Reportage entier de 12 minutes hĂ©las non autorisĂ© par les douanes Ă ĂȘtre publiĂ©.
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@saraprod-blog
Reportage entier de 12 minutes hĂ©las non autorisĂ© par les douanes Ă ĂȘtre publiĂ©.
Vidéo : Agence Fictive Esarion
Petit entrainement réalisé entre amis. Nous avions décidé de créer une agence de voyage virtuelle et de réaliser un film de six minutes.
(2015)
INVESTIGATION LIEGE BELGIQUE :
En plus de l'article d'investigation écrit à ce sujet, j'ai décidé de faire un reportage photo car je pense que des images parlent des fois plus que des mots...
TEASER GRAND BOUCAN : Travail rĂ©alisĂ© en collaboration avec lâassociation Artisto Prod (2015)
(4âČ40)
SUJET TYPE JT : Greve de carburant (2015)
(1âČ15)
SUJET TYPE JT : Epiphanie Reunion (2015)
(1âČ30)
PORTRAIT : Artiste Emma Di Orio (2015)
(1âČ30 MN)
REPORTAGE de 12 MN Â (2015)
TRAVAIL PERSONNEL
Sujet type JT : Portrait Giorgos rencontré en GrÚce (2015)
(1âČ30 MN)
INVESTIGATION LIEGE : La survie du clandestin : sans papiers, sans identité.
Tandis que lâEurope ferme ses frontiĂšres, de nombreux Ă©trangers vivent dĂ©jĂ sur le territoire belge sans papiers et sans droit de sĂ©jour. On les appelle des « clandestins ». Dans une situation d'urgence et de dĂ©tresse, ils dĂ©cident de quitter leur pays d'origine. Pour atteindre leur but, les demandeurs dâasile parcourent un chemin long et pĂ©rilleux, tant au niveau administratif que moral.
Alfred fait partie de ces « clandestins ». Un homme Ă lâapparence enjouĂ©e, joviale et toujours affichant un large sourire. Mais quand il parle de son voyage, son visage sâassombrit et sâexprime dâune voix grave : « Jâai quittĂ© seul la GuinĂ©e en 2008. CâĂ©tait trĂšs dur de laisser ma famille mais le pays Ă©tait trĂšs mal gĂ©rĂ©. Jâai vĂ©cu sous la dictature militaire. Je ne pouvais plus le supporter. HĂ©las, ma demande dâasile a Ă©tĂ© refusĂ©e parce quâils ont jugĂ© que le pays allait bien. Ce nâest pas vrai. Câest trĂšs difficile de juger de la situation dâun lieu quand on nâest pas sur le terrain. ». Alfred conclut : « Pour moi, partir de chez soi, c'est dĂ©jĂ une raison valable pour ĂȘtre acceptĂ© ici. »
Alfred vit actuellement Ă la maison dâaccueil de lâassociation « La Voix des Sans Papiers » (VSP) Ă Burenville. Ă ses dĂ©buts, lâassociation a accueilli la population nĂ©cessiteuse dans un vieux bĂątiment Ă Sclessin. Par manque de place, elle a dĂ©mĂ©nagĂ© dans les locaux dâune ancienne Ă©cole Ă Burenville. Dans cet espace composĂ© de quatre blocs sâentassent quatre-vingt-dix habitants : hommes, femmes, enfants, nourrissons... Au total, vingt-sept nationalitĂ©s y sont reprĂ©sentĂ©es : Somalie, AlgĂ©rie, Maroc, Burkina Faso, BĂ©nin, Togo, Ghana, SĂ©nĂ©gal...
« Ces personnes refusent de retourner dans leur pays natal, oĂč elles n'ont plus rien aprĂšs tant d'annĂ©es. Si on devait rentrer au pays, on ne nous accepterait pas car on est parti. Un Ă©tranger qui irait chez nous aurait plus de chance dâĂȘtre acceptĂ©  », s'indigne Sana Ousmane, porte-parole de la VSP.
Comment demander Ă quelquâun de sâintĂ©grer quand on lui ferme tous les chemins de lâintĂ©gration ?
Les Sans-Papiers ont peur de sortir de « lâOccupation » - câest ainsi que les habitants appelle lâĂ©cole amĂ©nagĂ©e - par peur dâĂȘtre arrĂȘtĂ©. De nombreuses personnes vivent donc Ă mi clos en attendant des jours meilleurs. « Ce qui est dommage, câest quâil y a un repli sur la communautĂ©, ça ne permet pas lâouverture et lâintĂ©gration. Comment demander Ă quelquâun de sâintĂ©grer quand on lui ferme tous les chemins de lâintĂ©gration ? », sâinsurge Sana Ousman.
Ă quelques jours de NoĂ«l, Alfred et dâautres manifestants se rassemblent devant le centre fermĂ© de Vottem. Non pas pour cĂ©lĂ©brer la fĂȘte. Mais pour montrer leur indignation. Pour rendre un dernier hommage Ă Roger Kalemba, venu de loin pour tenter sa chance en Occident. AprĂšs rĂ©ception de lâordre de quitter le territoire, il a mis fin Ă ses jours.
« Roger devait ĂȘtre expulsĂ©. Il a Ă©tĂ© en mis en isolement au centre de Vottem. Câest une pratique courante », confie une des derniĂšres personnes lâayant vu vivant. En Ă©tat de choc, plusieurs dĂ©tenus ont commencĂ© une grĂšve de la faim. « Mais les gardiens, soutenus par la police fĂ©dĂ©rale, ont trĂšs vite rĂ©primĂ© le mouvement, soutenus par la police fĂ©dĂ©rale. Plusieurs personnes ont Ă©tĂ© mises au cachot ».
AprĂšs une minute de silence pesante, les manifestants veulent, plus que jamais, montrer leur mĂ©contentement. De lâautre cĂŽtĂ© des grillages et des barriĂšres de barbelĂ©s, les dĂ©tenus hurlent pour se faire entendre.
Une jeune femme, Sabine, se tient Ă lâĂ©cart. Elle explique que son compagnon est enfermĂ© Ă Vottem depuis un mois : « Toutes ses demandes de recours ont Ă©tĂ© rejetĂ©es. Il a reçu un avis dâexpulsion. Câest trĂšs dur et encore plus pendant cette pĂ©riode de lâannĂ©e. Ma petite fille a Ă©crit une lettre trĂšs touchante : « Cher Saint Nicolas, cette annĂ©e, je ne veux pas de cadeau, je voudrais que vous mâameniez mon papa. ».
Fort heureusement, tous les prisonniers ne subissent pas le mĂȘme sort. Ramadan Agaoglu, 21 ans, Ă©tudiant Ă la Haute Ăcole Sainte-Croix, a Ă©tĂ© enfermĂ© en 2015 au centre fermĂ© de Vottem pour une durĂ©e de 8 semaines.
Ce jeune originaire de Syrie a vĂ©cu jusquâĂ ses 15 ans en Allemagne avant dâarriver en Belgique. Le permis de travail de son pĂšre n'a pas Ă©tĂ© prolongĂ© Ă LiĂšge. En aoĂ»t 2013, sa famille et lui ont Ă©tĂ© radiĂ© de la commune. AprĂšs ses Ă©tudes secondaires, la demande de visa Ă©tudiant de Ramadan a Ă©tĂ© refusĂ©e. Le jeune homme, interpellĂ© par la police sans carte dâidentitĂ©, a Ă©tĂ© arrĂȘtĂ© le 15 aoĂ»t 2015. « Le policier a voulu me mettre les menottes mais j'ai refusĂ©. AprĂšs des menaces de son collĂšgue, le policier m'a pris par la tĂȘte, m'a collĂ© au sol pour ensuite me menotter. Ils m'ont emmenĂ© au Commissariat. Une question trĂšs interpellante m'a Ă©tĂ© posĂ©e : « Si vous tuez un mĂ©crĂ©ant, pensez-vous que vous obtiendrez 70 vierges au paradis ? ». Je ne comprends toujours pas le sens de cette question et le lien par rapport Ă mon arrestation. »
Premier Ă©tudiant placĂ© au centre fermĂ© de Vottem, il vit alors un enfer : « Vottem est un endroit oĂč on nous prive de notre libertĂ© et de nos droits fondamentaux. Un prisonnier pĂ©dophile me maltraitait. Jâai pu changer de chambre mais dans la nouvelle, les dĂ©tenus fumaient du shit alors que c'Ă©tait interdit. Les gardiens ne disaient rien car ça les rendait moins agressifs. Mais moi, je n'arrivais pas Ă dormir avec cette odeur », se dĂ©sole le jeune homme.
Pour protester, Le CRACPE (Collectif de RĂ©sistance Aux Centres Pour Ătrangers) organise des manifestations tous les samedis devant le centre. Celles-ci prennent de lâampleur au fil du temps. Ce qui a permis Ă Ramadan dâĂȘtre libĂ©rĂ© six jours aprĂšs un gros rassemblement. Lui et sa famille ont Ă©tĂ© rĂ©gularisĂ©s pour un an. LâĂ©tudiant a introduit une demande de naturalisation belge.
« AprÚs le combat, il y a la réussite. Pour moi, c'est la morale de cette histoire ». Ramadan Agaoglu.
REPORTAGE :
La nuit du 24 dĂ©cembre, les sans-papiers se retrouvent au camp du Burenville. Cette fĂȘte est souvent associĂ©e au bonheur, Ă la cĂ©lĂ©bration, au sourire, au repas partagĂ© et au plaisir de se rĂ©unir en famille. HĂ©las, ce jour nâest pas vĂ©cu de la mĂȘme façon par tout le monde.
« Jâai passĂ© le rĂ©veillon au camp de Burenville avec une trentaine de personnes Ă la recherche de chaleur et de plaisir. Une musique dâambiance aux notes africaines, des guirlandes suspendues grĂące Ă des bouts de scotch et des boules colorĂ©es sur le sapin.
Lâambiance est moireuse. Sur les tables, je ne vois que des boissons non-alcoolisĂ©es. Je cache rapidement ma bouteille de vin car la majoritĂ© des personnes ne boivent pas en dĂ©pit de leur religion. Je ne veux les offenser, eux qui mâont accueilli et acceptĂ© sans retenue.
Ils dĂ©gustent un repas composĂ© de riz jaune Ă©picĂ© et de dinde. Une bĂ©nĂ©vole mâexplique que la nourriture vient des dons. Jâai dĂ©jĂ dĂźnĂ© mais je nâose pas refuser leurs multiples invitations Ă goĂ»ter leurs plats venus dâailleurs. Je me plie Ă leurs coutumes et je savoure avec les doigts.
Pendant que les enfants dĂ©gustent de la bĂ»che dans des bouts de cartons, les adultes restent stoĂŻques sur le canapĂ©. Ă chaque regard, ils me dĂ©crochent leur plus beau sourire. Tout rappelle la fĂȘte. Pourtant, lâambiance est pesante : pas de cadeau sous le sapin, une vieille sono qui grĂ©sille, des canapĂ©s dĂ©chirĂ©s et des murs dĂ©fraĂźchis.
Dans les yeux dâAlfred, devenu un ami, je sens un certain malaise. « Ce nâest pas vraiment la fĂȘte pour nous. NoĂ«l est associĂ© Ă la famille et les nĂŽtres ne sont pas lĂ . Certains ont trĂšs peu de nouvelles... Câest difficile pour nous », dĂ©plore-t-il. Les mains se serrent, des larmes brillent parfois au coin des yeux.
Des hommes sâagitent au milieu du salon. NoĂ«l doit rester pour les enfants un moment magique malgrĂ© les problĂšmes et les inquiĂ©tudes des adultes. A Vingt et une heure trente, les enfants vont dormir. La sono se coupe. La fĂȘte nâaura pas durĂ© longtemps. Je suis touchĂ©e par leurs joies, affectĂ©e par leurs peines. Il y a des vies, de la beautĂ© et la volontĂ© de sâen sortir.
Parmi les bĂ©nĂ©voles actifs du camp, Liliane Fanello, journaliste, organise des ateliers d'Ă©criture hebdomadaire pour les clandestins. « Beaucoup de personnes ne veulent pas participer Ă l'atelier car elles pensent ne pas bien parler et Ă©crire en français, elles sont trĂšs gĂȘnĂ©es », regrette Alfred. « Mais on va les inciter Ă venir car il ne faut pas avoir peur d'apprendre ». Les participants Ă©crivent des poĂšmes et lisent, chacun Ă leur tour, leurs Ă©crits. La tristesse, la nostalgie et, pour d'autres, l'espoir, se lit dans leurs yeux. Chaque mot prononcĂ© rĂ©vĂšle un vĂ©cu, un souvenir. A l'Ă©coute de ces phrases lyriques, il n'y a ni SĂ©nĂ©galais, ni AlgĂ©rien, ni Congolais : sont audibles seulement les artistes.
Lettre Ă la planĂšte qui pleure de Alfred
Ma trĂšs chĂšre planĂšte,
A lâheure oĂč je tâĂ©cris ces lignes, il y a des choses incomprĂ©hensibles qui tâarrivent.
Il y a des guerres partout dans le monde, un monde sans musique. Je pense Ă la Syrie oĂč les grandes puissances se montrent les muscles, la mort y hante mĂȘme les fleurs et les oiseaux.
Tant dâodeurs nausĂ©abondes polluent ton atmosphĂšre. Bien sĂ»r les femmes sont devenues infidĂšles ; elles nâont pas le choix, car elles sont impuissantes, Ă©puisĂ©es face Ă tant de jeunes noyĂ©s.
Il y a la Cop 21 qui se tient Ă Paris. Personne nâa ni le courage dâun juif, ni lâĂ©lĂ©gance dâun nĂšgre pour faire de belles propositions en ta faveur.
Tellement je suis Ă©tonnĂ©, je nâai pas pu te consoler. Je pleure comme toi.
Quelques jours plus tard, Alfred et Fitou invite tout le camp au Centre Poly-Culturel RĂ©sistances (CPCR) pour un vernissage.  NichĂ© au cĆur du quartier Saint-LĂ©onard, lâambiance y est chaleureuse, habillĂ©e par les rires et le bruit des verres qui sâentrechoquent.
Alfred montre fiĂšrement son Ćuvre. « Elle nâest pas Ă vendre », prĂ©vient-il, « elle me rappelle mon pays. Ce sont mes souvenirs dâAfrique... ». Il explique aussi sa condition de sans-papiers. « Parfois jâentends des commentaires sur mon passage, certaines personnes disent « Pourquoi est-ce quâils viennent ici ? Je ne comprends pas ». Alfred espĂšre rester en Belgique et continuer ses projets. « Si la Belgique accepte de payer mes Ă©tudes, je vais avoir une dette envers elle. Ce serait difficile pour moi de retourner en Afrique, je me suis habituĂ© Ă lâĂ©lectricitĂ© et Ă Internet maintenant ! [rires] ».
Au-delĂ de la dĂ©finition gĂ©ographique, lâĂ©tranger est parfois celui qui fait peur, qui questionne, mais il est Ă©galement celui qui nous enrichit. Or la politique dâimmigration durcit de jour en jour. Venant majoritairement de pays instables tels que lâIrak et la Syrie, ces personnes souhaitent seulement vivre dignement dans une sociĂ©tĂ© qui nâest pas la leur. Bien loin des stĂ©rĂ©otypes, ils ont pourtant tout Ă nous offrir.
Une enquĂȘte rĂ©alisĂ©e par Sara Didierjean, Esen Kaynak, Teresa Pequerul Sariñena, LĂ©a Renaud
Etudiantes en Master de Journalisme, Ă lâUniversitĂ© de LiĂšge. (2016)
SUJET TYPE JT : Lâautisme Ă la RĂ©union (2014)
(2âČ20 MN)