traité provisoire pour une hydrographie poétique, IV, la limite de la loi
la loi hydronymique à l’origine des noms de nos cours d’eau basée sur la règle du plus haut débit n’a pas été sans poser problème aux géographes eux-mêmes qui l’ont pourtant établi ; ainsi lorsque ceux-ci dans certains cas ont constaté, non sans un certain désarroi, la parfaite équivalence des débits des deux cours d’eau qui se rejoignent, ils ont dû se résigner à y déroger en nommant par un troisième nom le confluent, comme si deux rivières pouvait donner naissance à une autre totalement nouvelle, comme si les eaux pouvaient se recréer à partir d’elles-mêmes ; ainsi en France, la Gironde formée à égalité de l’union de la Dordogne et de la Garonne, est issue de cette poésie là (car on voit bien qu’il ne peut s’agir de loi) ; en Russie, Argoun et Chilka ont donné naissance au fleuve Amour selon la même image ; et mieux encore, le roi des fleuves, l’Amazone est issu lui aussi de cet usage, de deux rivières égales, le Maranon et l’Ucayall, que nul hydrographe n’a réussi jusqu’à nos jours à départager
© Pierre Cressant
(dimanche 10 février 2013)









