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En Allemagne
Nouvelles vénitiennes 📰
Huile sur toile 🖼 © Jean-Yves Bernard
👋 Bel après-midi
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Amoureux au parc Debrousse, – rotring 0.20, carnet nº 111, 2016.
Autour d’un banc #1
Neige à PARIS LE 19 MARS 2018 ©Françoise Larouge
Old, but gold!
Un siège pour deux
Pendant des années, Don Héctor a fait partie du décor de la gare centrale. Non pas comme voyageur, mais comme une présence immuable. Chaque matin, à sept heures précises, il s’asseyait sur le même banc de bois, un thermos de café entre les mains, un bonnet de laine couvrant ses oreilles. Mais ce qui attirait surtout les regards, ce n’était pas lui, c’était son compagnon un vieux chien bâtard au pelage gris et au regard sage, que tous connaissaient sous le nom de Sombra. Sombra n’était pas un chien ordinaire. Il n’aboyait jamais, ne dérangeait personne. Il se contentait de s’asseoir près de Don Héctor, collé contre sa jambe, comme s’ils formaient ensemble une seule et même sculpture silencieuse. Ils ne demandaient rien, ne parlaient à personne. Ils observaient simplement le va-et-vient de la vie. On disait qu’Héctor avait été cheminot, et que ce banc était sa façon de ne pas abandonner tout à fait son ancienne routine. D’autres prétendaient qu’il attendait quelqu’un. Qui ? Nul ne le savait. Mais chaque jour, il était là, Sombra à ses côtés. Un matin, Don Héctor ne vint pas. Ni le lendemain. Mais Sombra, lui, était là. Il arriva seul, traversa la gare d’un pas décidé et s’assit sur le même banc. Il regardait vers le quai, exactement comme il le faisait avec Héctor. Il ne bougeait pas, n’acceptait aucune nourriture. Il attendait. Simplement. Les employés, émus, commencèrent à se relayer pour l’accompagner. L’un lui apportait de l’eau, un autre une couverture. Mais Sombra ne se laissait pas caresser. Son regard restait paisible, mais sa tristesse, évidente. Les jours passèrent. Des voyageurs habituels s’arrêtèrent à leur tour près de lui, le saluèrent, lui parlèrent même. Sombra ne répondait pas, mais il ne partait pas. Comme s’il remplissait une promesse muette. Peut-être croit-il que Don Héctor reviendra, dit une vieille dame. Où peut-être sait-il qu’il ne reviendra pas… et c’est pour cela qu’il l’attend. Au bout d’une semaine, le chef de gare fit poser une petite plaque au dos du banc : À la mémoire de Don Héctor et de Sombra. Parce que certains amours n’ont pas besoin de mots. Ce jour-là, quelque chose changea. Une fillette s’approcha de Sombra. Elle s’appelait Abril. Elle avait huit ans à peine, des boucles dans les cheveux et un sac à dos couvert d’autocollants. Elle s’assit à côté de lui sans rien demander. Elle lui parla doucement. Elle lui confia que ses parents se séparaient et qu’elle était triste. Elle lui demanda si elle pouvait rester un peu. Sombra posa sa tête sur ses genoux. À partir de ce jour, Abril vint le voir tous les mardis et jeudis. Elle lui apportait des biscuits, lui lisait des histoires. Sombra ne dormait plus seul. Bientôt, d’autres enfants s’approchèrent. Puis des adultes. Le banc devint un lieu de rencontre, de réconfort, de silences partagés. Et même si Sombra vieillissait, il continuait de revenir. Non plus pour Don Héctor… mais pour tous ceux qui, comme lui, avaient besoin de compagnie. Un jour, Sombra ne revint pas. La gare entière le ressentit. On déposa des fleurs sur le banc. Une écharpe tricotée par Abril. Un dessin, un thermos vide. Mais personne ne l’oublia. Le banc resta à jamais réservé. Plus personne ne s’y assit. Et bien qu’un panneau indique désormais « Interdiction de s’asseoir », chacun sait que ce banc est habité de souvenirs, d’histoires, et de l’empreinte qu’un ami fidèle laisse derrière lui. Parce que, parfois, l’amour le plus profond est aussi le plus silencieux. Et qu’il dure bien au-delà du dernier train.