Isabelle de Bourbon-Parme (1741-1763)
Des histoires de princesses mortes trop jeunes et tombées dans l’oubli, ce n’est pas cela qui manque dans l’Histoire de l’Humanité. Mais l’histoire d’une princesse morte trop jeune, oubliée dans l’Histoire et potentiellement bisexuelle voire lesbienne ? Venez découvrir une brève biographie d’Isabelle de Bourbon-Parme, première épouse de Joseph II, le frère aîné de Marie-Antoinette !
Ou la princesse qui a épousé un prince mais a crush sur sa belle-sœur !
Isabelle de Bourbon-Parme est une figure relativement connue en France, notamment grâce à la sortie, il y a déjà quelques années, de sa correspondance à Marie-Christine, sœur aînée de Marie-Antoinette, laquelle dépeint un véritable attachement à la jeune femme. Certains disent amitié forte, d’autres répondent « et elles furent colocataires » comme le veut la fameuse blague concernant le manque de visibilité lesbien dans l’Histoire en général.
Mais résumer Isabelle à sa potentielle orientation sexuelle serait injuste et réducteur.
Isabelle naît le 31 décembre 1741 à Madrid. Son père est Philippe I de Parme, fils Philippe V (lui-même petit-fils de Louis XIV) et de la puissante Elisabeth, dernière descendante de la famille italienne des Farnese. Sa mère est la princesse Louise-Elisabeth, fille aînée de Louis XV et de Marie Leszczynska.
Que du beau monde, donc.
Quand Isabelle naît, sa mère n’a que quatorze ans ! D’ailleurs, le mariage entre ses parents n’est pas des plus heureux et Elisabeth trouve tous les prétextes possibles pour quitter la Cour d’Espagne et rejoindre son Versailles natal, de telle sorte que quand naîtra son second enfant, un fils, Ferdinand, il y aura un écart de dix ans entre le frère et la sœur !
A la Cour de son grand-père maternel, Isabelle est très appréciée.
Isabelle reçoit une éducation soignée et c’est une âme érudite : elle apprend le violon, lit des livres de philosophie, d’histoire et de théologie. Elle aime particulièrement les écrits de Bossuet et de Law.
Ses parents sont très stricts : son père est pour les punitions corporelles et sa mère fait en sorte qu’elle les reçoive. Selon les propres mots de la princesse, elle était une enfant malicieuse avec un besoin de bouger. Elle aimait chasser les papillons, monter à cheval et effectuer des acrobaties avec une corde (peut-être l’ancêtre de la corde à sauter) mais cela a été assez vite brimé.
Une éducation stricte, peu de compagnon de jeu, une mère qui jalouse sa nounou…
Rien d’étonnant que cela vrille pour notre héroïne du jour.
Dès ses seize ans, Isabelle a des pensées morbides et vit avec l’idée qu’elle mourra jeune, ce qui est terriblement prophétique. Aujourd’hui, nous savons que la pauvre adolescente souffrait de dépression. Certains évoquent la possibilité d’une bipolarité héréditaire.
La vie d’Isabelle prend un terrible tournant : le 06 décembre 1759, sa mère meurt à Versailles de la variole et sa fille de dix-huit ans se retrouve à devoir prendre soin de son frère Ferdinand (1751-1802) et de sa petite sœur Marie-Louise (1751-1819). Je vous précise que Ferdinand et Marie-Louise ne sont pas jumeaux, c’est juste que le fils est né en janvier et la fille en décembre de la même année.
Le 06 octobre 1760, alors qu’elle va avoir 19 ans, elle épouse le futur Joseph II (1741-1790), le frère de Marie-Antoinette (1755-1793)
Joseph est enchanté par son épouse et en tombe follement amoureux. D’ailleurs, Isabelle est assez bien accueillie par sa belle-famille, laquelle loue sa beauté, son intelligence et son sens politique. Isabelle dira de son beau-père, François, qu’il est un homme bon, honorable, un vrai ami, même s’il a tendance à écouter les mauvais conseils.
Le 20 mars 1762, Isabelle donne naissance à sa fille, une petite Marie-Thérèse qui sera la prunelle des yeux de son père. D’ailleurs, il assiste à l’accouchement.
Si on pourrait croire à une vie heureuse, la réalité est toute autre : Isabelle, malgré l’amour de Joseph, ne parvient pas à aimer cet homme et ne le voit que comme un époux envers qui elle a des devoirs.
Son coeur bat ailleurs…
Il bat pour sa belle-sœur, Marie-Christine, dite Mimi, la propre sœur de Joseph !
Marie-Christine et Isabelle se sont très vite entendues et ont lié une véritable amitié. La vie de cour et les obligations les séparent, donc elles s’écrivent énormément.
Elisabeth Badinter a sorti cette correspondance dans Je meurs d'amour pour toi et pense qu’Isabelle et sa belle-sœur entretenaient une relation saphique. D’autres historiens, comme Antonia Fraser, pensent que si Isabelle était en effet amoureuse, Marie-Christine n’a jamais vu Isabelle autrement que comme une amie.
Le mystère reste donc entier.
Mais je vous copie, ici, quelques extraits des 194 lettres qui sont sorties dans le recueil de Badinter.
« Je vous aime à l'adoration et mon bonheur est de vous aimer et d'être assurée de vous. »
« Vous me faites tourner la tête […] Je suis dans l'état le plus violent, la sueur me coule sur le front, je suis sans haleine… »
« Je baise votre adorable cul en me gardant bien de vous offrir le mien qui est un peu foireux. »
Isabelle étant une femme dévote et de devoir, cette passion interdite la fait souffrir, d’autant plus qu’elle se sait espionnée.
En effet, Marie-Anne, l’une des sœurs aînées de Joseph avec laquelle elle ne s’entend pas, est réputée pour suspecter cette passion adultérine, au point qu’Isabelle aurait conseillé à Marie-Christine de protéger leurs lettres des yeux de son adelphe.
Joseph ignore l’histoire entre sa femme et Marie-Christine mais il n’accepte pas le comportement de Marie-Anne à son égard. Il ne ne lui pardonnera jamais et le lui fera payer, même bien après le décès de son épouse.
Isabelle ne se contente pas d’être archiduchesse : elle prend également la plume et rédige des traités, notamment Réflexion sur l’éducation dans lequel elle fustige l’éducation qu’elle a reçue de ses propres parents et explique que l’éducation et l’instruction d’un enfant incombent totalement aux auteurs de ses jours et que reléguer cette tâche à d’autres est faire preuve de paresse.
Elle dénonce également les punitions corporelles et les conséquences qu’elles ont sur un enfant : loin de les corriger, elle exacerbe les défauts et peut en créer des bien plus graves. Faire preuve de violence envers un enfant était un abus de pouvoir alors que la meilleure façon d’élever un enfant était au contraire de faire preuve de compassion et de bienveillance.
Ses pensées la rendent populaires puisque dans l’air du temps.
Mais elles sont aussi terriblement visionnaires puisque ces questions sont encore d’actualité en 2024, où le débat sur l’utilité de la fessée fait encore rage.
Dans son traité sur le Sort des princesses, elle dénonce également le fait que des pauvres jeunes filles comme elles servent pour forger des alliances entre les pays et que cette méthode n’est pas la meilleure.
Elle rédige Le Traité sur les hommes dans lequel elle dit que la femme est l’égale de l’homme : elle est aussi capable que lui, peut-être meilleure sur certains points. Elle fait aussi preuve d’une bonne dose de misandrie en les décrivant, sous couvert de l’humour, comme des créatures inutiles qui n’existent que pour semer le chaos et la confusion. Pour elle, l’asservissement des femmes aux hommes existe parce que les hommes ont conscience que les femmes leur seraient supérieures.
En août 1762 et en janvier 1763, Isabelle fait une fausse couche, avant de retomber enceinte dans l’année 1763.
Durant l’été, la famille impériale se repose à Schönbrunn et Isabelle, alors enceinte, ne veut pas retourner à la Hofbourg, fatiguée et se pensant enceinte de jumeaux. Cependant, en novembre, elle est contrainte de revenir.
La fin est proche.
Le 18 novembre, Isabelle, malade, est diagnostiquée : c’est la vérole !
Sa fièvre provoque le travail et elle accouche le 22 novembre d’une petite Marie-Christine, laquelle mourra le même jour.
Epuisée, elle meurt le 27 novembre 1763, à un mois de ses 21 ans.
On l’enterre à la hâte avec son bébé, son corps étant encore contagieux.
Joseph est dévasté et ne se remettra jamais de la mort d’Isabelle. Son second mariage à Marie-Josèphe de Bavière sera bref et terriblement froid.
Quant à leur petite Marie-Thérèse, elle meurt à l’âge de 7 ans en 1770 d’une pleurésie.
Cette nouvelle perte plonge l’homme un peu plus dans la douleur et il écrira à la gouvernante de son enfant :
«Si la décence le permettait, ce serait avec vous seule que je déverserais le chagrin qui transperce mon âme. J'ai cessé d'être père : c'est plus que je ne peux supporter. Malgré ma résignation, je ne peux m'empêcher de penser et de dire à chaque instant : « Ô mon Dieu, restaure-moi ma fille, restaure-la-moi. ». J'entends sa voix, je la vois. J'étais étourdi quand le terrible coup est tombé. Ce n'est qu'après être rentré dans ma chambre que j'en ai ressenti l'horreur totale, et je continuerai à la ressentir tout le reste de ma vie puisqu'elle me manquera en tout... En tant qu'unique héritier de ma fille, je viens de donner l'ordre de ne garder que ses diamants. Vous devez avoir tout le reste. Une chose que je vous demanderais de me donner est sa robe de chambre blanche brodée de fleurs, et certains de ses écrits... »
- Marina Ka-Fai
Si toi aussi tu veux en lire plus sur Isabelle, tu peux aller regarder ces sources :
-Ernest Sanger, Isabelle de Bourbon-Parme : La Princesse et la Mort, Bruxelles, Racine, 2002.
-Isabelle de Bourbon-Parme : « Je meurs d'amour pour toi » - Lettres à l'archiduchesse Marie-Christine 1760-1763, éditées par Elisabeth Badinter, Paris, Tallandier, 2008.













