Illustration Nathalie Novi - La vie est belle, Neige
Ce matin
de la main
neige caresse l'horizon
Elle se pose
sur les arbres, dans l'herbe
sur le toit des maisons
effleure les ailes de l'oiseau
La fourrure des animaux
la boit comme une lampe
Elle n'est d'aucun pays
n'appartient à aucun être
La mémoire qu’elle invente
fond dans l’instant de sa présence
Neige n'a d'ombre qu'elle-même
ce qui I’habille porte sa nue
Depuis la veille
elle sillonne les bois
rigole dans les fossés
dévale les collines
papillonne à s’y méprendre
sa houppelande d'étoiles
semée aux vents du monde
Neige suit le mufle des coursiers
on la repère à son haleine
Ici
le vent fait foule de son rêve
l'insomnie la courtise
un tourbillon la gagne
À la cime des arbres
elle ne supporte qu'elle-même
Sous la paupière du silence
l’attente neige à pas de loup
Neige porte en elle la voie lactée
ses flocons sont des yeux d'enfants
Nous sommes là
paume contre paume
dans la soupente des étoiles
Ta chevelure perlée de givre
offre un abri à l’écureuil
je devine
le secret des racines
la ronde des ramiers
Je parle neige à mots couverts
elle ne sait pas que nous l’aimons
Neige sur les hauteurs
chante sa joie dans la vallée
Longtemps après
l'eau vive y garde son emprise
un feu la couve sans retenue
Le givre en nous n'a pas de nom
Tandis d'une tache de sang
offre un pétale à son sourire
Neige s'émeut pour une aubade
Elle imagine pas de disparaître
et ne craint pas de disparaître
— Bruno Doucey - La vie est belle, Neige