Reste le choix d’être poète. La poésie n’a rien à voir avec la beauté. Moins encore avec le charme mièvre de quelques douces métaphores ou tendres allégories. Elle n’est ni un divertissement ni une distraction. La poésie, c’est la précision. La poésie, c’est à la fois la maîtrise souveraine de la grammaire, l’humble soumission à la syntaxe, et le droit -presque le devoir- de pouvoir réinventer la langue à chaque strophe. La poésie, c’est l’implacable nécessité d’un agencement qui déconstruit en respectant. C’est le choix d’une immense cohérence locale conjuguée avec une espiègle errance globale. Se faire poète ici, ça ne signifierait évidemment pas nécessairement écrire des vers. Cela engagerait avant tout à travailler la matrice sémantique et sémiotique pour ouvrir au questionnement tous les construits que nous avons confondus avec des données. La résistance poétique est intransigeante. Elle dessine au scalpel. Elle est rigoureuse et pointilleuse. Elle cherche à connaitre et à comprendre. Elle n’ignore rien des règles ni des codes. Elle débute par une exploration patiente et savante du réel. Mais elle s’autorise aussi à tout interroger. Elle n’a pas peur de l’ailleurs. Elle n’est pas contrainte par les carcans d’une pensée héritée. Elle tente d’exister c’est à dire de s’extraire, de se désarrimer. Elle ose remettre en cause ce qui n’était jusqu’alors pas même questionnable. Elle jubile face à l’incroyable. […] Si le poète est celui qui sait entrevoir ce qui n’avait pas encore été imaginé, qui sait que l’existant s’invente en même temps qu’il se découvre, l’avenir sera poétique ou ne sera pas.
Aurélien Barreau Le plus grand défi de l’histoire de l’humanité Michel Lafon ed. 2018 [p202,203]















