I thought your heritage religion was, like, tree worship? Yes. It is that. Blood is also a fairly large component, as I’ve come to realize.

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100 THÈMES - #99: Solitude
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Ces extraits courts sont de simples exercices, réalisés dans l'idée de me forcer à une certaine discipline lorsque j’écris, écrire de manière régulière et dans une limite de pages donnée. D’ordinaire, je corrige trop le texte et j’essaie de corriger cette affreuse habitude qui m’empêche de partager quoi que ce soit ou me faire effacer les dits-textes par frustration. Cette fois-ci, j’ai décidé de ne rien relire pour éviter une énième suppression de documents word. Désolée pour le côté brut du texte, et pour sa structure certainement décousue.
# 099 : SOLITUDE
Une paire de perles rouges autrefois cristallines et pures, teintées par l’éther particulier de son être. C’était là l’un seuls effets personnels qu’il possédait : deux simples perles polies par la mer des années durant puis colorées par sa mémoire, sa magie et son âme.
Rien dans cet immense palais n’était à lui ni ne le serait jamais. Du simple sous-vêtement au trésor de guerre gagné lorsque son clan l’emportait sur un voisin hostile, tout appartenait à sa Maison. Le sabre qu’il possédait était l’héritage de son Clan : il n’exerçait sur cette arme que le seul droit de la porter voire, dans de rares cas, de la brandir contre ceux qui menaçaient les terres de sa famille. Les créatures qu’il conjurait par caprices, avec plus ou moins de réussite, ne lui appartiendrait jamais. Elles ne cédaient à ses appels que parce que sa force magique dépassait les leurs ; ou parce que la victoire qu’il leur demandait de lui accorder leur apporterait ce que leur esprit changeant désirait. Elles n’appartenaient à rien d’autre qu’à la Planète elle-même. Elles ne seraient jamais à lui. Il en allait de même pour ses serviteurs humains. Ils n’étaient pas à lui, et ne le serait jamais. Il savait que s’il partait un jour sur un coup de tête loin de son domaine, ses gens ne le suivraient pas. Ils l’abandonneraient à son caprice et resteraient pour glorifier son Clan. Et s’ils acceptaient de le suivre, Ukiyo savait qu’ils ne le feraient que dans le but de servir sa Maison. Ce ne serait jamais par fidélité pour qui il était en dehors de tous les titres qu’on lui donnait. Sa Famille était si riche et lui, si désespérément pauvre. Deux perles rouges. Deux cailloux ridicules, montés en boucles d’oreilles pour qu’il puisse les garder près de lui. Ses seules richesses, ses seuls biens. Les seules possessions qu’il n’emporterait jamais s’il venait à mourir un jour. Une paire de bijoux idiote.
Ukiyo se garda de soupirer. Il s’était depuis longtemps fait à cette idée, mais elle continuait à venir distiller son poison blessant dans son esprit. Elle venait sans cesse gâcher ses rares moments d’introspection pour apporter une ombre sur le tableau de sa vie. Mais l’enfant des dieux était tel le Soleil, comme il se plaisait à le rappeler à ceux qui lui étaient soumis. Et il n’appréciait pas qu’une simple pensée réussisse à diminuer son éclat en l’attristant. Beaucoup ne comprenaient l’image qu’il utilisait pour se décrire comme les mots arrogants d’un jeune adulte égocentrique ; et Ukiyo ne pouvait blâmer leurs esprits amoindris de ne comprendre qu’une partie de la comparaison qu’il faisait entre lui et cet astre. Ils ne le voyaient uniquement comme un être flamboyant et ardent. Le centre incontesté et incontestable de leur gouvernement. La suprême autorité de leur ordre hiérarchique. Ceux qui voulaient se rapprocher un peu trop de lui finissaient brûlés par les flammes de ses décisions, ceux qui s’aliénaient son amitié n’étaient plus la bienvenue à sa cour, les vouant incontestablement à l’oubli et à la ruine. Après tout, dans ses veines coulait le sang d’Amaterasu, leur capricieuse déesse. Il était à mi-chemin entre le domaine divin où Elle exerçait son pouvoir, et le domaine terrestre où il était autorisé à gouverner en Son autorité. Au-delà d’être une image, Ukiyo ne faisait qu’énoncer une vérité qui remontait à l’origine de son lignage. Oui. Il était tel le Soleil : les gens ne voyaient jamais qu’une partie de son être. A l’instar des astres qui ne peuvent apercevoir qu’une partie de la surface solaire dans leur lente orbite, ses courtisans n’apercevaient que la partie de son âme qu’il souhaitait montrer à leurs yeux mortels.
Ils étaient si prompts à ne voir que ce qu’il voulait bien leur montrer, si prompts à occulter ce qui ne leur profitait pas chez lui. Si prompts à ignorer que lui, le Soleil, était dévoré et consumé petit à petit par un feu sauvage qu’il s’efforçait de garder sous contrôle au plus profond de son être. Le cœur de sa magie qui menaçait d’imploser et de balayer son pays en entier, si rapidement ignoré lorsqu’on voulait qu’il utilise ses pouvoirs pour protéger leurs frontières. Cette force qu’ils craignaient mais utilisaient sans regrets, qui le tenait désespérément éloigné de tous ceux qui gravitaient autour de lui.
Il ne devait sa Cour et le statut de sa Maison par-delà les siècles qu’à sa magie. Il ne devait sa détresse et le manque désespéré de contact franc avec autrui qu’à sa magie. Ukiyo n’était rien, rien qu’un réceptacle pour cette magie méprisée mais enviée, qui l’excluait de chaque cercle auquel il voulait appartenir. Trop puissant et dangereux pour s’intégrer parmi les Hommes, trop humain et mortel pour être accueilli indéfiniment chez les Dieux. Dieu aux yeux des Hommes mais Homme aux yeux des Dieux.
Ukiyo n’était rien qu’un paradoxe, qui n’avait même pas le simple droit de porter un nom de famille. Les dieux ne possèdent pas de patronymes, lui avait-on répondu lorsqu’enfant, il avait voulu connaître la réponse à son unique prénom. Dans son adolescence, lorsque les dieux lui avaient fermé les portes de leur royaume en commençant à craindre son pouvoir grandissant, il en était venu à se demander … Quel homme ne possède pas de patronyme ? Même les parias des villages les plus pauvres jouissaient de ce privilège.
Ukiyo n’avait rien. Pas de place ni dans un royaume, ni dans l’autre. Il régnait pour une autre, sans jamais trouver quelqu’un qui pourrait comprendre ce que son cœur pouvait ressentir. Les hommes n’y entendaient que les plaintes éhontées et capricieuses d’un jeune adulte privilégié depuis la naissance, les dieux ne tendaient pas l’oreille à ses sentiments purement mortels qu’ils ne comprenaient pas et ne souhaitaient pas comprendre. Et là, à l’ombre du mépris que tous nourissaient pour ce qu’il ressentait, se formait une pensée désagréable qui venait saisir son esprit la nuit. Alors, l’image du Soleil qu’il utilisait parfois à outrance se vérifiait encore et encore sans que personne n’en saisisse la formidable ironie.
Ukiyo était courtisé sans être entouré.
Tous acceptaient d’entretenir avec lui des liens passifs, nécessaires au bon fonctionnement du pays, profitaient de sa lumière et ne donnaient rien en retour.
Et alors qu’il cherchait comment se défaire de cette pensée hostile, les dieux et les humains lui semblaient si éloignés de lui. Ils ne cherchaient son contact que pour satisfaire leurs intérêts : se nourrir de son éther particulier et foisonnant pour les uns ; satisfaire leurs désirs matériels et futiles pour les autres.
Il n’était rien d’autre qu’un outil. Il avait eu beau changer les Lois qui avaient été rédigées dans la crainte qu’il n’utilise son pouvoir contre son propre peuple, sa situation n’avait pas changée.
Il jouait son rôle, et ainsi, il continuait d’être utilisé. Il n’était rien d’autre que l’incarnation physique d’un pouvoir qui devait toujours exister pour que sa Maison garde son rang, ses richesses, son pouvoir. Alors que lui restait-il, à lui, à Ukiyo s’il n’était rien ? Ni richesses. Ni amis. Ni même de nom de famille à léguer aux malheureux qui prendraient sa suite, s’il daignait un jour donner des héritiers à sa prestigieuse lignée.
Uniquement deux perles rouges insignifiantes, qui avaient perdu leur seule valeur dès lors qu’elles avaient absorbé l’éther de leur porteur pour se faire les miroirs de son âme.
Et pourtant, à ses yeux, elles étaient aussi précieuses que la Mer d’Etoiles. Lorsqu’il mourrait, peut-être que le peu de souvenirs éthérés qui avaient teint ces pierres seraient trouvés par quelqu’un. Alors, ces faux cristaux d’âme transmettraient peut-être les connaissances qui s’y étaient accumulées avec les années à l’âme de la personne qui le trouverait. Peut-être alors, son cœur pourrait se lier avec celui d’un autre de manière désintéressée ? Quelle douce pensée qu’était celle-ci. Être enfin compris d’une âme qui se fichait bien de qui il était. Les plis du hakama prune du jeune seigneur touchèrent l’herbe humide alors qu’il se penchait pour creuser la terre. Puis, ses doigts salis décrochèrent l’un des deux bijoux qui pendaient à ses oreilles, pour le déposer dans le trou de fortune dans un geste futile et optimiste de se lier avec un autre. Un hypothétique lien moral, dont il n’aurait jamais connaissance si la pierre venait à être trouvée et sa magie descellée.
Le jeune seigneur se releva après de longues secondes passées à fixer la pierre qu’il abandonnait au milieu de nulle part et recouvrit de terre la perle orpheline pour la dissimuler aux yeux du tout-venant. Il récompenserait la curiosité de ceux qui viendraient remuer ce petit tas de terre après s’être égaré dans le temple naturel de la forêt. Il offrirait une chance à l’âme esseulée qui viendrait se perdre jusqu’ici de pouvoir profiter d’une partie de son savoir, de ses espoirs, de l’amitié qu’il avait à offrir.
En attendant, cette boucle d’oreille reposerait ici, seule comme il l’était et comme il savait qu’il serait jamais.
Un ultime héritage dont il ne connaîtrait jamais le bénéficiaire. Un ultime appel, que toute sa Cour choisirait d’ignorer lorsqu’il paraîtrait devant eux, un masque de confiance parfait sur son visage pour tromper le sentiment qui l’accablait.
Après tout, personne n’observait le Soleil trop longtemps. Personne ne s’apercevrait qu’il manquait un bijou. Personne ne lui demanderait ce qu’il en était advenu, par crainte de le froisser certainement, ou en assumant qu’il s’agissait là d’une de ses lubies fantaisistes.
Une ultime confirmation du sentiment qui venait le saisir au cœur de la nuit, lorsqu’il s’effaçait de la scène publique et politique pour se reposer et que personne ne se souciait plus de l’image qu’il pouvait avoir. Lorsque la vérité parvenait à percer l’épaisse couche d’arrogance qu’il portait en bouclier, et déversait dans les failles de son esprit son poison mortel pour refroidir jusqu’à son âme : ne rien avoir, ne rien être en soi.
Ukiyo n’avait rien d’autre que la conviction d’être seul, et la boucle d’oreille dépareillée qu’il porterait désormais le lui rappellerait tous les jours ; bien qu’il nourrisse le vain espoir que les secrets de sa jumelle puissent être un jour confiée à quelqu’un. Au moins, une partie de son âme aurait alors réussi à vaincre le venin de la solitude qui grandissait chaque jour en lui, là où il savait qu’il échouerait.
100 THÈMES - #67: Jouer la mélodie
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Ces extraits courts sont de simples exercices, réalisés dans l'idée de me forcer une certaine discipline lorsque j’écris, et à écrire de manière régulière.
# 067 : Playing the melody
Chaque action s’enchaînait, à une heure et une date précise, sans qu’il n’ait jamais eu son mot à dire. Il était né seigneur, alors pourquoi devait-il obéir ainsi à l’emploi du temps parfaitement préparé par ses adjoints les plus fidèles ?
Il se posait la question dès qu’il ouvrait les yeux, entre l’heure matinale où on venait le réveiller et celle où il devait être parfaitement apprêté, dans une tenue qu’il n’avait pas choisie.
Dans sa vie réglée comme du papier à musique, Ukiyo n’avait jamais eu le luxe de s’adonner aux longues réflexions. Les tâches qu’il devait effectuer de l’aube au crépuscule ne devaient jamais être interrompues, et les pensées étaient autant de parasites qui venaient gêner l’emploi du temps parfait auquel il était soumis. Chaque action s’enchaînait comme une suite de notes parfaite pour créer une mélodie quotidienne enchanteresse pour les gens qui le servaient, mais qui, répétée jour après jour malgré quelques variations le lassait au plus haut point.
Dans le milieu très codifié où il évoluait, ses serviteurs ne laissaient jamais rien au hasard. Les rares pauses accordées qui séparaient chaque période étaient calculées pour parfaire l’harmonie qui reliait chaque phase de sa journée. Chaque phrase avait son importance, chaque mot était soigneusement réfléchi avant d’être déclamé à son peuple, ce curieux public, lorsqu’on l’autorisait à sortir de son palais.
Son esprit devait être tout entier consacré aux différentes parties de la mélodie qu’on lui avait composée. Le chef d’orchestre de ses journées n’aimait pas que des pensées vagabondes viennent perturber le soliste qu’Ukiyo était dans la mascarade protocolaire auquel il se soumettait. Acteur au service de l’état, il devait se consacrer à ses taches corps et âme.
C’était la règle. La seule à laquelle lui, seigneur parmi les seigneurs, était soumis. La seule pièce de théâtre à laquelle on lui demandait de participer.
Une seule règle pour régir sa vie lui avait semblé peu étant enfant et c’était pourtant avec ce peu qu’on lui avait ôté toute liberté. Une manœuvre habile dont il n’avait pas décelé la sournoiserie, il l’admettait sans mal, mais qui à l’âge qu’il avait alors l’aurait pu ?
Il ne s’agissait pas là d’une simple loi ; l’enfant qu’il était s’était senti honorer de pouvoir respecter le quotidien de ses ancêtres. Il avait pensé qu’on l’intronisait à la vie d’adulte, aux responsabilités échues à son rang. Un rang dont il n’avait pas encore compris la nature mais dont il avait déjà saisi l’importance.
Là où ses pairs priaient pour la bénédiction des dieux, lui, partageait leurs caprices. Il leur murmurait ses envies, leur chuchotait ses secrets. Lui qui tutoyait les cieux et se plaçait au-dessus des hommes avec fierté était finalement réduit à être mené à la baguette par un chef d’orchestre qui était ironiquement à son service depuis l’enfance.
Sa situation paradoxale lui avait arraché un sourire en grandissant et il avait continué à déclamer les notes écrites pour lui. Charmer le bas peuple était alors encore plaisant. D’une scène à l’autre, tantôt politique tantôt populaire, il dansait avec les mots pour plaire à ceux devant qui il se produisait. Ukiyo était parfait dans son rôle : sa prestation ne devait jamais s’interrompre et elle ne s’était jamais interrompue jusqu’ici.
Telle était la règle. Quelle que soit la situation, quelques soient les imprévus. Le musicien soliste qu’il était devait continuer à jouer pour subjuguer les foules et apaiser son public capricieux. Lorsque son récital s’achevait enfin, on lui accordait le droit de répéter le morceau qu’il devrait jouer le lendemain. Et la musique s’enchaînait, encore et encore. Une suite de variations, d’accords avec les autres acteurs de sa vie, pour créer l’harmonie dans un pays menacé par le chaos.
Quelle importance avait alors son rang ? Quel intérêt à être le confident des dieux, s’il en était réduit à servir les hommes ?
Il se posait la question chaque soir, entre l’heure à laquelle sonnait la fin de sa prestation et celle où on venait éteindre la lumière qui éclairait les notes préparant la journée suivante.
Il n’était que l’artiste qui interprétait la composition d’un autre. Il n’était que la marionnette bien articulée dans une pièce qui ne lui était pas destinée. Il restait docile et ne posait aucune question comme on pouvait attendre d’un enfant bien obéissant.
Et pourtant, les questions qu’il choisissait d’ignorer revenaient sans cesse l’interroger. Chaque matin, chaque soir, il se demandait ce qui le soumettait aux règles des autres. N’était-il pas à la fois chéri et craint des Dieux et des hommes ? Investi du pouvoir par les cieux, façonné par eux pour gouverner la terre ? Il était né avec la puissance suffisante pour faire s’ébranler l’ordre ancien ; et il s’était pourtant incliné face à l’ancienne loi créée pour réprimer son pouvoir.
La loi des hommes l’avait rendu docile, faible et servile. La loi des hommes ne s’appliquerait donc plus à lui.
L’enfant bien obéissant avait grandi pour devenir un adulte, las de répéter chaque jour les mêmes choses à la même audience. Dans le silence de la nuit, il avait décidé qu’il ferait s’appliquer un ordre nouveau et ferait s’appliquer ses lois. Des lois nouvelles pour rappeler au monde qui il était. Ukiyo était le prince des cieux, l’enfant né de l’union du soleil et de la pluie. Il était la lumière qui éclairait les terres de Jade, celle sans laquelle les âmes de tous ceux qu’il gouvernait flétriraient. Il était tellement plus que ce à quoi on l’avait réduit. Ses yeux bouillonnant d’éther fixés sur le plafond de sa chambre, le jeune homme se résolut à ne plus jamais danser dans la paume d’un autre pour plaire à un public qu’il méprisait. Il continuerait à jouer pour eux, mais il brillerait plus que sur les scènes qu’il choisirait de lui-même. Dès le lendemain, il jouerait une nouvelle mélodie qui déplairait à beaucoup. L’indépendance joueuse d’un solo subtil, véritable reflet de ce que chantait son âme, complexe et insoumise. Les échos de ses performances retentiraient jusqu’aux confins de son empire, et même au-delà. Il s’en assurerait jusqu’à ce que sa chanson soit interrompue, par le temps ou par le fer. Après tout, n’était-ce pas là la seule règle à laquelle il avait accepté de se soumettre ?
100 THÈMES - #95 : Offre d’emploi
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Les thèmes se basent sur la liste Variation 1, du groupe DeviantArt : 100 Themes Challenge. Le thème d’origine étant Advertisement, j’ai un peu triché en le considérant au sens plus restreint de l’offre d’emploi ( “Advertising jobs.” ).
Ces extraits courts sont de simples exercices, réalisés dans l'idée de me forcer une certaine discipline lorsque j’écris. Ils ont également pour but de me forcer à ne pas corriger chaque mot pendant des mois. /!\ Texte long.
Contexte : WoL!Verse. Peut être considéré comme faisant suite au thème #76.
# 095 : Offre d’emploi
Le Miqo’te laissa retomber une mèche de cheveux tressée le long de sa clavicule, dans un dernier espoir pour dissimuler à ses futurs hôtes le rythme de vie qu’il avait adopté ces derniers mois. D’une main tremblante, il retint la fin de la tresse à l’aide d’un fin ruban hingashien tressé de perles et auquel étaient rattachées quelques plumes sauvages aux teintes blanches et carmines. Il fallait sauver les apparences, bien qu’il sût qu’il aurait fallu un philtre d’illusion pour cacher aux yeux du monde dans quelle misère il s’était laissé aller il y avait de cela des mois.
Avec le temps, il avait pris l’habitude de ne plus reconnaître son visage dans le miroir et il s’en était accommodé. Sa chevelure si proprement coiffée d’ordinaire était devenue une masse capillaire indisciplinée terne et sèche, à la longueur incertaine par endroits. Tantôt longue sur ses épaules, tantôt courte au niveau de ses tempes puis ramassée en tresses lâches par endroits, la coiffure qu’il arborait aujourd’hui aurait fait grimacer celui qu’il avait été hier. D’un souffle las, il tenta de repousser l’une des mèches qui retombaient sur son nez avant d’abandonner son combat quelques secondes plus tard ; comprenant qu’il faudrait plus que les quelques coups de brosse absents qu’il passait pour rendre à ses cheveux gris abîmés un aspect bien moins négligé qu’aujourd’hui.
Le Miqo’te s’appuya sur le petit lavabo de marbre de la pièce d’eau de son appartement et fixa un peu plus ce reflet qu’il ne reconnaissait pas. Sa main gauche remonta inconsciemment vers sa joue et l’effleura, suivant de l’index la ligne verticale parfaite qui marquait sa joue depuis l’incident dont il avait été victime.
Il était des choses qui ne disparaîtraient jamais malgré le temps passé et parmi celles-ci; certaines laissaient des cicatrices qui peinaient à cicatriser. Un bruit étouffé fit s’agiter ses oreilles fatiguées mais Spectral ne sortit pas pour autant de sa contemplation absente. Ses griffes peintes de noires encore posées sur le bas de sa joue, il s’aperçut en détaillant son image qu’une simple toilette n’aurait pas raison de ce qu’avaient laissés les derniers mois.
Son regard vif et perçant avait vu son éclat diminuer au fil des mois, étouffé dans les gonflements de ses yeux rougis par trop de pleurs et s’était finalement perdu derrière le voile de cheveux fins qui retombait sur lui. “ Les yeux sont le miroir de l’âme” disait-on ; un adage que le chasseur avait eu tout le loisir de le vérifier. Aujourd’hui, il aurait aimé pouvoir briser ce miroir - à cette pensée un sourire releva les commissures de ses lèvres - mais il était évident qu’il n’aurait jamais pu briser plus encore ce qui l’était déjà.
Brisé.
Il n’aurait jamais cru utiliser ce mot si facilement pour décrire ce qu’il ressentait. Après des mois passés sans lumière à vivre enfermé dans son appartement pour n’en sortir qu’à la faveur des nuits les plus sombres, Spectral avait eu tout le loisir de penser à ce qu’il cherchait à Shirogane.
La réponse avait été simple au début, puis elle s’était rapidement complexifiée. Il avait d’abord voulu que quelqu’un mette un terme au flux ininterrompus de pensée importunes, avant de réfléchir à un moyen pour le faire lui-même. Il avait ensuite voulu endiguer ces murmures incessants et les enterrer au plus profond de lui. Il avait ensuite retrouvé une paix temporaire en apprenant à retourner au-dehors, et en se forçant à communiquer avec les petits commerçants de Kobai goten.
Une paix éphémère, pour réapprendre à sourire aux inconnus et réapprendre à interagir avec la société. Solitaire de nature, il avait pourtant pris goût à la vie citadine, où, malgré la foule qui l’entourait au quotidien, un individu pouvait demeurer seul jusqu’à la fin de sa vie.
C’est alors qu’il s’était résolu à reprendre sa vie en main, et s’était dirigé vers la cité-état de Kugane. Pour y faire ce pourquoi il était sur place depuis des mois : travailler.
Le travail avait toujours été une bonne échappatoire pour le Miqo’te. S'il n'arrivait pas à occulter les pensées qui le perturbaient, alors il les remplacerait par d'autres.
Du moins c'est ce qu'il voulait tenter aujourd'hui. Après tout le temps passé à ne donner aucun signe de vie, hormis à quelques rares privilégiés à Ishgard, la branche hingashienne de Kugane ne souhaitait plus recevoir ce chasseur sur lequel elle n'avait pas pu compter auparavant.
Mandaté de manière expresse par les dignitaires Centurio d'Ishgard, il aurait dû les aider à éliminer une bête féroce qui terrorisait les villages de la Mer de Rubis depuis qu’elle y avait pondu. Une opportunité en or qu'il avait acceptée pour voyager dans cette lointaine Orient, pourtant sous domination Garlemaldaise.
Un passe-droit exceptionnel qu'il n'avait pas remboursé en ignorant le contrat de chasse duquel il avait été chargé. Sans emploi pour avoir manqué à ses engagements, incapable d'accepter les travaux comme les aventuriers le faisaient, trop fragile pour repartir dans le Coerthas.
Aujourd'hui il devrait tenter de plaire à nouveau à ses employeurs, et de leur montrer que cette faute ne se reproduirait plus.
Mais alors, comment séduire lorsque tout chez lui hurlait que rien ne différait à avant ?
Comment les convaincre que ses qualités et son passif n'étaient pas volés quand le chasseur implacable qu'on leur avait vendu ne ressemblait plus qu'à un loup de l'Abalathia auquel on aurait enlevé les crocs ?
Spectral laissa s'échapper un rire nerveux. Il était plusieurs choses dont le Miqo’te était persuadé depuis son enfance. Parmi celles-ci, il savait que plaire n'avait jamais fait partie de ses capacités. Malgré tous les efforts déployés pour masquer son rythme de vie désastreux aux émissaires du clan Centurio ce soir, il savait qu’aucun artifice ne changerait ce qu’avouait son regard.
- “ Maître Daar’jen ?”
Les cheveux clairs de Janneloix se reflétèrent dans le miroir et l’adulte tourna sa tête vers son cadet. Ah oui, il y avait le gamin aussi. Peut-être pourrait-il s’en servir comme d’une excuse, lorsqu’on lui demanderait des comptes sur son absence des derniers mois.
Il faudrait juste convaincre le très jeune Elézéen de mentir pour lui. Et ça, ça n’était pas gagné.
- « Vous avez une mine affreuse, sérieusement, c’est ça que vous appelez vous changer ? » le rabroua-t-il en venant poser sur un meuble en acajou sombre une pile de vêtements clairs.
Face à l’air renfrogné et la moue désapprobatrice de l’adolescent qui le jugeait de ses yeux bleus, le Miqo’te ne put empêcher ses lèvres de s’étirer en un léger sourire. Décidément, les choses avaient bien changé depuis la première fois qu’il l’avait rencontré.
- « Je peux savoir ce qui vous fait sourire ? » lui reprocha l’Ishgardais. - « Tu as grandi, c’est tout. »
L’orphelin arqua un sourcil avant de piquer un fard, comme à son habitude lorsque le chasseur lui faisait une remarque personnelle :
- « J’espère que vous serez plus éloquent face aux Seigneurs que vous recevrez tout à l’heure. Et mieux habillé ! On n’a pas idée de … »
Le Miqo’te cessa d’écouter les reproches juvéniles de l’enfant qu’il accueillait depuis plusieurs mois. Il n’était pas certain du pourquoi ni du comment de la présence de cet enfant dans son appartement, si loin des terres qui les avaient vus tous les deux naître.
Ce qu’il savait toutefois, c’était qu’aujourd’hui il était presque reconnaissant d’avoir quelqu’un à ses côtés. Sans prêter attention au déluge de mots de Janneloix, Spectral se détourna du miroir pour prendre les vêtements que le jeune garçon lui avait amenés. Si clairs … Spectral n’avait plus porté de vêtements blancs depuis qu’il avait troqué ses vêtements de voyage il y avait dix ans de cela. Il n’était pas sûr d’avoir jamais apprécié cette couleur de toute manière, il lui préférait les teintes sombres et discrètes qui le dissimulaient lors de ses expéditions nocturnes.
- « Ça vous plait ? »
Spectral allait répondre « non » par habitude pourtant il fit l’effort d’observer avec plus d’attention les vêtements que Janneloix lui avait choisis. Mal choisis à vrai dire, mais que savait ce gamin de lui au final ?
Peut-être bien trop de choses, puisqu’il l’avait vu tel qu’il était une fois les projecteurs éteints et dépouillé de l’étiquette qu’on se plaisait à lui coller en Eorzéa.
D’un soupir, le Miqo’te s’assit à même le sol en se gardant de grimacer d’inconfort lorsque sa peau nue rencontra le carrelage froid de la pièce d’eau. Il passa sa jambe gauche puis bientôt la droite dans un pantalon blanc qu’il resserra au niveau des cuisses et de la taille grâce aux fines ceintures et attaches de cuir sombres prévues à cet effet. Ses pieds furent entièrement couverts et maintenus jusqu’aux genoux par une paire de bottes noires, discrètement rehaussées d’argent au niveau des lacets et des talonnettes qui grandissaient avec discrétion la taille du Miqo’te.
Devant lui, un manteau de fourrure immaculé s’ouvrit, l’invitant à le passer sur ses épaules ; ce que Spectral fit avec lassitude et un manque d’entrain certain. Il vit passer et repasser devant puis derrière lui l’Elézéen qui ajustait le manteau comme s’il venait vérifier l’armure d’un chevalier s’en allant en guerre.
- « Tu es devenu un vrai petit écuyer, dis-moi … » - « Il faut dire que vous ne vous habilliez pas vraiment correctement jusqu’à hier messire. » - « Qu’est-ce que tu peux être insolent … » souffla l’autre, amusé mais légèrement vexé.
Il était vrai que sans Janneloix, Spectral aurait fini par ne plus changer d’habits pendant des jours et des nuits durant. Ce qui n’excusait tout de même pas l’aplomb de l’enfant. - « Bon, ça vous plait ou non ? » - « … pas vraiment, mais on fera avec. » avoua le Miqo’te en s’observant dans la psyché près de son bain.
Tant de miroirs, tant de reflets. Chaque fois que ses yeux d’ambre se plongeaient dans l’un deux, le chasseur était sûr de voir une image différente lui être renvoyée. Tant de masques et tant de mensonges.
Spectral ignora à nouveau la moue boudeuse de son protégé et quitta la pièce sans lui accorder plus d’attention. Du regard, il chercha dans la pièce à vivre en désordre une de ses lances pour rallier Kugane mais la tenue qu’il portait ne se prêtait pas réellement à l’usage de cette arme.
Mais qu’avait bien pu penser Janneloix ?
Il allait s’en enquérir auprès de l’intéressé lorsque celui-ci apparut à nouveau devant lui, en lui présentant une rapière à lame courte et fine, ornée d’or et à la lame noire gravée de symboles hingashiens.
- « Elle se prêtera mieux à votre rendez-vous, messire. » - « Je ne suis ni mage ni escrimeur, Janneloix. » lui rappela sèchement Spectral. - « Vous devez leur prouver que vous n’êtes pas celui que je connais surtout. Alors prenez cette arme et faites-moi confiance. »
Avec aplomb, le garçon insista et mit presque l’arme dans les mains de son futur porteur avant de décrocher de sa ceinture un réservoir d’éther et de l’accrocher lui-même à celle de Spectral.
- « Là. Vous serez parfait. » - « Un parfait menteur surtout. » - « Au moins vous serez parfait dans un domaine. »
Le Miqo’te opina silencieusement du chef malgré la pique. Après tout, qu’importe. Lui qui voulait changer de vie, il avait désormais aussi changé de spécialité. De guerrier de renom à la lance, il devenait une sorte de mage bien apprêté avec une rapière dont il ne comprenait pas plus l’usage que l’intérêt de la discipline. - « Ne gâchez pas tout ce soir, Messire. » le pria Janneloix, comprenant la lueur étrange qui brillait dans les yeux de celui sur qui il veillait depuis des mois. - « Je ne gâcherai plus rien. »
Sur ces mots, le Miqo’te quitta l’appartement, caressant distraitement et brièvement les cheveux clairs de l’adolescent lorsqu’il passa devant lui.
¤ ¤ ¤ ¤ ¤
Kugane était une ville que Spectral détestait et admirait. Elle faisait naître chez lui des sentiments contradictoires, en totale oppositions avec ses goûts personnels ordinaires. Son bruit le rebutait, ses lumières l’agaçaient et pourtant, toute la foule attirée par ces qualités citadines le passionnait. S’éloigner de la foule captivée par les lanternes rouges de la cité-état comme autant d’insecte face à la flamme d’une bougie était un plaisir coupable. Il appréciait alors errer dans les quartiers boudés par la majorité, baignés dans les échos étouffés d’une vie plus animée et plus bruyante à quelques mètres à peine.
Découvrir en solitaire tous les charmes discrets et secrets de la grande cité. Errer au hasard des rues malgré l’heure tardive, loin des personnes qui habitaient la cité et échanger avec ceux qui avaient tant à raconter mais qui ne trouvaient jamais d’oreilles attentives pour leurs histoires. Un plaisir uniquement permis par la population nombreuse de la cité.
Assis sur le tatami d’une des chambres de l’auberge du Bokairo où il attendait son interlocuteur du Clan Centurio, Spectral observait par la fenêtre en papier de riz ouverte les feux d’artifices lancés au loin, près du port. Perdu dans le spectacle de couleur et de forme qui prenait vie dans le ciel nocturne, il sursauta presque lorsqu’il entendit la porte coulisser et la douce voix d’une employée introduire celui auprès de qui il devrait plaider sa cause.
Discret comme la première brise du printemps, l’émissaire du Clan pénétra dans le petit salon et s’assit en face du Miqo’te, avant que ce dernier ne décroche ses yeux des fleurs de feux colorées. Il tendit alors sa main vers le Hyur qu’il recevait, sa tête légèrement baissée dans un signe de salutations :
- « C’est un honneur de vous rencontrer Monsieur. » - « Ne soyez pas si formel, Spectral. » le coupa l’autre, ses mots soufflés dans un murmure amusé. « Nous savons tous deux pourquoi cette rencontre a lieu, alors ne perdons pas plus de temps. »
Les sourcils du chasseur se froncèrent légèrement, et la mâchoire serrée, il se contenta d’opiner du chef : - « Toutes les excuses que j’aurais à vous présenter ne suffiraient pas à racheter ma faute. J’en ai conscience. Pourtant, j’aimerai à nouveau œuvrer dans l’intérêt du Clan Cent…. »
L’homme face à lui leva sa main gantée sans un mot dans un geste intimant le silence, un sourire ineffaçable sur ses lèvres fines. Immédiatement, le chasseur se tut et patienta.
- « L’élu du Cristal a des tâches importantes à régler – et celles-ci nous dépassent. Il n’y a pas de fautes à pardonner. Pas d’excuses à fournir. »
Spectral allait répliquer mais l’autre ajouta d’un air doucereux :
- « Et c’est la seule version qui prévaudra lorsque j’irai vous excuser auprès des représentants du Clan. »
Sans comprendre, le Guerrier de la Lumière resta muet. Il observa chaque geste de cet homme aux cheveux roses clairs, pâle et froid comme la mort elle-même.
- « Je suis là pour vous proposer autre chose que de travailler pour Kugane, Spectral. Un homme comme vous a besoin de bien plus que de créatures banales pour exercer tout son talent ; et Eorzéa toute entière a besoin d’hommes et de femmes aussi doués que vous pour la libérer des fléaux qui l’accablent. Aussi, j’irai droit au but : j’aimerai que vous vous chargiez de quelques contrats sensibles pour le Clan. »
Dans un geste de méfiance, les oreilles du Miqo’te s’abaissèrent légèrement vers l’arrière et sa main se porta sans qu’il ne se rende compte sur la garde de la rapière qu’il portait à sa ceinture ; ce qui fit malgré tout rire son vis-à-vis :
- « Soyez certain, Messire Daar’jen, que je ne vous veux aucun mal. Bien au contraire. »
Il appuya son menton contre la paume de sa main en plongeant ses yeux gris hypnotiques dans ceux remplis d’animosité du Miqo’te :
- « Tout comme vous, je travaille pour le Clan et suis ici pour le représenter. Toutefois, je me moque éperdument des contrats que vous n’avez pas honorés en arrivant ici. Perdre un combattant de votre envergure pour un malheureux incident me déplairait beaucoup. Je sais dans quel contexte vous avez quitté Ishgard, je l’ai quittée pour des raisons similaires. »
Il marqua enfin une pause, un soupir triste trahissant le masque offert par son sourire :
- « Ce que je sais également, c’est que le Clan a une pile de contrats qui sont rarement pris – et encore plus rarement remplis. Seul un petit groupe – trop petit si vous voulez mon avis – de personnes peut prétendre à abattre les cibles délicates que ces documents nous demandent de chasser … et le nombre de ces contrats ne cesse d’augmenter. En tant que Chevalier, c’est une situation que je trouve plus que discutable. Les chasseurs se terrent, craintifs. Les soldats ignorent les douleurs du peuple qui subit les caprices de ces cibles trop … dangereuses. »
Cessant son monologue dans l’attente d’une réponse qui ne vint pas, le Hyur reprit sèchement aolrs que Spectral continuait de le dévisager, incertain de comprendre ce qui était sous-entendu : - « Je suis favorable à votre retour, quelle que soit votre décision, si c’est cela qui vous inquiète. Ce que je désire savoir, en revanche, c’est si vous accepteriez de faire partie du petit groupe de personnes qui pourraient nous débarrasser des cibles d’élite les plus dangereuses qui pourrissent la vie de nos chers concitoyens en Othard et au-delà. La paie est plus qu’à la hauteur, et le défi à relever bien plus satisfaisant que la chasse à l’Ixal. »
Le métisse termina son monologue, attendant patiemment la réponse de celui qu’il tentait d’embaucher. Ses iris clairs posés sur le Miqo’te, il se contenta de lui sourire à nouveau lorsqu’il le vit commencer à s’agiter en silence.
Sentant que son vis-à-vis pesait le pour du contre, l’émissaire du Clan s’empêcha d’afficher un air satisfait qu’il devinait pouvoir être contrariant pour le Miqo’te.
- « … Imaginons que votre offre m’intéresserait. Auprès de qui devrai-je m’adresser pour prendre connaissance de ce genre de cibles ? » Le sourire réprimé étira finalement les lèvres du Hyur lorsqu’il répondit : - « Demandez Ser Eligos. »
100 THÈMES - #76 : Restes brisés
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Ces extraits courts sont de simples exercices, réalisés dans l'idée de me forcer une certaine discipline lorsque j’écris. Ils ont également pour but de me forcer à ne pas corriger chaque mot pendant des mois.
Contexte : WoL!Verse. Après avoir libéré Ishgard et vengé un ami cher, le Guerrier de la Lumière craque. Endeuillé, brisé par les pertes subies et par l’absence de soutien de ceux qui lui sont le plus proches, il prend une décision radicale et quitte les Héritiers. Notes : Se passe après la Guerre du Chant des Dragons et peut donc contenir des spoilers relatifs à cette partie de l’Histoire. C’est un long machin, sans début, sans fin qui commence bizarrement et finit de manière tout aussi étrange.
# 076 : Broken pieces
Janneloix observa tour à tour son Maître puis l’aventurier de renom qu’ils étaient venus rencontrer. Le jeune Miqo’te n’avait pas réagi à leur entrée dans la pièce plongée dans la pénombre où il s’était réfugié. Il avait même semblé à l’adolescent que leur hôte n’avait pas remarqué leur entrée.
Il était resté adossé, là, contre un mur de pierre typique des bâtisses ishgardaises, assis à même le sol devant l’âtre éteint d’une cheminée froide. Ses oreilles fines étaient restées figées, couchées vers le sol que ses pupilles vides fixaient.
On avait donné à cet homme bien des titres depuis qu’il avait vaincu les menaces primordiales en Eorzéa, repoussé Garlemald, et même sauvé la Sainte-cité, on murmurait même qu’il préparait un voyage vers le lointain Orient pour reprendre Ala Mhigo aux griffes de l’Empire. Partout, on le surnommait de bien des manières. Il avait été d’abord été le Pourfendeur de Primordiaux, puis était vite devenu le sauveur d’Eorzéa, le Champion du Cristal voire l’Elu d’Hydaelyn. Ici, il était la main armée d’Halone. Janneloix avait même entendu dire qu’il avait même réussi à maîtriser les arts perdus de la magie rouge et détruit l’un des démons qui dormait dans le Gouffre des Hérétiques. Il était le cauchemar de Svara, l’ami de Virdofnir, le charmeur de dragons. Le conquérant de l’arche du Néant.
Tant de surnoms lui étaient donnés ça et là mais bien qu’ils étaient tous différents, tous attestaient du même statut que les habitants de cette planète chuchotait après son passage dans leurs cités : Il était le Héros.
Ce Miqo’te au regard d’un orange si vif était aux yeux de tous l’incarnation de ces légendaires Guerriers de Lumière qui les avaient déjà sauvés à la chute de Dalamud. Ce dernier titre venait s’ajouter à sa collection impressionnante de surnoms prestigieux, malgré tous les efforts déployés par le concerné pour que ses compatriotes éorzéens cessent de lui donner ce statut. Depuis plusieurs années, il avait été le flambeau de l’espoir pour les populations oppressées de tout Eorzéa et au-delà. Il était de notoriété publique que ce gardien de la Lune aidait chaque peuple, hommes-bêtes ou humains.
Il incarnait la lumière vive qui venait bannir les ténèbres de la guerre amenées par les troupes Magitech Garlemaldaise, la flamme purificatrice qui levait le voile obscur de la religion dans laquelle s’était piégée Ishgard et on murmurait qu’il serait la vive étincelle qui viendrait enfin raviver l’âme révolutionnaire des Mhigois.
Comment cet homme à l’image flamboyante pouvait-il ne faire qu’un avec la masse avachie contre ce mur, repliée sur elle-même et perdue dans un ailleurs où ni Janneloix, ni son maître ne semblaient être entrés ici ?
- « Nous avons besoin de ton aide, Héros. » - « Il y a suffisamment d’aventuriers qui souhaiteraient aider votre aimable seigneurie. » rétorqua faiblement le Miqo’te toujours prostré dans la même position avant de poursuivre, la voix emprunte d’une lassitude que Janneloix n’aurait jamais imaginé chez un aventurier de la trempe du Guerrier de Lumière : « Allez donc leur proposer une tasse de lait d’étagne chaud et votre mission, Messire. Ils seront enchantés de pouvoir œuvrer dans votre intérêt contre un bon repas. »
Les traits du visage émacié du seigneur Elézéen se contractèrent en entendant le lancier décliner une offre de travail qu’il n’avait même pas daigné écouter. Le regard dur du Maître d’armes se détourna de la silhouette sombre du Gardien de la Lune pour venir croiser les pupilles encore enfantines de l’adolescent qu’il formait depuis plusieurs mois désormais.
- « La flamme qui l’animait autrefois s’est éteinte, Janneloix. Il est inutile d’essayer de faire reprendre un feu sur un tas de cendres froides. »
Le plus jeune entendit son précepteur se détourner du Gardien de la Lune qu’ils étaient tous deux venus chercher puis le son rêche de la porte de bois qui se refermait sur eux.
Janneloix se trouvait donc seul avec le Miqo’te qu’il admirait depuis qu’il avait entendu son nom se murmurer dans Brouillasses quelques années auparavant, dans une des chansons déclamées par un ménestrel à la voix enchanteresse. Des exploits relatant la manière par laquelle il avait éliminé les puissants Primordiaux conjurés par les tribus barbares de la Sylve ou des Profondeurs d’O’Ghomoro.
Combien de fois depuis lors avait-il rêvé du moment où il pourrait rencontrer son idole ? Les premiers qu’il échangerait avec ce guerrier accompli à l’apparence si particulière, la manière dont ses joues rosiraient de honte lorsque le regard d’ambre si vif du Miqo’te se poserait sur lui, silencieux. Les paroles brèves et maladroites du lancier à son égard, et peut-être même – qui sait ? – l’honneur de le voir lui faire une démonstration des mouvements de combat les plus basiques lorsque Janneloix lui confierait s’entraîner au combat pour un jour parcourir les terres du Coerthas et de Dravania pour aider ses compatriotes. Comme le Miqo’te le faisait, jour après jour.
Il avait tant de fois caressé l’espoir de voir de plus près la magnifique armure en chromite d’un noir abyssal qu’il portait. Cet espoir s’était à demi-réalisé le jour de la libération d’Ishgard du joug de leur Evêque, quand le Miqo’te avait fait cette apparition encore critiquée à dos de dragon dans les murs de leur Sainte-Cité. Janneloix avait réussi, malgré la foule qui s’était pressée en voyant entendant les lourds et menaçants battements d’ailes au-dessus d’eux, à apercevoir le bout de la lance bouillonnante d’une énergie éthérée inconnue.
Dans ses rêves les plus fous, son idôle lui faisait même l’honneur de le laisser la toucher et la prendre en main pour qu’il puisse l’observer à loisir. Un sourire amusé courbait alors les commissures des lèvres peintes de l’aventurier qui laissait échapper un rire discret à mesure des remarques et questions que poserait Janneloix sur cette arme étrange, très éloignée de la facture des Brionacs qu’ils utilisaient à Ishgard.
La rencontre qu’il vivait enfin aujourd’hui avec cet illustre aventurier commençait d’une manière moins enjouée que toutes les situations que le jeune Elézéen avait pu imaginer durant les longues nuits d’hiver froides.
Les prunelles d’ambre qu’il avait voulu croisées lui étaient cachées, voilées par les mèches défaites d’une coiffure peu entretenue.
Ce Miqo’te misérable ne pouvait pas être le héros qu’il avait fantasmé. Il devait forcément y avoir erreur sur la personne.
- « Maître Daar’jen ? » se risqua Janneloix, incertain de se trouver face au bon aventurier.
Les oreilles du gardien de la lune s’animèrent enfin, réagissant au nom prononcé en se levant lentement quand la voix encore immature de l’adolescent brisa le silence entre eux. Pourtant, Spectral ne s'intéressa pas plus à cet enfant et ses oreilles félines se rabaissèrent aussitôt la voix de l’Ishgardais retombée.
Résolument ancré sur les dalles de pierres froides, son regard ne s’autorisa pas à se tourner vers son jeune interlocuteur.
Janneloix avait ouïe dire que l’aventurier était peu loquace, si ce n’était qu’il était taciturne mais un sentiment d’injustice le prit au cœur alors qu’il se confrontait au mutisme délibéré du Miqo’te.
Lui, Janneloix le petit gosse parvenu de Brouillasse ne lui avait rien fait.
Il ne comprenait pas les raisons de son silence délibéré, aussi tenta-t-il de forcer son héros à lui répondre ; même si cette réponse devait signifier la fin de toute conversation entre eux. Il souhaitait uniquement que sa voix résonne dans cette pièce, pour lui et uniquement pour lui. Un désir égoïste et puéril : il en avait parfaitement conscience, mais il savait que cela lui serait pardonné. À l’heure où l’âge de Janneloix croisait malicieusement la fin de l’enfance et le début des responsabilités de la vie d’adulte, il était libre de pouvoir agir comme bon lui semblait : avec l’insolence des plus jeunes ou avec la maturité de l’homme en devenir qu’il était :
- « Maître Daar’jen. » répéta à nouveau l’Elézéen, laissant un air assuré masquer le trouble étrange qu’il ressentait à en adressant la parole à Spectral. « C’est un véritable honneur de vous rencontrer. »
Un reniflement de mépris amusé de la part du concerné accompagna la révérence de l’Ishgardais et aucune politesse ne vint à la rencontre de celles que l’adolescent venait de lui présenter. Les sourcils fins de Janneloix se froncèrent, et les traits de son visage se muèrent en une expression qui se voulait contrariée mais qui aurait paru ridicule si le gardien de la lune avait daigné poser ses yeux sur son visiteur.
L’adolescent vint s’asseoir négligemment près de l’aventurier tout en prononçant résolument ces mots :
- « Soit. Puisqu’il en est ainsi. »
Quand il rencontra le sol froid de la pierre, le jeune homme se garda de faire une grimace surprise. Il lui fallait rester sérieux face au lancier, bien qu’il doutait que Spectral se soit rendu compte de la présence qui venait d’élire domicile à quelques centimètres de lui.
Le Miqo’te était désespérément figé dans cette position inconfortable qu’il avait adoptée, laissant les seuls mouvements de sa cage thoracique trahir la vie qui l’habitait encore.
De longues minutes passèrent ainsi sans que le protégé de Midgarsormr ne bouge.
Il était désormais certain pour Janneloix que cet homme n’en n’avait réellement que faire qu’il soit là. Toutefois, Janneloix ne partirait pas de cette pièce sans avoir obtenu ce qu’il était venu chercher : un seul mot à son égard ; qu’il fût une injonction de quitter les lieux, un simple salut ou tout ce que le Miqo’te pourrait décider de lui dire.
Entêté. C’était peut-être la seule chose dont il était fier chez lui, et qu’il ne changerait pas malgré les nombreuses remarques que son maître d’armes lui adressait à ce sujet.
Son entêtement lui servirait à coup sûr aujourd’hui, voire demain, ou les jours suivants. Il resterait sur ce sol aussi longtemps qu’il le faudrait pour que l’aventurier lui décroche deux mots.
Un seul serait déjà bien, se prit-il à penser quand il tourna la tête pour observer son interlocuteur, figé comme les immenses statues Gyr’Abaniennes.
Le voile obscur de la nuit qui tombait commença à les plonger tous deux dans l’obscurité la plus totale, et Janneloix se résolut à allumer le feu éteint avant qu’il ne meure réellement dans le froid et dans le noir. Si cette perspective ne semblait pas incommoder l’aventurier, Janneloix lui, souffrait de la température malgré ses habits chauds et il était hors de question pour lui qu’il passe la nuit éveillé sans un bon feu.
Qui plus est, le jeune garçon détestait rester dans une pièce entièrement sombre, cela lui était inconfortable depuis l’enfance et personne ne l’avait jamais aidé à vaincre cette peur infantile. Il avait d’abord été trop seul pour trouver à qui en parler et par la suite, trop fier pour l’avouer à qui que ce soit. Il justifiait sa crainte par sa frilosité maladive et il se contentait d’allumer un feu rassurant.
Voyant que la nouvelle source de lumière n’avait pas fait réagir l’aventurier, Janneloix commença à s’inquiéter sérieusement. Il n’arriva pas à faire taire l’hypothèse loufoque que son esprit encore enfantin lui susurrait. Spectral Daar’jen ferait-il parti de ces personnes qui dormaient les yeux ouverts ?
Les yeux bleus azur de Janneloix se baissèrent, curieux sur la tête décoiffée de son vis-à-vis, cherchant à croiser le regard d’ambre voilé. Certes, cette idée était loufoque, mais rassurante. Elle justifierait le manque de réactions étonnant du Miqo’te. Elle excuserait son silence désespérant.
- « Vous dormez messire ? » chuchota-t-il, comme pour ne pas troubler le sommeil dans lequel il pensait plongé Spectral.
Une désagréable réponse lui vint à l’esprit alors que la dernière syllabe murmurée s’évanouissait dans la pièce : il était évident que l’aventurier ne répondrait pas. S’il dormait, alors rien ne franchirait ses lèvres sombres et s’il était bel et bien éveillé, alors il se contenterait d’ignorer son visiteur. À nouveau.
Une nouvelle grimace tordit la bouche de l’Elézéen aux cheveux clairs et celui-ci tira une chaise près du feu pour s’y asseoir, tournant le dos au Miqo’te. Ainsi si le gardien de la lune daignait enfin l’observer, il ne le verrait pas se fustiger intérieurement ni même les mouvements que des mots silencieux animeraient sur les lèvres de l’adolescent.
Après une durée incalculable, alors que ses paupières tentaient de se clore pour trouver le sommeil contre lequel il luttait, un bruit léger se fit entendre derrière lui. La fatigue disparut quelques instants au profit de l’engouement : le jeune garçon se tourna rapidement pour voir si le Miqo’te s’était enfin décidé à se déplacer.
Il n’en fut rien, mais il avait au moins bougé. Un regard un peu plus observateur lui fit remarquer que Spectral n’avait jamais fait qu’étendre sa jambe jusqu’alors repliée contre lui. Ce n’était qu’un début de mouvement infime, un geste anodin, mais c’était un signe de vie comme un autre. Cela le confortait dans son attente interminable. Il s’était à peine retourné pour faire de nouveau face au feu lorsqu’il crut entendre l’adulte lui ordonner en un souffle étouffé :
- « Rentre chez toi petit. »
Janneloix n’était pas sûr d’avoir réellement entendu quelque chose. L’envie et le désir trompaient les sens, et lui fantasmait depuis si longtemps un semblant d’échange avec Spectral qu’il craignait que ses oreilles n’aient imaginé ce murmure. Mais ... Et si ces paroles n’étaient pas un tour de son esprit ? Janneloix ne laisserait pas passer l’occasion d’une discussion avec son héros s’évanouir comme les premières neiges face au soleil d’été. Le doute persistait tout de même, et craignant que cette injonction ne soit une illusion causée par la somnolence et l’attente, l’enfant n’osa pas se retourner :
- « Personne ne m’attend chez moi, Messire. »
Son aveu se heurta à nouveau à un silence gênant. L’adolescent se mordit la lèvre : il se trouvait stupide d’avoir répondu à des mots qu’il venait de fantasmer, sa réponse sonnant comme une plainte soudaine à un héros intouchable qui ne souhaitait définitivement aucun contact avec lui.
- « Personne ne m’attend non plus. »
Les grands yeux bleus clairs de Janneloix s’écarquillèrent quand il entendit à nouveau ce murmure rauque et étouffé poursuivre ce qui semblait être un début de conversation. Une étrange conversation certes, mais enfin le dialogue s’ouvrait entre eux. Cette opportunité naissante de converser avec le Miqo’te conforta l’adolescent dans les dernières heures passées à attendre que la langue de son héros se délie.
Avec plus de réserve qu’auparavant il se retourna à nouveau vers l’aventurier avant de placer son siège face à l’aventurier - une position plus confortable que celle qu’il adoptait à force de pivoter vers l’aventurier ou vers la cheminée au gré de ses émotions immatures.
Mais …
Que lui fallait-il répondre à ce que Spectral venait de lui dire ?
Y avait-il seulement une réponse à fournir à ce genre de déclarations hormis le “Ah” un peu bête qui venait de franchir ses lèvres.
Ses pupilles se rétractèrent à nouveau, se rendant compte que la réponse venait de se donner sans son accord. L’adolescent piqua un fard et tenta d’articuler ensuite des paroles sans sens, s’enfonçant dans sa confusion avant de se taire définitivement, honteux et stupide.
Face au peu de réactions de son vis-à-vis, Janneloix quitta son siège et partit dans les salles voisines, la tête rivée vers le sol pour se dissimuler au regard pourtant toujours rivé sur le sol de Spectral. Des bruits aigus de vaisselle et de coupe au couteau résonnèrent jusqu’à ce que le son s’arrête pour laisser place à un silence parfumé d’une odeur familière au Miqo’te. Janneloix revint enfin, deux bols fumants à la main. Il posa le premier sur la table de la pièce, et s’approcha de Spectral pour lui tendre le second bol. - « Vous n’avez rien avalé, j’en suis certain. Ce n’est pas grand-chose, mais ... »
Il enchaîna la suite très rapidement : - « C’est du ragoût, j’espère que vous aimez parce que je ne sais faire que ça ! »
Si Spectral n’acceptait pas vite le bol, Janneloix se sentirait très bête de rester le bras tendu vers lui, et les quelques secondes qui s’écoulèrent avant que le Miqo’te ne libère l’Elézéen de ses craintes furent certainement les plus longues de sa jeune vie.
Le lancier baissa les yeux sur le bol qu’il tenait entre ses deux mains, puis - enfin - il les releva vers son interlocuteur. - « Il n’y a pas de cuiller. » dit-il simplement.
La remarque s’était faite sans méchanceté et pourtant, Janneloix était parti aussi vite qu’une draconide pourchassant son repas dans le désert de Sagolii, les joues plus rouges encore que le cœur d’un élémentaire de feu. Rapidement, l’oubli fut corrigé et le couvert fut mis sous le nez du Miqo’te, resté neutre : - « Merci. »
Le repas se passa, sans qu’ils ne s’adressent plus la parole. Le premier demeurait interdit la tête baissée vers son bol de soupe à écarter les morceaux de viande et de légumes qui s’y trouvaient, et le second était bien trop occupé à observer son invité pour réussir à manger quoi que ce soit.
Curieusement, Spectral arrêta de fouiller dans son bol et remplit sa cuiller de bouillon pour finalement l’observer, tomber goutte à goutte dans le bol brûlant d’un air absent. Mécaniquement, il répéta ce geste sous le regard interdit de Janneloix, avant de relever la tête d’un mouvement presque puéril vers l’adolescent. - « Messire ? » demanda le jeune garçon, inquiet de ce brusque changement d’attitude.
Mais déjà, l’éclair de vivacité qui avait animé les yeux du guerrier disparut de son regard, et ses orbes orangées se voilèrent à nouveau. Le goutte à goutte chanta à nouveau de concert avec le cliquetis discret de la vieille horloge de bois sans que rien ne vienne perturber la scène qui se jouait.
- « Messire, est-ce que j... » - « J’ai connu quelqu’un qui adorait ce ragoût. (*) » avoua le Miqo’te, sa voix étouffée se brisant à la dernière syllabe prononcée. « Il disait que c’était utile pour les jeunes Aventuriers - et qu’elle permettait aux plus aguerris d’entre eux de rester robustes. »
Spectral releva sa cuiller au niveau de ses yeux et inclina le couvert, laissant à nouveau retomber le liquide jusque dans le bol, un sourire navré se formant sur ses lèvres :
- « Ce ne sont que des fadaises. Un potage ne te rendra pas plus robuste que tu ne l’es déjà. Tu pourrais en manger une quantité qu’une lance en plein coeur te tuerait toujours. »
Janneloix ne savait que répondre face à la soudaine loquacité de son interlocuteur. Ses lèvres s’élargirent pour entamer un début de réponse vaine : rien ne réussit à sortir de sa gorge. Il se contenta d’écouter, surpris et hébété.
- « Je n’aime pas ce plat. » termina le gardien de la lune, en délaissant le bol à ses côtés.
Les épaules du Miqo’te s’affaissèrent à nouveau, et il s’adossa à nouveau contre la pierre pour laisser ces yeux contempler le plafond plutôt que le sol cette fois-ci - ce qui déplut fortement à l’adolescent. Il avait maintenant la preuve qu’il était possible de faire parler cet aventurier aussi n’allait-il pas passer le reste de son temps avec une Vodoriga !
- « Manger, ne serait-ce que le bouillon, vous rendra toujours plus fort que si vous n’avaliez rien du tout messire. » lui fit-il remarquer.
Touché.
La tête de Spectral pivota légèrement vers son interlocuteur, comme pour lui concéder qu’il avait raison, mais il n’avait pas l’air de vouloir adopter une autre attitude pour le moment.
Janneloix se demanda soudain si son héros se laisserait mourir de faim ici, si jamais personne ne venait le forcer à se sustenter. Quelques secondes de réflexion à contempler la silhouette misérable du lancier lui suffirent pour comprendre que cet homme n’avait certainement rien avalé avant sa venue, et n’avalerait certainement rien après son départ.
Le jeune Elézéen prit sur lui de ramasser le bol de potage tiède malgré le sommeil qui alourdissait ses paupières. Si le Guerrier de la Lumière n’aimait pas ce plat, alors il lui en préparerait un autre, et encore un autre. C’était le seul gage de reconnaissance qu’il pouvait lui offrir, la seule aide qu’il pouvait donner, en remerciement de tout ce qui avait été fait pour son peuple.
Il raviverait la flamme. Il balayerait les cendres pour nourrir un nouveau feu. Petit à petit, il recollerait ce qui semblait s’être brisé dans l’esprit du Miqo’te qui avait tant fait pour Ishgard, et qu’Ishgard méprisait pour ne pas vouloir continuer à la servir. ---------------------------
(*) : Référence à l’un des plats servis au Eorzea Café, la « Soupe d’Haurchefant », ainsi qu’à sa description : « Une recette chérie par le célèbre PNJ Haurchefant, la Lame d’Argent ! Après la Septième Ere Ombrale, le Coerthas était enveloppé dans le blizzard. Ce qui s’avéra idéal pour réchauffer les corps glacés par le froid … Oui, le ragoût ! Partager un ragout lorsqu’on est entouré par un groupe d’aventuriers chevronnés c’est … fantasqtique ! Tout bonnement fantastique ! »
100 THÈMES - #11: Mémoire, souvenir
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# 011 : Memory
- « Ce n’est pas très sain, Spectral. » murmura le métisse tandis que le miqo’te restait les yeux fixés sur le mur de son appartement.
- « Ce n’est qu’un tableau, Eligos. Il est fait pour être accroché. »
Le miqo’te recula de quelques pas pour apprécier la nouvelle décoration accrochée sur un papier peint typique des maisons d’Ishgard. Il ne sortit de sa transe que lorsque le gant de soie du sang-mêlé se posa fermement sur son épaule, ses iris argentés sévères cherchant à croiser ceux voilés du chasseur :
- « C’est trop tôt. Regarde dans quel état tu es. »
- « J’aurais dû le faire plus tôt, au contraire. »
Il se dégagea d’un geste mauvais de l’emprise du Chevalier d’Halone et se rapprocha à nouveau de l’œuvre d’art pour se reconcentrer tout entier sur elle dans un silence pesant. Un sourire navré se dessina sur ses lèvres sombres alors qu’il se perdait dans l’acuité de la peinture :
- « Je n’aurais pas dû l’abandonner là-bas à nouveau. »
- « Spec’ … » souffla l’humain.
- « Je sais ce que tu vas dire Eligos. Mais ça va. Je vais très bien. »
- « Tu appelles ça « aller mieux » ? »
- « Laisser son souvenir s’évanouir reviendrait à le tuer une nouvelle fois. »
- « Les souvenirs sont en effet là pour être remémorés mon ami. Mais la mémoire n’est pas faite pour emprisonner l’esprit. » Eligos détourna son regard vers la peinture et un sourire mauvais étira malgré lui ses lèvres fines. « As-tu réellement besoin d’une peinture pour te souvenir de son visage ? »
- « Ne t’engage pas sur ce terrrrrain là. » grogna le miqo’te, les oreilles baissées.
- « Ton chagrin commence à prendre une forme ridicule : je suis juste inquiet. »
- « Je crois savoir que ta sœur n’a jamais aimé se pendre à ton cou, pourtant c’est bien son portrait que tu as mis dans ton collier. » rétorqua Spectral, la mâchoire serrée. « Devrrrai-je m’inquiéter ? »
Le visage d’Eligos se ferma presqu’aussitôt. Puis après quelques secondes à observer la queue du miqo’te fouetter l’air de colère, un nouveau sourire effaça la mine sombre du paladin.
- « Les choses sont différentes Spectral, je ne cherche pas à faire vivre un mort. Uniquement sa … »
Le miqo’te se détourna enfin de la peinture après s’être incliné dans un geste de respect. N’accordant pas un regard pour le guerrier, il s’autorisa seulement à poser une main sur son épaule un bref instant alors qu’il se dirigeait vers la porte :
- « Rien qui ne vaille la peine de s’inquiéter, en somme. »
100 THÈMES - #93: ABANDONNER
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Les thèmes se basent sur la liste Variation 1, du groupe DeviantArt : 100 Themes Challenge.
Ces extraits courts sont de simples exercices, réalisés dans l'idée de me forcer une certaine discipline lorsque j’écris. Ils ont également pour but de me forcer à ne pas corriger chaque mot pendant des mois.
/!\ Spoiler possible : je préfère conseiller d’avoir fini le combat contre Innoncence pour comprendre le contexte de ce journal.
# 093 : Abandonner
Jour 5 Mon village a de nouveau trouvé le repos grâce au Guerrier des ténèbres. Je me sens respirer, libre d’aller et venir sur cette terre qui est la mienne. Les rares créatures qui nous chassaient semblent inoffensives de nuit, la lumière des étoiles ne les éclaire pas suffisamment. J’ai hâte de montrer ce ciel magnifique à mon enfant. Je n’avais jamais cru pouvoir observer la lune de nuit, qui aurait cru qu’une lumière bienveillante puisse émaner de quoi que ce soit ? Jour 9
Des nouvelles nous parviennent parfois de l’extérieur. Les combats font rage contre les purgateurs mais avec le guerrier des ténèbres à nos côtés, nous ne craignons plus rien de ces créatures. Je suis heureuse d’avoir survécu pour vivre ses instants.
Jour 22
Voilà plusieurs jours qu’on n’entend plus rien à propos de notre héros. Les rues sont silencieuses et bien que la reconstruction de notre village prenne du temps, je garde espoir que ce combattant providentiel est en train de vaincre les purgateurs, quelque part en Norvrandt. Le Guerrier des Ténèbres se bat pour nous à chaque instant, je ne dois pas désespérer. Il reviendra bientôt, et une nuit nouvelle se lèvera sur d’autres territoires.
Jour 38
Mon ventre est douloureux, le bébé ne va pas tarder à arriver m’a-t-on dit. Ce n’est pas une raison pour m’empêcher de voyager. La nuit a recouvert chaque parcelle de Norvrandt, les purgateurs ont perdu. Je veux accoucher à Cristarium, bastion de notre liberté. Je veux voir de mes yeux les festivités organisées pour célébrer la victoire du Guerrier des Ténèbres. Peut-être même apprendrai-je enfin son nom ?
Jour 39
Bébé est impatient d’arriver à Cristarium si j’en crois les douleurs qui se manifestent de plus en plus. Il est aussi excité que moi à l’idée de pénétrer dans la capitale de la liberté.
À moins qu’il ne me presse de descendre de cette charrette infernale ? Encore un peu de patience mon tout petit, nous ne sommes plus qu’à quelques jours.
J’aperçois la Tour qui brille au loin. Comme j’ai hâte. Jour 40
J’ai peur. La lumière est revenue, plus vive que jamais. N’est-ce pas la nuit ? Le conducteur m’assure que non, mais je vois bien à son regard qu’il me ment. Qui allume un feu en plein jour ? J’ai peur de ce qui se réveille avec la lumière. J’ai peur pour le Guerrier des Ténèbres.
Cristarium n’est plus très loin, n’est-ce pas ?
Jour 40 … J’ai peur pour mon enfant. Cristarium se rapproche mais nous avons été attaqués en cours de route. Nos amaro ont fui après l’attaque des ours à grand-lac et j’entends des voix nous suivre depuis quelques temps déjà. J’ai du mal à me déplacer mais je n’ai plus le luxe de me faire porter par les amaro désormais. Nous avons fait une pause sur le chemin, le chef de la caravane m’assure qu’une patrouille ne devrait pas tarder à arriver pour nous escorter. Les murmures que j’entends ne seraient-ils que les voix des soldats qui s’approchent ?
Jour 41
Cela fait plus de vingt-quatre heures j’en suis certaine, et la nuit n’est pas tombée. Que se passe-t-il ? Héros, allez-vous bien ? La patrouille se fait attendre, et nous n’avons toujours pas bougé. J’ai beau supplier notre guide de reprendre la marche jusqu’à Cristarium, celui-ci refuse de m’écouter. Grand Lac est si près de la cité, nous devrions arrêter d’attendre les soldats en plein jour. Je ne reconnais que trop ce que présage ce ciel. Stupide Drahn. Ils ont la tête aussi dure que leurs écailles ma parole.
Rae est partie chercher du bois pour nourrir le feu, et ne revient pas. Les murmures que j’entendais n’étant pas les voix de la patrouille me glacent le sang. Qui nous observe donc ? Et pourquoi ont-ils cessé subitement ? Ils me disent que la fatigue me fait paniquer, mais je ne suis pas folle : il y a des lueurs brillantes au loin dans les fourrés.
Et Rae n’est pas revenue.
Jour 42
J’ignore si ce journal sera trouvé un jour, et plus encore s'il sera lu par une créature humaine. Le soleil est toujours à son zénith et bien que j’ai réussi à rejoindre Cristarium, le nombre de nos troupes s’épuisent. Trouver des vivres est compliqué, et les rares sorties se font pour repousser les assauts des créatures. Héros, où êtes-vous ?
Jour 77
Nous nous sommes réfugiés dans l’Arboretum. Dehors, les combats font rage. Chaque victime tombée face aux purgateurs vient grossir leur rang et ce n’est qu’une question de temps avant que nous ne rejoignions leur armée également. Ils ne cessent de dire que l’Exarque va revenir et nous protéger. Voilà des jours pourtant que le Guerrier des Ténèbres et l’Exarque n’ont pas fait surface. La tour tremble face aux assauts des monstres, et mon bébé ne cesse de pleurer. J’ai peur pour lui. Je veux qu’il puisse voir la beauté du ciel étoilé. Je veux garder l’espoir que la nuit réapparaîtra de nouveau. J’ai peur, Héros. J’ai l’impression d’étouffer, et les gens autour de moi sont livides. Certains même ont cessé de parler. D’autres toussent un liquide que je ne reconnais pas. Héros, où que vous soyez, faites nous un signe. J’ai besoin de savoir que les soldats dehors ne luttent pas pour rien. S’il vous plaît, venez nous sauver …
Jour 84
Voilà une semaine que nous avons condamnés l’accès à la partie basse de la ville. On n’entend plus un bruit dehors, les cris ont laissé place à un silence de mort. Pourtant, la situation à l’intérieur des murs n’est pas meilleure.
Les pleurs de mon enfant ont cessé, ses rares rires également. Elle ne sourit plus malgré tous mes efforts. Il lui arrive de tousser parfois, rester enfermée ne lui réussit pas.
Héros, quand viendrez-vous nous libérer de nos ennemis ?
Autour de moi, les rares personnes à être encore lucide commencent à planifier des choses qui me font peur. Ils observent tous mon bébé à la dérobée, je le sais. J’ai peur de comprendre ce qu’ils comptent faire de mon enfant. ... J’ai commencé à sentir mes mains s’engourdir depuis quelques jours, et je n’ai plus de force dans les bras. Je ne sais comment j’arrive encore à coucher sur le papier ces quelques lignes …
Il m’est même devenu pénible de bercer ma petite chérie. L’un des responsables m’a dit que si les symptômes empiraient, on me confinerait plus bas, avec les autres malades.
J’ignorai qu’il y avait encore un sous-sol. Je n’ai pas envie qu’on me sépare de ma fille …
Jour 85
Ils m’ont pris ma petite chérie pendant que je dormais. Ils m’ont dit qu’elle avait fait de la fièvre pendant la nuit. Ils ne veulent pas que je descende la voir. J’espère seulement qu’elle va bien.
Jour 88
Respirer m’est devenu pénible. Beaucoup d’entre nous ont été emmenés au sous-sol, j’ai peur qu’on m’y traîne aussi, mais au moins, je pourrai revoir mon bébé. Ils refusent que je la vois avant qu’elle ne soit soignée.
Jour 90
J’ai fouillé partout, malgré les douleurs qui envahissent mes jambes. Ma toux ne s’arrête pas. Qu’attendent-ils pour m’emmener en bas ? Je veux voir mon enfant.
Jour 91
Il n’y a pas de sous-sol.
Jour 92
Où est mon enfant ?
Jour 93
Je suis désolée. Je ne veux pas. Je ne peux pas.
Ils sont tous devenus fous. Ils sont tous dehors.
Ils sont tous sortis alors qu’ils sont tous là, dehors. Jour 94
Je vais sortir. Je veux voir mon bébé. Je veux voir le soleil.
Jour 95 ?
Je l’entends qui rit dehors. Je veux voir ma fille. Elle me manque.
Jour XXX
Qu’y a-t-il de si terrible à vouloir voir ce qui compte le plus cher à son cœur ? Je veux voir ma fille. Je veux voir la lumière de ma vie.
Elles me manquent.
Jour XXX
Elle me manque. Je sais qu’elle m’attend dehors. Je suis presque prête.
Jour XXX ... ?
Elle me manque. Elle me manque. Elle me manque. Elle me manque. Elle me manque. Elle me manque. Elle me manque. Elle me manque. Elle me manque. Elle me manque. Elle me manque. Elle me manque. Elle me manque. Elle me manque. Elle me manque. Elle me manque. Que quelqu’un stoppe ce supplice. Je ne veux qu’une seule chose, je veux la voir. Elle me manque. Jour XXX ... ?
Elle me manque mais ça y est, les débris sont enfin dégagés. Je la vois enfin. Je suis presque prête à la rejoindre. Ce n’est plus qu’une question d’heures. La lumière. Comme elle m’avait manqué …







