Salafistes : les terreurs de l’Islam ?
Les onzes membres de la cellule terroriste démantelée samedi étaient des Français musulmans, convertis au salafisme. Ce mouvement doctrinal ultraminoritaire suscite peur et fantasmes dans les médias. Pourtant, le raccourci entre salafisme et terrorisme est un abus de langage qui masque une réalité plus nuancée.
Jérémie Louis-Sydney abattu à Strasbourg, Jérémy Bailly interpellé à Torcy, Yann Nsaku arrêté à Cannes… tous les terroristes présumés étaient animés par la même idéologie : le salafisme.
Ce groupe de récents convertis, des jeunes de 19 à 25 ans dotés d’un profil violent et sociopathe, alimente les craintes autour de cette mouvance radicale de l’Islam. A l’heure actuelle, la France compterait 12 000 à 15 000 salafistes sur son territoire, dont un tiers de convertis. Mais la face violente du salafisme constitue une minorité au sein de la minorité.
QU'EST-CE QUE LE SALAFISME ?
Les salafistes sont des musulmans sunnites ultra-orthodoxes. Ils s’inspirent des premiers disciples de Mahomet, les « salafs », pour prôner un Islam plus pur, plus proche de celui des origines. Ils portent souvent barbe et djellaba pour les hommes, niqâb – voile intégral – pour les femmes, et appliquent le Coran au pied de la lettre.
Cette revendication d’un Islam rigoriste a d’abord connu son succès moderne en Arabie Saoudite au XVIIème siècle. Depuis, la famille régnante Al-Saoud a fait du wahabisme – une forme locale de salafisme – la religion d’Etat.
En France, le salafisme a été importé dans les années 90, notamment par des étudiants français au retour de leurs études en Arabie Saoudite, ou par des religieux du Golfe. Ce mouvement intégriste est celui qui recrute le plus en France selon le sociologue Samir Aghar. Interviewé par Atlantico, ce spécialiste du salafisme estime que « les effectifs salafistes ont triplé en moins de 10 ans. »
« Le salafisme tend à devenir (…) une sorte d’orthodoxie à partir de laquelle les musulmans estiment s’ils sont de bons ou de mauvais musulmans », ajoute Samir Amghar.
LES SALAFISTES SONT-ILS DES TERRORISTES ?
Ce raccourci est on ne peut plus faux. Le salafisme est en fait une mouvance hétérogène, qui regroupe trois courants très différents :
- les piétistes : pacifiques, ils représentent l’immense majorité des salafistes et défendent « un islam non violent et apolitique », selon Samir Amghar.
- les politiques : dans le sillage des révolutions arabes, ces activistes souscrivent au jeu politique pour faire avancer leur vision de la société islamique.
- les djihadistes : minoritaires parmi la minorité, ils prônent l’affrontement et la lutte armée pour imposer leur dogme.
Sur Rue 89, le politologue spécialiste de l’Islam Olivier Roy explique que « les salafis purs, majoritaires, veulent un minimum d’interaction avec la société, même avec les autres musulmans, par risque de perdre leur pureté. Ils s’installent dans une contre-société, avec des symboles visuels. Le salafiste peut-être quelqu’un de tout à fait pacifique. »
Avec son livre Le salafisme d’aujourd’hui, mouvements sectaires en Occident, Samir Amghar décrypte les avancées du discours salafiste dans les quartiers populaires. Il décrit l’implantation d’un salafisme « cheikiste », non violent et apolitique en Europe et en France.
Pour le chercheur, ce succès salafi chez une nouvelle génération d’hommes entre 20 et 35 ans, répond aux failles de notre société moderne :
« Devenir salafi, c’est faire porter le poids de la vie par l’Islam (…). C’est en quelque sorte une réponse à une crise de l’individualisme de la personne. Celle-ci devient salafie en s’affiliant à des groupes religieux intensifs forts, capables d’offrir des codes de sens et une sécurité apaisante. Ce sont des structures refuges, qui pensent dispenser la vérité, loin de toute forme d’incertitude qui peut paraître angoissante. »
Le sociologue des religions Olivier Bobineau, abonde également dans ce sens. Pour lui, le problème posé par les salafistes est « social, pas religieux. » Problème auquel se superpose le caractère des nouveaux convertis, souvent issus d’un environnement défavorisé :
« La violence ne vient pas de l’Islam, cela vient des problèmes politiques, économiques et sociaux de la banlieue et des quartiers. »
Le terreau social du salafisme et la fascination qu’il engendre chez certains jeunes provoque désormais de nouveaux risques parmi une ultra-minorité. Pour Samir Amghar, l’arrestation d’une cellule terroriste salafiste, largement issue du milieu carcéral français, révèle un glissement dangereux :
« Nous assistons à l'émergence d'une nouvelle tendance du salafisme, l'islamo-banditisme, formée par des délinquants, souvent convertis en prison, qui gardent leurs habitudes de violence ou d'exactions, mais en les justifiant par des motifs religieux islamiques de lutte contre l'Occident. »