«Le rêve européen s’éteint»
Moins de deux mois avant les élections générales italiennes, le philosophe français Marek Halter l'affirme : «J'ai peur de l'évolution vers une Europe sans âme, otage des prophètes de la peur.»
Nous nous sommes entretenus avec Marek Halter par téléphone alors qu'il se trouve actuellement en Tunisie où il organise une marche européenne pour la paix, qui devrait partir de Bruxelles et Moscou en septembre. Destination : Kiev. Mais c'est avec angoisse que l'écrivain et philosophe français d'origine polonaise envisage un autre événement important de l'automne : les élections italiennes et la possible victoire de la droite. « Le souverainisme, c'est la peur de l'autre », affirme-t-il, ajoutant que « le rêve européen s'éteint ».
La perspective que Giorgia Meloni devienne présidente du Conseil (cheffe du gouvernement, NDLR) vous inquiète-t-elle? J'ai peur de l'évolution vers une Europe sans âme, otage des prophètes de la peur. Une Europe qui ne fait plus rêver les gens, dans laquelle les partis n'existent plus et les idéologies de droite prévalent. Avec l'affaiblissement de la gauche, le rêve de Victor Hugo, qui aspirait à la création d'une Europe sans frontières, d'un continent qui unit les cultures et les valeurs, de Beethoven à Chopin, mais aussi Tchaïkovski, s'éloigne peu à peu. Derrière Alexandre le Grand, il y avait Aristote : dans cette Europe-ci, les intellectuels ont disparu et les sectes, groupes et idées réactionnaires prospèrent.
Comment interprétez-vous la montée des souverainismes ces dernières années ? Le souverainisme n'est rien d'autre que la peur de l'autre et le repli dans une dimension égoïste et nationaliste. Nous avons construit une Europe sans murs et sans droits de douane et, aujourd'hui, ces murs réapparaissent aux frontières pour faire barrage aux migrants, ou encore entre le Kosovo et la Serbie. Pourtant, la chute du Mur de Berlin, qui était la promesse d'une Europe nouvelle, ne semble pas si lointaine.
L'Europe et l'Otan ont toutefois uni leurs forces pour défendre l'Ukraine. L'Ukraine, pourtant, risque de devenir la tombe de l'Europe. Notre continent ne peut pas être qu'une alliance économique et militaire.
Mais il ne l'est pas : l'Etat de droit a aussi été défendu par le gel des fonds accordés à la Pologne et à la Hongrie. Et le président français Emmanuel Macron a souvent insisté sur l'Europe des valeurs. Nous devons nous demander pourquoi la majeure partie de l'Afrique et de nombreux pays asiatiques se sont rangés du côté de Poutine, pourquoi l'Europe est considérée comme si faible à leurs yeux. Giorgia Meloni est synonyme de repli dans la dimension nationale parce que le rêve européen s'éteint. En ce sens, elle rejoint Marine Le Pen. Ce sont des politiciens à la recherche de l'éternel bouc émissaire.
Notre continent ne peut pas être qu'une alliance économique et militaire Marek Halter Philosophe
Pourquoi êtes-vous aussi pessimiste quant à la possibilité que prévale l'idée d'une Europe unie ?
Parce que je crains que nous, les intellectuels, ayons perdu le monopole de la parole. La défense des plus fragiles ne compte plus. Lorsque je suis arrivé en France en 1950, les syndicats poussaient des millions de Français à descendre dans la rue. Il n'existe plus de sujet capable de rassembler les gens au nom des valeurs. Il existe un vide idéologique qui me fait très peur. Qu'opposons-nous à la Chine, qui est un régime, mais nous a dépassés dans la course technologique, ou encore à la Russie autocratique ? La réponse ne peut pas être uniquement l'Otan ou l'Europe économique.
la Repubblica Entretien de Tonia Mastrobuoni publié dans Le Soir
Et chez nous en Belgique ?
"Que va faire De Wever en 2024 ? Va-t-il négocier quand même avec le Vlaams Belang comme en 2019 ? Va-t-il s'associer à ce parti ? Personne ne le sait, en fait, nuance un fin observateur de la politique flamande. Quand il négociait avec Van Grieken, il n'y a pas eu de révolution au sein de la N-VA : les militants et les élus n'ont pas contesté. Tout dépendra des résultats des élections. Tout est possible en 2024."
Une majorité N-VA / Belang en 2024 ? Le spectre ressurgit.














