Coincée entre deux toiles, le cul entre deux chaises
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Je dois envoyer un fichier à un client mais le wifi du café ne fonctionne pas. L'heure et les gens passent. Des centaines de secondes, des centaines de visages flous et bruyant. J'ai réalisé que tu arriverais sûrement par cette gare sous peu.
Je te sens tellement près que ça en ferait mal. Le piano à fond contre mes tympans est la seule chose qui me tient droite sur mon siège. Se donner un peu de contenance, s’immerger, chercher une raison de rester là. Je scrute la foule, les points qui la compose. J'ai toujours su noter les petits détails des inconnus. Parfois, j'ai la sensation de les connaître mieux que les gens croisés au quotidien. L'habitude efface toutes les rugosités intéressantes des caractères. Mais ce soir la foule est sauvage, de celles qui me donnent envie de me terrer à vie dans le fin fond d'une île néozélandaise. Et chaque visage, descendant de chaque train qui n'est pas le tien me mange un peu plus de l'intérieur. Je ne savais pas que tu passerais par ici, mais sentir que nous allons nous rater est intolérable. Dans l'antre d'Amélie Poulain, le destin n'aura ce jour rien de fabuleux, ni aucune pitié pour la licence littéraire. Te croiser ici ferait une bien plus belle histoire que celle qui s'écrit près d'une mauvaise tasse, vide aux trois quarts, d'élèves insupportables et autres accidents de la vie. Le hasard objectif, comme la passion, ne se commande pas.
Texte et photographie : ©Mélissandre L.
Falling in between stools
I have to send a file to a client but the café wifi doesn’t seem to work. Time and people passes me by. Hundreds of seconds, hundreds of blurred and blaring faces. I just realized that you would probably arrive in this very station some time soon. You’re so close that I almost feel you and it hurts. The piano blasting in my ears is the only thing that helps me to stand straight. I try to keep my composure, to blend in, to find a reason to stay here. I stare at people, focus on the features of the painting. Sometimes it feels I know those characters more than the folks I see everyday. Routine erases all the interesting facets on their frames. Tonight the crowd is wild, so wild I would gladly burry myself deep in the heart of some New Zealand island. Each face getting off the trains that isn’t you eats me up a little more. I didn’t know you were to cross my way today, yet feeling that we will miss each other is unbearable. This is where they shot Amelie - in French, the movie is called the Fabulous Fate of Amelie Poulin. Today my fate will remain far from fab, so much for poetic licence... To meet you here would have made for such a better story than the one writing itself next to a mediocre half emptied cup of coffee, insufferable high-schoolers and other life misfortunes. Objective hasard, as passion is not on the menu.
Text & photography : ©Mélissandre L.











