénient, il ne le trouve pas à sa place habituelle, sur son chevet. Puis, en ouvrant un œil, les lueurs faiblardes d’un soleil d’hiver dévoilent l’endroit inconnu. Stupéfait, il constate sa nudité sous les draps, constate l’odeur particulière d’un déodorant masculin, entend les rues se réveiller dans ce paysage trop dense pour sa petite Nice. Mais la carence d’une personne le force à puiser dans ses souvenirs épars de la veille. Il visualise ce visage aux attraits ineffables, à l’allure masculine, loin des carcans féminins dont il s’était accoutumé à force de côtoyer Lise.
Et il se rappelle, les maux et la dispute de la veille qui l’avaient mené dans ce lit. Des regrets ? Il n’en nourrit que peu, libéré des chaînes d’une relation vouée à l’échec. À la place, un tendre sourire se fend sur son visage alors que, rêveur, il se défait des draps, récolte ses vêtements éparpillés au sol et s’apprête à partir. L’homme de la veille, il aurait laissé leur histoire au passé, devenir un souvenir périssant en anecdote juvénile, si un post-it n’avait pas retenu son attention. Accroché à la porte d’entrée, des boucles et des lettres irrégulières y sont inscrites, captivant son intérêt. Un mot, un remerciement, une suite de chiffres, un numéro de téléphone démarrant par +377 : un Monégasque pur souche. Maxime sourit, prend la note avec lui et s’éclipse de l’endroit.
Il ne connait que trop bien la ville-État. Habitant à côté, le temps de sa vie estudiantine a suffi pour qu’il passe ses soirées dans l’endroit. Ce sont des escales rares - le Christ s’évanouirait en voyant les prix des vins – néanmoins toujours charmantes. Il apprécie la petitesse et la chaleur qui émanent toujours de l’endroit. Les voitures de luxe se massent dans les rues alors que des bateaux au loin profitent de la tranquillité maritime. L’air frais donne des airs estivaux, le printemps donne des signes avant-coureurs. Les rossignols, messagers de Proserpine, récoltent les premiers éléments de leur nid naissant. Maxime se laisse aller, emporter au gré des vents. Le matin lui dépeint un paysage pittoresque aux couleurs roses. Puis, il se rappelle qu’il a rendez-vous, ce samedi. C’est aujourd’hui, non ? Un rapide coup d’œil, téléphone encore muet, constat : samedi, huit heures du matin. Sa voiture l’attend sur le parking d’un hôtel aux prix mille fois trop cher. Le jeune homme soupire et entame sa route pour récupérer son véhicule.
Au détour d’une allée, d’une rue, en plein centre de Monte-Carlo, il retrouve enfin sa voiture. La ville a eu le temps de s’animer. Des passants aux accoutrements loufoques, des terrasses pleines malgré la saison, des baguettes tendres dressés dans des sachets en papier : son premier matin à Monaco. Dommage qu’ils doivent retourner à Nice. Mais il doit honorer sa parole, son rendez-vous avec Leah. Alors, il entre dans la voiture, enclenche le moteur et entame sa conduite.
Sur la route, il pense à Lise, à sa relation avec elle. Il craint les médias, la presse. Lui-même sait comment elle peut être cruelle. Il se rappelle ses cours de communications, de l’insistance de sa professeure sur la pression qu’il faut mettre et sur le tranchant des questions. Il la plaint, cette vie de star du web. Il n’était que son compagnon lors de cet instant, de cette durée qu’elle mettait en scène sur les réseaux. À un feu rouge, signe d’une pause dans sa course, il regarde son téléphone et va sur Instagram. Les stories de la veille défilent.
Il y a de tout. Des potes de son école qui révisent, d’autres qui passent leur soirée au restaurant, des célébrités qui affichent leur quotidien, des posts partagés, des mèmes. Puis, Maxime arrive à la story de Lise : elle a montré sa soirée, son sourire médiatique, des photos des diverses boissons qu’elle a bues ; le jeune n’apparait pas. Peut-être que leur couple n’était pas digne des réseaux, le feu passe au vert.
Sur la route, alors qu’il arrive presque à destination, il reçoit un message vocal de Leah. Il l’écoute et sourit à la fausse voix plaintive qu’elle prend. L’humour se mêle à son accent, le second degré et le sarcasme devient son idiome que les caisses sonores font résonner dans l’entièreté de sa voiture. Il rit à gorge déployée alors qu’il arrive enfin dans sa petite ville.
La mer teint de bleu l’atmosphère chatoyante de Nice. Moins urbaine que sa cousine monégasque, la petite ville semble plus lente, plus tranquille. Le luxe s’efface derrière un écran de banalité que les passants arborent, fiers. Des drapeaux français flottent en haut de certaines bâtisses. Il se gare non loin de l’une d’entre-elle. Des lettres flottent sur une banderole, indiquant le nom du lieu : « Le Petit Niçois. » C’est là qu’il a l’habitude de réviser, son appartement trop petit et sa colocataire trop bruyante le poussant dehors. Il aperçoit de son siège la baie vitrée. De là, il voit l’endroit s’activer, clients comme employés se pressant. Cela donne des airs de fourmilière à ce café d’habitude si calme. Maxime patiente un temps, juste de quoi naviguer sur les différents réseaux. Twitter lui offre bon nombre de débats, Snapchat divers quotidiens de personnes qu’il n’a pas revu depuis si longtemps et WhatsApp des anecdotes partagées sur le groupe de famille – il devrait recontacter sa mère qui est restée en Suisse.
C’est un nouveau message de Leah qui le sort de sa contemplation. Un message ironique accompagne une photo de lui dans sa voiture, pianotant sur son téléphone. En relevant le regard, il remarque une jeune femme qui lui sourit. Maxime lui fait un doigt d’honneur avant de sortir du véhicule et d’entrer dans le café. Son entrée enclenche une petite sonnette et Leah le salue depuis une table, proche du comptoir. Elle se lève, ses bras prêts à accueillir une étreinte. Le brun montre ses dents dans un sourire franc, nostalgique. Puis, il accepte le câlin, le cliquetis des bijoux de Leah se manifestant dans son mouvement.
Il sent contre son cou le métal doré de son collier, tandis que le contact froid contre sa joue dévoile la chaîne qui entoure son oreille. Des aveux de manque mutuel sont échangés dans ce court échange et un parfum de luxe émane de son cou dans lequel il a enfoui son visage. De l’extérieur, on pourrait croire aux retrouvailles d’un couple. Mais leur relation n’est caractérisée que par une grande amitié qui remonte à l’enfance, dans ce petit village suisse, perdu dans le Canton de Vaud. Ils en ont fait du chemin, leur déplacement en France et leur carrière prometteuse étant témoins de leur progrès. Puis, une petite fille, qui tire sur la robe de Leah, met fin à leur retrouvaille.
« Excusez-moi… » tente-t-elle avec un air chétif alors que les adultes la couvent d’un regard attendri « Je pourrais avoir un autographe ? »
Maxime jette une œillade à la principale intéressée alors qu’un sourire joueur couvre son visage. Elle lui fait un bref mouvement de la tête, l’envoyant balader tandis qu’elle s’accroupit, les motifs de sa robe se ployant. Leah fait son affaire, ce qui provoque un éclat euphorique chez la petite fille qui la remercie. Ils prennent une photo ensemble, le tout surveillé par un Maxime hilare. Il ne s’est pas habitué à la célébrité de son amie d’enfance. Non sans être accoutumé à ce genre de scène – Dieu sait à combien il en a assisté avec Lise – il reste impressionné par l’assurance de son amie. Elle qui, à l’époque, était si timide, renfermée dans son petit monde, qu’il a peiné à intégrer pendant qu’ils étaient encore jeunes et innocents, se retrouve aujourd’hui à signer des autographes et à faire rêver une jeune génération au travers des personnages qu’elle joue dans ses séries et films.
Leah salue la petite fille qui part à pas clocher.
« Je vois que le succès te sourit toujours autant, se moque Maxime.
- Ferme-la un peu, tu veux ? » rit-t-elle alors qu’elle se relève.
Ils finissent par s’asseoir, se faisant face. Un serveur à la peau métis vient prendre sa commande, un simple café au lait avec une chocolatine. Leah poursuit en lui demandant un muffin. Le serveur hoche de la tête tandis qu’il griffonne leur commande sur son bloc-notes. Il finit par s’absenter et lance une promesse d’un service rapide.
« Merci Ricardo ! » déclare Leah.
Ainsi, ils échangent, prennent des nouvelles de chacun.
« Alors, avec Lise ? commence-t-elle.
- C’est fini avec Lise.
- Ah ? »
Maxime hoche de la tête, un soupir las sortant de ses lèvres.
« T’avais raison, j’aurais jamais dû me remettre avec elle, déplore-t-il.
- En même temps, tu m’écoutes jamais. »
Il s’apprête à répliquer, mais ses cordes vocales ne s’activent pas. Il finit par hausser des épaules pour toute réponse. Il s’étire alors qu’il raconte comment la relation s’est dégradée. Comment ils en sont arrivés à se disputer dans une boîte de nuit. Comment elle l’a encore forcé dans une de ses soirées mondaines pour le travail. Comment la fatigue et le malaise l’ont envahi tandis qu’il enchainait les verres. Et comment il a décidé, après une énième prise de tête, de couper les ponts avec Lise. Leah écoute tout cela avec une oreille attentive, opinant du chef et en faisant des commentaires de temps en temps. La conversation s’interrompt quand Ricardo apporte leur commande.
« Merci » lance Leah.
Ricardo tente un sourire qui ne lui sied pas avant de repartir. Un sourcil s’arque au-dessus d’un des yeux de Maxime.
« Encore en train de courir après un cas désespéré ? demande-t-il.
- Si seulement c’était ça… »
Ce sujet est vite balayé par Leah qui raconte des anecdotes de tournage. C’est ce qui la différencie de Lise. Quand elle parle de son travail, Leah parait authentique, humaine. Elle discute avec les techniciens, les maquilleurs. Elle ne cherche pas la célébrité ni même le pouvoir, elle effectue juste son travail. Et il faut croire que c’est la clé de son succès. Maxime pense à un article du Monde, celui sur lequel il a travaillé et qui lui a permis de trouver un stage.
Ils étaient alors dans ce même café, à échanger sur la carrière de l’actrice dans une atmosphère professionnelle. C’était loin de leurs habituelles boutades et de leurs tranchants sarcasmes. C’était plutôt une session de question-réponse durant laquelle Leah parlait de sa carrière et Maxime prenait des notes sur son IPad. À la fin, ils avaient troqué leur tenu professionnel par celle de la vie de tous les jours, l’humour reprenant le pas dans leur conversation, similaire à leur échange d’aujourd’hui.
Maxime fixe Leah, une touche euphorique rayonnant son iris dans une teinte ambré qui resplendit. Sa robe propre contraste avec la chemise froissée qu’il porte. Tandis qu’elle porte la pâtisserie à sa bouche, un bracelet d’or glisse sur son poignet clair. Des miettes s’échappent de sa bouchée, s’infiltrant entre ses bagues précieuses. Maxime, d’un geste inconscient, frotte le bracelet brésilien qu’il porte à son poignet gauche ; un cadeau de Leah quand ils étaient enfants. Il ne l’a jamais enlevé, les marques du temps se traduisant dans des bouts effilochés.
Il tapote dans sa poche, sentant une gêne au niveau de son genou. Le brun finit par entrer sa main dans la poche de son chino Levi’s et trouve un papier froissé. Il ne peut retenir son sourire quand il voit la suite de nombres. Cela n’échappe pas à Leah qui feigne une quinte de toux pour attirer son attention.
« Qu’est-ce qui te fait sourire comme ça ? » demande-t-elle.
Maxime remonte le regard, apercevant la malice dans le regard brun de son amie. Il vient de commettre une erreur, et elle ne va pas le lâcher s’il ne crache pas le morceau. Alors, autant tout confier.
« Après ma dispute avec Lise, j’ai baisé avec un gars. »
Un peu cru, certes, mais ç’a le mérite d’être honnête. Trop peut-être, à tel point que la mâchoire de Leah semble se déboiter quand elle l’ouvre. Maxime sent le rouge lui monter aux joues alors qu’un petit cri s’échappe des lèvres de sa comparse.
« Petit cachotier ! » s’exclame-t-elle. « Et tu comptais pas me le dire ?! »
Sa parole est ponctuée par des frappes répétées contre son épaule. Une plainte exagérée résonne dans le café, moins peuplé, néanmoins témoin de la scène de ménage. Le brun arrête l’un des coups tout en riant. Ils se calment, les rires se tarissent dans des soupirs exténués et enfin, ils reprennent la discussion. Maxime ne rentre pas dans les détails, il explique le nécessaire pour comprendre l’histoire : une cigarette échangée, des heures de discussions dansantes, un baiser, puis deux, trois jusqu’à en perdre le compte pour terminer avec ce numéro de téléphone.
« J’peux voir ton papier ? » demande-t-elle d’un air innocent.
Son jeu d’acteur est bon, du moins assez pour berner Maxime qui lui tend la note. Il boit la dernière gorgée de son café, refroidi par la discussion. Il s’en délecte néanmoins, profite de la douceur du lait qui attendrit l’amertume naturelle de la boisson. Mais très vite, sa béatitude se trouve tronquée par de l’inquiétude quand il entend le bip d’un téléphone. En face de lui, Leah, accoudée à la table, son cellulaire porté à son oreille, lui lance un sourire aguicheur. Il s’apprête à se jeter sur elle pour lui arracher l’objet des mains, mais le son d’une voix masculine le coupe dans son élan.
« Oui allô ? »
Maxime tressaillit. Médusé, il ignore quoi faire quand Leah lui tend le téléphone. Il ouvre la bouche, mais aucun son n’en sort. Leah soupire et reprend l’appel.
« Bonjour, Leah Grassi à l’appareil, j’vous appelle parce que l’idiot qui me sert de meilleur ami n’ose pas vous parler.
- Qui ça ? »
Maxime, le pouce et l’index joint, intime la brune de se taire d’un geste de la main. Pour toute réponse, elle lui tire la langue.
« Maxime, je sais pas si ce nom vous dit quelque chose. »
Elle s’humecte les lèvres alors que Maxime rougit à vue d’œil.
« Et bien, passez-le-moi. »
Elle hoche de la tête et passe le téléphone au concerné.
« Allô ? articule Maxime, cachant sa gêne derrière un air sérieux.
- Alors comme ça, je t’intimide ? »
Il enlève le haut-parleur et s’éclipse en-dehors du café.
« J’ai pas trop eu le temps de réfléchir à comment t’aborder, vue que mon idiote d’amie ne m’a pas laissé le temps.
- Et ton idiote d’amie est une actrice reconnue en France. »
Il la connait. Évidemment.
« Ouais, j’espérais te la présenter d’une autre manière.
- Parce que tu voulais me la présenter ? »
Il peut entendre de l’autre bout du fil un sourire se former sur ses lèvres. Il l’imite alors que ses yeux verts se perdent dans le vague.
« Si tu veux me revoir, bien sûr ! »
Il s’est peut-être trop excité. Mais il n’a pas le temps de douter qu’un rire enjôleur balaye ses inquiétudes.
« J’t’ai laissé mon numéro, c’est pour une raison ! »
Maxime se gratte l’arrière de la tête, tourne un peu son corps, juste assez pour que ses yeux croisent ceux de Leah qui doit l’observer depuis tout à l’heure.
« J’t’envoie un message ce soir ? »
Un silence plane, un accord tacite, agréable.
« À ce soir Maxime… »
Il ne réplique pas, profitant des sonorités de cette voix, ce murmure familier tandis que les bips indiquent la fin de l’appel. Un sourire béat se dessine sur ses lèvres, alors qu’il se retourne. Leah lui tend un pouce, son regard interrogateur demandant confirmation. Maxime hoche de la tête avant de rentrer dans le café.
« La prochaine fois, préviens quand tu m’fais un coup comme ça, s’indigne Maxime.
- T’allais jamais l’appeler, j’te connais Max. »
Il lève le doigt, prêt à répliquer.
« Sérieux » coupe-t-elle « Après Lise, t’as le droit de t’amuser un peu, non ? »
Il ne peut pas lui donner tort. Il ne s’était jamais senti aussi vivant que lors de cette fin de soirée, à discuter et découvrir une nouvelle personne. Cette relation, il n’en attend pas grand-chose. Mais peut-être…peut-être qu’il pouvait faire confiance à Leah.
« Merci, soupire-t-il en se rasseyant.
- C’est rien, répond-elle en souriant »
.*.*.
Les semaines passent, les cours continuent, les articles s’enchainent et les discussions futiles animent son quotidien. Maxime, affalé contre le mur du couloir, relit sa pige de la veille. Il s’agit d’un article sur l’arrivée prochaine du Grand Prix de Monaco. Les travaux ont commencé dans la principauté voisine, et le Monde l’a chargé de couvrir l’information. Il doit aller sur le terrain demain, mais pour l’instant, il fignole son article, corrige les éventuelles fautes d’orthographe laissées par la fatigue ou la flemme, tandis qu’il attend son prochain cours. Une notification extirpe l’apprenti-journaliste de sa besogne. Il sort son téléphone de sa poche et sourit à la vue du message : c’est Pedro.
Ils se sont reparlé, appelé de temps à autre alors que leur rencontre remonte à un mois deçà. Maxime ignore la nature de leur relation, les messages à caractère sexuel jonchant les banalités qu’ils échangent. Autant, leur discussion WhatsApp reste propre, autant Snapchat est témoin de leur excitation tardive. C’était casuel, c’était simple : ils s’amusent à la manière d’adolescents qui expérimentent leurs premières relations. Mais ils n’en étaient pas, ils ont des responsabilités que leur âge avancé force à endosser. Maxime a bientôt vingt-trois ans alors que Pedro frôle son quart de vie.
Il a eu le temps d’apprendre cette information au détour de leurs premiers échanges. Résident monégasque, son coup d’un soir gère son entreprise familiale. Il est très secret sur ce qui le rattache à l’Italie, la famille semblant être tabou dans les messages qu’il envoie. La gêne ne fait pas partie de son vocabulaire quand il évoque ses relations passées. Maxime se sent petit à côté, lui qui n’a jusqu’alors connu que Lise et seulement Lise dans les dernières années. Bien sûr, il a eu une copine à un âge où l’on ne cherchait qu’à imiter les parents, et où l’image de l’amour ne se résumait qu’aux Disney. Et bien sûr, découvrir sa sexualité incluait des essais et de la curiosité auprès de la gent masculine, ce qui l’a poussé sur le porno d’à côté et l’a fait s’accrocher aux lèvres d’un garçon qu’il considérait comme un ami. Mais il paraissait si inexpérimenté à côté de Pedro qui parle de ses fantasmes avec une telle facilité qu’il en rougit. Les images explicites, les vidéos floues dans le noir, tout ça ne fait que renforcer la nouveauté et l’amusement dont Leah lui a parlé. Et il en est satisfait.
Très satisfait.
Cependant, le réel le rattrape vite. Ses réseaux sociaux abondent de notifications, de messages privés pour comprendre sa situation avec Lise. Avoir eu une relation avec une youtubeuse signifie aussi subir le courroux de son public. Il en a cure, pour être honnête. Ce sont de jeunes enfants, des ados tout au plus. Le concept de vie privée et de rupture leur échappe. Cette rupture fait parler, les médias peoples s’étant empressés d’écrire une kyrielle d’articles dès que l’information a été communiquée par Lise. Maxime est une personnalité publique malgré lui. Par chance, le virtuel ne se métamorphose pas dans sa réalité. Il est tranquille, ses camarades de classe n’ayant évoqué le sujet qu’une fois, des mots rassurants et des messages d’encouragements intervenant dans ce flot de haine qu’il subit depuis un mois déjà.
Perdu dans ses pensées, il est rappelé à l’ordre par un autre message de Pedro. Il confirme le lieu et l’horaire du rendez-vous de demain. Maxime envoie un bref message, partage une hâte de se revoir et poursuit son travail. La cloche retentit, son groupe d’ami l’attend pour le prochain cours : le quotidien reprend le dessus, celui-là même où il assiste, passif, aux cours de sa professeure juridique. Le droit est loin d’être passionnant, quand bien même il est important. Le manque de protection et la liberté d’expression ne faisant pas l’unanimité partout, il se doit d’être averti des dangers du métier. Son regard alterne entre l’horloge pendue, proche de la porte, et la professeure qui psalmodie un galimatias de droit pénal, un vrai calvaire pour Maxime dont les yeux peinent à rester ouverts. Le tic-tac du cadran, un supplice pour les oreilles, le nargue alors que les aiguilles n’accélèrent pas leur cadence lente.
Qu’on le sorte de là…
.*.*.
Le lendemain, Maxime traine au réveil. Huit heures du matin, c’est trop tôt pour un jeune homme comme lui. Mais le travail l’appelle et il ne doit pas décevoir son maître de stage. Alors, une douche, un café, un petit-déjeuner, et le voilà paré à affronter la journée. Il enfile son sac à dos, dégaine ses clés, et part de l’appartement. Le froid matinal, un début de printemps, le dissuade de sortir. Cependant, il brave cette première épreuve, sort la clé de sa voiture et ouvre la portière. Il embarque, démarre le moteur et le chauffage, et s’engage sur la M6098. Le trafic est faible, moins dense qu’en semaine. Les pendulaires sont en week-end, un rêve qu’envie Maxime. Son flegme est couvert par les commentaires de la radio locale, des voix, dont il commence à s’habituer, faisant une revue de presse détaillée.
Cela occupe sa conduite calme, patiente. Il reçoit parfois des messages que Siri lui dicte, la prudence l’invitant à se concentrer sur la route plutôt que sur les bêtises que lui envoient Leah. Peu à peu, le désert routier est remplacé par le faste et le luxe de Monaco. Le soleil se fait moins timide. Ses rayons illuminent Monte-Carlo, se reflètent contre le verre des immenses immeubles. Quelques bâtisses de marques s’invitent dans le décor dense monégasque. Maxime peine à trouver une place de parking. Il doit faire plusieurs tours pour qu’enfin un espace se libère. Il se gare non loin du port Hercule. L’endroit offre un paysage estival, la mer tranquille et l’air chaud contribuent à cette allure d’été. Peut-être que le yacht au loin entrave cette platitude.
Quoiqu’il en soit, Maxime déambule dans la ville. Il arrive proche du chantier, son lieu de rendez-vous. Il parle avec les ouvriers, dont l’accent ronronnant ne laisse pas douter de leur origine portugaise. Il discute avec le directeur qui lui donne des indications sur l’avancement. Par ailleurs, il est difficile de ne pas remarquer les poches violettes qui sont creusées sous leurs yeux. Maxime compatit alors que le directeur communique une information capitale : les travaux se font essentiellement de nuit. Le journaliste voit alors les tribunes qui commencent à être montées, une ébauche encore imparfaite du décor prometteur du Grand Prix mythique. Il prend une photo avec son IPad, ce qui lui servira d’accroche visuelle pour son article.
Il met bien une heure à récolter toutes les informations nécessaires. Le journaliste interroge les passants, le sport automobile semblant plus ancré dans la culture monégasque qu’ailleurs en France. Pardon, Monaco est un État à part entier. Il ne devrait pas fâcher les locaux. Plus tard, Maxime se décide à prendre la route vers le Starbucks qu’il a croisé lors de sa traversée. Il commande un caramel macchiato ainsi qu’un bagel, remercie le barista et s’installe sur une des tables. Le décor brun, sobre, de l’enseigne le motive au travail. Alors, il sort son ordinateur et son bloc-notes et fignole la rédaction de sa pige. Cela lui prend une heure de son temps, sans compter les petites pauses durant lesquelles il s’abreuve de caféine et se sustente de lipides. Une dernière vérification, dernière relecture, il finit par envoyer sa pige au Monde : il est midi moins quart. Son rendez-vous est dans quinze minutes.
Il se presse, range ses affaires, vite, termine les restes à la hâte, passe la bonne journée aux baristas avant de courir dans les rues méditerranéennes. Il s’excuse auprès des passants qu’il bouscule, manque de se ramasser à plusieurs reprises, et c’est dégoulinant de sueur, résultat de l’effort sous le soleil sudiste au zénith, qu’il se trouve devant la terrasse du Marcello. Il lâche un souffle de soulagement, il n’est pas en retard : Maxime est le premier arrivé. Il entre dans le restaurant, salue les serveurs d’un bref mouvement de tête. L’une d’eux s’occupe de lui :
« Vous avez réservé ?
- Oui, sous le nom de… »
C’est quoi son nom de famille déjà ? Il lui a déjà demandé ? Peut-être qu’il peut le retrouver dans ses discussions. Laquelle ? Snapchat ? Pas possible, ce n’est que pour le sexe. Instagram ? Bonne chance pour retrouver le message dans cette marée de haine. WhatsApp, ça doit être ça ? Merde, la serveuse est en train de s’impatienter.
« Le nom de ? articule-t-elle
- Il s’appelle Pedro… ? »
Super, il a l’air ridicule. Son incertitude risible a le mérite de faire sourire la serveuse.
« On va regarder ça ensemble, d’accord ? »
Maxime hoche de la tête et suit la dame. Il se penche vers l’accueil et, dans l’espoir de recouvrir la mémoire, passe en revue les divers noms de famille. Mais rien ne lui parait familier.
Rien.
Il est dans une impasse.
Mort de honte, il s’apprête à envoyer un message. Mais par miracle, une sonnette retentit. Ses yeux remontent vers l’entrée où, dans l’embrasure, Pedro rayonne. Ce dernier lui lance un sourire ravageur et le chanceux remercie sa bonne étoile. Maxime lève sa main, le salue, et, une fois arrivé devant lui, Pedro l’emmène dans une embrassade. Il l’accepte, l’odeur de parfum mélangé à la cigarette le ramenant à leur seule rencontre. Pedro déclare sa réservation sous le nom de « Borleti ». Maxime le note dans sa tête, dans le cas où il se retrouverait dans la même situation. La serveuse les conduit à la table réservée. Pedro la remercie et les deux jeunes hommes prennent place l’un face à l’autre.
« Si tu crois que je t’ai pas vu galérer avec la serveuse, tu t’trompes » amorce Pedro.
Maxime se passe la main sur son visage, dépité.
« M’en parle pas, par pitié… »
Pedro, léger, simple, rit. Quand la serveuse revient avec les cartes, la discussion se poursuit. Ils parlent de leur quotidien, Maxime de sa journée, Pedro d’affaires. Le brun remarque sa tenue : il est vêtu d’une chemise blanche couverte par un blazer à rayure noir. Ses boucles blondes, d’habitude décoiffés, sont dressés par un nuage de gel, visible grâce aux lumières chaleureuses du lieu. Un duvet de poil est coupé net sur sa mâchoire carrée, le menton arrondissant l’angle. Ses iris azur, plongés dans la carte, défilent les diverses propositions. Maxime, à son tour, s’attarde sur les propositions, mais les prix le refroidissent d’un coup. Son maigre pécule ne peut pas assumer un tel coût !
« C’est moi qui paie, t’en fais pas » rassure son comparse.
Maxime remonte le regard, l’air surpris.
« Mais -
- T’es étudiant, je suis chef d’entreprise, y’a pas de « mais » qui tienne. »
Il l’a dit avec une telle autorité, une telle assurance qu’il ne peut que sourire et se taire.
Il le lui revaudra.
La discussion avance au rythme de leurs bouchées. Elles entrecoupent leur bavardage qui se résume en des débats sur la vie de tous les jours. Des commentaires sur la nourriture, la décoration, les employés animent la conversation. Maxime profite de son risotto, le mélange de fruit de mer et de bolognaise titille ses papilles. Il se délecte de ce repas et boit les paroles de son hôte. Pedro, avec adresse, joue avec son fond de vin.
Alors qu’il ne reste plus que des miettes dans leur assiette, le blond s’absente pour payer l’addition. Dans le creux du ventre de l’invité, un sentiment de culpabilité se niche. Mais il est rassuré, voire ravi, que Pedro s’enquière de sa fortune sans le juger pour autant. La maladresse d’un premier rendez-vous a vite été balayée par la légèreté. Il est satisfait. Quand bien même Lise reste son seul point de comparaison, il sait que ç’a été un bon rendez-vous. Des tweets d’anecdotes de rencontres catastrophiques lui sont venus durant toute l’attente, et, quand Pedro revient, tout sourire, l’intimant d’un geste de la tête de le suivre, il sait qu’il n’a plus rien dont il doit se soucier.
Ils poursuivent leur rendez-vous, poursuivent leur discussion, leurs débats, pendant qu’ils déambulent dans la ville. Monte-Carlo offre ses merveilles, mais aux yeux de Maxime, seul Pedro resplendit. Il ne devrait pas tomber, se laisser charmer aussi vite quand leur relation n’a pas de label. Pourtant, il se laisse avoir dans ces jeux de miroirs qui reflètent une tendresse et un doux rêve.
Une réalité à en devenir.
Quand le jeu de l’amour et du hasard les mène au palier d’un immeuble, celui de Pedro, quand ils se toisent, une forêt émeraude perdue dans un paysage céruléen, quand leurs corps se rapprochent, comme aimantés l’un à l’autre, l’un vers l’autre, ils se laissent tenter à la folie de l’excitation. Ils s’embrassent, Pedro le poussant à l’intérieur de l’immeuble. Dans un mouvement alangui, Maxime approfondit le baiser. Leurs mains rencontrent à nouveau leur corps, si étranger et si familier à la fois. Un mois sépare leurs premiers ébats, mais c’est comme s’ils remontaient une décennie en arrière à cet instant précis.
Le temps fuit, passe, leurs caresses se calment alors qu’ils arrivent enfin chez l’hôte. Mais cette accalmie n’est que de courte durée, puisque, une fois la clé insérée dans la serrure, Maxime ne tarde pas à prendre d’assaut les lèvres de son Monégasque. Pas de temps à perdre quand il s’agit de plaisir. Le brun reconquiert ces terres qu’il prenait pour acquises. Ses mains baladeuses s’aventurent sous sa chemise alors que ses doigts rencontrent la peau dure de ses tétons.
Ils se perdent, se laissent aller au contact de l’autre, aux plaisirs qu’il prodigue, se prodiguent. Ils se chuchotent des mots doux, rassurants, clairsemés de candeur, témoins d’une relation sobre. Et dans une apothéose exquise, Maxime se laisse porter au gré des râles de Pedro.
.*.*.
« On est quoi au juste ? »
Maxime vient de demander cela. Encore nus sous les draps, les deux tourtereaux baignent dans la lumière violette émise par les lampes de la chambre. Le journaliste a posé cette question alors que sa tête repose sur le torse de Pedro, la légère couche de poil chatouillant sa joue. Pedro se redresse contre le dossier du lit, ses doigts arrêtent leur tracée sur la peau délicate, pourtant suintante, du brun. Maxime remonte le regard, un reflet de regret dans ses pupilles vertes. Peut-être que c’était trop tôt pour poser ce genre de question ? Il doit se faire souffrance pour ne pas se mordre la lèvre. Pour ne pas montrer son anxiété grandissante. Il a gâché un moment de tendresse post-coïte, ce moment si précieux et si difficile à amorcer. Et il a fallu qu’il parle, qu’il pose cette stupide question.
« J’en sais rien, ciccio » finit Pedro.
Leurs regards se rencontrent, se confondent. Un léger sourire prend possession du visage du monégasque, ce qui balaye l’inquiétude du Niçois. Il se laisse prendre au jeu, sourit à son tour et, imitant la position de son amant, il prend son visage dans le creux de sa main. Son pouce caresse sa joue, le contact pileux, agréable, accélère son rythme cardiaque. Il ne pourra jamais s’habituer à cette sensation, à ce renouveau. Il ne pourra jamais s’habituer à ces baisers, tendre, langoureux, puis plus sauvage. Il ne pourra jamais s’habituer à cette relation, à cet homme qui a accepté de le laisser entrer dans sa vie. À ce moment, il se pense chanceux, il se croit heureux, il s’imagine en couple. Pedro lui miroite une tendresse exclusive, une promesse d’amour ; c’est ce qu’il se dit. Il se dit aussi que ce n’est qu’une question de temps, de semaines, de mois, avant d’enfin poser un label sur leur relation.
Tout cela, un doux rêve éveillé, où l’ignorance et la candeur habitent le journaliste, ne durera pas bien longtemps.
.*.*.
Et ils se sont pris au jeu, se sont perdus dans leur partie, comme d’habitude. Le temps passe, et Maxime fredonne la mélodie de Claude François. Les jours passent, et rien ne se passe. Ils continuent de s’échanger des messages la journée, de se dévêtir sur Snapchat la nuit, comme d’habitude. Les semaines passent, et les obligations les rattrapent. Avec le Grand Prix de Monaco qui s’approche, Maxime ressent de plus en plus la pression de son boulot de pigiste. Les articles se pressent, les délais se raccourcissent, et les fautes d’orthographe se perdent dans le flux. Il prend plus de temps à répondre aux messages de Pedro, se couche plus tôt qu’à l’accoutumer, fatigué par sa journée de travail, comme d’habitude.
Pour sûr, ils couchent ensemble. Le désagrément de son travail, les aller-retours entre Nice et Monaco dans sa vieille Kia, sont adoucis par ses visites post-labeur chez Pedro. Ils baisent, ils font leur affaire, la délicatesse des débuts remplacés par la sauvagerie du sexe cru. Maxime prend du plaisir, bien sûr. Mais il a l’habitude de se faire prendre, de se faire guider par les gestes habiles de son amant, et il a soif de nouveauté. Il a des désirs, des envies, mais Pedro semble toujours fermé à la discussion, oreiller de paresse que sont ses désirs et habitudes. Maxime a été mis au courant dès le départ, il ne peut que s’en prendre à lui-même. Et ça ne le dérange pas plus que ça, ça le frustre tout au plus.
Mais ça n’est plus la même chose, ces tracas quotidiens métamorphosés quand, lors d’une douche – qu’ils ne prennent plus ensemble – Maxime entend les vibrations d’un téléphone qui n’est pas le sien. Couché dans le lit, les lumières bordeaux trompant l’obscurité, le brun se penche vers la table basse. Les lettres virtuelles forment le prénom « Charles » sur l’écran de l’iPhone. Même s’il est tenté, il ne répond pas. S’il veut des réponses, ces dernières sortiront de la bouche de Pedro. Celui-ci vient d’entrer dans la chambre, un linge entourant sa taille. Des gouttes tombent de ses cheveux mouillés, sa blondeur perdue au détriment d’un châtain clair temporaire. Quand bien même il désire ce corps, bien sculpté et beau, qui s’approche de lui, Maxime se contrôle.
« C’est qui Charles ? » demande-t-il d’un ton sobre, calme, distant.
L’homme qui lui fait face hausse un sourcil. Maxime lève les bras en signe de défense.
« Il vient de t’appeler » il désigne le téléphone d’un geste vague « J’me pose juste des questions. »
Pedro soupire, vient s’asseoir sur le lit et passe une main dans ses cheveux. Il jette un regard à Maxime, glacial.
« C’est un ami d’enfance » répond-t-il simplement.
Maxime hoche de la tête. Une moue se fend sur ses lèvres, il se mord l’intérieur de la joue avant de poursuivre.
« Un ami genre un ami, ou un ami… ami ? » sa voix est suggestive sur la fin de phrase.
Pedro tourne à peine la tête, juste assez pour présenter son visage. Ses traits se durcissent, suivant le froncement de ses sourcils. Un souffle s’échappe de ses narines.
« Je l’ai déjà baisé une fois si c’est ça ta question » lâche-t-il, sec.
Maxime aurait pu se contenter de cette réponse, aurait pu lâcher l’affaire. Il aurait pu feindre l’ignorance, aurait pu poursuivre ce qu’ils ont, quoiqu’il s’agisse. Mais il ne le fait pas. Peut-être sa curiosité, héritage de sa formation de journaliste, le perdra.
« Une fois ou… des fois ? »
Un son passe la barrière de ses lèvres, signe d’agacement.
« Plus de fois que tu peux l’imaginer. »
Maxime sent son cœur battre, accélérer. Sous les draps, il serre son poing. Mais au fond, il le sait. Pedro a de l’expérience dans les relations, dans sa sexualité. Il s’en est vanté au début de leur fréquentation. Rien ne sert à lui en vouloir, à lui reprocher quoi que ce soit, Maxime a été prévenu dès le départ. Mais son fantasme d’un couple l’a berné, et il est tombé dans des fabulations.
Ils ne sont pas en couple, ils ne l’ont jamais été.
La jalousie n’a pas sa place dans ce qu’ils ont.
Pourtant, il ne peut s’empêcher. Il ne peut s’empêcher d’y croire. De croire dans ce mirage où seul lui profiterait de ce corps parfait. Il ne peut s’empêcher de faire sien les lèvres du blond et de penser qu’il lui appartienne qu’à lui et à lui seul. Il ne peut s’empêcher de désordonner ses cheveux dans des caresses tardives, un geste dont seul lui et lui seul prodiguerait la douceur. Il ne peut s’empêcher de penser qu’il lui appartient.
Il ne peut s’empêcher de tomber amoureux de Pedro.
Peut-on le lui reprocher d’être humain ?
.*.*.
Après cette nouvelle, plus rien n’est pareil. Pedro lui envoie des messages, comme avant, mais Maxime tarde à y répondre. Le stress du Grand Prix ? Une excuse. Le stress de la fin de sa formation ? Une excuse de plus. À dire vrai, c’est sa jalousie qui parle quand il n’ouvre pas un Snap, quand il refuse une rencontre, quand il met des heures à y répondre. Et durant ce laps de temps, l’image de Charles, une ombre inconnue, le hante. Il la voit faire des actions que Pedro lui refuse, un privilège dû à des années de relations et d’expérience. Et quand il s’imagine cela, Maxime ne peut s’empêcher de cogiter.
Il rumine, encore une fois. Ce vieux canapé ne peut rivaliser avec l’inconfort de ses pensées, leur effet se traduisant dans sa jambe qui tressaute contre le parquet en linoléum. Une main délicate se pose contre le tissu de son chino. La jambe s’arrête, il tourne la tête et un sourire vient rasséréner son stress ponctuel.
À côté de lui, sa colocataire est assise. Ses cheveux, d’une rousseur éclatante, s’arrêtent à hauteur de ses épaules. Ses yeux vert-de-gris sont fixés sur lui, une douceur rassurante le calmant. Et sa peau claire est illuminée par les lueurs versatiles de la télévision. Celle-ci diffuse une série banale, juste de quoi tuer le temps qu’ils ont. Maxime s’est joint à Sasha dans sa session visionnage après une remarque de cette dernière sur le peu de temps de répit qu’il s’offre. Elle a le don de le calmer, de le rassurer. Ce n’est pas l’humour ni les piques dont Leah fait preuve, plutôt des mots posés et une oreille attentive. Un comble quand on sait qu’elle a fait des lazzis son métier. D’ailleurs, elle est vêtue d’un ensemble classique, un col roulé noir resserrant son cou, pareil au jean noir pour ses jambes.
« Max, qu’est-ce qu’il se passe ? » demande-t-elle d’une voix inquiète.
Le journaliste ne lui a jamais parlé de Pedro. Bien sûr, elle était présente quand il s’était plaint de sa relation avec Lise – il se demande ce qu’elle devient – et quand le stress de l’école l’empêchait de trouver le sommeil. Quand Leah voyage pour ses tournages, Sasha prend la relève, endossant le rôle de confidente dans la vie en chenille de Maxime. Et à cet instant, elle a vêtu son déguisement.
« J’fréquente un gars depuis quelques temps. » démarre le brun, un air posé trompant sa voix tremblante.
Sasha hoche de la tête, l’intime de continuer.
« Et ce gars-là… j’sais pas ce qu’il veut, et c’est frustrant. »
Et il part dans les détails, de la rencontre en boîte de nuit, aux premiers rendez-vous dignes d’une romance, suivant son espoir d’exclusivité, brisé par la découverte d’un ami avec bénéfice. Sasha l’écoute avec attention, ses traits suivent l’émotion, la joie et la déception qu’évoque Maxime dans son récit. Parfois, des gestes inconscients accompagnent son attention, comme une main qui dresse une mèche rousse derrière son oreille, celle-ci se posant juste après sur l’épaule du jeune homme. Ce dernier ne peut cacher son ressentiment, sa jalousie envenime son ton. Il envie ce Charles d’avoir partagé une histoire plus longue, plus intense, de l’enfance à la vie d’adulte. Il aurait aimé échanger les places, vivre un partage plus long, loin des échanges et rencontres sporadiques que vit Maxime. Il aurait aimé être quelqu’un, abandonner ce titre de plan cul régulier et entamer une relation plus sérieuse.
C’est l’amour qui parle.
Et putain, qu’est-ce qu’il l’aime.
Le brun sert le poing, chasse une larme qui menace de tomber. Sasha l’emmène dans une étreinte, une barrière sécurisée où il peut se laisser aller. Alors il pleure, témoigne d’une rage, un rechignement d’un amour. Il se flagelle, maudit sa naïveté et sa jalousie qui n’a pas lieu d’être. Parce qu’il savait. Il savait que ce n’était que pour s’amuser. Leah l’a averti, l’a conseillé et poussé à la nouveauté. Mais Icare, à force de prendre de la hauteur, a fini par se brûler les ailes et s’est noyé dans la mer, porteuse de son nom désormais.
Puis, une sonnerie interrompt leur moment. Les deux colocataires se regardent dans les yeux, la surprise et l’incompréhension se partagent entre eux : ils n’attendent personne.
« J’vais y aller. » déclare la rousse.
Maxime opine du chef. Quand le canapé est allégé du poids de Sasha, le jeune journaliste s’enfonce dans le tissu, la chaleur humaine remplacé par celle matérielle. Il se permet même de prendre le plaid et de s’y emmitoufler. Par malheur, la voix de Sasha le tire de son confort.
« C’est pour toi ! » crie-t-elle au travers de l’appartement.
Maxime soupire alors qu’il abandonne son plaid, son canapé, et, pas à pas, lent, las, fatigué, il arrive enfin à la porte. Mais toute cette fatigue est vite balayée quand il découvre que Pedro se tient là, dans l’encadrement de la porte. La lassitude est troquée par de la surprise, ses yeux écarquillés traduisant son état. Très vite, il se rend compte que son amant n’est pas là pour s’amuser, le sérieux tirant ses traits dans une moue qui ne lui est pas habituelle. L’atmosphère s’est tendue d’un coup, le cœur de Maxime battant contre sa poitrine, signe d’un étrange mélange d’animosité et d’incompréhension.
« Bon, bah je crois que j’vais vous laisser, j’ai un spectacle à assurer. » déclare Sasha alors qu’elle sort de l’appartement.
Pedro reste là, debout, les bras ballants, le souffle fort. Un silence. À cet instant, ils sont étrangers, ne se reconnaissent pas. La colère, l’incompréhension, Maxime n’arrive pas à lire ce que les yeux de l’autre lui communiquent. Il ne sait pas, ne sait plus. Alors, il prend la parole.
« Comment t’as trouvé mon appart’ ? »
Un sourire se dessine sur les lèvres du Monégasque, espiègle.
« Tu t’en rends p’t’être pas compte » commence-t-il « Mais tu parles beaucoup. Et crois-le ou non, mais je t’écoute »
Maxime penche la tête, sidéré.
« Beaucoup plus que ce que tu penses » poursuit Pedro alors qu’il soutient le regard.
Pendant un bref instant, une once d’on-ne-sait-quoi se reflète dans ses pupilles. Nostalgie ? Culpabilité ? Mélancolie ? Maxime l’ignore. Il a perdu la pierre de Rosette pour comprendre Pedro.
« Qu’est-ce que tu veux ? lâche Maxime.
- Savoir ce qui va pas. »
Le brun ne peut s’empêcher de rouspéter, bruit de bouche amer.
« J’ai fait quelque chose de mal ? » demande Pedro.
Oui. Mais il ne peut pas le dire. Il se moquerait de lui, de son fantasme idyllique. Tout ça, c’est nouveau pour lui. L’amour sans sentiment, les ébats disparates, les rendez-vous sans promesses. On ne peut pas lui en vouloir d’être tombé dans le piège. Maxime fuit du regard, ses yeux fixés sur le couloir, par-dessus l’épaule de Pedro.
« J’ai fait quelque chose de mal ? » répète-t-il.
Oui, il lui a brisé le cœur. Et quand Maxime dévie son regard, plonge le sien dans celui de son amant, Pedro semble comprendre. Ses yeux s’écarquillent. Sa main couvre sa bouche, glisse sur son menton, frotte sa jeune barbe.
« Bordel, Max, j’croyais qu’on était clair…
- Et tu vois, c’est ça le problème ! se plaint ledit Max. »
Enfin, Maxime défie Pedro. Enfin, il ose s’affirmer.
« Pour toi ça, l’était peut-être, mais pas pour moi. »
Il hausse la voix, s’approche de son interlocuteur dans une démarche agressive.
« J’voulais pas m’attacher, crois-moi. »
Dieu sait qu’il ne le voulait pas.
« J’voulais pas m’encombrer d’une relation sérieuse, j’ai assez donné avec mon ex, poursuit Maxime.
- Mais t’as quand même développé un truc pour moi…
- C’est difficile de ne rien développer pour toi. J’veux dire, regarde-toi. »
Il ne peut pas garder ses compliments pour lui. Il ne peut pas.
Pas quand il s’agit de Pedro.
« Écoute, commence Pedro, c’est vraiment pas contre toi, mais j’ai pas envie de ça dans ma vie.
- C’est quoi « ça » ? »
Pedro se gratte l’arrière du crâne alors que ses traits se contractent en une moue indicible. Du dégoût ? De la peur ? Encore une fois, Maxime l’ignore. Ce qu’il sait, en revanche, c’est que le blond n’est pas du genre à s’engager, n’est pas un grand sentimental. Et il doit se faire une raison : leur rencontre, fruit du hasard, ne donnera naissance à rien. Ils ont consommé leur amour, pris soin du jeune pousse de leur relation, mais l’arbre a été coupé par Pedro, forçant l’arrêt de sa croissance. Maxime n’est plus qu’un jardinier solitaire, trop affecté par la trahison de son compère pour reprendre le labeur.
Il soupire.
« T’as peur de quoi, Pedro ? »
Le concerné ne répond pas, toujours figé dans sa grimace. Le brun s’approche encore, l’espace entre eux se réduit davantage. Maxime pose sa main sur le bras ballant de Pedro. Le contact provoque un choc électrique dans tout son corps : le premier depuis un long moment.
« J’vois bien que t’es pas prêt de t’engager, que tu préfères profiter de la vie. »
Un triste sourire se fend sur les lèvres du brun.
« Mais moi, j’ai besoin d’un truc stable. C’était drôle, insouciant et j’ai aimé les moments qu’on a passé ensemble. »
Maxime ne veut pas prononcer ses mots, ceux-là même qui mettraient un terme à leur liaison. Mais c’était le jeu, non ? Il s’est égaré dans ses sentiments, il a perdu. L’autre n’est pas prêt à faire des concessions, alors il doit renoncer et enterrer ce qu’ils avaient.
« Alors » finit le brun « J’te propose qu’on arrête. On efface nos numéros, on se bloque, et on se revoit plus. »
Cette phrase dite, Maxime abandonne le bras de son ex-ami. Il doit se faire douleur, se mordre l’intérieur de la joue, pour garder sa contenance. Ne pas pleurer, ne pas faire plus pitié qu’il ne l’est déjà.
« J’peux plus continuer ça, pas quand je t’aime autant. »
Pedro, d’un mouvement lent, le visage neutre, du moins en apparence, hoche de la tête. Il le salue d’une main, tourne les talons, et disparait dans la lumière blafarde du couloir. Maxime ferme la porte, glisse contre le bois de celle-ci et explose. Dos à la porte, la tête contre celle-ci, les premières larmes s’échappent enfin de ses yeux. Et il pleure, pleure alors que des sanglots incontrôlés s’emparent de lui, pleure alors que les souvenirs de cette relation lui reviennent, pleure alors qu’il se maudit d’être aussi sensible.
D’en faire trop.
De croire qu’il mérite plus.
D’être un romantique.
.*.*.
Maxime commence à détester Monaco. Le luxe, le faste, les casinos, tout ça ne fait pas partie de son monde. Par chance, son travail en ces lieux s’achève bientôt. Le Grand Prix de la principauté a lieu ce week-end. Lorsque le drapeau à damier s’agitera, que le podium sera défini, que la mousse du champagne hors de prix sortira de sa prison de verre pour atterrir sur les corps transpirants des pilotes, il pourra enfin arrêter de fréquenter la ville dense. Il aura accompli sa tâche et s’affairera enfin à un autre projet.
Il vient de se réveiller d’une nuit courte. Six heures du matin, plus tôt que d’habitude. C’est un dimanche de semaine de course, il doit se dépêcher s’il veut éviter les embouteillages sur la M6098. À contre-cœur, il se refuse au pommeau de douche, à la machine à café. Il se vêtit d’une chemise, d’un jean et se chausse d’une vieille paire de baskets. Enfin habillé, il se munit de ses clés de voiture, de son sac à dos, et quitte l’appartement.
Quand bien même les premiers signes de l’été se manifestent, le froid matinal fouette le visage du jeunot. Très vite, il entre dans sa Kia, embraye le moteur après s’être installé, et s’engage sur la route. Malgré sa prévoyance, Maxime est confronté à des bouchons. Sa conduite, d’habitude rapide et sans encombre, se trouve ralentit par la quantité de voitures qui profitent de la promiscuité entre Nice et Monaco. Alors, plutôt que d’écouter la radio agaçante, il connecte son téléphone à sa voiture et fait tourner sa playlist. La variété française dont il est accoutumé a été troquée pour la mélancolie vieillissante des années septante.
Comme ils disent du regretté Aznavour se joue dans les enceintes du véhicule. Le journaliste se perd sur la mélodie, l’ensemble orchestral jouant une mélodie mineure. Il assimile les paroles de l’interprète, cherche des similitudes à sa vie. Vingt-trois ans et les réflexions doucereuses de l’artiste résonnent en lui. Deux semaines sont passées, il n’a pas revu Pedro. Il lui manque, son absence terrorisant ses insomnies de travail. Dans ses images tardives, il le voit en train de coucher avec un autre, et cela serre son cœur à tel point qu’il est obligé d’arrêter son écriture, sa recherche. Il ne peut s’en empêcher, car il sait. Il sait, comme Aznavour dit, que son ex-amant passe le plus clair de son temps aux lits des hommes.
Au lit de Charles.
Il y a des moments où Maxime se dit que, si cet inconnu n’avait pas passé cet appel, que s’il avait laissé sa curiosité insatisfaite, alors il aurait pu poursuivre son idylle factice avec lui. Il se serait laissé séduire par les apparences, aurait entretenu une relation mensongère. Mais il se serait forcé à y croire, y croire encore et encore, parce que l’espoir l’aurait poussé à se mentir à soi-même, à faire semblant.
Il aurait été heureux.
Il aurait cru être heureux.
C’est un amour impossible. Il rêvait d’un amour exclusif, profond, loin des carcans de Lise, la nouveauté de Pedro le libérant de ses chaînes. Alors que c’est au tour de Francis Cabrel de s’exprimer, qu’il décrit une aventure impossible à l’encre des yeux d’une amante, Maxime traverse la frontière monégasque. Il entre dans l’endroit qui l’empêche d’oublier sa relation.
Il ne pourra jamais l’oublier.
Maxime trouve une place de parking, enfile son sac, et sort de la voiture. Le confort et la solitude de son véhicule sont balayés d’un coup quand il s’engage dans les ruelles chics, le bruit de la ville active le plongeant dans une atmosphère festive. La ville n’a jamais été aussi remplie qu’à cet instant. Le journaliste a eu un avant-goût de l’ambiance du Grand Prix durant la semaine, mais jamais il n’aurait pu prévoir un tel monde. L’euphorie se mêle au luxe, l’été contribuant à la fête. Au loin, sur l’horizon doré, des yachts sont mêlés aux bateaux plus modestes, pendant qu’une marée de gens flâne autour du circuit. Avec sa carte de presse, Maxime entre dans les paddocks et se confond parmi la foule journalistique.
En entrant, il laisse ses problèmes derrière-lui, prend un air sérieux alors qu’il sort son stylo et son carnet de notes. Il se confond dans la masse de journalistes, son micro français perdus dans le flot cosmopolite. Sky Sports, Canal +, Moviestar+, RTS, tant de bonnets de micro que Maxime reconnait. Et il représente le Monde du haut de son travail de pigiste. Une fierté le gagne alors qu’il pose des questions aux différentes écuries. Il a même la chance d’aborder Charles Leclerc, la célébrité mise à l’honneur dans ce Grand Prix grâce à ses origines monégasques. Maxime le traite comme un pilote parmi tant d’autres, gardant son amertume pour lui alors que le public scande le prénom du pilote de la Scuderia.
La matinée passe. Depuis huit heures qu’il travaille et pourtant Maxime ne s’accorde pas une seule pause. Quand bien même il tient à peine debout, son pas trainant sur le béton des paddocks, il s’adonne à sa tâche, enchaînant les interviews. Dans la zone pour les médias, alors qu’il rapporte les informations récoltées sur son iPad, il reçoit un commentaire d’une journaliste espagnole.
« You seem tired, here’s for you! » remarque-t-elle alors qu’elle tend un gobelet en papier.
La douce odeur de café arrive à ses narines, ce qui lui donne un coup de fouet. Il accepte la boisson et remercie sa collègue avant de porter le gobelet à ses lèvres et de boire d’un coup son contenu. L’amertume le réveille et une force herculéenne s’empare de son corps. Plutôt que de s’affairer à sa tâche, il utilise ce regain d’énergie pour discuter avec sa collègue. Son anglais lui permet d’entamer un dialogue, une conversation sur le travail et le sport automobile. Des allusions se glissent dans les remarques de la dame, auxquelles il ne prête pas attention. Évidemment, il n’est pas aveugle. Il connait ses intentions, mais le travail passe avant tout.
« Do you mind if I stay with you during the race? » demande-t-elle avec une voix dragueuse.
Maxime hésite un instant. Puis, les mots de Leah lui reviennent, son conseil de s’amuser. Mais l’expérience avec Pedro lui a donné une mauvaise impression des relations en coup de vent. Enfin, il se raisonne, se laisse tenter. Il ne doit pas bloquer pour une mauvaise expérience. Il est encore jeune, autant profiter.
« No, of course not! » répond-t-il avec entrain.
Elle lui sourit, ses doigts manucurés passant une mèche derrière son oreille. Treize heures résonne alors qu’ils partent de la zone des médias. Après qu’elle a indiqué l’endroit où se retrouver, la journaliste salue son collègue et part vers le paddock de l’écurie McLaren. De son côté, Maxime flâne. Il suit sa liste de personnes à interviewer, et c’est ce qui anime son début d’après-midi. Il croise le chemin de Lance Stroll, lui pose ses questions, s’en va. Même processus pour Christian Horner, pour Pierre Gasly, et ainsi de suite jusqu’à arriver à l’aube de la course.
Il retrouve sa collègue ibère qui lui parle de ce qu’elle a fait, de sa passion pour le sport automobile, des répliques auxquelles Maxime tente de s’intéresser, lui étant tombé dans le monde de la Formule 1 via le hasard de son travail. Les courses regardées lors de son enfance, les sacres des divers pilotes, le départ et l’arrivée de circuits dans le calendrier, Maxime n’y a porté aucun intérêt. Le parcours de l’Espagnole diffère du sien. Il ne se rend pas compte de la chance qu’il a. Il a dû s’expertiser sur le sujet, se familiariser avec le vocabulaire propre au milieu, se renseigner sur l’état de forme des écuries, sur l’histoire du sport automobile.
Elle est passionnée, il est travailleur.
Durant la course, elle lui fait des commentaires, ses yeux fixés sur la piste et les écrans disposés çà et là. La passion s’entend dans son ton, son fanatisme de tifosi se voit à chaque virage pris par Leclerc ou Sainz, la joie d’exercer ce métier se lit dans son sourire. Elle rayonne, ses boucles brunes dorées par le soleil méditerranéen. Le décor urbain ne peut endiguer ses iris pétillants d’un bleu outremer. Sa tenue, une veste en jean accompagné d’une jupe flottante, magnifie ses formes. Maxime devrait apprécier le moindre de leur échange, profiter de la chance et du temps qu’elle lui accorde. Le désir devrait habiter son corps alors qu’une main timide se pose sur son genou.
Tant de conditionnels, si peu de certitudes.
Alors il essaie, se force à répondre à ses avances. La course avance, les voitures passent encore et encore, leur moteur vrombissant résonne dans toute la ville. Il essaie. Quand une ouverture s’offre à lui, ses lèvres timorées, chétives, se posent sur celle de l’hispanique. Il essaie, lorsque l’occasion se présente, d’intensifier l’échange, ses doigts caressant le visage sensible de sa collègue. Il essaie, lors de leur baiser, d’ouvrir son cœur, de ressentir la passion, la folie de l’instant. Il essaie, vraiment, il essaie. Mais il ne ressent rien.
Rien qui ne vaille le coup.
Il oublie, s’oublie. Pendant l’espace d’un instant, il fait semblant. Il prétend être un cœur libre, une âme patiente qui cherche sa moitié dans ce monde. Un sourire malhonnête se place sur ses lèvres alors qu’il se détache de la femme. Elle resplendit. Il s’écœure. Pendant ce moment, alors qu’ils se regardent, s’admirent, Maxime se demande comment Pedro arrive à ne pas s’attacher. Comment il arrive à en avoir cure des sentiments, à s’intéresser qu’au physique pour satisfaire un désir primaire.
Une notification l’extirpe de ce moment. Il a dû oublier de mettre son téléphone en mode silencieux. Il s’excuse auprès de sa collègue, jette un œil à son cellulaire. Une multitude de notifications défile devant ses yeux. Mais il n’y prête pas attention. Parce que seul le nom de Pedro importe. Son téléphone était en silencieux, mais le contact du monégasque outrepasse cette règle. Maxime ne l’a pas enlevé de ses contacts importants, ni même bloqué. Peut-être qu’il regretterait. Peut-être qu’il rate sa chance avec une personne plus saine, plus calme, plus traditionnelle. Après Lise, après Pedro, peut-être que cette journaliste aurait pu être la bonne. Mais non. Trop récente, sa pseudo-rupture avec le Monégasque résonne dans sa tête. Il y a un air d’inachevé, son cœur lourd de maux toujours pas apaisé.
Si facile, trop facile de le déstabiliser quand on conquit son cœur d’artichaut.
Il suffit d’un message, même pas un long pavé, ni même d’une longue tirade explicative, juste d’une question brève, pour tromper son professionnalisme. Maxime s’en veut, mais il ne se laissera pas faire. Son envie de le voir plus faible que celle de s’expliquer, il se jure, qu’après cette fortuite rencontre, il passera à autre chose. Il répond à Pedro, imite sa breveté et reprend sa contemplation de la course. Le journaliste ignore la gêne entre lui et sa collègue, concentré sur la course.
Le suspens ne dure pas longtemps, la course finie pareille au moment de gêne. Ils sont rappelés par leur travail, alors ils se saluent, se quittant sur une étreinte maladroite. Après que l’hymne monégasque se joue, après la célébration au champagne, après les interviews, Maxime s’aventure dans les rues de Monaco. L’euphorie, l’excitation, l’adrénaline rythment et habitent le corps des résidents. Une foule célèbre une victoire, un triomphe, une malédiction brisée. À force de se documenter, Maxime est conscient du miracle qui s’est déroulé aujourd’hui. Mais cela l’importe peu. La joie n’appartient qu’aux Monégasques et aux tifosis. Lui, il doit régler des comptes.
L’habitude le guide jusqu’à l’immeuble de Pedro. Maxime compose le code qu’il connait par cœur, monte les quatre étages qui le séparent de l’appartement du Monégasque. Le cœur battant, la tête pleine de doutes, des scénarios s’enchainent dans son imagination. Il s’attend à tout. Que ce soit une longue discussion ou un silence embarrassant, la fin reste prévisible. Parce que l’Italien l’a habitué aux dénouements tragiques, l’espoir ne s’entend pas quand il toque à la porte. Durant les secondes, sa voix mentale liste les reproches qu’il a à lui faire. Tous ses défauts s’y retrouvent. Sa peur de l’engagement, la clarté qui lui fait défaut, son manque de romantisme, tout ce qui l’a mené à sa perte se résume dans ces trois injonctions. Il s’attend vraiment à tout, mais quand la porte s’ouvre, ses certitudes se font valser.
Les semaines ont passé, mais rien ne semble ternir l’image du Monégasque. Un blazer bleu recouvre sa chemise d’un blanc immaculé. Un papillon noir est noué autour de son cou. Une parcelle de sa peau claire s’échappe de son emprise, remontant sur sa barbe bien taillée. Son visage ne laisse la place à aucun défaut, les habituels boutons dissimulés sous ce qui semble être une couche de maquillage qui parfait ses fossettes qu’on croirait rouge. La lumière du crépuscule, celle qui émane derrière lui, colore ses yeux d’une clarté profonde, de même que sa blondeur, coiffée avec diligence, resplendit grâce à elle. Maxime ne l’a jamais vu comme ça, et son cœur loupe un battement à cette vision.
« J’t’en prie, entre » invite Pedro alors qu’il se décale de l’encadrement.
Le brun hoche de la tête, inconscient, alors qu’il avance d’un pas atterré. L’appartement est agencé d’une manière différente. Le hall traversé, il se trouve dans le salon qui ne ressemble plus à un espace de détente. Une table se trouve en son centre, alors que les lueurs orange de fin de soirée baignent l’endroit de sa tendre chaleur. La tablé nappé est décorée d’un chandelier dont le métal laisse deviner la fausseté de l’or. Les bougies allumées contribuent à l’ambiance chaleureuse, la danse des flammes rythmée par une mélodie silencieuse. Deux assiettes creuses se font face. Des services d’argents les accompagnent, une serviette violette les enfermant dans une forme cylindrique sobre.
Pedro le sort de sa contemplation, lui proposant de s’asseoir. Il l’obéit, toujours stupéfait. Et l’hôte s’éclipse, laissant l’inviter se perdre dans ses réflexions. Tant d’efforts ont été mis à l’œuvre, il le ressent dans les décorations. Rien n’est un détail futile, tout est calculé.
Classique Pedro.
Mais Maxime ne se laissera pas charmer. Il n’est pas venu pour un dîner. Même s’il sera traité comme un roi, le sceptre qu’on lui léguerait ne l’écartera pas de sa mission. Il veut des explications, et les artifices ne l’aveugleront pas. L’erreur a été commise une fois, pas deux. Quand Pedro arrive, une casserole pleine de pâtes entre les mains, Maxime garde sa contenance. Il ne pipe que peu de mots, juste le nécessaire quand on le lui oblige. Le claquement métallique des services, les bruits de mastication et le sifflement des lèvres lorsqu’ils boivent le champagne animent le dîner silencieux. Pedro semble mal à l’aise. Il ne l’a pas habitué à cette facette. Quand Maxime finit son assiette, ne se délectant même pas du goût de truffe, il commence :
« Tu crois vraiment qu’un dîner va te racheter ? » fustige le brun. « Tu crois vraiment que j’vais oublier la crasse que tu m’as fait vivre. »
Pedro ne se prononce pas. Il se contente de le regarder d’un regard perdu alors que Maxime, lui, se montre acerbe, se levant d’un mouvement brusque de sa chaise.
« Bordel Pedro, tu peux pas m’envoyer un message deux semaines après et m’offrir un dîner ! »
Le concerné baisse les yeux et opine du chef d’un geste calme, coupable. Cela n’apaise pas Maxime.
« J’t’ai demandé de plus me parler, de t’éloigner de moi parce que j’peux pas… »
Maxime bute, son sentiment se heurte à l’hostilité de son ton. Ne pas laisser ses émotions transparaitre.
« J’peux pas te partager. Ça fait deux semaines, et t’imagine pas le nombre de fois que je t’ai imaginé avec un autre… »
Pedro relève les yeux. Maxime n’arrive pas à lire ce qu’il s’y passe. Ça parait assuré, rassuré peut-être. Ne pas se déstabiliser. Il a encore une liste de reproches à lui faire. Mais on lui coupe l’herbe sous le pied d’une manière brutale.
« J’ai mis fin à ma relation avec Charles. »
Sonné. Abasourdi. Stupéfait. Raison de son mutisme.
« J’y ai mis fin pour toi » souffle Pedro.
Il refuse de le croire. Il ne réagit pas, ne bouge pas même d’un iota. C’est Pedro qui engage le premier. Il se lève de sa chaise, contourne la table et presque rien ne le sépare de Maxime. Le rapprochement suffit pour que Maxime remarque les imperfections de son maquillage. Lorsque Pedro pose sa main sur son avant-bras, le journaliste se recule d’un coup. Une grimace se dessine sur le visage de l’hôte. Maxime devine sa déception au travers de ses traits.
« Écoute » débute-t-il d’une voix posée, incertaine « J’sais pas comment m’y prendre Maxime. »
Il est sincère, Maxime le croit.
« C’est la première fois que j’fais ça » poursuit-il. « J’voulais pas m’engager dans une relation, je l’avoue. J’ai horreur de ça, j’ai jamais été en couple et j’voulais jamais l’être. »
Son regard se perd, dissimulé derrière une barrière d’émotions versatiles, tantôt dubitatif, tantôt nostalgique, mélancolique. Mais il révèle son assurance quand il plante ses yeux azur dans les siens émeraude. Rien n’est plus sûr qu’à cet instant.
« Mais t’es arrivé dans ma vie » finit-il. « J’t’ai traité comme un amant parmi tant d’autre, une relation basée sur le sexe et l’amitié. »
Un sourire irradie sur son visage tiraillé, sourire qui contamine les traits de l’invité qui lutte à peine. Le Monégasque tente alors, loin de son assurance habituelle, de lui prendre une main dans la sienne. Pendant un instant, Maxime pense à reculer, à se défaire de sa poigne. Mais, quand Pedro entrelace leurs doigts, cette réflexion meurt dans la tendresse soudaine. Loin des sauvageries, loin du sexe casuel, le Français découvre une nouvelle facette qu’il n’a qu’entrevue lors de leur liaison.
« Mais tu ne l’étais pas, poursuit Pedro, t’étais loin de l’être, parce que j’ai commencé à développer un truc pour toi. »
Une grimace outrepasse son visage. Cela ressemble à du dégoût.
« De l’attachement ? s’assure Maxime
- Un truc plus fort que ça. J’étais attaché à Charles, mais c’est pas pour autant que j’voulais passer un bout de ma vie avec lui. »
Pedro baisse son regard, remarque leur main liée. Puis, il relève la tête. La crainte se lit sur son visage. Maxime le rassure comme il peut, prend à son tour l’autre main.
« J’sais pas dans quoi j’m’embarque » déclare Pedro « Mais pour toi, j’veux bien essayer. D’être en couple j’veux dire. »
Maxime sent son cœur battre à la chamade, celui-ci résonnant dans tout son corps, la pulsation régulière, vive, sifflant dans ses oreilles. Mais il doit s’assurer d’une chose avant tout. Parce qu’il a été blessé une fois, il ne peut s’empêcher de douter. Lui confier son cœur quand il l’a déjà brisé ne semble pas être l’idée la plus raisonnée. C’est pourquoi il lui conjure :
« Promets-moi que tu ne me feras plus mal. »
Les rôles se sont échangés. Pedro, tout chétif, hoche de la tête, alors que Maxime prend les devants.
« J’pourrais jamais te refaire du mal. Je… »
Sa phrase se tait quand Maxime dépose un tendre et chaste baiser. Il se recule, regarde Pedro. Lorsqu’ils s’échangent un sourire mièvre, lorsqu’il parvient à lire la passion dans ses yeux, lorsque leur lien digital se renforce, il sait qu’il ne se trompe pas. Alors, il unit à nouveau leurs lèvres, ces derniers mouvants dans un rythme que seul eux connait. Au-dehors, une victoire se fête, l’éclat des feux d’artifice violets éclaire leur félicité. Intérieurement, Maxime célèbre ses retrouvailles avec un être qu’il ne peut qu’apprécier. L’objet de ses tourmentes se trouve livré à son touché délicat et un rire s’échappe de ses lèvres entre deux baisers maladroits, signe d’un nouveau départ.
Il ignore où il se dirige, où cette relation le mènera. Mais le futur incertain ne l’empêche pas de profiter de l’instant présent, en témoigne son entrain dans leur échange. Pedro lui lance des regards inquiets alors qu’ils tentent une nouvelle expérience. Une impression prend les tripes de Maxime, celle de s’occuper d’une personne si fragile. Alors, il le rassure, l’embrasse avec tendresse et lui susurre des doux mots. Et, quand il s’occupe de lui, les yeux mouillés et le geste tremblant, la béatitude l’habite.
Ils ne font pas l’amour ce soir-là. Mais l’ambiance douce leur prodigue un bonheur incommensurable. À son tour, Pedro imite les paroles de Maxime.
« Promets-moi que tout va bien se passer. »
Pour toute réponse, Maxime dépose un baiser sur le haut de son crâne, ses lèvres chassant les mèches blondes de son amant. Ils s’enlacent jusqu’à pas d’heure, s’échangent des baisers, boivent dans leur flûte le fond de champagne, le tout dans un silence agréable, brisé par des rires doux. Et ils s’endorment ainsi, enlacés, heureux.
Le lendemain leur réserve un nouveau départ : l’aube d’une nouvelle vie.
Bienvenue dans ce projet que j'ai commencé il y a déjà 8 mois de cela (le temps passe à une de ces vitesses hehe). Je vais vous présenter très brièvement de quoi il s'agit. La Midnights Collection est une collection de nouvelles qui partagent deux choses : le même univers et les mêmes personnages. J'essaie d'écrire dans différents styles pour toutes mes nouvelles afin de me défier un petit peu et de rendre le tout plus excitant qu'il ne l'est déjà.
Les nouvelles traitent de sujets divers et variés, entre autre :
L'amour et des diverses formes qu'il peut prendre. Couple classique, mais aussi relation avec bénéfice, relation parentale et tout ce qui en découle !
La santé mental et l'impact qu'elle peut avoir sur la vie des protagonistes
De business, qu'il soit professionnel ou de l'ordre de l'amateurisme
De relation en tout genre, le but étant d'explorer comment une relation évolue, dans le bon comme dans le mauvais sens
Et autres d'autres thèmes dont je vais vous laisser le soin de découvrir. Pour le moment, seulement trois nouvelles sont publiés, la quatrième est en production, de même que la cinquième. Ci-dessous, vous trouverez les liens pour accéder à ces nouvelles, qui sont aussi disponible sur Wattpad ! Merci de m'accorder votre temps, et je vous souhaite une bonne lecture :D
L a v e n d e r H a z e (Maxime's Version)
Résumé : Jeune apprenti-journaliste, Maxime vit une vie mouvementé par les études et sa copine. Mais au détour d'une soirée dans laquelle il a été embarqué de force, Maxime va, après une énième dispute, faire la rencontre d'un inconnu. Accoutumé à une vie banale, cet inconnu va lui faire découvrir une nouvelle manière d'appréhender une liaison.
TW : Scène de sexe implicite
Extrait :
Il empoigne cette main tendue, et les deux jeunes hommes rentrent dans la boîte de nuit. Au départ, mal à l’aise – car il ne s’agit pas de son monde – Maxime se laisse aller, suit les mouvements de son compagnon. Celui-ci se mêle à la foule, danse et saute partout. Il a l’air d’être dans son élément, comme un poisson dans l’eau dans cette mer lavande. Autour de lui, personne ne resplendit. Une brume de fumée se masse alors que la musique se fait de plus en plus forte. Les vibrations du son, les sauts répétés de la foule, rien ne le déstabilise plus que les mouvements corporels de l’inconnu. Il joue avec la fumée, les couleurs violacées, le rythme endiablé du son. Et Maxime le suit, se laisse tenter à quelques pas maladroits.
M a r o o n (Charles' Version)
Résumé : Depuis l'arrivée de Pedro, c'était toujours eux deux contre le monde. Charles, jeune adolescent ayant fait sa vie dans la campagne italienne, se retrouve bouleversé par l'arrivée d'un citadin de son âge. Très vite, ils créent un lien d'amitié fort, qui bataille contre le temps, si bien que la frontière entre le sexe et l'amitié devient très fine.
TW : scène de sexe explicite, relation de codépendance, relation avec bénéfice
Extrait :
Il ne veut pas s’engager, il me l’a fait bien comprendre. Et c’est censé me convenir. Je vais mener une vie d’auteur, voyager pour présenter mes œuvres, mes premiers livres, faire mes premiers pas dans le monde de la littérature. Une relation ne serait qu’un poids pour moi. Et pourtant, je le sais. Je l’ai su depuis nos retrouvailles. Chaque jour, je me réveille avec ce souvenir de notre nuit, un héritage qu’il m’a légué et dont je me délecte chaque matin. Mais lors de ce matin-là, celui-ci même que je vis, je crains mes sentiments. Ne pas tomber amoureux, une litanie que je me répète depuis Torrazza, depuis mon arrivée en Suisse, depuis toujours. Je ne suis pas fait pour ces relations normées, pour me lier à jamais à quelqu’un. Pedro est le seul à me faire douter de cette certitude. Et quand je sors de la douche, que je veille sur lui et son visage tendre, sa peau douce, ses lèvres charnues, écorchées par mes dents, son torse sculpté, ses cils papillonnant, ses cheveux en bataille, et son sourire malin, je me dis : Putain de merde.
A n t i - h e r o (Lise's Version)
Résumé : Toute la France connait Lise Careille. Revêtant le pseudonyme "Lise Vous Parle", elle est un phénomène rare sur les plateformes et les réseaux sociaux. C'est une célébrité qu'elle gère au mieux, avec tout le poids que cela apporte, comme les journalistes qui décrient le moindre de ses faits et gestes, pour le meilleur, mais surtout pour le pire.
« Mais en fait, vous comprenez pas que je reçois ce genre de commentaire à longueur de journée. Que ce soit sur Insta’ quand je poste une photo où y’a un peu de peau visible, sur YouTube quand je modère mes commentaires, et même sur Twitch quand les modos n’effacent pas assez vite les messages désobligeants. Y’a un moment, j’en peux plus. J’ai pas fait ce métier pour que des pervers comme lui se branle sur moi » Et de là, elle insiste sur sa situation. Elle parle des commentaires qu’elle reçoit en messages privés, des photomontages sur lesquels on colle sa tête sur une femme dénudée, des dickpics non-voulue. « Y’a même des gars qui se filment en train d’éjaculer sur une photo de moi. J’ai jamais voulu de ça, je veux juste faire mon métier tranquillement. »
Plus l’eSport est populaire, plus il attire du monde. Si au départ c’était un milieu amateur, où les règles n’existaient que pour donner un sens à la triche et le cash-prize n’intéressait que peu de mondes, désormais c’est un écosystème où l’argent coule à flot et qui attire bon nombre d’investisseurs. Des joueurs, des compétitions, un public, ce n’est pas ce qui manque désormais. Cependant, s’il y a une base de joueurs à séduire, c’est le rôle des équipes que de vouloir les attirer et les encourager à suivre leur équipe. Mais très vite, on est tentés de suivre un joueur plutôt qu’une équipe. Il y a plusieurs arguments qui font qu’on est fan d’une structure plutôt que d’une autre : l’histoire, les joueurs ou encore la grandeur. Cependant, il y a un nouvel argument qui rentre en jeu quand les fondateurs d’une structure sont des influenceurs : celui de l’appartenance. Koi, Karmine Corp, Mandatorry, Aegis, Joblife, les exemples ne manquent pas. Et on remarque que le succès est en rendez-vous quand on voit les photos d’un Bercy rempli, un mur bleu se dressant face à nous. Et c’est avec cette optique qu’on voit l’émergence d’une structure comme Team Heretics en LEC.
Introduction
Team Heretics est une structure née en 2016. Elle a été créée sous l’impulsion de Jorge Orejudo. Connu sous le pseudonyme de Goorgo sur YouTube, son projet est très vite suivi par Grefg, septième youtubeur espagnole, ce qui donne de l’engouement au projet. Cet engouement titillera suffisamment la curiosité d’investisseurs, dont Antonio Catena Poderoso et Arnau Vidal Alcubierre. Devenant une des structures les plus suivies de la péninsule ibérique, en 2019 le footballeur Sergio Reguilón fera son entrée dans l’investissement de la structure. En Espagne, c’est un succès si grand qu’on compte en 2021 plus de 3,5 millions d’euros de revenus en 2021. On comprend alors que la structure est très populaire, mais est-ce que cela passe par ses succès ou plutôt par les noms qui portent l’équipe ?
En termes de succès, l’équipe a débuté sur Call of Duty et a fait une entrée fracassante sur cette scène. Mais avec l’arrivée des franchises, l’équipe espagnole quitte le circuit car elle ne parvient pas à acquérir un slot. Du côté de Fifa, la structure fait son entrée en 2021 avec les joueurs H1dalgo et Matias. Matias, l’Argentin bourré de talent, est couvert d’or puisqu’il fait d’excellents résultats pour la structure, ridiculisant son compère Espagnole qui est moins talentueux. Enfin, sur Valorant, la structure de Grooge rejoint le circuit naissant en 2020. Dans les premiers tournois, l’équipe réussit à se construire une route pavée d’or, mais lors de l’ère de moderne du jeu, la structure est freinée, ne parvenant pas à retrouver ses résultats d’antan. Du reste, que ce soit sur CS-GO, Rainbow 6 ou encore Clash Royal, il n’y a rien à redire, les résultats n’étant pas au rendez-vous.
Du côté de League of Legends, la structure fait une entrée timide en seconde division espagnole en 2017. On peut noter un joueur de cette époque chétive qu’est Razork, futur talent européen qui fait ses armes chez Fnatic. Après son départ de la structure, l’équipe ne parvient pas à s’imposer, ce qui explique le désert qu’était l’année 2018. En 2019 cependant, la structure a un soubresaut de vitalité en signant un partenariat avec G2 pour gérer leur académie, donnant naissance à G2 Heretics. Un bébé qui ne fêtera même pas sa première année, puisqu’en 2020, la structure fait son entrée en seconde division espagnole. Et c’est de là que débute leur ascension. Fin 2020, ils achètent un slot pour entrée en LVP et ils sont rejoints par l’ex-joueur pro, reformé influenceur, Werlyb. Puis arrive 2022.
Déjà, lors de l’off-season, il y avait une rumeur qui courrait qui disait que Jackspektra, un prospect talentueux en ADC, serait pressenti chez la Karmine Corp. Alors qu’on croyait que c’était fait, l’accord verbal entre le joueur et la structure a été brisée par cette dernière puisque Rekkles a signé chez eux. Au final, le joueur restera en Espagne, chez Team Heretics. En juillet 2022, les rumeurs autour du départ de Misfits de la LEC fait grand bruit. Très vite, la structure espagnole se bat pour obtenir sa place, comptant parmi ses concurrents des structures comme Koi, Giants ou encore la Karmine Corp. Au final, l’équipe de Grefg parvient à racheter le slot à Misfits pour une somme astronomique de 36 millions d’euros. Et leur victoire lors du segment d’été des EU Masters a aidé à légitimer leur place dans la plus grande ligue européenne. Maintenant, avec tout cet argent dépensé, on est en droit de se demander s’il y a eu un impact sur le mercato.
Mercato
L’équipe a choisi de conserver son joueur star Jackspektra et de bâtir une équipe autour de lui. Ainsi, le 29 Octobre 2022, on sait que Mersa sera présent pour accompagner Jackspektra sur la voie du bas. Il est bon, mais il a été pas mal porté par Neon lors de l’ascension de Misfits. Le 2 Novembre 2022, on apprend que Ruby, jeune rookie coréen et un des meilleurs prospects en midlane, donc un des meilleurs choix en tant que rookie. Le 11 Novembre, la rumeur court que Evi fera son office sur la toplane d’Heretics, ce qui a de quoi surprendre étant donné que c’est la première fois qu’on a un import japonais, qui est une ligue mineure. Enfin, le 15 Novembre, Jankos finalisera l’équipe espagnole, ce qui rajoute à cet ensemble un quintuple champion d’Europe. On a alors une impression avec ces joueurs d’un roster plutôt low-cost, mis à part Jankos qui a été racheté pour un chèque de 100K.
Analyse
Parmi les points forts, on a dans ce roster une grande diversité de champions possibles à jouer. Aussi, avec Jankos dans l’effectif, le début de partie promet d’être bon. Enfin, la structure a une bonne balance entre les vétérans et les rookies. Ainsi, Jankos et Evi peuvent aider des jeunes comme Ruby et Jackspektra et leur donner de l’expériences qu’ils ont acquises durant leurs longues années de loyaux services sur la Faille.
Maintenant, on est en droit de se questionner sur l’anglais d’Evi, même si Jackspektra assure qu’il a appris plus vite la langue qu’il ne le pensait. Saura-t-il bien communiquer avec ses mates et agir en conséquence ? Ensuite, avec ce nouvel ensemble sur la voie du bas, l’ADC et le support devront prendre du temps pour créer une synergie qui égale celle de leur adversaire. Enfin, le style de jeu reste à définir, puisqu’il s’agit d’une toute nouvelle équipe. Vont-ils s’orienter sur la voie du bas, compter sur la midlane, s’orienter sur le late-game ou plutôt jouer leur va-tout en début de partie ? La question reste complète. Mais peut-être que la voie du bas est plus prometteur qu’on ne le pense.
Jackspektra – La revanche du tireur norvégien
Après la désillusion Karmine et son remplacement par Rekkles, le joueur parvient à remporter les EUM et une promotion en LEC. Une belle revanche sur le destin qui a de quoi donner des sourires, amers comme joviales. Comment est-il parvenu à ce résultat ? Et bien, cela passe d’abord par un champion pool touche-à-tout. Comme tout ADC professionnel, il manie aussi bien Senna que Lucian. Ainsi, son style de jeu est divergent, passant tantôt à un rôle de soutient, tantôt à un rôle de DPS. Il est capable de jouer le début de partie ou encore de scale pour atteindre son pic de puissance en late game.
Dans son style de jeu, il assoit sa dominance sur sa voie et surtout suit le rôle qu’on lui à attitrer. S’il doit dominer l’early avec Caitlyn, il le fait. S’il doit tenir la voie avec un Ezreal pendant que son support roam, il le fait. S’il doit placer ses dégâts en fin de partie avec une Sivir, il le fait. S’il se retrouve contraint dans une méta ou seuls deux picks son viable (c.f. Aphelios-Jinx), il le fait. De plus, comme tout ADC, il est remarquable de par son placement et réussit à DPS les ennemies tout en assurant sa sécurité.
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Parmi les statistiques marquantes de son année 2022, on compte :
Un lead au CS à 15 minutes de 65,2%
Un KDA de 4,3
584 de damages par minutes
Un ratio victoire/défaite de 61,9%
Une participation aux kills de 63%
Conclusion
Avec cette composition, on se demande où cette équipe va aller. Jankos peut assurer son rôle de support pour ses carry comme il le faisait si bien chez G2 Esports en attendant que Jackspektra puisse mettre ses dégâts en late-game. Que vaut Evi contre les autres toplaners ? Lui qui a été à de nombreuses reprises aux Worlds pour une équipe de région mineure, on est en droit de se demander s’il va réussir à hausser son niveau contre ses adversaires qui ont été éduqué dans une ligue plus compétitive qu’au Japon. Enfin, avec tous ses éléments, la question de la synergie d’équipe est de mise. Tous ses joueurs viennent d’horizons différents, ont des expériences différentes, et la crainte qu’ils ne parviennent pas à se trouver, dans une saison qui va vite, est justifié. Il y a un pari sur les rôles importants que sont la midlane et la botlane. Néanmoins, cet ensemble de joueurs a de quoi surprendre et peut sans doute s’avérer féroce dans le contexte de la LEC.
C'est donc tout pour Team Heretics ! Un ensemble de joueurs assez atypique, mais qui a de quoi impressionner je pense. Je vous refais pas l'article : je vous souhaite une bonne journée/soirée et on se retrouve très prochainement !
Quand on pense à une rivalité, on a tendance à penser à Fnatic et G2. Les deux structures se battent l’une contre l’autre depuis plus de sept ans et les communautés s’insultent entre-elles, cherchant à défendre bec et ongle leur équipe de cœur. Cette rivalité s’est basée sur la bataille du trône européen, la dynastie Fnatic renversée par les antagonistes samouraïs de G2. Et depuis, une bataille sans merci se livre. Mais il a fallu plus une histoire de douze années pour mettre en place cette guerre inter-structure. Un historique justifie la hype autour des affrontements entre les deux équipes. Mais depuis peu, et avec l’émergence de structure comme Mad Lions ou Rogue, cette rivalité semble faire date, prenant la poussière quand le niveau de l’Europe a généralement augmenté. Alors, quand on prend leur exemple, on serait en droit de se demander si un jour on aura droit à une telle rivalité sur la Faille. Et la question trouvera vite une réponse quand, en 2022, Ibai donne naissance à une structure rivale à la Karmine Corp. Et ainsi, Koi voit le jour.
Introduction
Koi est une structure qui a été créée en fin d’année 2021. Elle a été fondée par Ibai, le premier streamer Espagnol et l’un des plus populaires au monde, ainsi que par Girard Piqué, joueur de foot pour le FC Barcelone. Basée en LVP, la jeune structure a la volonté de faire partie des meilleurs, ce qui explique pourquoi l’équipe a fait un showmatch contre la Karmine Corp afin, d’une part, créer une rivalité entre les deux structures, qui sont relativement semblables, et d’autre part, de surfer sur la guerre livrée entre l’Espagne et la France sur les divers jeux-vidéos. On peut penser aux différents événements qui ont eu lieu sur Minecraft, qui voyaient les deux nations se faire face, ou encore, plus récemment, à la guerre des pixels qui s’est mené sur le r/place. Quand bien même la structure est née sur LoL, elle s’est aussi développée sur Valorant avec un ensemble de joueur compétitif. Mais on est là pour parler de League of Legends, alors attardons nous sur le parcours de Koi en LVP.
Donc, à l’instar de la Karmine, Koi joue au départ dans la ligue espagnole, avec un alignement de joueurs prometteurs. On compte dans leur rang depuis la création de la structure des joueurs expérimentés comme Hatrixx, Xico, SLT ou encore Raffita. Ils parviennent à se qualifier aux playoffs durant les deux segments. Malheureusement, ils ne réussissent jamais à transformer l’essaie pour se hisser au plus haut niveau de la division 2 européennes, à savoir les European Masters. On est loin des promesses de départ, encore plus du niveau que la Karmine Corp a proposé depuis deux ans déjà. Quand on connait les ambitions d’Ibai, on est en droit de se questionner. Mais un miracle s’est produit, pour le plus grand bonheur des Espagnoles et pour le plus grand malheur des Français.
Le 20 Août 2022, la nouvelle a été divulguée comme quoi Rogue jouera sous les couleurs de la structure espagnole Koi. En effet, si Rogue disparait pour profiter de la notoriété de Koi, la structure américaine sera néanmoins toujours présente sur le plan sportif. L’équipe et ce qui l’entoure subsistera, elle jouera simplement pour les couleurs violettes d’Ibai, ce dernier s’occupant de mettre en avant et de livrer sa base de fan pour ces équipes. Par ailleurs, ce n’est pas seulement pour la LEC que Rogue est rebrand en Koi. C’est également le cas sur Rainbow 6 ainsi que sur Rocket League.
On est en droit de douter de la légitimé de la montée de Koi en LEC quand on sait que la Karmine Corp est couronnée de succès. Triple championne des EUM, la bande à Kameto n’est toujours pas montée en LEC, malgré leurs nombreuses victoires sur la Faille. Alors, quand on voit qu’une structure comme Koi, qui n’a jamais gagné quoi que ce soit, parvient à se hisser au plus haut niveau européen, il y a de quoi grincer des dents pour les ultras KC. Mais, avec ce rebrand, Koi fait fit du passé, passant d’une équipe forte en Espagne à l’un des favoris de la compétition européenne.
Mercato
Koi garde donc la même équipe championne d’Europe, à l’exception près de la toplane qui change de joueur. En effet, la structure espagnole a choisi de troquer l’expérience d’Odoamne pour la jeunesse et le talent individuel de Szygenda. Ainsi, l’équipe conserve la même ossature, toute jeune victorieuse d’un titre de LEC.
Analyse
D’un point de vue positif, Malrang, jungler coréen, est le carry de cette équipe. Avec les changements apportés sur ce poste, même si la possibilité d’invade est réduite, il a la capacité de mener à la baguette ses adversaires. Ensuite, la synergie en botlane entre Trymbi et Comp fait toujours aussi peur. Avec leur champion pool surprenant, leur maitrise et leur dominance en lane, les autres botlanes ont des craintes à nourrir. Enfin, en remplaçant Odoamne par Szygenda, il remplace un toplaner qui subit sa phase de lane par un toplaner qui fait subir une phase de lane. Ainsi, la toplane sera d’autant plus agressive et Koi aura la possibilité de jouer au travers de cette voie.
D’un point de vue négatif, en conservant Larssen, la structure espagnole conserve un joueur avec un champion pool pauvre. Aussi, elle perd un joueur sur la voie du haut qui était capable de jouer des tanks, là où Szygenda est connu pour ses bruisers et ses carry. Enfin, même si cela est moindre, recruter un rookie reste un pari à prendre qui peut s’avérer risquer si la sauce ne prend pas.
KOI Szygenda – Le monstre de la toplane
En termes de champion pool, Szygenda est connu pour sa maitrise des bruisers, au détriment d’une carence en tank. C’est une crainte qu’on peut avoir aux vues de la méta. Mais avec les premiers échos de la Chine, la méta ne semble pas avoir tant changé que ça, les bruisers étant toujours jouables. Reste à savoir s’il sera capable de jouer K’Santé qui envahit la voie du haut de par sa capacité à tanker les dégâts et à en faire subir. Aussi, pourra-t-il nous surprendre à nouveau avec sa Gwen fétiche ?
S’il y a une chose claire dans son style de jeu, c’est bien son agressivité. Et ce style-là, bien que risqué à haut niveau, est payant puisque dans 81,7% des cas, il est devant au CS, accentuant un différentiel de CS de 18,9. Et ce qui est encore plus impressionnant, c’est le nombre de solokill qu’il a pris : 55. Est-ce que c’est bon pour vous ? Maintenant, il a réussi cet exploit en LFL et en EUM, qui restent des compétitions au niveau moindre. Sera-t-il puni en LEC ? C’est toute la question qui se pose autour de ce choix de toplaner. Et pour montrer un peu de quoi il est capable, rien de tel qu’un clip :
Si vous n’êtes toujours pas convaincu, voici une petite kyrielle de statistiques. Szygenda, c’est :
605 damages par minutes
Une participation aux kills de 54,6%
Un KDA de 4,6
Une participation au « premier sang » de 25,8%
8,8 CS par minutes
Maintenant, Szygenda n’est pas à son premier essai en LEC. Il a été présent lors du naufrage Vitality. Après, il a pris de la maturité et se trouve dans un écosystème différent. Et c’est avec une certaine curiosité qu’on se tarde de voir ce dont il est capable en LEC.
Conclusion
Quand bien même la structure change de nom, Koi reste l’équipe tenante du titre. Et elle compte bien ne pas le concéder, surtout quand on sait qu’il y a toute l’Espagne qui sera désormais derrière cette équipe. Maintenant, est-ce que cela va suffire à raviver la hype de la compétition européenne, ou est-ce la LEC sera souffrante du manque de la Karmine Corp parmi ses équipes ? D’un point de vue compétitif, l’équipe est capable de jouer sur tous les plans. Comme l’an passé, Koi sera mené par Malrang qui sera chirurgical dans son jeu. La botlane sera toujours présente pour assurer le scalling et Larssen s’affairera à tenir la midlane le temps que son jungle vienne sur sa voie pour débloquer son jeu. En toplane, le pari sur Szygenda est prometteur, quand bien même il pourrait souffrir de la comparaison avec ses adversaires.
C'est tout pour KOI ! Alors, qu'en pensez-vous ? Est-ce que vous allez cheer pour cette équipe ? Dans tous les cas, j'ai hâte de les voir jouer et je me demande ce que va donner Szygenda :) Sur ce, bonne soirée/journée et on se retrouve très vite !
Il y a des structures qu’on considère comme historique. Ce sont celles qui se sont aventurés en premier dans les terres encore sauvages du jeu-vidéo compétitif. Ce sont elles qui ont dû se débattre pour instaurer un cadre dans ce milieu encore jeune et piégeux. Elles ont été les précurseurs, les premiers à croire dans la prospérité et le divertissement de la compétition. Peu de structures de cette époque existent encore. Mais il y en a une qui, malgré les débâcles, restent tout de même présente. Et il est correct de dire que sans le Schroët Kommando, alias SK Gaming, on ne connaitrait pas l’eSport comme aujourd’hui.
Introduction
SK Gaming a été fondé en 1997, en Allemagne. Basée sur Quake, elle s’est vite étendue à d’autres jeux qui faisaient parties des balbutiements du jeu compétitif, tels que Warcraft 3, Fifa ou encore World of Warcraft. C’est d’ailleurs sur ces jeux que le Schroët Kommando connait le plus de succès, puisque raflant tous les titres possibles. La structure connait une période prospère dans le début des années 2000 mais très vite, quand on arrive dans la période moderne de ce qu’on appelle « eSport », l’équipe traverse ses premières difficultés.
À titre d’exemple, la structure allemande connaissait une forte ascendance sur Counter-Strike. Mais aujourd’hui, l’équipe fait partie de l’histoire de Counter-Strike, n’ayant aucun joueur arborant leur logo dans l’écosystème de Valve. Au total, la structure s’est aventurée sur plus de seize jeux, aujourd’hui réduit seulement à cinq. Parmi eux, il y’a deux jeux mobiles produits par Supercell, à savoir Clash Royal et Brawl Star.
Si ce ne sont pas des scènes beaucoup regardées de nos jours, il est important de constater que le marché du jeu mobile est en pleine essor et compte bien se démocratiser à terme. SK fait alors un pari sur l’avenir en investissant dans ces jeux, ce qui est compréhensible. Mais à l’heure d’aujourd’hui, on ne peut pas dire que cela soit payant pour son image de marque. À contrario, la structure s’est aussi développée et reste encore présente sur Rocket League et tente un autre pari sur NBA 2K. Mais il y a bien un jeu qui a fait l’histoire de la structure allemande, tout comme elle a contribué à son succès. Et je parle bien de League of Legends.
SK Gaming est présente sur la faille depuis les tout premiers championnats mondiaux, à l’époque où la finale s’est jouée en LAN et que la compétition ne se jouait qu’entre occidentaux. Par ailleurs, l’équipe allemande s’est fait connaitre au travers de sa rivalité avec Fnatic, seule tenante du titre de « champion du monde ». Mais c’est en saison 3 que SK connaitra son heure de gloire. En effet, lors de son match contre Fnatic, quand les deux midlaners étaient xPeke et Ocelote, un drame s’est produit. Alors que le Schroët Kommando menait la partie, une action de la part du midlaner adverse rentrera dans l’histoire.
Ce jour-là, Carlos a pleuré. Ce jour-là, xPeke a créé un monstre qui terrorisera l’Europe dans les prochaines années. Mais ceci est une autre histoire, qu’il me tarde de vous raconter. Depuis ce moment, SK Gaming ne sera pas plus important que ça sur la Faille. En 2015, ils se font relégué après un match accroché contre Gamers2 pour une place en LCS EU. Mais l’histoire n’est pas finie pour autant, puisqu’en 2019, l’équipe fait son grand retour sur LoL en ayant réussi à se payer une place dans la nouvelle ligue franchisée du LEC.
Depuis leur entrée, l’équipe est remarquable par son inconsistance. En effet, jusqu’à 2021, la structure parviendra à se hisser aux playoff qu’un split sur deux, ce qui interroge sur le niveau de jeu que propose l’équipe allemande, d’autant plus qu’ils n’ont jamais joué plus d’un match lors de leur accession aux playoff. Et cela ne va pas aller en s’arrangeant. En 2022, SK Gaming fait le pari de garder la même structure, en changeant seulement le duo mid-jungle. On ne peut pas dire que ce roster ait rencontré un grand succès, puisque l’équipe, pour la première fois de son histoire, ne fera pas de playoff sur une saison complète.
Pourtant, il y avait de quoi espérer pour cette line-up. Il y avait l’air d’avoir une bonne dynamique. Les joueurs sur la voie du bas s’entendaient à merveille, comme on le voyait sur les réseaux sociaux. De plus, la structure se servait comme élément de communication, mettant en avant la dynamique de son équipe dans leur vidéo sur YouTube, les faisant passer pour une bande de copains, heureux de partager la même équipe. Mais avoir une bonne dynamique de groupe, c’est bien, mais force est de constater que cela n’est pas suffisant pour être compétitif. Alors, il fallait faire des changements.
Mercato
Lors du début du mercato, très vite une rumeur se répand. Apparemment, pour cette année, SK Gaming était prêt à dépenser de l’argents pour construire une équipe. Beaucoup d’argents. Par conséquent, il était possible de rêver d’une line-up de stars talentueux, comme l’était celles de Fnatic et Vitality en 2022. Alors, qu’en est-il ?
Tout d’abord, sur la voie du bas, SK s’accapare le duo qui a terrorisé la compétition française de LDLC, à savoir Exakick et Doss. Exakick a été un talent forgé par la main de la meilleure académie européenne, qui a été la maison de départ de bons nombres de joueurs talentueux. On peut penser notamment penser à Vetheo, Yike, Sheo ou encore Eika. Alors, Exakick suit ses paires et s’est frayé un chemin jusqu’en LEC. Du côté de Doss, il n’a pas été impressionnant par le passé. Ayant déjà fait une saison entière chez Misfits, le support n’a pas marqué son passage dans la première division européenne. Mais l’eau à couler sous les ponts, et il a été bon avec Exakick, alors on est en droit de rêver.
Ensuite, à l’opposé de la Faille, sur la voie du haut, SK a jeté son dévolu sur Irrelevant. Après un split chez Misfits, il a été bon sans être transcendant, souvent porté par son équipe. Le choix est questionnable, surtout quand il y avait d’autre toplaners plus prometteurs disponibles sur le marché, comme Ragner ou Cabochard. Quant à la jungle, la structure allemande a profité du remplacement de jungle chez Excel pour s’accaparer leur talent néerlandais. Markoon bouclera donc ce mercato. Quand bien même il est une des raisons du succès d’Excel l’année passée, on ne peut s’empêcher de se demander où est passé l’argent promis en début de mercato ? Si l’équipe a changé, gardant de leur ancien roster seulement Sertuss, on ne peut pas dire qu’elle a dépensé beaucoup pour réunir ses joueurs.
Analyse
En termes de points forts, on peut déjà certifier que Markoon est un jungler qui a un statut de challenger pour 2023. Il a déjà rivalisé avec Malrang et Elyoya. Son expérience sera donc d’une grande aide pour la structure allemande. Ensuite, l’équipe a déjà une botlane qui a fait ses preuves, la synergie entre Exakick et Doss n’étant pas à douter et qui fera surement ravage au début du split d’Hiver. Enfin, Irrelevant est agressif sur sa voie, ne se laissant pas écraser par ses adversaires. Avec sa connaissance des duels et ayant vécu un été entier à se battre contre les autres tops de la LEC, on peut compter sur lui pour au moins traverser le début de partie sans sourciller.
Maintenant, bien que le roster soit encourageant, tout n’est pas positif. En effet, en conservant Sertuss, SK garde un midlaner qui est décent, mais inconstant. Il peut parfois tenir sa voie contre des monstres comme Caps, mais s’écroule le plus souvent. Ensuite, avec cette structure, l’équipe semble dépendante des performances de sa botlane, ce qui est dangereux quand on connait le niveau sur cette voie en Europe. Enfin, avec ses joueurs, l’équipe ne règle pas son problème d’inconstance. Et le niveau de la compétition ayant globalement augmenté, et avec le nouveau format proposé, il n’y a plus de place à l’erreur. Maintenant, avec tout l’entrainement qu’il y a eu durant la période d’off-season, est-ce qu’on est en droit de croire dans cette équipe ?
SK Exakick – Le prodige de la LFL
Exakick est un joueur qui possède un champion pool digne d’un ADC. Il est capable de manier n’importe quelle AD carry, quand bien même la méta du début de saison 2022 le forçait à pick Aphelios, expliquant alors ses 29 picks. En revanche, le champion ne justifie pas le winrate indécent de 86,2% que possède le joueur français avec ce personnage. Méta à part, il est capable de jouer n’importe quel style de jeu, que ce soit en pariant sur le late game avec une Sivir, ou en jouant au contraire le début de partie avec Lucian. Néanmoins, son agressivité en lane n’est pas à douter, puisque le champion qui le définit le plus est Kalista.
En termes de style de jeu pur, Exakick est capable d’asseoir sa dominance sur la voie du bas, de par ses placements agressifs. Il parvient toujours à placer ses dégâts, emmenant au moins un ou deux adversaires dans la tombe lors de situations compliquées, ce qui peut changer la face d’une partie. Après, avec cette line-up et sa montée en division une, il est possible qu’il ne réussisse pas à s’exprimer autant qu’en LFL. On est en droit de se demander ce qu’il apporte de plus par rapport à Jezu, et si sa synergie avec Doss est meilleure que ce à quoi on a eu droit l’année précédente avec Treatz.
“Tu bouges bien @Exakick 🕺 #EUMasters”
Si on se base sur les statistiques, Exakick c’est :
74,2% de victoires
10,1 de sbires tués/minutes
Un KDA de 4,7
Une participation aux kills de 61,2%
Une participation aux damages de son équipe de 27,9%
Un lead au CS de 62,9
Exakick est un pur produit de la LFL, qui a su élever son niveau par rapport à 2020 et qui mérite sa place en LEC. Reste à savoir s’il sera capable de transposer son expérience et de réussir à concrétiser dans les studios berlinois.
Conclusion
La line-up de SK Gaming est ok. Elle n’est pas transcendante, mais n’est pas un total désastre non plus. Avec le nouveau format, il y a un monde dans lequel SK Gaming ne fait que neuf parties et se retrouve en vacances au bout de la troisième semaine. La structure allemande a décidé de parier sur le talent français de LDLC, quand bien même ses résultats semblent désormais dépendants de l’état de santé de la botlane. Avec ses faiblesses sur la voie du milieu et son jungler qui rivalise contre les plus grands, je suis curieux de voir si l’équipe peut trouver un équilibre et se battre au même niveau que les plus grandes écuries, redorant par la même occasion un vieux blason poussiéreux, symbole d’un succès d’une autre époque.
Voilà, c'est tout pour SK Gaming ! Désolé pour le temps d'attente, j'ai été pas mal occupé ces derniers jours, mais je promets de rattraper mon retard ! Sur ce, passez une bonne journée/soirée :) (Plus qu'une semaine avant le début du LEC, hype hype hype)
Team Vitality : La fierté de la France aux pas chancelants
Préambule
Quand on a une culture à représenter, il faut prouver. Quand on est la première structure française, il faut prouver. Quand on a un ensemble de fan, dévoué et amoureux du maillot, derrière nous, il faut prouver. Quitte à décevoir, quitte à faire des choix, quitte à dépenser des millions, il faut prouver. Prouver qu’on est les meilleurs, que personne ne fédère autant que nous, qu’on est la fierté de la France, ce grand pays, cette nation au cœur arrogant et à la population compétitive. Prouver que, au même titre qu’au football, qu’au volley, qu’au handball, on est capable de rivaliser, non, de dominer les autres pays. C’est dans cette optique qu’une structure, reconnaissable par ses couleurs jaunes et noires, Team Vitality s’est lancé dans l’eSport avec un seul but : prouver au monde que la France aussi est la meilleure dans l’eSport.
Introduction
En 2013, à l’époque où l’eSport était encore une scène de niche, Team Vitality s’est créée. C’est suite à l’impulsion de quatre jeunes hommes, dont encore les très connus Fabien « Neo » Devide et Corentin « Gotaga » Houssein, que la structure à l’abeille est née. Elle s’est fondée sur Call of Duty, et uniquement sur ce jeu, avec les membres-fondateurs. Gotaga était joueur pour la structure, Neo était son coach. Mais très vite, la structure française s’est diversifié sur d’autres jeux, tels que Fifa, Rainbow 6 Siege ou encore League of Legends. C’est en effet après le rachat du slot de Gambit que Vitality officie son arrivée dans la scène européenne de League of Legends, participant aux LCS EU la même année que G2 Esports, en 2016.
La cadence s’accélère lorsqu’en 2017, l’équipe aux abeilles s’étend sur les jeux H1Z1, Player Unknown’s Battleground (PUBG) et enfin Counter-Strike : Global Offensive. Mais cela ne s’arrête pas là, puisqu’un an plus tard, ils investissent dans une équipe sur Rocket League et signent des contrats avec des joueurs Fortnite. En bref, la structure est tentaculaire, en plus d’être touche-à-tout, et cela, sans parler des nombreux ambassadeurs qui diffusent et créent du contenu avec le logo et les vêtements de Vitality.
En termes de succès, Vitality a été couronné championne de l’ESL Pro League en 2016 sur Rainbow 6. La structure s’est créée un nom sur CS-GO avec leur joueur star et français Mathieu « ZywOo » Herbaut, et elle a dans son étagère un titre de champion du monde sur Rocket League datant de 2019. C’est une écurie française forte de son succès et qui compte parmi ses rangs de nombreux ultras, prêt à défendre bec et ongle leur structure (même quand il s’agit de défier le mur bleu de la Karmine Corp.). Mais qu’en est-il sur League of Legends ?
On ne peut pas dire que le succès était au rendez-vous dès leur entrée en LCS EU. C’était encore une jeune structure qui devait se battre contre le géant Fnatic, quand la structure était la seule impératrice de l’Europe, puis du nouvel arrivant G2, l’antihéros qui déplait à l’ancienne génération. Il n’y avait pas de place pour Vitality, qui s’est tout de même hissé à la troisième place vacante du podium lors de leur premier segment. Néanmoins, c’était un fait qui ne s’était pas reproduit par la suite, l’équipe entamant alors une longue traversée du désert. Puis, 2018 était arrivée.
L’équipe se retrouve à nouveau parmi les grandes structures, retrouvant une place confortable pour les playoffs des segments de printemps et d’été. L’équipe aux abeilles pouvaient remercier Daniele « Jizuke » Di Mauro, l’étalon italien qui a surpris sur la voie du milieu, ainsi que Lucas « Cabochard » Simon-Meslet, vétéran de l’équipe qui a su se remettre aux niveaux des meilleurs toplaners de la ligue. C’est à partir de ce moment-là que la course pour les Mondiaux s’était entamée. En effet, avec les points accumulés au printemps, la structure française était en nette avance pour représenter l’Europe aux Worlds. Et avec la descente aux Enfers de G2 ESports et leur victoire lors de la petite finale face à Misfits, une équipe redoutable qui est parvenue à faire une première moitié de segment sans défaite, l’équipe a été qualifié aux Mondiaux.
Mais parfois, le sort peut s’acharner. Lors du tirage des groupes, l’équipe française s’est trouvé dans une fâcheuse posture, tombant dans le « groupe de la mort » avec le grand favori du tournoi Royal Never Give Up ainsi que l’ancien champion du monde Generation Gaming. Pourtant, ils ont réussi à défier la fortune en remportant deux victoires contre les coréens de Generation Gaming et en faisant subir la première défaite aux hommes d’Uzi, RNG. Si l’histoire ne retiendra pas leur nom, puisqu’ils ont été éliminé lors du « Main-Event », ils ont néanmoins réussi à faire déchanter les ogres coréens et chinois et prouvé au monde entier qu’ils n’étaient pas infaillibles, d’autant plus qu’ils ont triomphé avec leur propre style.
Après 2018, Vitality ne parviendra jamais à trouver sa gloire d’antan. Quand bien même ils dépensent beaucoup d’argents pour leur équipe sur League of Legends, ils ont un gros problème sur le poste de jungler, puisqu’ils ne parviennent pas à trouver un joueur stable sur cette position. C’était un si gros problème que Vitality s’est retrouvé lors de l’été 2022 avec plus de quatre junglers en attente, sans pour autant trouver du succès. L’ensemble des joueurs de 2022 a été un échec. Ce projet de super-équipe n’a pas porté ses promesses, puisque l’équipe n’a pu aller plus haut que la sixième place. Alors, est-ce qu’en 2023, peut-on espérer mieux ?
Pour 2023, la Team Vitality a décidé de faire table rase du passé et de reforger une toute nouvelle équipe. Sur le botside, on a droit alors à Neon qui assurera le rôle d’AD carry. Il est connu pour être un des éléments du succès miraculeux de Misfits lors de 2022, quand bien même il ne joue qu’une poignée de champion. Pour l’accompagner sur la voie du bas, Kaiser sera là pour le supporter. Son entrée en LEC a fait grand bruit grâce à son style de jeu et ses champions uniques. Reste à savoir sur la sauce va prendre et s’il y aura une bonne synergie entre les deux joueurs. Du côté opposé de la carte, la toplane sera officiée par Photon. En effet, le joueur star Alphari a décidé de prendre une pause pour se ressourcer, restant cependant sous contrat avec la structure française. Son remplaçant coréen provient de l’académie T1, connu pour avoir fait émerger des joueurs tels que Zeus, Gumayusi ou encore Oner, dont le talent n’est point à douter. Alors, Photon sera sûrement du même acabit dans une compétition moins compétitive que celle du pays au matin calme. Enfin, pour compléter l’équipe, le jungler sera Bo. En plus d’être une première pour l’Europe, la LEC n’ayant jamais accueilli de joueur de LPL, le joueur est prometteur en plus d’être bourré de talent (On va y revenir.)
Analyse
Parmi les points forts à citer, on peut parler du topside. Photon est un aussi bon joueur de carry que de tanks, ce qui est un élément à ne pas négliger, d’autant plus que le vivier de talents européen à ce rôle est faible. Ensuite, la versatilité qu’apporte Kaiser à son rôle assure la phase de lane en plus d’épauler la voie du milieu. Enfin, tous les postes ont un énorme potentiel de carry individuel, ce qui a de quoi faire pâlir les autres écuries.
Mais il y a des défauts qui contrebalancent tout cela. D’abord, Perkz a de quoi nous interroger. S’il a été à son meilleur niveau chez G2 ESports, le succès n’est pas le même depuis son départ de la structure espagnole, d’autant plus que le niveau sur la voie du milieu n’a fait qu’augmenter depuis son départ. Alors, aussi surprenant que cela puisse paraitre, il est normal de le considérer comme le point faible de son équipe. Maintenant, on peut à tout moment assister à un éveil de son potentiel d’antan, ce qui serait destructeur pour les autres équipes. Ensuite, cela va faire un an et demi que Bo n’a pas participé à un match officiel. Être bon en classé est une chose, mais parvenir à jouer avec une équipe en est une autre. Surtout que l’un ne garantit pas l’autre (on se souviendra du colosse en soloq qu’était Magifelix, mais dont les pieds deviennent argiles quand il participe au circuit compétitif de Riot Games). Enfin, la plus grosse interrogation se trouve dans la barrière de la langue. Avec un Coréen et un Chinois dans leur équipe, la communication pourrait s’avérer compliquée, ce qui est un problème dans un jeu d’équipe tel que League of Legends. Est-ce que le monstre qu’est Bo sera fragilisé par cette barrière ?
VIT Bo – le destructeur venu d’Orient
Bo est un joueur dur à analyser. En effet, à cause de la situation particulière dans laquelle il s’est trouvé en Chine, on se retrouve avec des informations vieilles en plus de décrire une carrière brève. Lorsqu’il était jungler pour FPX, structure chinoise championne du monde, le joueur n’avait aucune défaite au compteur. Il avait une carrière prometteuse, mais son parcours véloce a vite été stoppé à cause d’une sombre affaire de match-fixing en LDL, deuxième division chinoise, et en LPL. Il aurait subi des pressions de son manager pour arranger les matchs qu’ils jouaient afin d’avantager des parieurs. Suite à ces pressions, le joueur a choisi de dénoncer la situation. Malheureusement pour lui, son élan de justicier est un préjudice, puisqu’il écopera d’une punition de 4 mois durant laquelle il a été interdit de jouer des matchs officiels. Suite à cette annonce, et malgré la levée de sa peine, il a été boycotté par les structures chinoises qui ne voulaient pas s’associer à lui et, surtout, à cette histoire. Vitality tirera profit de cette histoire pour lui faire signer un contrat chez eux, le chinois faisant alors le voyage jusqu’en Europe pour jouer dans l’une des ligues majeures.
39 seconds · Clipped by Nyronigon :3 · Original video "Mercato 2023" by OTP League of Legends
Maintenant, avec le peu d’informations dont on dispose, il est obligatoire de se pencher sur ses statistiques en classé. Et on s’aperçoit qu’il est capable de tout jouer en plus d’avoir un potentiel de carry remarquable, à tel point qu’il trouve actuellement à la place n°6 du ladder. En plus, d’après ceux qui l’auraient rencontré dans leur partie, il est considéré comme un alien, sortant des mécaniques hors du commun.
“Turned on @zyblol stream for one second and see this
jungle is balanced wtf?”
Avec les statistiques récoltées sur ses matchs joués en LPL, Bo c’est :
Une participation au « premier sang » de 40%
Un ratio victoire/défaite de 100%
523 de damages par minutes
Un KDA de 5,3
Une participation aux éliminations de 68,5%
Maintenant, il a beau être un monstre, être le plus redoutable des junglers, son talent est caduque s’il ne parvient pas à communiquer dans un bon Anglais avec son équipe. D’autant plus qu’on peut se questionner sur sa synergie avec son nouveau toplaner.
Conclusion
Si on devait faire une analogie du mercato de Vitality, disons simplement qu’ils ont joué un tapis avec leur jeu de cartes. Et ce jeu de cartes peut être le meilleur coup de poker de tous les temps comme peut être une action ridiculement mauvaise. Quand bien même il y a peu de doutes, on peut se demander comment va se porter la synergie sur la voie du bas entre Kaiser et Neon. Enfin, est-ce que Perkz pourra assurer son rôle de carry d’antan ou sera-t-il cantonné à se faire porter par ses équipiers ? Tout ce qu’on peut savoir, c’est que cet ensemble a de quoi être la meilleure équipe que l’Europe n’a jamais portée, dérobant alors le titre à la line-up de G2 ESports en 2019. Cependant, avec tous les doutes que soulèvent cette équipe et avec le passé de la structure française, le futur pour les abeilles reste incertain.
Article très long, mais quand on aborde une équipe aussi prestigieuse que Vitality, il faut savoir prendre son temps ! Sur ce, on se retrouve dans deux jours pour un nouvel article et passez une bonne journée/soirée !
MAD Lions : le rugissement juvénile provenant de Madrid
Préambule
Comment se créer un nom ? C’est une question qui se pose quand on est une jeune structure. En quête d’identité, on cherche un moyen de se créer une base de fan. Le nom de l’équipe se fait le plus souvent au travers de joueurs stars ou de titre. Le nom d’une structure rayonne à l’internationale aussi quand il se trouve sur différentes scènes. MOBA, FPS, Auto-Chess, Jeux de combats, il y a tant de noms pour une kyrielle de jeux divers et variés sur lesquels une structure peut se développer. Pourtant, il y a une équipe qui a choisi de se focaliser sur un seul et unique jeu. Par amour de la Faille, c’est bien Mad Lions qui a concentré tous ses efforts pour se hisser au sommet de la compétition de League of Legends.
Introduction
MAD Lions est une structure espagnole qui fait ses balbutiements en 2017. Dès 2018, elle réussit à surprendre toute la scène européenne en gagnant les EU Masters. C’était une année avant la franchise de la première division Européenne, et on aurait pu espérer voir cette équipe intégrer cette division. Mais cela ne s’est pas fait. Du moins, pas dans l’immédiat. À la place, quatre des cinq joueurs de l’équipe trouveront une équipe en LEC. On compte parmi eux Nemesis, Selfmade ou encore Crownie, des noms encore connus de nos jours qui arpentent encore le milieu de l’eSport européen. En 2019, la structure se fait racheter par Overactive Media, une immense société espagnole qui possédait également Splyce, un des vieux noms de la ligue européenne. Ce rachat aura un impact sur la liaison entre les deux structures, si bien qu’en fin d’année 2019, l’annonce tombe : MAD Lions prendra la place de Splyce en LEC.
Leur entrée en LEC se fera en grand fracas, puisqu’ils parviennent à rivaliser avec de grandes structures, qui étaient en place depuis plus longtemps qu’eux. C’est ainsi qu’il réussisse à prendre des matchs contre G2 ou encore Fnatic – qui était composé de Nemesis et Selfmade à cette époque. Surtout, elle parvient à se créer un nom avec une équipe composée essentiellement de jeunes joueurs comme Elyoya ou encore Carzzy, ce qui est un haut-fait des plus notables. Au final, MAD Lions représente la nouvelle génération dorée de l’Europe, celle qui réussira pour la première fois, en 2021, à détrôner la dynastie Fnatic et G2, à deux reprises.
Pourtant, si la structure est forte en Europe, le succès n’est pas le même à l’internationale. Sa jeunesse se fait ressentir dans ses résultats contre des équipes de rang mondial. C’est simple, c’est la seule équipe d’une région majeure à ne pas être sorti de la phase de play-in, qui est censé être une formalité pour les équipes européennes. Aussi, elle est connue pour être la seule équipe à avoir eu son ticket aux Worlds sans remporter un seul BO5, ce qui est un comble quand on connait l’importance de ces matchs dans le circuit de League of Legends. En bref, l’équipe fait des résultats en Europe, mais se ridiculise à l’internationale. Maintenant, est-ce que la structure Espagnole peut-elle espérer briser sa malédiction avec sa nouvelle formation ?
Après une saison décevante et la plupart des contrats avec leurs rookies touchant à leur fin, une question se pose : où va Elyoya ? Pour ceux qui ne le connaissent pas, Elyoya est considéré comme le meilleur jungler européen. Cela explique pourquoi, lors de ce mercato, le jungler a été très prisé. Comme son contrat touchait presque à sa fin, MAD Lions devait soit le vendre, soit poursuivre son contrat. Pendant longtemps, la question était restée sans réponse. Des bruits de couloir parlaient de G2 ESports pour des prix faramineux. Au final, tout ce suspens tombera à l’eau lorsque la nouvelle tombe : Elyoya restera chez MAD Lions.
Mais dans cette victoire, il y a une défaite puisque la structure devra se défaire de leur support prodigieux, Kaiser, l’étoile montante des tireurs, Unforgiven, ainsi que de leur toplaner double champion d’Europe, Armut. L’équipe doit donc se recomposer autour de Nisqy et d’Elyoya, leur duo mid-jungle.
Ainsi, MAD Lions voit le retour de Carzzy. Après une saison décevante chez Vitality, le joueur tchèque rentrera dans la structure qui l’a fait maturer et retrouvera son jungler. Du côté de la voie du haut, l’équipe de Madrid fera le choix d’un joueur coréen qui a fait ses armes dans la compétition anglaise : Chasy. Le joueur, ex-toplaner pour l’académie des champions du monde Damwon Kia, s’est fait un nom sur la scène européenne en terrorisant le ladder. Son parcours s’arrêtera avec X7 lors des quarts où il ploiera le genou face à la LFL, la France l’emportant une nouvelle fois face à l’Angleterre. Enfin, pour assurer le rôle de support, MAD Lions surprend en signant Hylissang. Un véritable coup de tonnerre dans le mercato, puisque le joueur quitte Fnatic après cinq ans de loyaux services. Maintenant, avec ces changements, que vaut l’équipe ?
Analyse
D’abord, on peut dire que l’équipe garde un squelette dans les joueurs qu’elle garde. Nisqy et Elyoya sont une bonne base sur laquelle les nouveaux joueurs peuvent s’appuyer pour garder un style de jeu où Nisqy garde la voie du milieu dans un statu quo jusqu’à ce qu’Elyoya puisse se rendre disponible pour ganker à répétition les autres voies. Ensuite, l’équipe garde une bonne cohésion avec les joueurs Carzzy, Nisqy et Elyoya qui se connaissent déjà, ce qui peut accélérer la synergie de l’équipe. Et on peut faire confiance au midlaner Belge pour accueillir comme il se doit les nouveaux joueurs, lui qui a pour réputation d’être un équipier très humain dans son approche du jeu. Enfin, en gardant Elyoya, MAD Lions assure une dominance dans la jungle, le seul adversaire à la hauteur étant Malrang, le coréen de KOI.
Mais il n’y pas que du positif dans ces changements opérés. La voie du bas promet d’être inconstante dans ses résultats, puisque Carzzy et Hylissang sont très instables, pouvant être les meilleurs à leur rôle comme les pires en l’espace d’un match. La voie du haut n’est pas rassurante, puisque Chasy est plus connu pour ses picks agressifs comme Aatrox, Fiora ou Irelia, ce qui est un défaut quand on sait qu’une méta tank se profile. Au final, le seul carry de cette équipe est, comme attendu, Elyoya. Maintenant, pourra-t-il toujours remporter des matchs en solitaire avec un support aussi talentueux que fou comme Hylissang ?
MAD Hylissang : le savant fou
En termes de champion pool, Hylissang est un joueur qui peut surprendre. Il peut suivre la méta pendant longtemps, puis sortir un champion inattendu et briller sur lui, pour le plaisir du spectacle. Néanmoins, s’il est autant un joueur d’enchanteur que d’engager, c’est sur ces derniers qu’il est le plus connu, pour le meilleur comme pour le pire. C’est simple, il peut soit mener son équipe vers une victoire aisée comme il peut la conduire à la défaite avec la même aisance. Il n’est alors pas étonnant de savoir que le champion sur lequel il est le plus connu est Pyke.
À l’image de son champion fétiche, Hylissang a un style de jeu agressif. Il est capable de plonger sous les tourelles adverses sans sourcilier, de sacrifier sa vie pour une action. Quelle que soit la situation, qu’ils soient devant ou derrière, le support va toujours de l’avant, ce qui explique sa réputation de joueur dit « coin-flip ». À la manière d’un « pile ou face », il peut présenter le meilleur comme le pire. Le souvenir douloureux de la finale des Worlds de 2018 donne un pincement au cœur, le joueur présentant sa pire performance alors que l’Europe était si proche d’un titre mondial après sept ans de dominance coréenne. C'est en partie sa faute si l'Europe n'est toujours pas championne du monde, quand on y pense.
Au final, en termes statistiques, Hylissang c’est :
Un ratio victoire/défaite de 54,5%
2,62 de vision/minute
Une participation aux kills de 70%
Une participation au « premier sang » de 30% et une victime du « premier sang » de 16%
161 damages/minutes
En bref, c’est un joueur explosif qui intègre la structure espagnole, qui pourra alourdir comme alléger le travail d’Elyoya. Il faut le surveiller, car, malgré une réputation et une participation aux Mondiaux à plusieurs reprises, sa piètre performance de 2022 laisse à désirer et a de quoi donner des vertiges aux supporters des lions de Madrid.
Conclusion
Est-ce que MAD Lions est à la hauteur de ses deux titres avec tous ses changements ? La question est difficile. Certes, il garde un plan de jeu en conservant leur duo mid-jungle complémentaire, mais ont désormais un problème de stabilité à régler du côté de la voie du bas. Néanmoins, avec Elyoya dans l’équipe, la phase d’early devrait être assurée. Reste à savoir si Chasy va assurer contre les autres toplaners, et si la barrière de la langue sera un véritable problème ou un simple obstacle à surmonter.
Et c'est tout pour MAD Lions, désolé du retard j'ai eu un léger contre-temps (plutôt une envie de prendre un break après une journée fatiguante ptdrrr) Enfin bref, j'espère que ça vous a plu et on se retrouve normalement demain pour une autre équipe !
Il y a des pays qui sont des terres d’eSport. La Corée du Sud, la Chine, l’Espagne, et même la France regorgent de structures dédiées entièrement à la discipline. Ils produisent des talents à l’intérieur de leur territoire qui leur ramènent du prestige et de la crédibilité dans ce nouveau milieu, encore tout jeune. Mais s’il y’a bien un pays dont on pouvait douter de l’investissement et de l’engouement, c’est bien la Suisse. Des terres aux reliefs mémorables et à la cuisine fromagère, le pays n’est pas réputé pour ses sportifs. Il y a bien Federer au tennis ou encore Shaqiri pour le football, mais, mis à part ces quelques exceptions, le petit pays à tout à envier à ses voisins européens. Même en eSport, aucun non ne ressort. Pourtant, il y a bien une structure qui essaie de faire bouger les choses. Une structure qui s’investit corps et âme et croit en cette discipline afin de faire rayonner le riche pays à l’international. Et je veux bien sûr parler de Team BDS.
Introduction
BDS est une jeune structure suisse. Basée à Genève, la petite équipe s’est développé sur des jeux comme Rocket League, Rainbow 6 Edge ou encore Trackmania. Elle connait un franc succès sur les jeux de voiture, étant championne du monde sur Rocket League en 2022 et remportant la Zerator Trackmania Cup de 2022 avec Affy et Yannex, deux grands joueurs suisses de la scène Trackmania. On peut expliquer ce succès, malgré la jeunesse, par les fonds investis dans la structure. C’est simple, le fondateur est l’un des héritiers d’une des plus grandes richesses d’Europe. Et, par conséquent, il l’investit dans l’eSport, que ce soit en recrutant les meilleurs joueurs ou en construisant des locaux d’une taille dantesque.
35 seconds · Clipped by Nyronigon :3 · Original video "Au cœur des gigantesques locaux de BDS en Suisse !" by Laure Valee
Sur League of Legends, la structure fait grand bruit en effectuant le tout premier rachat de slot de l’histoire du LEC. Au départ une structure de la Ligue Française de League of Legends (LFL), elle s’est très vite hissée au sommet de la compétition européenne en « rachetant la place de Schalke 04 en LEC pour 26,5 millions d’euros » - titre l’Équipe le 29 juin 2021. Elle faisait concurrence à la Karmine Corp, championne des European Masters à ce moment-là et qui est encensée par la foule, ses ultras se manifestant sur les réseaux sociaux. D’autres noms sont sortis, comme les Giants, structure espagnole qui était présente quand la LEC s’appelait encore LCS EU, et même Heretics était attendu.
Au final, c’est bien Team BDS qui sera en LEC l’année suivante, en 2022. Et on peut le dire, c’était loin d’être une entrée fracassante. Quand bien même ils ont dans leur effectif les derniers champions de la division 2 Européennes, comme Cinkrof et xMatty, et ont réussi à obtenir Adam, le prodige de la toplane ayant eu un parcours remarquable en un an, l’équipe suisse n’aura jamais réussi à dépasser la huitième place du classement, et cela sur les deux segments qu’ils ont joués. De plus, on notera que la relation entre les joueurs et le staff semblait compliqué, voire même tendue.
C’est donc une arrivée décevante pour la structure suisse. Elle a beau brillé sur d’autres scènes, être plus compétitive sur Valorant ou en deuxième division, la communauté internationale retiendra surtout une performance en deçà des attentes qu’on aurait pu avoir. Maintenant, le passé appartient au passé, et on est en droit de se demander si 2023 ne serait pas une année dorée pour l’équipe suisse, puisqu’elle a fait des changements durant ce mercato qui pourrait peut-être s’avérer fructueux.
Au même titre qu’Excel, Team BDS a décidé de faire peau neuve en remerciant tous les membres de l'ancienne équipe, ne gardant que leur midlaner Nuc. Mais à contrario d’Excel, l’équipe Suisse a choisi de faire confiance à son académie en effectuant des échanges entre les divisions. On retrouve donc Crownshot au poste d’ADC, Adam au top et Sheo au poste de jungle. Même du côté du coaching staff, tout change, puisqu’on retrouve Striker, ancien coach Karmine, en tant qu’assistant coach chez Team BDS. Finalement, le seul import qu’aura effectué la structure s’effectuera au rôle de support, et ils ont jeté leur dévolu sur Labrov, ancien équipier de Team Vitality.
Analyse
Tous ces changements peuvent interroger et nous laisser perplexes. Ce qui est sûr, c’est qu'avec une telle composition, on peut dire que l’équipe est encline à engage sans se poser de question, avec un Adam plutôt agressif et un Labrov qui est réputé pour ses supports à engage, tels que Alistar ou encore Nautilus. Nuc est également connu pour ses picks destinés à l’assassinat. Par conséquent, on peut dire que l’équipe sera agressive. Néanmoins, le choix des joueurs laisse à désirer. En effet, Adam et Crownshot ont déjà été en LEC sans pour autant briller et Labrov a été peu convaincant durant ses années de service chez les Abeilles. De plus, les laners sont assez instables, offrant par moment des prestations douteuses. Et pour illustrer tout ceci, faisons le point sur l’un de leur joueur.
BDS Adam : le petit prince de la toplane
Adam est un joueur remarquable. Il a su étonner par le passé avec son année 2021 pavée d’or, passant de division 2 aux Worlds en une seule année. C’est un joueur qui est mécaniquement bon sur les bruisers et décent sur les tanks. Son style de jeu ne sied pas à cette catégorie de champion, car il cherche toujours à trade avec son adversaire et à gagner son duel. Son pool de champion est diversifié, mais il est loin d’être bon sur tous ses champions. Durant son split en LFL, on remarquera 13 picks Gnar ainsi que 6 picks Aatrox, avec respectivement 84% et 100% de winrate. On note donc une certaine envie de suivre la meta. Reste à savoir si on risque d’apercevoir l’ombre de son Darius ou de son Olaf top durant sa saison.
En termes de style de jeu, on notera une certaine agressivité sur sa voie qui peut être bienvenue comme peut être à éviter. À titre d’exemple, il y a ce clip qui a fait grand bruit sur les réseaux sociaux, où il se fait tuer deux fois en l’espace d’une minute.
En outre, Adam peut s’avérer mécaniquement bon, mais reste instable dans sa manière d’appréhender le jeu. De plus, avec la manière dont le jeu se profile, les tanks ayant l’air de faire leur grand retour sur la Faille, on est en droit de s’inquiéter pour le petit prince de la toplane qui pourrait bien voir son trône se faire renverser. Soyons optimiste et prenons seulement en compte son split en LFL pour ses statistiques. Adam, c’est :
67% de winrate
3,2 de KDA
8,6 CS par minute
Une différence de gold à 15 minutes de +497
72,1% de lead au CS
1 quintuplé
Conclusion
Pour ce mercato, Team BDS a choisi un mercato économique avec du sang neuf comme Sheo ainsi que des joueurs reformés comme Crownie et Adam. Ils ont pris peu de risque en faisant confiance à son académie. Leur style de jeu s’annonce agressif dans un jeu qui a l’air de ralentir dans son rythme par rapport aux dernières années. Tous leurs joueurs ont un potentiel de carry, ce qui laisse au global une équipe instable.
Voilà, c'est tout pour aujourd'hui, hésitez pas à m'en faire un retour, j'suis preneur de critiques constructives afin de m'améliorer ! Sur ce, on se revoit très bientôt pour le prochain sujet :)
Quand on pense à la LEC, l’image de grandes teams nous vient à l’esprit. Que ce soit l’équipe la plus titrée G2 ESports, l’ancien titan Fnatic ou encore les jeunes écuries comme Mad Lions et Rogue, une aura de prestance émanent de ces effectifs et sont ceux qui ont défendu les couleurs européennes à l’internationale ces dernières années. Pourtant, pour que ces équipes rayonnent, il faut des challengers. Des petites écuries, tout aussi compétitif, mais qui n’ont jamais réussi à concrétiser l’essai. Cette année encore, les géants européens vont devoir faire face à de jeunes équipes prometteuses. Mais il se pourrait bien que le scénario de 2023 voie l’intronisation d’un nouveau roi. Et ce roi, je crois le déceler dans la nouvelle équipe d’Excel ESports.
Introduction
Excel ESports est une jeune organisation. Née en 2015, elle fait ses premiers pas timides dans le milieu des lans sur Fifa. Elle se développe sur les FPS comme Halo et CS-GO où elle trouve une certaine réussite, sans trop s’imposer, leur plus grand haut-fait étant leur qualification aux Halo World Championship. En bref, la structure n’est pas très performante sur des jeux vidéo populaires comme LoL ou CS, mais plutôt sur des scènes moins développées, sans pour autant s’imposer.
Sur League of Legends, l’équipe entre dans le circuit en faisant des apparitions dans des compétitions britanniques, se fait une renommée en Europe au tout nouveau European Masters, la plus haute compétition de la deuxième division du vieux monde. En fin d’année 2018, la structure annonce, à la surprise de tous, sa participation à la nouvelle ligue franchisée des League of Legends European Championship (LEC), aux côtés d’équipes telles que G2 ESports, Fnatic ou encore Origen.
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Une fois entrée en LEC, il fallait prouver sa valeur. Et la structure mettra du temps avant de le faire, puisqu’en trois ans d’existence, malgré des changements de staff et de joueurs au cours des années, restera bloquée en-dehors des playoff. En effet, ce n’est qu’après le Spring Split de 2022 qu’elle réussira à transformer l’essaie en se qualifiant pour la première fois dans le top 6, et donc jouant leur tout premier BO5. Et ce sera leur meilleure performance, ce qui nous conforte dans l’idée que l’équipe est loin d’être la plus forte. Alors, est-ce que les changements opérés lors du mercato sont de bon augure pour cette saison ?
Pour la nouvelle saison, la structure fait peau neuve en remaniant complètement leur effectif. Le 3 Novembre 2022, on apprend grâce aux rumeurs de LEC Wooloo que l’équipe anglaise recrutera Xerxe, ancien jungler d’Astralis, et Odoamne, dernier vainqueur du segment d’été de 2022. Cinq jours plus tard, c’est le duo Targamas et Vetheo, respectivement vainqueur du segment de printemps et MVP du printemps, qui est attendu chez Excel. La structure garderait donc uniquement Patrik, leur Ad Carry depuis 2020 et l’un des meilleurs joueurs à son poste. Lors du transfert d’Odoamne chez Excel, l’ancien toplaner de la structure, Finn, a appris par les réseaux sociaux son licenciement, ce qui montre une mauvaise gestion et communication au sein de la structure. Quand bien même ce comportement laisse à désirer, il est important de noter que le mercato est une guerre d’information véloce, qui se fait à coup d’appel téléphonique, dont le vainqueur est celui qui détient l’information en premier. Odoamne étant un joueur plutôt prisé, comme la plupart des éléments de la nouvelle équipe, la manière de faire d’Excel est compréhensible, sans pour autant être excusable (ils n’en sont pas à leur premier coup, Advienne, l’ancien support de la structure, s’en souvient très bien.)
Mais que vaut l’équipe désormais ? Regardons ça d’un œil plus expert.
Analyse
D’abord, il faut noter que c’est l’une des équipes qui a exécuté le plus de changement au sein de son effectif. Et tous ses changements, sans base à laquelle se référer, peut être risqué. Parce que sans base, on ne peut construire un bâtiment, alors on ne peut garantir un segment de printemps sans accros. La synergie, la communication, la construction de draft cohérente, tout cela devient compliqué à mettre en pratique si on regroupe cinq joueurs sans histoire entre eux. Cette équipe, quand bien même prometteuse, peut être un pétard mouillé à tout instant. On se souvient de G2 Esports en 2021, qui a été annoncé comme la meilleure équipe que l’Europe n’ait jamais eu, qui s’est cassé la figure en cours de route, Vitality en 2022, avec un regroupement de talent individuel et l’une des équipes qui a coûté plus de 5 millions de dollars, qui n’a pas été la hauteur de nos attentes ou encore dans les frontières coréennes de Nongshim RedForce en 2022. Des exemples de superteams qui ont failli à leur tâche, l’histoire de LoL en connait plein, la seule réussite enregistrée étant l’itération de 2019 de G2 ESports, qui était à un match de conclure le Grand Chelem.
(Le temps passe si vite...)
Parmi les joueurs, on peut le dire, Xerxe parait être le moins prometteur. En effet, si Vetheo, Targamas et Odoamne sont des choix logiques, tous porteurs de titres prestigieux, Xerxe semble être une pièce rapportée. C’est un joueur qui revient des LCS sans avoir été bon, qui vient d’Astralis, l’une des équipes les moins fortes. D’autant plus que c’est un jungler, un des rôles les plus importants en début de partie, qui va devoir se confronter à des joueurs comme Elyoya, meilleur jungler européen, Razork, Bo, qui terrorise la classée, et Malrang, dernier vainqueur de la compétition. On est en droit de le dire, c’est le joueur le plus faible de la structure et la performance qu’il va offrir lors de la compétition reste une interrogation. Pour contrebalancer tout cela, Excel possède une, si ce n’est la meilleure botlane de l’Europe. Avec un Patrik aux commandes qui peut offrir une excellente phase de lane et un Targamas qui peut l’aider à engager à tout moment, le botside promet du spectacle. Aussi, il est important de remarquer qu’à tout moment, Targamas peut décaler sur la midlane pour aider Vetheo dans sa phase de laning, s’il ne l’a pas gagné tantôt grâce à son talent individuel. Et du côté de la voie du haut, Odoamne peut encaisser les ganks comme il peut remporter son duel contre les autres joueurs, faisant de lui un des meilleurs toplaner de l’Europe. Et pour prouver tout cela, on va prendre l’exemple d’un joueur.
XL Targamas : Le Mastermind
S’il y a bien une qualité qui définit ce joueur, c’est bien sa versatilité en termes de champion. À titre d’exemple, il a joué quinze champions différents lors du printemps et douze lors de l’été. Le seul qui le rivalise dans ce terrain, c’est Keria chez T1 qui a la réputation d’être un fou sur ses picks – réputation dépassée par BeryL, double champion du monde avec son Heimerdinger support, qui expérimente encore aujourd’hui sur la classée coréenne avec Jhin support. Il a l’avantage d’être aussi bon sur les supports dits « enchanteurs », comme Lulu ou Soraka, que ceux qui engagent, comme Nautilus ou Braum. Il peut même sortir des champions qui sont loin des standards, comme Sett ou encore Sylas (qu’il n’a pas sorti 2022). Mais il parvient à être plus expressif sur des champions à engage, son aisance se manifestant dans son style de jeu.
C’est le genre de support qui cherche tout le temps l’engage, qui joue aux limites rien qu’avec ses picks et qui sublime son équipe, donnant un coup d’éclat à son équipe. Si on parle de statistiques, Targamas sur son année 2022, sur 89 parties jouées, c’est :
Un KDA de 4,9
Une participation aux kills de 66,6 %
Un ratio victoire/défaite de 63% de victoire
Une participation au premier sang de 23%
2,9 de vision/minutes
En bref, c’est un joueur qui ne sera pas le plus visible dans son efficacité, mais ce sera celui qui sera la clé dans le succès d’Excel si la sauce prend. Notons néanmoins une performance aux Worlds en deçà de ce dont il est capable, ce qui explique son remplacement chez G2 par Mikyx (Dieu sait que j’aurais adoré une botlane Hans/Targou…). Mais, comme il a avoué dans une vidéo pour Excel, il a faim de vengeance et est prêt à en découdre contre son ancienne structure, histoire de montrer sa valeur envers ses anciens équipiers Caps et Brokenblade.
EXCEL ESPORTS shared a post on Instagram: "Odo wants to beat Rogue, Targamas G2 and Vetheo... err...#LEC #lolesports #riotgames". Follow the
Conclusion
Excel a choisi pour ce mercato de faire un pari. Et comme tout pari, il y a des probabilités qui rentrent en jeu. Et comme toutes probabilités, il y a des chances de réussites comme d’échec. Mais la balance penche vers le positif, alors l’optimisme est de bon augure. L’équipe est composée de deux champions européens, qui ont également fait leur preuve à l’international, d’un des meilleurs midlaner. Leur style de jeu peut s’adapter à toute méta, même si le champion pool de Vetheo peut laisser à désirer. Mais connaissant le joueur, il est capable d’entrainer n’importe quel champion, si la méta l’impose. Excel cette année, c’est un mélange d’expérience et de jeunesse qui promet de secouer les structures préétablies, apportant au passage un nouveau souffle de hype sur une compétition qui en manque cruellement.
Voilà c'était mon premier article d'une longue série, n'hésitez pas à m'en faire un retour ou à en discuter autour de vous ! J'espère que ça vous a plu, et on se retrouve très vite pour un nouveau sujet !