Simon Leoza has been honing his craft in the three years since the release of his debut album Albatross. A live album was followed by a pair of singles and scores for a ballet and a short film. In September, he turned his attention to a major project, releasing the first of what would eventually be three “scenes” of ACTE on three EPs, three tracks per EP; the full set is now released, including…
Le matin, après avoir libéré la chambre d’hôtel, Harriet trouva le Mont-Saint-Michel sur une carte et Belle lui dit qu’elle pouvait les téléporter au bon endroit. Cette fois, Harriet était préparée pour la sensation déstabilisante de quitter un lieu par la magie féerique. Elle se concentra sur sa respiration pour ne plus penser à la forte pression atmosphérique et ferma les yeux pour ne plus voir les couleurs qui bougeaient autour d’elle en forme de spirale. Finalement, le mouvement s’arrêta, mais quand Harriet inspira, son nez se remplit d’eau. Elle toussa et ouvrit les yeux, et puis les referma immédiatement contre la douleur soudaine et cinglante de l’eau salée. Belle les avait téléportées sous l’eau.
« Belle ! » s’exclama Harriet, le souffle coupé par un déferlement d’eau dans sa bouche. Elle se débattu pour se propulser vers le haut, mais sa poitrine se contracta faute d’air. Après environ dix secondes de lutte, qui semblèrent durer deux ou trois fois plus longtemps, elle perça la surface. Elle cracha l’eau de sa bouche et essuya ses yeux, qui larmoyaient.
« Belle ! »
Elle ne voyait pas encore la fée, mais le Mont-Saint-Michel était visible au loin. Trop au loin, à son avis. Harriet tourna sur elle-même en nageant sur place.
« Belle ! »
« Harriet ! »
Belle apparut soudainement juste à côté de Harriet. Ses cheveux argentés tombaient mollement sur ses épaules.
« Je suis tellement désolée », s’excusa-t-elle. « La marée est haute, comme vous le voyez.
Est-ce que vous êtes blessée ? »
Harriet hocha la tête non. « Qu’est ce qui s’est passé ? »
« Je ne savais pas que le Mont-Saint-Michel était si petit et se trouvait sur la côte. Ma téléportation n’est pas exacte quand je n’ai jamais visité l’endroit avant. »
« Mais je vous ai montré la carte ! Il y avait beaucoup de bleu à côté de la cité ! »
« Je ne sais pas lire les cartes. Vous êtes sûre que vous allez bien ? »
Harriet soupira. « Je vais bien. »
« Heureusement. Je nous volerais vers l’îlot si je pouvais. Mais mes ailes sont toutes détrempées. Regardez. » Belle tendit le bras sous l’eau pour attraper l’une de ses ailes. Elle la leva pour la montrer à Harriet. Harriet ne pouvait pas voir une différence dans la membrane, mais Belle paraissait très déçue. Elle fit une grimace et Harriet vit les pointes coupantes de ses dents. « Je ne peux pas voler normalement sous la pluie », expliqua Belle, « encore moins complètement mouillée comme je suis maintenant. » Belle relâcha l’aile, et elle frappa l’eau et éclaboussa Harriet.
« Hey », protesta-t-elle.
« Pardon. »
« Si vous ne pouvez pas voler, est-ce qu’on doit nager ... the whole way ? » Harriet considérait avec hésitation la distance entre leur point d’arrivée et le Mont-Saint-Michel.
« Moi je vais nager. Pas vous. Après que je me transforme, monte sur moi, d’accord ? » Sans attendre une réponse, Belle plongea sous l’eau. Elle ne réapparut pas, mais à sa place une gigantesque tortue marine remonta brusquement. Harriet examinait l’animal minutieusement. Il était parfaitement rond, d’une circonférence qui ferait honte à une table de petit-déjeuner, et les motifs sur sa coquille ressemblaient aux os sur l’aile de chauve-souris. À l’exception des yeux, il était turquoise. Pour Harriet, la nuance était trop vive pour passer pour une tortue normale ; c’était le genre de turquoise qu’on ne voyait que dans les films pour enfants. Quant aux yeux, ils étaient brillants et argentés et Harriet voyait quelque chose de peu fiable dedans. En fin de compte, c’était cet aspect qui la convainquit à lui faire confiance.
« Je pense que je vous préfère sous cette forme », dit-elle.
La tortue sourit, révélant deux rangées de dents serpentines, et fit un geste de sa nageoire qui semblait dire, Alors, allez ! Comme c’était sa première fois à bord d’un tel vaisseau, Harriet s’installa assez maladroitement sur son dos. Elle se mit en tailleur parce que la coquille était trop large pour positionner ses jambes aux côtés. Avec un peu d’inquiétude, Harriet s’agrippa au bord de la coquille pour se stabiliser. La tortue coula quelques centimètres sous l’eau et bondit en avant, se dirigeant vers l’îlot.
Passer sous le portail en pierre au Mont-Saint-Michel était comme entrer dans une fête médiévale, sans les acteurs déguisés. Harriet s’arrêta, sans vraiment s’en rendre compte, parce qu’il y avait trop de stimuli visuel à assimiler en marchant. Elle aurait perdu Belle si ce n’était qu’elle aussi était immobile devant la cité.
« J’aime votre plan », dit Belle. Harriet sourit. Le voyage avait pris longtemps, parce que l’îlot était encore plus éloigné qu’il ne l’avait paru. De plus, l’eau qui entourait le Mont-Saint- Michel n’était pas assez profonde pour nager. Belle ne pouvait pas encore voler à cause de ses ailes mouillées, d’ailleurs ses pouvoirs étaient presque épuisés. Ainsi, elle se servit du reste de sa magie pour calmer les sables mouvants sous leurs pieds. Harriet et elle marchèrent la distance qui restait, et elles étaient arrivées en fin de l’après-midi. Puisqu’il ne restait que quelques heures avant le coucher du soleil, elles décidèrent de commencer avec le meurtre. Elles trouveraient Jack après que Belle soit devenue citoyenne du plan éveillé.
Elles se promenèrent parmi les magasins et les restaurants pendant un quart d’heure avant de s’installer sur un banc d’un belvédère qui offrait une vue des bâtiments et de l’eau hors des remparts. Harriet étudiait une carte gratuite qu’elle avait trouvé près de l’entrée de la cité, bien qu’elle fût incrédule de l’affirmation de Belle qu’elle ne pouvait pas lire les cartes. Elle abandonna le banc après quelques secondes pour s’asseoir sur la large balustrade de sécurité, laissant pendre ses pieds au-dessus des toits pavés.
« Harriet ? »
« Ne disez pas », commença Harriet, « que je vais tomber. »
« Dîtes. Et j’allais vous dire que c’est vraiment l’heure pour le troisième acte ... Vous savez que je n’ai aucun scrupule à tuer un être humain, mais je veux vérifier encore une fois que ça ne vous inquiète pas. »
« Je ne m’inquiète pas », Harriet l’assura. « Je vous préfère à un humain que je ne connais pas. La plupart des humains sont ennuyeux. Vous êtes la personne la ... moins ennuyeuse dans le monde entier. »
« C’est parce que je ne suis pas une personne. »
Harriet haussa les épaules impassiblement. Elle balança ses jambes au-dessus de la balustrade pour faire face à Belle et agita la carte devant elle. « J’ai trouvé un lieu parfait pour le meurtre. Le sommet de l’abbaye. »
« Deux billets pour visiter l’abbaye, s’il vous plaît », dit Belle. Elle avait dit à Harriet qu’elle ne comprenait pas pourquoi il était nécessaire d’acheter des billets, puisqu’elle était capable de se rendre invisible. Mais pour sa part, Harriet voulait faire le truc correctement, et elle s’amusait à regarder les difficultés de Belle avec l’argent humain.
« Est-ce que vous aimeriez faire la visite avec audioguide ? » demanda le vendeur dans la billetterie.
Audioguide ? articula Belle silencieusement à Harriet.
« Non merci », dit Harriet au vendeur. « C’est une technologie ... qui parle », chuchota-t- elle à Belle. Les yeux de Belle s’élargirent.
« Est-ce que vous êtes étudiantes ? » continua le vendeur. « Il y a un tarif réduit si vous avez entre dix-huit et vingt-cinq ans. »
« Je suis une étudiante », dit Harriet. Bon, elle était presque étudiante. L’Université de Georgetown venait de l’accepter ce printemps. Avant cette semaine, elle attendait l’université avec impatience, mais maintenant elle avait du mal à imaginer qu’une école, même une très bonne école, pourrait être comparée à une aventure internationale avec une fée. Peut-être que Belle pourrait s’inscrire à Georgetown aussi. Elle n’avait certainement pas encore fait ses études.
« Pas moi », dit Belle. Harriet réprima une rire en toussant. Belle lui avait dit qu’elle avait plus de deux cents ans.
« Ça fait dix-huit euros, s’il vous plaît », dit le vendeur. Harriet lui passa les billets. « Bonne visite ! »
La route vers le sommet de l’abbaye était jolie et attirait l’œil, mais Harriet se força à ignorer les vues—le soleil commençait à se coucher. Belle l’avait apparemment remarqué aussi, parce que ses pas s’accélérèrent et Harriet devait trottiner parfois pour la suivre.
« Si le rêveur n’est pas là— » dit-elle, mais Belle l’interrompit. « Il est là. »
« Vous le sentez ? » devina Harriet.
« Je le sais. »
« Et Jack est encore là aussi ? » vérifia-t-elle. Elle ne serait pas surprise s’il était dans une autre ville au nord de la France. C’était bien sa chance.
« Il est là. »
Harriet se sentit soulagée. Elle pouvait à peine croire qu’il était si proche. Elle se demanda s’il visitait le Mont-Saint-Michel avec son père adoptif, comme elle le faisait avec Belle. S’il fallait chercher dans les moindres recoins pour trouver son frère, elle le ferait. Elle savait qu’elle n’avait aucun pouvoir magique, mais elle pensait presque sentir sa présence pendant qu’elle suivait Belle. Le sentiment s’augmenta avec chaque pas.
Elles marchaient dans une grande salle avec des larges et grandes colonnes grises. C’était peut-être une salle de danse ou un réfectoire. Après la mort du rêveur et sa réunion avec Jack, Harriet demanderait à Belle si elle voudrait refaire cette partie de la visite avec l’audioguide, parce qu’elle voulait comprendre tout ce qu’elle voyait. Cette salle en particulier, avec ses ombres tentantes, la fit penser aux donjons de Poudlard dans les livres de Harry Potter où habitaient les étudiants de la maison de Serpentard. Harriet était convaincue qu’elle appartiendrait à Serpentard si elle était une sorcière. Plus tard, elle partagerait la série de romans avec Belle. Elle suspectait que Belle était une Poufsouffle.
Pour la première fois, elle se demanda ce qui se passerait si le nouveau père de Jack ne voulait pas le remettre à sa sœur, bien qu’elle fût majeure. Mais elle écarta la pensée presque immédiatement, parce qu’elle avait une fée puissante à son côté.
« Nous sommes presque là ! » dit Harriet quand elles montèrent le dernier escalier, qui menait au sommet.
« Je sais. »
Leurs pieds frappèrent les vieilles marches avec insistance et elles sortirent finalement dans une jolie cour. Les plantes vertes fleurissaient autour de petites colonnes courbées. L’espace était vide, sauf une seule personne qui regardait à travers une fenêtre, et dont Harriet et Belle ne pouvaient voir que le dos. Elles l’approchèrent—Harriet avec hésitation et Belle avec assurance. Harriet marcha sur une brindille et elle se cassa d’un coup sec. La figure se tourna vers le bruit. C’était un garçon de huit ou neuf ans, brun, souriant.
C’était Jack.
« C’est bien lui », dit Belle d’un ton content.
« Non », dit Harriet puissamment.
« Harriet ! » dit le garçon heureusement. « What are you doing here ? » Puis il vit Belle et pâlit. « Vous ! » s’exclama-t-il.
« Mon dieu », murmura Belle. Elle avait déjà avancé vers Jack, mais Harriet ne bougeait plus. Le soleil disparaissait. Le temps manquait ...
« Harriet », dit Belle avec fermeté, « je ne vais pas tuer votre frère. Vous savez que je ne pourrais jamais faire une telle chose. »
Harriet hocha la tête, mais elle dit, « Mais vous ... le soleil ...vous allez ... » Elle fit le geste et prononça les mots d’une manière saccadée.
« Peu importe », dit Belle. « La question ne se pose pas. »
Jack regardait leur échange d’un air confus et effrayé. Harriet le regardait dans les yeux. C’était sa première chance de le faire depuis son déménagement en France quelques années plus tôt.
Belle ferma la distance entre elle et la fenêtre à côté de Jack. « Je rentre chez moi », dit- elle. « Ça va aller ... Merci pour tout, Harriet. »
Plus que tout, Harriet voulait se disputer avec elle. Il y avait sans doute plus qu’assez de gens aux niveaux inférieurs de l’abbaye ; elle en trouverait facilement une personne au hasard pour offrir à la place de son frère. À la place de Belle. Mais il ne restait pas le temps pour en parler ; au loin, l’horizon luisait jaune. Belle donna à Harriet un dernier coup d’œil désolé et puis poussa Jack hors du passage, se positionnant elle-même sur le rebord. Harriet courut vers la fenêtre. Belle recula. Un cri de protestation se coinça dans la gorge de Harriet pendant qu’elle se lançait du rebord une fraction d’une seconde plus tard.
Harriet croisa le regard de la fée et pensa qu’elle paraissait belle comme cela, en tombant, malgré le choc et l’horreur dans ses yeux. Elle semblait gelée dans le temps même pendant qu’elle avançait à toute allure en bas. Ses cheveux argentés s’agitaient joliment autour des lignes dures de son visage. Harriet étendit ses bras en désespoir de cause. Elle pouvait tout juste voir un reflet d’orange à l’horizon jaunissant, un reflet dont la réflexion étincelait dans les yeux de Belle. Elle était presque suffisamment proche pour la toucher, presque, presque—et Harriet fit ce qu’elle avait fait tant de fois avant et tendit le bras pour attraper la main de Belle.