Carresses. 14.08.2025
Dans les ruelles étroites de Sidi El Houari, vieux suartier d'Oran, là où les murs portent encore les murmures des siècles passés. L’air salin venu du port caresse les visages, et les balcons en fer forgé semblent suspendus dans le temps. Dans la maison familiale éclairée par la lumière dorée du soir. Nadir rentre après une longue absence. Sa mère l’attend.
Oum Rabie (assise, les mains jointes) :
Tu es revenu… sans prévenir. Comme le vent qui frappe la porte sans frapper.
Nadir (debout, hésitant) :
Je ne savais pas comment… Je n’ai jamais su comment revenir là où j’ai laissé trop de silence.
Oum Rabie (regardant par la fenêtre) :
Le silence, c’est ce que tu m’as offert pendant des années. Pas une lettre. Pas un mot. Juste des rumeurs. Des gens qui disaient t’avoir vu à Alger, à Tlemcen, à Paris même…
Nadir (s’approche, pose une main sur la table) :
Je ne fuyais pas toi, Maman. Je fuyais ce que je ne comprenais pas. Les gifles de la vie. Les caresses qui me manquaient. Les regards qui jugent sans savoir.
Oum Rabie (se lève, le regarde dans les yeux) :
Et moi ? Tu crois que je ne les ai pas reçues, ces gifles ? Tu crois que ton absence n’en était pas une ?
(pause)
Mais je t’ai compris, Nadir. Avec le temps. Comme on comprend une douleur longtemps après qu’elle nous ait traversés.
Nadir (émotion dans la voix) :
Je suis revenu pour ça. Pour te dire que j’ai marché sur des planètes lointaines, mais aucune n’avait ton odeur. J’ai cherché des caresses, mais aucune n’avait ta chaleur.
Oum Rabie (doucement) :
Tu n’as jamais été antisocial, mon fils. Tu étais juste trop profond pour les conversations superficielles. Tu as toujours aimé les silences qui parlent.
Nadir (sourit faiblement) :
Et toi, tu as toujours su écouter ce que je ne disais pas.
Oum Rabie (lui tend les bras) :
Viens. Pose ta tête ici. Sur ce cœur qui n’a jamais cessé de battre pour toi.
(Nadir s’approche, s’effondre dans ses bras)
Nadir (murmure) :
Je n’ai plus de mots, Maman. Juste ma présence.
Oum Rabie (caressant ses cheveux) :
Alors reste. Les mots reviendront. Et s’ils ne reviennent pas, les caresses parleront pour vous.
Les-portes-du-sud










