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La plupart des génies sont attirés par la lumière. Une force irrépressible qui les pousse vers les spotlights. Certains, pas spécialement à l’aise avec les codes inhérents du star system préfèrent retourner rapidement dans l’ombre après avoir goûté à une bribe de célébrité. Retourner dans un quotidien intense et se concentrer sur une seule chose, la musique. Vivre la nuit sans affronter cette lumière qu’on désirait tant au début d’une carrière annoncée prometteuse. Cette lumière de la célébrité qu’on exècre désormais. Dans le monde de la musique, on les appelle les requins de studios. On ne connaît pas spécialement leurs visages et pourtant ils sont à peu près tous à l’origine de tubes qu’on a pu connaître dès la fin des années 70 avec l’émergence du Disco, genre musical préfabriqué, où les stars se trouvent aussi dans les studios d’enregistrement, derrière les machines. L'avènement des producteurs stars vient du Disco.
Ce destin est celui de Bryan Loren. Ce natif de Long Island (New-York) est connu dès son plus jeune âge pour exceller à la batterie. Il deviendra dès 12 ans un multi-musicien d’exception.
Après un déménagement à Philadelphie, place importante pour le Disco au début des années 80, il est repéré très rapidement par Nick Martinelli, considéré comme le producteur du moment sur la côte Est des Etats-Unis. Sans compter les heures, celui qu’on connaît à l’époque sous le nom de Bryan Hudson, travaille d’arrache-pieds pour satisfaire des groupes comme, excusez du peu, Tavares, Harold Melvin And The Blue Note ou la chanteuse Nona Hendryx.
Après un apprentissage auprès des plus grands, le New-Yorkais d’origine se voit proposer par le propriétaire du studio Alpha International Studio un contrat au sein d’un label pour rejoindre le groupe Fat Larry’s Band. Il rejoindra plus tard l’éphémère groupe Cashmere avant de les quitter pour se lancer en solo. En 1984, encore sous contrat avec Philly World Records, il sort son premier album solo, entièrement écrit, produit et réalisé par lui-même. Il se hissera jusqu’à la 23ème des charts R&B Billboard avec le tube “Lollipop Luv”, une vraie prouesse pour le chanteur alors âgé de seulement 17 ans. Après ce succès encourageant dans les charts, Bryan Loren prend tout le monde de court et décide de se tourner exclusivement vers la production musicale. Pendant 8 longues années, il sera à l’origine d’innombrables tubes R&B/Funk et surtout créera un son qui sera sa signature musicale pendant presque une décennie.
Dès 1986, avec le premier album solo de la chanteuse Shanice , il décide d’accélérer ses productions. Les ballades lancinantes qu’on peut retrouver dans son premier album deviennent des morceaux up-tempo avec des synthés nerveux et des rythmes syncopés destinés pour les boîtes de nuit. Ce virage à 180 degrés lui servira dès 1987 avec la déferlante New-Jack qui s’apprête à marcher sur les charts Américains.
En pleine New-Jack Mania, toutes les stars mondiales réclament ce son moderne pour le meilleur et souvent pour le pire. Michael Jackson, en recherche d’un nouveau souffle après le semi-échec de Bad, remarque le travail de Bryan Loren. Ce dernier est recruté par la superstar mondiale pour produire son futur album à la couleur musicale résolument New-Jack, Dangerous en 1992, dernier grand album de Michael Jackson. Pendant de longs mois, il s’enfermera dans un studio pour proposer plusieurs productions à l’auteur de “Thriller”.
Comme à l’accoutumée avec Michael Jackson, énormément de morceaux sont enregistrés sans avoir la confirmation d’une présence dans le futur album. Aucune des chansons proposées ne sera retenue pour la version finale de l’album. C’est un échec cuisant pour le producteur qui espérait avec cette collaboration atteindre un niveau de notoriété digne de Teddy Riley, l’un des pères du genre New-Jack, superstar de la production et qui sera le grand gagnant de cet album. Il est en revanche intéressant de constater que beaucoup de morceaux de cet opus contiennent l’essence musicale du son Bryan Loren. Ces productions non retenues ont forcément inspiré le leader du groupe Guy.
Malgré ce rendez-vous manqué, l’auteur du tube “Lollipop Luv” restera en bons rapports avec Michael Jackson. Il participera par ailleurs au second album du producteur “Music From The New World” réalisé 8 ans après son premier album, sans être toutefois crédité hormis sur le single “Satisfy You” où on entend clairement le chanteur star.
L’album ne sortira jamais officiellement. Des bootlegs apparaîtront au Japon avant d’être importés aux Etats-Unis par des fans hardcores de Michael Jackson. Une production de Bryan Loren (Superfly Sister) sera en revanche retenue pour le curieux projet compilation/mix “Blood On The Dance Floor” du King Of Pop.
Paradoxalement, son seul succès incontestable viendra de la bande originale d’un album de Blues issu du dessin animé à la mode qu’on nomme les Simpsons. Il vendra grâce à la notoriété de ce phénomène de société 2 millions d’exemplaires du single “Do The Bartman”... assez consternant pour un producteur aussi talentueux comme Bryan Loren mais qui lui permettra d’assurer malgré tout l’avenir de ses proches avec des gains qui donnent le tournis.
Avec l’émergence du R&B moderne et la mort annoncée du New-Jack après des années de domination, Bryan Loren comme beaucoup de producteurs dominants dans les années 80 ne trouveront pas la formule pour perdurer dans ce milieu. Ils laisseront peu à peu au milieu des années 90 la place à une nouvelle génération de producteurs autant à l’aise à la production dans le Rap ou le R&B comme Dave Hall, DeVante Swing ou R. Kelly.
Bryan Loren est indéniablement à l’origine d’un son nouveau avec ce fameux virage qu’il a opéré au milieu des années 80. Cités par beaucoup de producteurs comme une vraie inspiration et comme l’un des pères légitimes du New-Jack, le producteur a également laissé une trace à travers l’histoire de la musique de Philadelphie en prenant la suite du légendaire Nick Martinelli.
Malgré cet héritage, la carrière de producteur laisse un vrai sentiment de gâchis. Il est passé à côté de quelque chose de grand avec le rendez-vous manqué avec Michael Jackson. Cette expérience l’a sans aucun doute marqué, même s’il ne laisse rien paraître à travers les interviews. Encore une fois, lorsqu’il a décidé de sortir de l’ombre, le producteur a connu l’échec même si pour cette fois il est impossible de lui reprocher quelque chose. Avoir l’opportunité de travailler avec Michael Jackson vaut la peine de s’exposer à la lumière sans rien espérer en retour.
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Bryan Loren, Shadow, est le premier volume d’une trilogie de compilations Fusils à Pompe prévues pour cet été. Cover : Hector de la Vallée / Mix : Tomalone.