«Ce n’est pas l’esprit qui est dans le corps, c’est l’esprit qui contient le corps, et qui l’enveloppe tout entier». (Paul Claudel – Le soulier de satin)
Chrôs, la peau au sens grec de la « limite de l’être humain », se substitue dans de nombreuses tournures au mot corps. Une enveloppe structurante et in-corpo-rante fait peau-Chrôs, se distingue de la peau-Somâ, cette dernière désignant l’enveloppe d’un corps inanimé. Sans psyché elle ne draperait qu’une somme d’éléments indépendants. Chrôs, ferait office d’enveloppe psychique, en tant que ligne métonymique englobant le moi telle une armure seconde-peau. Cette enveloppe-corps propose également à la psyché de s’y loger telle une enveloppe de pensée utilisant alors cette cor-peau-réité comme une surface de projection du somatique.
Architecture des corps, la peau-Chrôs évoque la spatialité, la liaison, déliaison et séparation des espaces en raison de la limite qu’elle détermine.
Cette limite enveloppante et séparante, renvoie à des problématiques de contenance, de distinction entre le dedans et le dehors, entre une intériorité et un environnement extérieur. Or cette dialectique binaire entre l’intérieur et l’extérieur, qui nous a déjà menés à des développements séparant l’intime du privé et du public, se voit aujourd’hui reconsidérée et discutée.
Tout d’abord, dans quel contexte nous positionnons-nous ? Est-ce dans la ville poreuse que nous nous intégrons, pour nous y inscrire, occuper et densifier l’interstice ? Comment évoquer la faille observée dans l’ensemble du bâti existant ? C’est dans la somme d’éléments d’apparence finie que l’on vient s’introduire par une épaisseur de peau-habitacle, une chair accueillante, une matrice interstitielle.
L’objectif devient alors de générer une expérience à la fois visuelle, sonore, hallucinatoire du décollement de l’enveloppe spatiale d’avec son environnement urbain. Comment habiter et se loger dans un lieu jouant l’illusion de la perte de limites, de disparition de la sensation d’enveloppe, de la démultiplication visuelle des épaisseurs de peau, tout en s'y lovant, s'insérant dans l'épaisseur de la limite.
En termes de matérialité et d'environnement, l’expérience que nous cherchons à générer, au-delà du kinesthésique, veut penser une atmosphère globale, “travailler des transpirations des bruits de la ville”, en tant qu’il s’agirait de travailler l’absorption et la filtration des bruits de la ville dans un bruit blanc sourd, cotonneux, d’un bain à la fois lumineux et sonore.
De nombreuses fonctions de l’enveloppe matricielle faite chair peuvent être expérimentées telles que les contenants parfois attracteurs, parfois adhésifs, parfois poreux. La fonction de notre “peau-chrôs-ité” sera donc de déterminer un espace cadré et d’y transformer les expériences émotionnelles. Est-ce dans un abîme de Spécularisations ? Dans un entrelacs de liens vectorisés et paradoxaux ? Est-ce une expérience de symbolisation ? de détoxication ? (...)
DA- (projet en cours ....)