Ghana : au pays de l'or noir ?
Pendant que tous les regards étaient tournés vers la Côte d'Ivoire et les élections présidentielles encore une fois confisquées, le Ghana ouvrait officiellement le robinet à pétrole.
Hurray ! Oil at last ! (Hourra ! Enfin le pétrole !) Titrait ce jour là the Ghanaian chronicle, journal d'Accra.
Ce mardi 14 décembre 2010 le Ghana a fait son entrée dans le club des pays producteurs de pétrole. Le président John Atta-Mills a inauguré en grande pompe ( !!) l'exploitation du premier gisement de pétrole de l'histoire du pays.
Bénédiction ? Malédiction ?
Le président Atta-Mills a souhaité que ce pétrole soit « une bénédiction pour le Ghana et non une malédiction » lors de l’inauguration du gisement « Jubilee », appelé ainsi car découvert en 2007, année du 50ème anniversaire de l'indépendance du Ghana. Les réserves ont été estimées autours d'1,8 milliard de barils.
Depuis cette découverte la fièvre de l'or noir s'est emparée du pays, des compagnies. Les rumeurs les plus folles soufflent dans les villages, balayant les pistes, gonflant les espoirs et peut être futures désillusions...
La compagnie anglo-irlandaise Tullow a commencé à pomper le pétrole d’un gisement off-shore, au large de Cape Three Points (la pointe la plus au sud du Ghana). Selon les estimations actuelles, le Ghana pourrait ainsi bénéficier d'un apport financier évalué à environ 1 milliard de dollars annuel.
D'autant plus que des gisements de l'envergure de « Jubilee » ont été découverts dans le Golfe de Guinée, toujours au large des côtes ghanéennes (Tweneboa et Owo) proche de la frontière ivoirienne, entrainant des troubles entre les 2 pays.
Eviter le syndrome nigérian
80 % du PIB du Nigéria est alimenté par les revenus pétroliers. Après cinquante ans d'exploitation de l'or noir, le pays n'a pas diversifier son économie, il reste soumis à la volatilité des prix du baril de brut. Tout comme le Gabon dont le pétrole est exploité depuis plus de quarante ans et représente plus de 50% des revenus nationaux.
Le Ghana offre à priori des garanties de démocratie et affiche des vœux de bonne gouvernance, des soupçons de corruption ont été mis à jours; Pour autant, les gouvernants du pays devront veiller à ne pas délaisser les filières traditionnelles de producteur de cacao, où le Ghana est classé 2ème producteur mondial, et d'or (2ème pays producteur d'Afrique) afin de ne pas déstabiliser l'économie du pays.
Qu'en est il de la population ?
Le gouvernement a interdit la pêche dans les zones d'exploitation, ce qui risque de nuire aux villages dont l'activité traditionnelle est la pêche (d'autant plus qu'il y a forte concentration de poissons attirés par les lumières, autours de la plate forme). Des riverains réclament leur part.
Souhaitons (peut être un brin naïvement ?) que la production de pétrole soit la source d'enrichissement de la population et non de conflits et de corruption, comme cela a pu être le cas dans un certain nombre de pays de ce continent.