Forbidden di sporgersi, c’est mignon comme nom de spectacle, ça sonne bien, non ? C’est jolie, ça s’enchaine, il y a de l’acrobatie, de la musique bizarre, quelques fausses notes qui font bien mal aux oreilles et des ventilateurs, beaucoup de ventilateurs. Mais … J'ai rien compris enfin je n’avais pas compris tout au moins seulement le thème majeur : la pensée.
Je me suis dit que ce n’était pas un soucis, que j’allais parler d’un autre spectacle, le premier ou le dernier. Je me suis dit que je ne devais pas avoir les connaissances ou la sensibilité adéquate pour pouvoir apprécier ce type de spectacle surement trop abstrait pour un esprit aussi cartésien  d’une étudiante en droit.
Il m’a fallu un petit peu de temps pour comprendre, pour donner du sens à ce gribouillis d’information. Je ne sais pas si j’ai réussi à percevoir ce que l’auteur ou le metteur en scène voulez que l’on y perçoit. Puis, je ne vais pas vous faire une leçon de moral sur la manière dont il fallait interpréter les choses. Je lui ai donné mon sens, ce que j’avais envie d’y voir, ce que j’avais envie de comprendre.
Aujourd’hui, je vais vous expliquer mon interprétation des choses. Je vais vous démontrer qu’un tout petit spectacle, joué sur une scène du fin fond du nord de la France n’a peut-être pas eu d’impact à l’instant T mais il reste inscrit dans chacun d’entre-nous.
Ainsi, l’espace d’un instant, vous allez vivre mon week-end, celui qui a suivi la représentation. Ainsi, l’espace d’un instant vous allez être moi.
Imaginez-vous le samedi soir, dans votre canapé, les 4 pattes en l’air après avoir passé votre après-midi à faire le travail le plus pénible au monde : des fiches d’arrêt de droit administratif. Imaginez-vous dans ce canapé, votre plaid moumoute préféré devant un programme de haute qualité - The Voice - (il faut m’excuser, il passait une redif’ sur Arte, je l’avais déjà vu, tout tout ça ) enfin, non, je regarde pas Arte, qu’on ne me juge pas
Là , je vais parler au vrai connaisseur de ce TV-show, imaginez-vous le petit moment de suspens que Nico Aliagas (comment on prononce son nom), bref, ce petit moment de suspens qui sent le moment de la pub, c’est un peu la même sensation qu’on a durant un film d’horreur, quand on sent le moment qui-fout-les-pétauch.
Bim : coup de téléphone - 22h30 - « Qui ose me distraire durant le programme de ma soirée ? » Franchement, si c’est encore un marchand de cacahouète, je vais lui faire sa fête !
« Bonjour, Isabelle (ma mère) ?! » « Non, non, c’est Estelle ! » « Tu peux me passer Dominique (mon père) s’il te plait » Ils sont vachement bien informés les vendeurs de cacahuète non… Je parlemente pas trop : je veux savoir si Matt Pokora va se retourner, je le sentais grave chaud pour la reprise de Diam’s. « Oui, je vous le passe » Paaaaaaaapa, c’est pour toi ! (ouais, il y a long couloir chez moi, faut crier fort)
Me voilà sur deux fronts : connaitre la décision de la candidate (Va-t-elle aller avec M.Pokora ?) et savoir si mon père va acheter des cacahuètes …
Vu la tête de mon père, vu la tête de la nana à la télé : je sens que je vais être déçue des deux cotés.
Mon père : « Il y a un problème : il y a les pompiers et la gendarmerie chez Christophe (mon oncle) ! Je fais quoi ?! »
Moi : « BAH, ON Y VA !! » Je suis l’être le moins courageux au monde, je me surprends parfois … Mon petit pyjama Bambi, mes chaussures vernis, mon sweat à capuche et mon petit bonnet : l’accoutrement parfait pour aller braver la nuit.
22h45, dans la voiture, silence lugubre : on s’en va vers le néant, on s’est vraiment pas ce qui nous attends.
23h00, village paumé, pas de lumière, sauf une, la forge de mon arrière-grand-père
23h00, village paumé, pas de lumière, 3 OPJ devant la porte
On gare la voiture, on fait trois pas : un OPJ « Désolée, c’est terminé ! » Terminé ? Il y avait une petite fête, on n’était pas invité !? Raaaaah, pourquoi ON-M’A-PAS-PREVENU je venais d’acheter une nouvelle petite robe trop mignonne, c’était le moment où jamais. « C’est terminé, il s’est suicidé, on est désolé ! ».
23h15, seule face à mon père dans le déni,
23h15 devoir appelé toute ma famille …
23h15 …
Vous vous êtes tous demandés quand est-ce que j’allais revenir au spectacle … Disons maintenant …
La pensée …
Ce brouillon. Sera-t-on un jour pourquoi il a fait ça ?
La pensée …
La vérité y règne, l’atteindra-t-on un jour?
La pensée … Sa pensée, nos pensées.
Cette pièce de théâtre que j’ai considéré comme le fruit de l’esprit hurluberlu d’une autiste. Au fond … Elle avait tout compris. Il n’y a pas à avoir de sens ! Il n’y a pas à chercher ce qu’il y a comprendre. La pensée n’est qu’une succession d’idées égocentrées  … On y met notre sens propre qui change au grès du temps. C’est déjà assez difficile de comprendre ses propres pensées. Comment pourrait-on atteindre celle des autres ? Quand bien même on tente d’exprimer sa pensée …
Entre ce qu’on veux dire, ce qu’on crois dire, ce qu’on dit, ce que les autres ont envie d’entendre, ce qu’ils ont cru entendre, ce qu’ils ont entendu, ce qu’ils avaient envie de comprendre, ce qu’ils ont cru comprendre et ce qu’ils comprennent … Il y a dix possibilité qu’on ait des difficultés à communiquer sa pensée.
Aujourd’hui, grâce à ce spectacle je sais qu’il ne faut pas que je me pose de question sur pourquoi il a fait cela.
Aujourd’hui, grâce à ce spectacle je sais qu’il me faut respecter sa pensée, son choix, l’acte qu’il a commis.
Aujourd’hui, grâce à ce spectacle, je sais qu’il n’y a pas à s’en vouloir parce qu’on aurait jamais pu comprendre ce qu’il ressentait.
Bref, j’ai compris ce spectacle : j’ai compris qu’il n’y avait rien à comprendre.