L’hôtel particulier (11)
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Chapitre 11 : le ticket gagnant
Le jour qui changea ma vie? C’était un vendredi.
Je me levais comme à mes habitudes pour aller travailler. Le bureau n’était pas très loin à dix ou quinze minutes à pieds si je prenais mon temps. Alors, je flânais tout en regardant les vitrines des magasins encore fermés. Une fois au bureau, je commençais à bosser sur un dossier épineux. D’ailleurs, je devais le finir puisque j’avais rendez-vous dans l’après-midi afin de donner un rapide compte-rendu au client et surtout avoir son accord.
Ne connaissant pas l’endroit, j’arrivais en fin de matinée dans la petite ville où l’on m’attendait. Je me garai donc près de la gare et partis marcher un peu dans le but de trouver un restaurant. J’entrais dans le premier qui faisait aussi bar-tabac. C’était plus un restau-routier à la bonne franquette qu’un trois-étoiles. Un serveur me proposa une table, la carte des menus était simple mais appétissante. Je me levais pour me laver les mains aux toilettes. Aussi, en passant devant les stands, j’achetais un journal. De plus une pub annonçant une super cagnotte m’incita à prendre un ticket de loto.
Le repas fut succulent. Je partis ensuite à mon rendez-vous qui s’avéra plus compliqué que prévu car le client fut très exigent. Cependant, nous trouvâmes un accord et je retournai à ma voiture avec le sourire du gars satisfait. Une fois dans la voiture, j’appelai immédiatement mon patron qui annonça l’augmentation de mon salaire avec une prime. Puis, j’écoutai la messagerie car j’avais un appel manqué de Léopold.
Mon ami expliqua la situation inquiétante dans laquelle se trouvait mon ex-petite amie. Marion avait sombrée dans la drogue. Après un mauvais trip, elle s’était réveillée dans une maison abandonnée et ne savait pas comment rentrer. Dès lors, je partis la retrouver. Je mis une heure avant de pouvoir la rejoindre.
Le portail était grand ouvert. Au loin, je remarquai une maison immense avec des nombreuses fenêtres fermées. J’avançai de quelques pas tout en admirant la maison. Malgré son apparence lugubre, elle montrait une certaine fierté. Il y avait dans cette maison comme un souvenir, ou plutôt un vieux fantasme. Durant mon enfant, je rêvais d’avoir un domaine pareil. Chaque fois, je m’arrêtais pour regarder ces villas en forme de maison de poupée. Et même si celle-ci n’avait pas cette apparence particulière, elle m’intrigua énormément.
- Arthur ? C’est toi ?
Marion attendait sur le trottoir quelques mètres plus loin. Avec ses cheveux ébouriffés, les cernes autours des yeux, sa bouche légèrement grimaçante, la pâleur de sa peau et la maigreur de son corps, je ne l’avais pas reconnue. Elle ressemblait plus à une morte-vivante qu’à la femme que j’avais aimée.
- Léo m’a appelé, il ne pouvait pas venir et j’étais disponible. Comment tu as atterri ici ? dis-je
- Je… Je ne sais pas.
Elle serra les bras contre sa poitrine pour se protéger du froid. Elle ne portait qu’un T-shirt alors que nous étions en hiver. Je retirai mon manteau pour lui donner. Elle le porta de suite tout en me remerciant. A ce moment, un morceau de papier tomba de ma poche intérieure. Il s’envola en direction de la maison avant de retomber sur le chemin. C’était mon ticket de loto. Je le récupérai, en même temps je contemplai de nouveau la maison. A mon arrivé, je crus voir tous les volets fermés. Mais à ce moment, je découvris qu’il y avait deux volets ouverts. Les fenêtres visibles étaient symétriques par rapport à la porte et représentait une espèce de visage. Mon attention resta suspendue à cette maison jusqu’à ce que Marion demande de partir.
- Tu étais là-dedans ? demandai-je.
- Oui, murmura-t-elle. Je me suis réveillée dedans. Je crois être venue avec des potes mais je ne sais pas où ils sont passés. A mon réveil, il n’y avait personne. La porte était ouverte, j’ai pu sortir facilement.
Je demandai à Marion de m’attendre, puis je partais afin d’explorer la baraque. Je n’étais jamais entré dans ce genre de maison, alors, ma curiosité voulut voir à quoi ressemblait l’intérieur. J’approchai et montai sur le perron. Seulement, au moment d’appuyer sur la poignée, je ne pus l’ouvrir car la porte était certainement coincée. De plus, Léopold m’appela subitement pour demander si j’avais récupéré Marion.
Dès lors, je fis demi-tour. Sur le chemin jusqu’à la grille, je me retournai de temps en temps avec une sensation d’être espionné. Dès lors, je constatai l’ouverture de deux nouveaux volets. Pourtant, je ne les avais pas entendus s’ouvrir.
Une fois dans la voiture, nous restâmes muets. Marion renifla de temps en temps. Je compris qu’elle pleurait en silence et ne voulait pas que je la réprimande. Mais, je n’avais rien à dire et, certainement pas à lui faire la morale. Elle connaissait mon point de vue puisque son addiction à la drogue fut la cause de notre séparation. Elle avait gardé cette manie de se recroqueviller sur elle-même en remontant les genoux jusqu’au menton. Je la laissai poser ses pieds sur le siège.
Devant chez elle, elle sortit précipitamment de la voiture. Elle me dit simplement : « merci » sans un regard. Je la regardai rentrer dans l’immeuble. Puis, je restai un peu pour attendre au cas où. Après dix minutes à m’apitoyer sur son pauvre sort. Je retournai au bureau déposer mon dossier complété et signé par le client.
A cette période, j’habitais un deux pièces dans un immeuble HLM. Ce n’était pas une triste cité comme on en trouve régulièrement dans les banlieues. Elle offrait un standing un peu plus convenable avec deux jolis parcs pour le plaisir des familles. D’ailleurs, les résidents étaient plus proches de la classe moyenne que de la pauvre. La majorité payait certainement un surloyer.
Tatiana m’avait rejoint. Elle feuilletait une bande dessinée tout en se prélassant sur le divan. Devant elle, la télévision allumée montrait le journal télévisé d’une chaine importante. Je ne parlais pas de mon intervention auprès de Marion. Je sais qu’elles ne s’apprécient pas et même si Tatiana n’est pas jalouse, elle ne comprendrait pas pourquoi je suis allé l’aider.
Au moment d’apporter les assiettes, mon amie se leva et vint m’aider. Elle regarda le contenu de la casserole.
- Ça sent bon, affirma-t-elle tout en aspirant une grande bouffée de fumée.
- Bœuf-carottes maison. Je l’ai cuisiné hier et je l’ai fait mijoter depuis, dis-je fièrement.
Elle prit le pain qu’elle posa sur la table basse en même temps que les couverts. Puis, elle s’assit attendant ma venue avec le plat divin. Je déposais la casserole et m’assis à côté d’elle. Les publicités défilèrent jusqu’à un générique. Dès lors, Tatiana attrapa la télécommande et changea de chaine. Elle zappa lorsque je réalisai qu’elle venait de mettre l’euromillion. Malheureusement, elle changea immédiatement.
- Remets le loto, s’il te plait. Je viens de me souvenir que j’ai joué, affirmai-je tout en sortant de ma poche le ticket.
Mon amie éclata de rire car je ne joue jamais d’ordinaire. J’attrapai un bloc-notes et me préparai à écrire dessus tout en regardant tourner le tambour rempli de balles. Elles descendirent les unes après les autres pendant que la speakerine annonçait les numéros gagnants. Une fois la combinaison sortie, une carte d’Europe s’afficha et colora la France d’un jaune doré.
- Le gagnant a joué en France ! Eh bien, nous félicitons cette personne qui a remporté cent soixante millions d’euros, annonça-t-elle avec sa voix criarde.
Je restai immobile telle une statue. A l’exception de ma main qui trembla en réalisant qu’elle tenait le morceau de papier le plus précieux au monde. A ce moment, rien ne me passa dans la tête. J’étais stupéfait d’avoir gagné alors que je ne joue jamais. Tatiana s’en rendit compte.
- Tu ne manges pas ? demanda-t-elle. Ça va être froid… Arthur, tu es sûr que ça va ?
- Oui, répondis-je avant de poser le bloc-notes.
Je tenais toujours le ticket gagnant et relisais encore les numéros sortis. Ensuite, Je pris mon smartphone pour regarder l’annonce officielle sur le site internet et relire encore les numéros.
- Alors, tu as gagné ?
- Oui…oui.
- Combien ? Trois numéros ou quatre ?
- Non…. Cent soixante millions… Juste cent soixante millions.
Alex@r60 – janvier 2021

















