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« Notre maison brûle et nous regardons ailleurs » Jacques Chirac
Le deuil climatique Quand l’avenir ne protège plus les vivants
Il y a des deuils qui ne portent pas encore le nom de deuil.
Ils ne concernent pas seulement un être disparu, un visage aimé, une maison quittée, une enfance perdue. Ils concernent un monde qui se retire sous nos yeux. Une terre qui brûle. Des forêts calcinées. Des animaux morts de soif, de feu, de chaleur, de disparition de leur milieu. Des oiseaux moins nombreux. Des insectes absents. Des saisons qui ne tiennent plus parole.
Le deuil climatique est peut-être cela : la douleur d’assister à la fragilisation du vivant sans pouvoir encore en faire un récit collectif suffisamment protecteur.
Ce n’est pas seulement avoir peur de l’avenir. C’est sentir que l’avenir lui-même devient incertain comme lieu d’accueil. Là où les générations précédentes pouvaient imaginer transmettre une maison, un métier, un jardin, une culture, une confiance minimale dans demain, beaucoup de jeunes reçoivent aujourd’hui une planète menacée, des institutions hésitantes, des discours contradictoires, des promesses molles, des étés invivables, des incendies, des pénuries d’eau, des animaux qui meurent.
Il ne s’agit donc pas simplement d’anxiété. Il s’agit d’une atteinte du lien à l’avenir.
Quand le monde ne fait plus abri Grandir suppose de pouvoir croire, au moins un peu, que le monde tient. Même si l’enfance est traversée par les conflits, les manques, les blessures, elle a besoin d’un fond : une terre sous les pieds, des saisons reconnaissables, des adultes qui veillent, une promesse que quelque chose continuera après soi.
Or l’éco-anxiété vient attaquer ce fond-là.
Elle ne dit pas seulement : “J’ai peur.” Elle dit : “Le monde qui devait me porter est en train de se défaire.” Elle dit : “Ceux qui devaient protéger ne protègent pas assez.” Elle dit : “Ce que j’aime est menacé.” Elle dit : “Comment désirer un avenir si cet avenir ne semble plus désirable ?”
Il faut entendre cette angoisse dans sa profondeur. Elle n’est pas une fragilité narcissique de jeunesse. Elle est une réponse psychique à une menace réelle. Les jeunes ne sont pas seulement plus “sensibles” ; ils sont placés en première ligne temporelle. Ils auront à vivre plus longtemps dans les conséquences de ce que les générations précédentes ont produit, toléré, nié ou repoussé.
Leur anxiété est aussi une forme de lucidité.
Le feu comme scène traumatique
Les incendies ont une force symbolique particulière. Ils ne détruisent pas seulement des arbres. Ils dévorent des paysages. Ils transforment un lieu vivant en scène de guerre. Ils font disparaître les repères, les odeurs, les ombres, les chemins, les nids, les terriers, les bêtes lentes qui n’ont pas pu fuir.
Le feu climatique est une image presque insoutenable : celle d’un monde qui ne parvient plus à contenir sa propre chaleur.
Pour le psychisme, l’incendie produit une sidération. Il y a le visible : flammes, fumées, cendres, évacuations, maisons perdues. Mais il y a aussi l’invisible : la perte d’un sentiment de continuité. Après le feu, le paysage n’est plus le même. Il reste debout parfois, mais il n’habite plus de la même façon.
Les jeunes qui voient ces images, qui respirent ces fumées, qui entendent parler de forêts détruites, d’animaux brûlés, de terres ravagées, ne reçoivent pas seulement une information. Ils reçoivent une scène. Une scène qui peut s’inscrire comme effraction : le vivant n’est plus garanti.
La mort des animaux : douleur muette du vivant
La mort des animaux touche une zone très archaïque de notre sensibilité.
Un animal qui meurt dans un incendie, une sécheresse, une marée de chaleur, n’est pas seulement une donnée écologique. Il est un visage sans parole. Il est l’innocence exposée. Il est le vivant qui subit sans avoir participé à la destruction.
C’est peut-être pour cela que ces morts nous atteignent si fortement. Elles réveillent un sentiment d’injustice radicale. Les animaux n’ont pas voté, pas produit, pas spéculé, pas organisé l’épuisement des sols, pas inventé les logiques de surextraction. Et pourtant ils meurent avec nous, souvent avant nous, parfois à cause de nous.
Dans la psyché, l’animal peut représenter une part vulnérable du monde : une présence qui ne parle pas mais qui témoigne. Quand il disparaît, quelque chose de notre propre humanité se trouve atteint.
La souffrance écologique passe souvent par là : par l’image d’une biche fuyant le feu, d’un hérisson écrasé par la sécheresse, d’un oiseau tombé du nid sous la chaleur, d’un poisson mort dans une eau sans oxygène. Ce sont des scènes minuscules et immenses. Elles disent : la protection du vivant a failli.
L’éco-anxiété n’est pas seulement une peur
Il faut se méfier du mot “anxiété” lorsqu’il enferme le sujet du côté du trouble individuel.
Bien sûr, il y a de l’angoisse. Des nuits inquiètes. Des pensées envahissantes. Une difficulté à se projeter. Un sentiment d’impuissance. Mais l’éco-anxiété n’est pas seulement une pathologie à calmer. Elle est aussi un signal. Elle témoigne d’un conflit entre ce que le sujet perçoit et ce que la société continue parfois à nier.
Le jeune entend : “Il faut réussir ses études.” Mais il voit : “Le monde se réchauffe.” On lui dit : “Projette-toi.” Mais il se demande : “Dans quel monde ?” On lui dit : “Travaille, consomme, avance.”
Mais il sent que ce modèle participe peut-être de ce qui détruit.
Cette contradiction produit une tension psychique considérable. Comment investir un avenir quand les adultes ne semblent pas suffisamment engagés à le rendre habitable ? Comment croire à la valeur du projet individuel lorsque le projet collectif paraît si fragile ?
L’éco-anxiété devient alors une angoisse du lien social. Ce n’est pas seulement la planète qui inquiète ; c’est l’absence de réponse commune à la hauteur du danger.
Le deuil d’un avenir désirable
Le deuil climatique est aussi le deuil d’une représentation.
Longtemps, l’avenir a été pensé comme progrès. On pouvait critiquer ce progrès, en voir la violence, mais il portait malgré tout une promesse : les enfants vivraient mieux, plus longtemps, plus librement, plus protégés.
Aujourd’hui, cette promesse est profondément entamée.
Beaucoup de jeunes ne se demandent plus seulement quel métier ils exerceront, où ils vivront, qui ils aimeront. Ils se demandent si l’eau manquera, si les étés deviendront dangereux, si les forêts brûleront, si les villes seront respirables, si avoir des enfants est encore possible moralement, si la vie sera soutenable.
Cette interrogation est vertigineuse.
Elle touche au désir même de transmission. Car désirer un enfant, désirer une maison, désirer un métier, désirer un jardin, désirer une vieillesse suppose de pouvoir imaginer un monde suffisamment stable pour accueillir ce désir. Lorsque l’avenir devient menaçant, le désir lui-même peut se contracter.
Le sujet ne cesse pas forcément de vouloir vivre. Mais il peut avoir du mal à croire que le monde veuille encore de la vie.
L’absence de protection : blessure politique et psychique
Ce qui exaspère tant, ce n’est pas seulement la catastrophe. C’est le sentiment que la catastrophe était annoncée, pensée, documentée, et que pourtant l’action demeure insuffisante.
Cette absence de protection produit une blessure particulière. Elle rappelle au psychisme infantile une scène ancienne : celle où le danger est là, visible, mais où les adultes ne se lèvent pas assez vite.
Pour beaucoup de jeunes, les générations adultes peuvent apparaître comme ambivalentes : aimantes dans l’intime, mais défaillantes dans le collectif. Elles offrent parfois des soins, de l’éducation, de l’argent, des conseils, mais elles semblent incapables d’organiser la protection du monde commun.
D’où cette colère : vous nous aimez, mais vous nous laissez un monde abîmé.
Cette colère mérite d’être entendue. Elle n’est pas caprice. Elle est demande de tiers. Elle demande que la loi, l’État, les institutions, les adultes, les entreprises, les collectivités, se tiennent enfin du côté du vivant. Elle demande une limite posée à la destruction. Elle demande que le monde ne soit pas laissé à la seule logique de l’exploitation.
Fragilité et exaspération
L’éco-anxiété rend fragile, mais elle rend aussi exaspéré.
Fragile, parce qu’elle touche des zones profondes : peur de mourir, peur de manquer, peur de perdre les lieux aimés, peur de ne pas pouvoir protéger les animaux, les enfants, les paysages.
Exaspéré, parce que l’inaction devient insupportable. La lenteur politique est vécue comme une violence. Les discours rassurants paraissent obscènes lorsqu’ils ne modifient rien. Les gestes individuels, bien que nécessaires, semblent dérisoires si le collectif ne suit pas.
Cette exaspération peut devenir un moteur. Elle peut conduire à militer, à créer, à cultiver autrement, à refuser certains modèles, à inventer d’autres formes d’habitat, de sobriété, de soin, de solidarité. Mais elle peut aussi se retourner contre le sujet lui-même : fatigue, retrait, cynisme, désespoir, sentiment d’être seul à sentir.
La clinique doit alors accueillir sans pathologiser trop vite. Il ne s’agit pas de dire au jeune : “Votre peur est excessive.” Il s’agit peut-être d’abord de reconnaître : “Votre peur a un objet. Votre colère a une adresse. Votre tristesse dit quelque chose de l’état du monde.”
La solastalgie : être exilé sans partir
Il existe une douleur particulière : celle d’être encore chez soi, mais de ne plus reconnaître son lieu.
Un paysage qui change, une rivière asséchée, des arbres morts, des étés trop longs, un jardin qui ne tient plus, une mer trop chaude, une campagne silencieuse sans insectes ni oiseaux : tout cela crée un exil immobile.
On n’a pas quitté le lieu, mais le lieu s’est éloigné.
Ce deuil est discret. Il ne donne pas toujours lieu à des cérémonies. Personne n’organise de rituel pour les saisons perdues, les espèces disparues, les odeurs d’enfance qui ne reviendront plus, les étés devenus menaçants. Pourtant le psychisme a besoin de rites pour traverser les pertes.
Peut-être sommes-nous en manque de rites écologiques. Nous ne savons pas pleurer collectivement les arbres, les bêtes, les sols, les rivières. Nous passons trop vite de l’information à l’adaptation, de la catastrophe au plan technique. Mais entre les deux, il y a le chagrin.
Et si le chagrin n’est pas reconnu, il devient angoisse ou rage.
Psychanalyse du déni climatique
Le déni climatique n’est pas seulement une erreur intellectuelle. Il peut être compris comme une défense psychique.
Reconnaître pleinement la destruction en cours oblige à renoncer à des illusions : illusion de maîtrise, de croissance infinie, de toute-puissance technique, de séparation entre l’humain et le reste du vivant. Cela oblige à accepter que notre mode de vie ait un coût, que notre confort soit parfois construit sur une dette envers les générations futures et les autres vivants.
Ce savoir est difficile à supporter. Alors certains minimisent, ironisent, repoussent, attaquent les écologistes, ridiculisent les jeunes, parlent d’hystérie, de catastrophisme, de naïveté.
Mais ce mépris protège souvent de l’effondrement intérieur.
Il est plus facile de traiter les jeunes d’excessifs que d’entendre ce qu’ils disent : nous héritons d’un monde que vous avez aimé sans assez le protéger.
Réinventer un avenir désirable
L’enjeu n’est pas de fabriquer une espérance artificielle. Les jeunes ne demandent pas des slogans. Ils demandent des actes, des limites, des preuves, des formes concrètes de protection.
Un avenir désirable ne peut plus être seulement un avenir de consommation. Il devra être un avenir de liens, de fraîcheur, d’ombre, d’eau préservée, de lenteur retrouvée, de villes respirables, de jardins partagés, de soin aux animaux, de réparation des sols, de sobriété choisie plutôt que de pénurie subie.
Il faudra réapprendre à désirer autrement. Désirer non plus l’accumulation, mais l’habitabilité. Non plus la domination, mais l’alliance. Non plus l’expansion infinie, mais la juste mesure. Non plus le monde comme ressource, mais le monde comme milieu vivant.
Ce changement est aussi psychique. Il suppose de sortir d’un imaginaire de toute-puissance. Il suppose de reconnaître que l’humain n’est pas au-dessus du vivant, mais dedans. Dépendant. Relié. Vulnérable.
Le soin comme réponse politique
Face au deuil climatique, le soin ne peut pas rester seulement individuel. Bien sûr, il faut soutenir les sujets : écouter leur angoisse, leur permettre de parler, de pleurer, de transformer la peur en action possible. Mais il faut aussi que le soin devienne une catégorie politique.
Prendre soin des enfants, c’est prendre soin de l’air. Prendre soin des adolescents, c’est prendre soin des forêts. Prendre soin des familles, c’est prendre soin de l’eau. Prendre soin des animaux, c’est prendre soin de notre propre humanité.
On ne peut plus séparer la santé psychique du monde qui l’abrite.
Une jeunesse à qui l’on demande de s’adapter à l’effondrement devient une jeunesse trahie. Une jeunesse à qui l’on donne des moyens d’agir, des adultes fiables, des institutions courageuses, des récits désirables, peut transformer son angoisse en puissance de vie.
Conclusion : pleurer, puis protéger
Le deuil climatique ne doit pas nous paralyser. Mais il doit être reconnu. Il faut pouvoir pleurer ce qui disparaît. Pleurer les animaux morts. Pleurer les forêts brûlées. Pleurer les paysages abîmés. Pleurer les promesses trahies. Pleurer l’avenir devenu inquiétant.
Mais pleurer ne suffit pas. Il faut protéger.
Protéger, c’est sortir du déni. Protéger, c’est limiter ce qui détruit. Protéger, c’est rendre l’avenir à nouveau habitable. Protéger, c’est dire aux jeunes : votre angoisse n’est pas folle, elle nous oblige.
Peut-être que l’éco-anxiété est le nom contemporain d’une exigence éthique : refuser de s’habituer à la disparition du vivant.
Elle nous rappelle que la sensibilité n’est pas une faiblesse. Elle est ce qui reste vivant en nous lorsque le monde brûle.
Et si les jeunes sont plus sensibles, peut-être est-ce parce qu’ils entendent encore ce que les adultes se sont trop longtemps autorisés à ne pas entendre : le vivant appelle. Il ne demande pas seulement à être admiré. Il demande à être défendu. Joëlle Lanteri — Psychanalyste
Le feu au portes de Paris … 2050 hectares de la forêt de Fontainebleau déjà ravagés par les flammes, soit 8% du massif forestier
Vagues de chaleur - © Chappatte dans Le Monde «On vit l'été le plus froid du reste de notre vie» : l'alerte choc d'une climatologue sur les canicules de demain
La climatologue Françoise Vimeux, directrice de recherche à l’Institut de recherche pour le développement, a lancé le 25 juin 2026 un avertissement qui a marqué les esprits sur la chaleur des prochaines décennies. Avec un climat déjà réchauffé de 1,3 degré depuis l’ère préindustrielle, ce genre de vague brûlante entre désormais dans la normale. L’idée que 2026 soit déjà notre été le plus froid tient à un pari, celui de réussir ou non la baisse des émissions. [...] Le message de la climatologue tient dans une bascule. Si le monde échoue à réduire ses émissions de gaz à effet de serre, la chaleur continuera de grimper et les canicules de demain feront passer 2026 pour une saison clémente. À l’inverse, agir reste possible, puisque le niveau de réchauffement à venir dépend directement du carbone que nos sociétés rejetteront encore.
La projection donne le vertige. D’ici la fin du siècle, un été comparable à celui que nous traversons figurerait parmi les plus frais, et non parmi les plus chauds. C’est tout le sens de l’avertissement, qui transforme une chaleur déjà éprouvante en simple repère bas des décennies suivantes.
Cette logique vaut dans les deux sens. Plus la décarbonation tarde, plus le climat se stabilisera haut, car chaque tonne de carbone supplémentaire pèse sur la température finale. C’est pourquoi la chercheuse refuse le fatalisme et rappelle qu’il est encore temps d’infléchir la courbe, à condition de s’y atteler vite. Source: Science et Vie
Préparez-vous à un bel été 2026 !
Soleil Noir sur l’Humanité : Dernier lever de Terre
En 1968, la mission Apollo 8 nous offrait le célèbre cliché « Lever de Terre » (Earthrise). Cette image, qui révélait notre planète comme un joyau bleu fragile dans l’immensité du vide, est devenue l’icône fondatrice de notre conscience écologique.
Aujourd’hui, je propose une relecture tragique de cette vision.
De la promesse à l’agonie
Si l’image originale d’Apollo 8 célébrait notre existence, « Soleil Noir sur l’Humanité » confronte le regard à notre responsabilité. Dans ce dessin, le bleu si cher à notre foyer s’est effacé, dévoré par l’incandescence d’une planète en surchauffe.
L’urgence climatique n’est plus une théorie lointaine, elle est devenue le décor de notre quotidien. Depuis la surface lunaire, témoin froid et impassible, nous ne contemplons plus le berceau de l’humanité, mais le brasier de notre propre héritage.
Regarder la vérité en face
Ce dessin pose une question brutale : le « Lever de Terre » était le portrait de notre commencement, ce nouveau panorama est-il devenu celui de notre fin ?
Il est temps de sortir du déni. La surchauffe globale n’est pas une fatalité, c’est un appel à l’action immédiate. Cette œuvre est une invitation à ne plus détourner le regard, mais à agir avant que le dernier lever ne soit celui d’un monde en cendres.
L’urgence d’agir : Un appel à la responsabilité collective
La tragédie illustrée par « Soleil Noir sur l’Humanité » n’est pas inéluctable, mais elle exige une transformation radicale et immédiate de nos modèles. L’heure n’est plus aux promesses sans lendemain, mais à l’engagement concret.
Aux États et gouvernements : Vous détenez le pouvoir législatif et régulateur. Il est impératif d’accélérer la sortie des énergies fossiles, de sanctuariser la biodiversité et de traduire en lois contraignantes les engagements pris lors des sommets climatiques.
Aux entreprises : Vous êtes les moteurs de l’économie mondiale. La transition écologique doit devenir votre priorité stratégique, en abandonnant les modèles extractifs au profit d’une économie circulaire et sobre en carbone.
À chacun d’entre nous : Si le changement doit être systémique, il est porté par la pression citoyenne. Interpellez vos représentants, soutenez les initiatives durables et exigez la transparence sur l’empreinte climatique des produits et services que vous consommez.
Sunny side Europe
Emanuele Del Rosso
Déni du réchauffement climatique Cartoon de Peter Kuper (USA) Le mercure bout, les politiques restent de glace
La Belgique mijote depuis plusieurs jours dans des températures totalement anormales pour cette période de l’année. Après une décade au-dessus des moyennes, fin mai, le mercure dépasse tous les records (en moyenne sur 30 jours) depuis le 16 juin. Code orange pour tout le pays à partir de mercredi. Si les prévisions se confirment, notre pays devrait sortir de cette période très chaude au début de la semaine prochaine, même si le début du mois de juillet restera au-dessus de la normale. Mais le passage de cette fournaise laissera des traces.
Les scientifiques soulignent que s’il y a déjà eu des vagues de chaleur à pareille époque, l’actuelle qui frappe l’Europe de l’Ouest – la Belgique, et encore plus la France – a été « fortement aggravée » par le changement climatique d’origine humaine. Le réchauffement du climat « ajoute » environ 2,4 °C, à un épisode de chaleur qui se passerait en son absence à pareille époque.
Face à un épisode de cette nature qui a des impacts sur la qualité de l’air, sur la production agricole, sur la productivité de l’économie, sur la santé humaine, sur la nature qui nous rend d’innombrables services, on a en tout cas l’impression d’assister à un théâtre de sourds-muets. L’an dernier, notre pays ponctuait cinq jours de vague de chaleur en enregistrant un record pour un 1er juillet : 35,9 °C à Uccle. On disait à l’époque attendre « les politiques volontaristes, les choix budgétaires visionnaires, les discours clairs, un chemin. » Constatant, dans la foulée, que rien n’était venu.
Pas mieux cette année. A part la saillie d’un ministre N-VA, estampillée d’une ignorance et d’un mépris étincelants, les responsables politiques chargés des dossiers liés au climat ne sont pas plus diserts. Or, ils sont nombreux : santé, politique sociale, environnement, logement, agriculture, économie, mobilité, budget, climat… Pire : une proposition de dialogue entre autorités du pays pour « examiner comment mieux préparer notre pays », venue du ministre fédéral du Climat, Jean-Luc Crucke (Les Engagés) s’est heurtée à un refus de la Flandre.
Il n’est pas question de faire « paniquer » qui que ce soit. On le connaît, cet argument, facilement rabâché par ceux et celles qui closent de la sorte tout questionnement. Ceux-là se soucient comme d’une guigne des plus faibles, des plus vulnérables ; ceux dont le logement est une bouilloire, se pressent dans des transports en commun bondés et rament au quotidien. Ils sont ouvriers, techniciens de surface, étudiants, auxiliaires des services de secours, personnes âgées, nouveau-nés, malades à domicile, agriculteurs… Eux savent que ces degrés de plus dans un monde qui tarde à s’adapter font une énorme différence.
Il n’est pas question de faire paniquer, mais de regarder la (parfois mauvaise) réalité en face, de rompre le silence et de prendre des mesures. En responsabilité et avec le souci du bien commun ; on appellerait cela de la politique. Au sens noble. Édito de MICHEL DE MUELENAERE dans Le Soir du 23 juin 2026 Ce n'est pas nouveau ce blocage de la #Flandre
- La fracture climatique
Les partis wallons quasi tous favorables à la loi climat , blocage côté flamand.
Relire l'éditorial de Frédéric Rohart dans L'Echo du 4 février 2019
- Urgence climatique ? Wacht een beetje
Majoritairement, la Flandre politique bloque toute avancée dans la lutte contre le réchauffement climatique, alors que le mouvement est parti du nord du pays. Les formations réticentes sont aussi assez proches des milieux patronaux, frileux face à des réglementations trop strictes ou rapides.
Mais surtout, cette loi climat “ impose ” l’indispensable concertation entre les Régions où l’une d’entre elle ne peut tout bloquer… ce que fait la Flandre depuis plusieurs années.
En Flandre, l’urgence du défi climatique passe visiblement après des intérêts particuliers et communautaires. L’autonomie de la Flandre n’a pour eux pas de prix.
Philippe Walkowiak le 5 février 2019
Si rien ne change, si les autorités ne prennent pas la problématique du réchauffement climatique à bras-le-corps, on se dirige vers une série de #points de #basculement ne permettant plus de retour en arrière avec, notamment, des conséquences sur l'intégrité et la viabilité du territoire belge. Où il sera question d'inondations de plus en plus fréquentes ou de répercussions sur la santé des citoyens avec des impacts financiers et budgétaires.
Le Capitalisme expliqué à ma petite-fille
(en espérant qu'elle en verra la fin)
Jean Ziegler
Le #capitalisme domine désormais la planète. Les sociétés transcontinentales défient les États et les institutions internationales, piétinent le bien commun, délocalisent leur production où bon leur semble pour maximiser leurs profits, n’hésitant pas à tirer avantage du travail des enfants esclaves dans les pays du tiers-monde.
Résultat : sous l’empire de ce capitalisme mondialisé, plus d’un milliard d’êtres humains voient leur vie broyée par la misère, les inégalités s’accroissent comme jamais, la planète s’épuise, la déprime s’empare des populations, les replis identitaires s’aggravent sous l’effet de la dictature du marché.
Et c’est avec ce système et l’ordre cannibale qu’il impose au monde que Jean Ziegler propose de rompre, au terme d’un dialogue subtil et engagé avec sa petite-fille.
Rapporteur spécial de l’ONU pour le droit à l’alimentation (2000-2008), Jean Ziegler a été vice-président du comité consultatif du Conseil des droits de l’homme de l’ONU. Il a notamment publié, dans la même collection, La faim dans le monde expliquée à mon fils.
« Célébrer sans oublier »
Le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez, un des rares leaders européens radicalement critiques de Trump, appelle à « célébrer », mais « sans oublier » les morts et la déstabilisation : « Apprenons une bonne fois pour toutes que la guerre est un échec. »
Image du jour
Il fait chaud au Pakistan. Très, très chaud, même. Dans la province méridionale du Sindh, le mercure a atteint 46 °C, poussant de nombreuses personnes – comme cet homme – à se rafraîchir comme elles le peuvent.
Des images époustouflantes
Elle était attendue, elle a été au rendez-vous. Ce dimanche 31 mai a eu lieu une lune bleue calendaire. Il s'agit non pas d'une lune de couleur bleu, comme la photo prise ici à Athènes le montre, mais bien d'une pleine lune supplémentaire par rapport à ce qui est observé d'habitude. Il s'agit d'un phénomène relativement rare.
La fable de la grenouille Chappatte dans Le Temps, Genève Sauf qu'on ne peut pas sortir de la casserole (la planète) et que la seule solution c’est d'obtenir du cuisinier (les entreprises, les États, les gouvernements) qu'il éteigne le feu.
Moi, je vais reprendre la boîte de Papa. Moi aussi.
Crise climatique. L’Europe se réchauffe deux fois plus vite que le reste du monde
Le nouveau rapport annuel sur l’état du climat en Europe, rendu public mardi 28 avril, confirme que 95 % du territoire a connu, en 2025, des températures annuelles supérieures à la moyenne. Même la surface des mers se réchauffe drastiquement. “L’Europe se réchauffe deux fois plus vite que la moyenne mondiale.” Pour Green & Blue, ce constat de la nouvelle édition du rapport annuel sur l’état du climat en Europe est le plus “frappant”. Et ce, en dépit de la profusion de données alarmantes sur l’année 2025 qu’il contient. “La nouveauté, pour ainsi dire, c’est que personne n’est épargné”, constate, presque ironique,le site d’information italien spécialisé dans l’environnement. Au cours de l’année passée − la troisième plus chaude depuis qu’il existe des relevés −, la quasi-totalité de l’Europe (au moins 95 % du territoire) a connu des températures annuelles supérieures à la moyenne calculée sur la période 1991-2020. “Une moyenne réévaluée à la hausse tous les dix ans, il convient de le rappeler”, relève Le Temps. “L’évolution connaît une nette disparité géographique, avec l’est, le sud-est et une partie du centre de l’Europe (dont les Alpes), où la température grimpe le plus vite (de 0,5 °C à 1 °C par décennie) depuis trente ans”, ajoute le journal genevois.
“Le Svalbard, l’un des endroits de la planète où le réchauffement est le plus rapide, s’est réchauffé de trois à quatre fois plus vite que la moyenne européenne”, retient de son côté le quotidien britannique The Guardian.
Incendies ravageurs
En outre, d’après ce rapport élaboré par Copernicus, le service climatique de l’Union européenne (C3S), et l’Organisation météorologique mondiale, 2025 a été marquée par la deuxième vague de chaleur la plus intense jamais enregistrée en Europe.
Ces températures particulièrement élevées ont alimenté des incendies dévastateurs qui ont ravagé de vastes régions d’Europe. Plus d’un million d’hectares ont été réduits en cendres, soit 4,7 % de plus que le précédent record, établi en 2017. Au-delà de la température de l’atmosphère, c’est aussi celle des mers qui s’accroît. Le rapport montre, cartes à l’appui, qu’en Europe la température moyenne de la surface de l’eau a atteint un niveau record en 2025. Quelque 86 % de la surface des mers et océans qui bordent le Vieux Continent ont connu des vagues de chaleur marine “fortes” et plus, selon la dénomination utilisée. Les énergies renouvelables en hausse
“Tous les indicateurs sont au rouge”, s’indigne auprès du Guardian John Hyland, de Greenpeace, qui souligne que les objectifs climatiques de l’UE ne sont pas assez ambitieux pour lui permettre d’assumer ses responsabilités. Il martèle :
“Soit les gouvernements prennent rapidement des mesures efficaces pour réduire dès maintenant leurs émissions de gaz à effet de serre, soit ils peuvent continuer, de façon irresponsable, à réviser leurs critères à la baisse et à mettre ainsi en danger la santé, le foyer, l’emploi et la subsistance d’un grand nombre de gens.”
Le Temps essaie malgré tout de traquer ce qu’il y aurait de positif à tirer de ce rapport. En 2025, les cieux européens ont été moins nuageux et la durée d’ensoleillement légèrement supérieure à la moyenne (5 %). “La France, l’Allemagne, la Grande-Bretagne, la Suisse et une partie de la Pologne ont ainsi vu leur potentiel de production d’électricité solaire grimper de 6 % à 10 %”, fait observer le quotidien. Près de la moitié de l’électricité européenne est désormais produite par l’ensemble des énergies renouvelables.
Pour Green & Blue, il y a même une autre (relative) bonne nouvelle : ce rapport “confirme qu’avec Copernicus l’Europe s’est dotée d’un cadre très solide pour le suivi de la crise climatique. Les décideurs pourraient ainsi, s’ils le souhaitaient, fonder leurs politiques (énergétiques, industrielles, sanitaires, etc.) sur les données scientifiques les plus fiables.”
Carole Lembezat
Le pape vient peut-être de publier le texte le plus radicalement humaniste de l’année.
Avec Magnifica Humanitas, le premier pape américain signe un texte sur le colonialisme numérique, la nouvelle religion de la Silicon Valley et la concentration extrême du pouvoir de la tech. Sur ceux qui possèdent les données, les machines, les cerveaux disponibles. Sur cette nouvelle caste qui ne possède plus seulement les usines (comme au XIXe siècle), mais les flux d’attention, les algorithmes et les marchés de la vérité.
Léon XIV ne s’appelle pas Léon par hasard… En 1891, Léon XIII publiait « Rerum Novarum », la fameuse doctrine sociale de l’Eglise. Face à la révolution industrielle, il osait dire que le travailleur n’était pas une pièce de machine, que le capital ne pouvait pas avaler la dignité humaine. En 2026, Léon XIV reprend le fil. Face à la révolution numérique, il dit en substance : l’être humain n’est pas une donnée, pas une ressource, pas une variable d’optimisation.
Ce qui me frappe d'abord, c’est la puissance politique du texte. Léon XIV parle de l’esclavage. Il reconnaît le retard avec lequel l’Église et la société ont condamné ce fléau. Il parle d’une « blessure dans la mémoire chrétienne ». Et il demande « pardon » au nom de l’Église. C’est rare. C’est immense. Parce que cette phrase oblige tout le monde, croyants ou non, à regarder une vérité en face : les grandes institutions se trompent parfois pendant des siècles quand elles se rangent trop tard du côté des humiliés.
Puis, comme juriste, je suis marqué de lire autant de références aux grandes architectures du droit international : l’ONU, la Déclaration universelle des droits de l’homme, la Convention sur les réfugiés, et même les textes environnementaux. Et Léon XIV ajoute cette phrase lourde de sens : « Les conquêtes morales prennent presque toujours la forme d’un chemin long et laborieux, marqué également par des revers : pensons aux processus de paix interrompus ou aux engagements environnementaux mis en œuvre avec lenteur ». On pense forcément à Gaza. Au climato-scepticisme. À tout ce que notre époque détricote méthodiquement, pendant que les cyniques expliquent que le droit international est une naïveté et que la force est redevenue la seule langue du monde.
Et le plus impressionnant, c’est que Léon XIV cite le mouvement des droits civiques aux États-Unis, Martin Luther King, Nelson Mandela et la lutte contre l’apartheid. Il convoque même Hannah Arendt, pour la première fois dans une encyclique, afin de rappeler cette vérité glaçante : le totalitarisme ne triomphe pas seulement quand les gens croient au mensonge. Il triomphe quand ils ne savent plus distinguer le vrai du faux. Quand les faits deviennent une opinion. Quand la presse est remplacée par le bruit. Quand les fake news deviennent une industrie. Quand chacun est enfermé dans sa propre bulle, nourri par un algorithme qui ne cherche pas la vérité, mais la captation de l’attention.
C’est exactement notre époque. Nous croyons être libres parce que nous scrollons. Mais nous sommes suivis, mesurés, prédits, orientés. Nous croyons choisir, alors que nos préférences sont calculées. Nous croyons parler, alors que des architectures invisibles décident ce qui sera vu, amplifié, récompensé ou enterré. Le capitalisme de l’attention ne veut pas seulement notre argent. Il veut notre temps, notre colère, notre solitude, notre disponibilité intérieure.
Et Léon XIV va encore plus loin. Il ne se contente pas de critiquer les excès du marché. Il attaque la racine. Le PIB ne mesure pas la dignité. La croissance ne garantit pas la justice. Les inégalités ne sont pas seulement un problème de redistribution après coup, quand les richesses sont déjà captées. Elles commencent avant, dans l’allocation des ressources, des technologies, des savoir-faire, des infrastructures. Autrement dit : si quelques géants contrôlent les outils de production du monde numérique, alors ils contrôlent aussi une partie de notre avenir commun.
Voilà pourquoi le pape veut « désarmer » l’IA. Il appelle à une régulation publique forte, à une déconcentration des géants de la tech, et à une gouvernance plus ouverte, plus démocratique, plus humaine. Dit simplement : l’IA ne peut pas être abandonnée à quelques entreprises privées qui décident seules de ce que nous voyons, de ce que nous savons, de ce que nous désirons, et demain peut-être de ce que nous sommes autorisés à devenir.
C’est peut-être cela, la leçon la plus actuelle de Magnifica Humanitas : la nouvelle question sociale ne se joue plus seulement dans les mines et les usines. Elle se joue dans les data centres, les RS, les modèles d’IA, les marchés de l’attention, les systèmes de surveillance, les bulles de confirmation et les guerres informationnelles.
En 1891, l’Église demandait qui protégeait l’ouvrier face au capital industriel. En 2026, Léon XIV demande qui protégera l’humain face au capital algorithmique.
Cette question concerne tous ceux qui refusent que le monde devienne une immense machine à classer les êtres humains, à capter leurs désirs, à prévoir leurs comportements et à vendre leur liberté par morceaux.
La dignité humaine n’est pas une donnée exploitable.
via Samuel Cogolati
Bandar Abbas, entre guerre et enfance.
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