emmène-moi r'voir une dernière fois ces endroits qui f'saient taire le vacarme de mes idées noires
FAUVE ≠ 4.000 ÎLES

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FAUVE ≠ 4.000 ÎLES
Si Phan Don, au creux des 4000 îles
Le bus-couchette le plus déglingué au monde (voir article précédent ;-) ) nous dépose à Paksé au milieu de la nuit ; demain, nous effectuerons les trois heures de route pour atteindre les 4000 îles. Olivier, trempé par la pluie qui ruisselait à travers le piètre raccommodage de la fenêtre, maudit les Laotiens et leur système de bus à n'y rien comprendre. Matinaux oui, efficaces toujours pas, alors ce n'est qu'à 11h le lendemain que nous essayons de nous frayer un chemin parmi les marchands ambulants de la gare sud, cherchant le "gros tuk-tuk un peu hardos mais marrant", décrit par Flo pour rallier la ville portuaire de Nakasong. C'est en fait une bétaillère bâchée à l'arrière, où nous prenons place avec une poignée de Laotiens, une palanquée de sacs de riz, des cartons de café, des boîtes d’œufs ficelées de guingois et d'énormes câbles en métal que tout le monde piétine joyeusement. Evidemment, c'est pile au moment où nous nous réjouissons : "t'as vu, bon on est couverts de poussière mais au moins on va super vite, on mettra même moins de trois heures" qu'une déflagration intense retentit : l'un des pneus à éclaté.
C'est donc au jour couchant, après avoir presque failli rater le dernier bateau, que nous longeons les rivages boueux aux maisons sur pilotis pleines de couleurs des îles de Don Khon et Don Det, reliées par un petit pont. Un peu avant qu’il ne dévale par les chutes de Kkone vers le Cambodge, le Mékong, prisonnier de hauts plateaux rocheux, s’étale paresseusement, telle une vaste mer intérieure, dans la province laotienne de Champassak, en un lieu appelé Si Phan Don, les 4000 îles, qui se méritent!
Nous retrouvons Flo, qui nous a réservé un petit bungalow avec une vue imprenable sur le Mékong. Contempler de nos hamacs la vie qui s'y agite dans les pirogues qui en fendent la surface, les enfants rentrants de l'école, les pêcheurs, chapeau chinois vissé au front, qui ramènent leur butin du jour, et les moines dans leurs robes orangées allant honorer les temples est une occupation des plus fascinantes.
Le dîner s'éteint tranquillement, et rejoindre nos lits commence à nous sembler une bonne idée (enfin, disons que les garçons ont vidé pas mal de bières, que j'ai essayé d'ingurgiter un cocktail pas très heureux, qu'il n'y a pas un chat à l'horizon, basse-saison oblige, et qu'il fait nuit noire) mais un endroit d'irréductibles gaulois résiste, et de l'autre côté de la rive nous parviennent des éclats de rires noyés dans les basses d'une piètre musique. Un bar, avec de l'ambiance, ici?? Nous nous motivons pour traverser la rive par le pont et même s'il n'y a que dix minutes de marche, entre les flaques de boue, les chiens errants et les buffles qui squattent tranquillement les abords du chemin, avec une simple lumière de téléphone, ce n'est pas un mince affaire!
Nous montons à l'arrière d'une guest-house, et là, surprise, sur la terrasse dominant le fleuve, nous découvrons une soirée privée... enfin un comité d'entreprise en pleine ripaille. Bien trop éméché pour être mauvais joueur, le chef de la joyeuse troupe, qui a fait boire beaucoup trop de rouge à son t-shirt, nous accueille à bras ouverts - et le reste de ses employés suit, enfin ce qui tiennent encore debout. On nous sert à tout va, le mauvais vin enchaîne le mauvais whisky et les heures, tout le monde oublie que je suis la seule représentante de la gent féminine et on trinque dans toutes les langues pour masquer le fait qu'après quelques politesses on n'a pas vraiment grand-chose à se dire. Les Laotiens disparaissent peu à peu, oubliant un camarade moribond sur une table, et on fait découvrir aux deux qui restent quelques Shakira et autres clips aussi dénudés que commerciaux. Il n'est que ...minuit, mais on a une impression fugace de sortie de boîte, et on s'allonge tous les trois sur le pont qui nous sépare de notre île pour regarder les étoiles, conscients d'observer un ciel différent de chez nous.
"Mais ça marche comment le ciel, ici. Genre, c'est inversé?"
"Mais oui regarde on voit la petite casserole avec la queue en bas"
"Mais n'importe quoi, t'as rien compris!"
"Bah t'as compris, toi?!"
"Euh...."
Le temps dans ce petit coin de monde paisible s'écoule doucement. Nous profitons de la dernière journée de Flo pour tromper la chaleur en allant à la "plage" [comprendre : coin de berge vaseux mais accessible, endroit du Mékong boueux certes mais qui n'est pas une pataugeoire à buffles] et visiter le "Niagara du Mékong", où nous escaladons les rochers pour observer au premières loges, fascinés, les eaux du fleuve jaillir par centaines de litres dans un fracas assourdissants. Règne une odeur de fruits de mer pas frais ... ah non, c'est un chien en décomposition, coincé entre deux grosses pierres, qui se repose auprès de nous pour l'éternité et que les pêcheurs qui ramassent leurs filets enjambent depuis tout à l'heure sans s'émouvoir.
Personne n'aurait pensé, dans ce site le plus touristique de la région et dont l'entrée allège considérablement le porte-monnaie du pigeon touriste à dégager-enterrer-pousser discrètement dans l'eau- l'incommodant cadavre? pourquoi donc . Mais ma brave dame, ON A LA FLEMME!!!!!
Le lendemain matin, Flo nous quitte, et c'est le moment des formalités administratives (bazar, pourquoi n'avons-nous pas fait nos visas pour le Vietnam plus tôt!!). A midi, nous partons en explorateurs à sandales chevronnés, à l'assaut de l'île de Don Khon. Nous longeons des champs de coco et faisons trempette dans un coin de rivière sous le regard placide de quelques buffles, et déjeunons dans un joli restaurant qui surmonte une cascade. Pour le retour, les aventuriers alertes que nous sommes décident de couper à travers champs pour aller plus vite, une riche idée! Un petit chemin nous mène nez-à-nez avec les rizières... et les buffles, dont nous traversons le territoire dans la boue et sur la pointe des pieds, pas trop rassurés par les grognements qui ponctuent notre intrusion. Ensuite, c'est la forêt qui nous assaille, de plus en plus dense, avec ses marécages, ses ronces et ses grosses fourmis qui pincent les orteils. Olivier part en éclaireur, et lorsque je jaillis des broussailles pour retrouver la civilisation [comprendre : un chemin boueux pour carrioles et scooters], c'est dans un hurlement de douleur.
C'est notre dernière nuit, et nous nous régalons à la guest house de rouleaux de printemps sous un ciel de pétrole. Je caresse machinalement Abcès, l'un des chats faméliques qui rôdent autour de notre table, rebaptisé ainsi par Flo à cause d'une vilaine infection au menton.
A raison d'un bateau par jour, nous choisissions de quitter les 4000 îles un peu prématurément pour remonter à Paksé, persuadés que nos visas vont arriver dans la journée et que nous pourrons attraper au vol le bus pour le Vietnam.
Repos aux 4000 îles (Don Khone)
Ou comment les pancakes, hamacs et couchers de soleil rythment nos journées…
(Période du 14 au 18 novembre 2017)
Le bus de nuit qui nous amène de Thakkek au petit port de Nadasang se passe étonnamment bien. Il est 6h du matin, il fait déjà 30 degrés et nous trouvons directement une embarcation pour Don Khone, une des 4000 îles (alors y’en a t’il 4000 ? pas sûr !).
Après quelques recherches et un petit dèj, nous trouvons le bungalow parfait : au bord du Mékong, terrasse et hamac, propre, wifi faible mais présent, pas trop cher. Et en plus il y a plein de restos à côté !
On sent déjà qu’ici et comme dans beaucoup d ‘endroits au Laos, ça va être tranquille… une rue en terre principale parsemée de bungalows et de restos, quelques loueurs de vélos, une école primaire, des maisons en bois, voilà le bourg principal de Don Khone !
On en profite donc pour ne rien faire d’énergique de notre journée : lecture, tri de photo, sieste dans le hamac, blog, coucher de soleil, on se repose ! On tente le resto tenu par un français et sa femme laotienne, la côte de porc marinée est jute incroyable !
Le lendemain on commence notre journée par ce qui deviendra une habitude : aller juste à côté pour le petit déj : le café est bon, mais surtout ils servent des pancakes ENORMES à la banane, avec Nutella ou miel. Le genre de truc qui me donne un sourire de satisfaction intense pour toute la matinée ! En plus le resto a 2 petits chiots casse-cou et tout patauds qui viennent jouer avec nous.
L’après-midi nous partons à pied à la découverte de l’île d’en face, Don Det. Celle-ci est réputée pour être un peu plus festive et effectivement le bourg a une concentration bien plus importante de bars et d’hôtel. Mais la majorité de l’île reste sauvage avec des champs et des buffles un peu partout. Ca représente bien le Laos, un buffle : ça mange, ça se baigne, ça se repose et cela avec un flegme insolent.
Nous trouvons un bar avec une terrasse sur le Mékong pour regarder le coucher de soleil (Oui oui, encore. Tous les jours en fait !). 6 enfants sont dans une petite pirogue : 3 rament, 3 échoppent. La pirogue s’enfonce de plus en plus, ils finissent par tous se jeter à l’eau en rigolant et en s’éclaboussant ! Naufrage, mon capitaine !
Le jour d’après nous allons voir les fameuses cascades de Li Phi. Elles ne sont pas hautes, mais leur largeur est impressionnante. On dirait que le Mékong cherche à contourner les rochers par tous les moyens et donc s’étire, s’étale. La vue est plutôt canon, on se ballade un moment.
Mais il fait CHAUD, c’est intenable. Heureusement au bout du parc il y a une petite plage : nous y passeront le reste de la journée, allant faire trempette toutes les 20 minutes pour se rafraichir. Il ne faut pas aller se baigner trop loin, au risque d’être emporté par le courant et de finir au Cambodge voisin, voire plus loin ! Question d’Antoine quand je l’embête : si je te jette dans le Mékong, dans combien de temps mon frère peut te récupérer à Ho Chi Minh ?
On finit par déguster une bière fraîche dans un hamac, à regarder deviner quoi ? Un coucher de soleil ! Celui-ci est magnifique, les teintes improbables.
Les pancakes et le café avalé, voici une nouvelle journée qui commence, doucement évidemment. Malgré la chaleur étouffante (pas un gramme de vent !) nous louons des vélos sur la demande insistante d’Antoine (haha). On commence par se rendre à la cascade Khone Pa Soy.
Puis, après avoir fait demi-tour pour cause de pont démoli, nous allons tout au sud de l’île. Antoine peste, le vélo lui fait mal aux bras et aux fesses ! Je dois reconnaître que même si c’est agréable de se balader à vélo, ils sont quand même bien pourris et pas spécialement confort, surtout sur les cailloux !
Du bout de l’île on peut voir le Cambodge, de l’autre côté du fleuve. Il paraît qu’il y a des dauphins dans le coin mais nous n’en voyons pas !
On se promène encore un peu, l’île est superbe.
Puis on s’arrête sur une plage pour aller se baigner. J’ai déjà dit qu’il faisait chaud ?
En rentrant on tombe sur Marie-Sophie et Mickael, rencontrés sur la boucle de Thakkek. On se donne rdv pour le dîner. Après avoir regardé le coucher de soleil qui est ce soir magnifique, avec des teintes improbables, nous les retrouvons. Nous passons une soirée très sympa. Ils nous donnent un bon plan pour le lendemain…
En effet après le petit dèj on se dirige vers Don Det : une auberge met à disposition sa piscine pour 1 euro ! En plus le matin on est tout seul, c’est le pied. On essaye de mettre à jour le blog entre deux sauts dans la piscine. Ca fait du bien !!! Nous passons ici des heures molles et agréables, réfléchissant un peu à notre prochain retour en France.
Pour terminer cette dernière journée sur l’île, le ciel s’embrase complètement pour nous offrir un coucher de soleil magnifique. Depuis le pont qui relie les deux îles, nous en profitons un max !
On aura bien boulonné durant ce séjour ici, et c’est en super forme que nous partons vers Pakse, ville départ de notre prochaine aventure en scooter.
Bonne journée !
Emmène-moi revoir une dernière fois Ces choses qui faisaient sauter Mes pensées périmées
La poussière orange des sentiers Le béton brûlant de Miami Et puis aussi les gens Qui dansent à Tivoli
FAUVE ≠ 4.000 ÎLES
Il faut vraiment qu’on reparte le plus vite possible Parce que tu sais que là Ça devient carrément insupportable Il faut qu’on se noie encore une fois Dans les nuits fauves Et les grands soirs Qu’on récupère un peu d’espoir Emmène-moi revivre juste pour un mois Dans le labyrinthe des 4.000 îles Près de mes amis au grand cœur Qui me rendaient 100 fois meilleur Emmène-moi revoir une dernière fois Ces endroits qui faisaient taire le vacarme De mes idées noires Les sommets qui jouent les mâchoires Et ta cage thoracique se resserre Quand tu les regardes de haut en bas Emmène-moi revoir juste pour un soir Le vert fluo des rizières Qui triomphèrent de ma colère Et consolèrent mon désespoir
Emmène-moi revoir une dernière fois Ces choses qui faisaient sauter Mes pensées périmées La poussière orange des sentiers Le béton brûlant de Miami Et puis aussi les gens Qui dansent à Tivoli La jungle urbaine de Port Royal Sniper Alley et ses tramways Qui domptaient ma part animale Au mois d’avril et au mois de mai
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“emmène moi revoir ces endroits qui faisaient taire le vacarme de mes idées noires, ces sommets qui jouent les mâchoires et ta cage thoracique se referme quand tu les regardent de haut en bas”
fauve | 4000 îles
emmène-moi revoir une dernière fois
ces endroits qui faisaient taire le vacarme
de mes idées noires
les sommets qui jouent les mâchoires
et ta cage thoracique se resserre
quand tu les regardes de haut en bas