dans ma tête résonne quelque chose comme le bruit de la mer, avec des oiseaux qui battent des ailes...
L'Odeur des pommes s'ouvre comme l'histoire sage, couleur sépia, d'un petit garçon de 10 ans. Nous sommes au début des années 1970. Marnus vit au Cap, dans une belle maison patricienne qui surplombe False Bay. Il a une soeur aînée, Ilse, et un super-copain d'école, Frikkie. Le petit Marnus vit dans la vénération de ses parents : sa mère, une ex-contralto, élégante et sévère ; et surtout son père, militaire de haut rang, figure de l'autorité, bel homme et amateur de pêche. Elle et lui aiment appeler leur fils "mon petit négrillon". Il n'y trouve rien à redire. C'est un clin d'oeil, un mot tendre. Les vrais "négrillons" ne sont que des ébauches humaines... "De toutes les nations du monde, celles qui ont la peau noire sur le cul ont aussi les plus petits cerveaux", ânonne tranquillement le fils du général.Contaminé dès le berceau par l'idéologie raciste de sa famille afrikaner - idéologie qui était la norme, alors, en Afrique du Sud, comme en Rhodésie (rebaptisée Zimbabwe) et ailleurs -, le héros de L'Odeur des pommes ne s'en défend pas. Il finit par endosser les monstruosités des adultes, il s'en fait le complice muet. Plus tard, fidèle au père, il endossera (littéralement) l'uniforme militaire et partira combattre en Angola la "vermine" communiste.
Une réflexion sur l'innocence
Peinture subtile de l'emprise mortifère d'un ordre - le système d'apartheid, aboli en 1991 -, ce premier roman de Mark Behr, d'abord publié en afrikaans, en 1993, jette un regard à la fois très fin et très critique sur les contradictions de la société blanche sud-africaine. Et sur les liens du régime de Pretoria avec le Chili du général Pinochet - L'Odeur des pommes se situe en 1973, au lendemain de la chute du gouvernement Allende. C'est aussi une réflexion, troublante, sur l'innocence.
Mark Behr, L'Odeur des pommes, traduit de l'anglais (Afrique du Sud) par Pierre Guglielmina. Jean-Claude Lattès, 300 p. & en poche: J’ai Lu 10351
Catherine Simon, article paru dans Le Monde des Livres