L’enfant des fées
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@alexar60
L’enfant des fées
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Épisode 5
Odyssée
Circée l’avait pourtant prévenu
Mais il était décidé de partir.
Alors, il réunit ceux qui avaient survécus,
Ses compagnons, dans leur dernier navire.
…
Pendant que ses hommes ramaient,
Ulysse s’approcha d’eux pour vérifier
Que leurs oreilles étaient bouchées de cire.
Puis, attaché au mat, il vit la mer bouillir.
…
« Ta place est parmi nous !
Ta maison est ici ! » Chantaient-elles
« Libère tes chaines et rejoins-nous! »
Leur voix était si belle !
« Oui bel héros, rejoins-nous !
Oublie ta femme, oublie ton fils !
Quitte ce bateau, viens avec nous !
Oh très cher Ulysse ! »
…
Lorsque les voix pénétrèrent son esprit,
Il ne pouvait s’empêcher d’être rongé par l’envie
De se jeter à l’eau, et de tout quitter
Au risque de se faire entièrement dévorer.
…
Ses compagnons sourds ne voulaient rien voir
Des femmes-oiseaux assises sur le rivage,
Ni des femmes-poissons cherchant à les émouvoir
En dansant sur la mer, et montrant leur beau visage.
…
« Ta place est parmi nous !
Ta maison est ici ! » Chantaient-elles
« Libère tes chaines et rejoins-nous! »
Leur voix était si belle !
« Oui bel héros, rejoins-nous !
Oublie ta femme, oublie ton fils !
Quitte ce bateau, viens avec nous !
Oh très cher Ulysse !
Oui bel héros, rejoins-nous !
Oublie ta femme, oublie ton fils !
Quitte ce bateau, viens avec nous !
Oh très cher Ulysse ! »
Alex@r60 – janvier 2026
Le contrat
Le bruit des vagues me réveilla. Je me retrouvai au bord d’une plage déserte et totalement inconnue. Petit-à-petit, je percevais des falaises pendant que la brume matinale se dissipait. Rien, personne ! Pas même un goéland ou une mouette dans le ciel ; encore moins de bateau à l’horizon. Je me levai et décidai sans raison de longer la mer.
L’écume se déversait sur le sable mouillé, trempant mes pieds nus durant mon passage. Toutefois, je ne ressentais pas la froideur de l’eau. J’essayais de me souvenir. Comment, j’étais arrivé ici et pourquoi mes vêtements étaient déchirés de toute part. De temps en temps, j’observais les dunes sur lesquelles de nombreuses herbes sauvages poussaient. Mais rien ne m’attirait vers ce lieu. Pas même l’idée d’y trouver un chemin ou une route : un endroit où je trouverais de l’aide.
Je continuais de marcher sur la plage lorsqu’un frisson envahit soudainement mon corps. Pourtant, il n’y avait pas de vent, rien qui puisse expliquer les tressaillements de tout mon être. Je croisais les bras frottant à la fois mes côtes pour me réchauffer. Les manches de ma chemise, transformées en haillon, pendouillaient le long de mes cuisses. Les vagues continuaient de faire du bruit lorsque je vis au loin ce qui ressemblait être une silhouette.
Elle avançait avec lenteur dans ma direction. Elle paraissait noire alors qu’elle était vêtue de blanc. Plus j’approchais, plus je pouvais entendre un son aigu et strident. C’était le grincement répété d’un essieu. Et chaque pas de plus vers l’autre personne, ne faisait qu’apparaitre une forme de charrette derrière elle.
Je restai stupéfait en la voyant approcher. C’était une femme à la peau aussi blanche que sa robe. Elle portait contre son épaule une faux. Elle marchait suivie par un cheval à l’apparence squelettique, et qui tirait une charrette vide. Je pouvais voir son visage blême, froid, vide de vie par ses joues creuse et deux trous noirs à la place des yeux. Elle marchait toujours. Bien que son apparence horrifie n’importe qui, je ne sentais pas la peur m’envahir. Je m’arrêtai de marcher, j’attendais qu’elle passe et continue son chemin. Mais une fois devant moi. Elle se figea avant de tendre son outil.
Au début, je ne comprenais pas. Je l’observais silencieusement. J’attendais qu’elle explique sa présence. Mais elle restait le bras tendu, le manche de la faux entre ces doigts. Puis, elle se décida de parler : « Tu sais pourquoi je suis là ! ». Elle reposa son outil contre son épaule. Elle pointa son index long et blanc vers une direction dans mon dos. Je me retournai et fus surpris de voir un corps allongé sur la plage. A ce moment, je compris. C’était moi !
J’étais parti pêcher. Seulement, je ne fis pas attention aux prévisions météorologiques qui annonçaient une tempête. Enfin, je pensais avoir le temps d’une prise avant qu’elle n’arrive au large des côtes. Mais ce ne fut pas le cas. Mon bateau s’est renversé et je me suis retrouvé dans la mer, à boire tasse sur tasse. J’ai finalement coulé, abattu par la force des vagues et fatigué par l’eau froide. Mon corps s’est échoué au petit matin.
Je ne savais pas que l’Ankou pouvait être une femme. Elle attendait patiemment en tendant de nouveau la faux. « Tu es le dernier mort de l’année » dit-elle d’une voix glaciale. D’ailleurs, je pouvais voir une fumée se dégager de sa bouche lorsqu’elle parla. « Alors, tu seras le collecteur des défunts pour cette nouvelle année. Car telle est la loi dans ce monde ! ». Elle restait immobile à tendre la faux.
Poussé par un geste inexplicable, je pris l’objet. A ce moment, je vis mes mains se dessécher. Je sentis mon corps se changer. Je compris que je devenais à mon tour cet Ankou, le collecteur d’âmes, tant redouté en Bretagne. Je vis les lambeaux de tissus de ma chemise, de ce qui restait de mon pantalon tomber pour laisser apparaitre une tunique entièrement blanche. Je remarquai la forme osseuse de mes membres. Et je savais ce que je devais faire.
Sans dire merci, je m’éloignais du spectre qui s’effaçait lentement. Le cheval qui tirait la charrette, me suivit. Il était anormalement squelettique au point de n’avoir que la peau sur les os. Déjà, je n’entendais plus les vagues de la mer. Il n’y avait que le grincement de la charrette. J’attendis que ma prédécesseur s’installe dedans avant de partir et l’emmener dans le monde des morts. Je marchais longtemps, ramassant au passage quelques esprits fraichement venus.
Toute l’année, je me suis arrêté devant les portes des maisons des défunts, sur les bords de routes où eurent lieu des accidents mortels, sur les plages des noyés. J’ai marché sans me voir, devinant avoir perdu mon aspect humain pour un visage repoussant. Et toute l’année, j’ai conduit ces défunts vers ce que certains appellent le Paradis et d’autres l’Enfer ; quel que soit leur âge, leur sexe ou la raison de leur décès. Je n’avais pas un mot, pas une compassion pour eux.
Ce soir, je me retrouve sur une plage. Ce n’est pas un noyé mais une chute mortelle d’une falaise. C’est une jeune femme, amoureuse éperdue qui ne supportait plus de souffrir. Elle semble hagard à se demander pourquoi elle ressent toujours de la vie. Seulement elle n’a pas encore vu son cadavre à ses pieds, derrière elle. Elle attend. Elle vient de me voir et elle attend. Alors j’approche lentement sous les grincements de la charrette. Le cheval que je n’ai jamais entendu hennir marche toujours à ma cadence. Ses sabots ne font jamais de bruit non plus.
Elle attend toujours. Elle n’a pas peur de moi, malgré mon aspect lugubre. Ses cheveux noirs cachent la fracture de son crâne. Elle attend que j’arrête le chariot devant elle. Elle n’est pas surprise de me voir tendre la faux. Qu’elle semble légère quand on la porte ! A bout de bras, elle est encore plus légère.
« Tu es la dernière morte de l’année, dis-je. Il te revient de me remplacer. ». Elle met un temps avant de prendre la faux. Sa métamorphose n’est pas instantanée. La jeune femme se flétrit doucement, surement. D’une belle femme, elle devient un spectre décharné au regard vide, noir. Son nez disparait laissant place à un trou profond. Un œil semble sortir tandis que l’autre se teint d’un blanc opaque jusqu’à effacer l’iris.
Pendant ce temps, je vis mon corps disparaitre petit à petit. Le temps de grimper dans la charrette et de la regarder conduire le vieux cheval. Il ne hennit toujours pas. Même pas pour me dire au revoir ou me souhaiter bon voyage dans le pays des morts. Nous avançons lentement au rythme des pas de ma remplaçante. Avec la faux collée à son épaule et dans sa robe blanche, je lui trouve une ressemblance avec mon prédécesseur.
Et pour la première fois depuis un an, assis dans cette calèche de fortune, je me sens revivre avant de renaitre.
Alex@r60 – janvier 2026
Photo de @nickynarc, trouvé sur Tumblr.
Les couleurs perdues
Je ne sais pas quand cela a vraiment commencé.
C’était peut-être il y a cinq ans, six ans ou avant ; peut-être après ? J’étais trop occupé par une vie pleine et riche en rebondissement. Je vivais tout à fond, intrépide insouciant. Je riais, je pleurais, j’aimais, je détestais. Je faisais comme tout le monde.
Certains disent que c’est apparu avec la guerre. Laquelle ? Bonne question ! D’autres affirment qu’une crise économique a suffi pour aggraver le tout. Et les moins nombreux sont persuadés qu’une épidémie a engendré la cause du mal. Je les laisse débattre et s’engueuler sur les plateaux TV. J’avais seulement constaté que les couleurs avaient disparus.
Je ne sais quelle fut la première couleur à s’effacer de notre paysage. Certainement une couleur infime, presqu’oubliée, qu’on ne remarque jamais. Puis les autres, une à une, ont suivi, inquiétant notre monde par leur disparition inexpliquée. Il ne restait plus que le noir et blanc quand je m’en suis rendu compte. A ce moment, la cause fut rejetée sur une catégorie de personnes ; celle qui dérange, celle qu’on n’aime pas. Ensuite, la haine, le mépris se sont installés dans les foyers. Elles étaient pernicieuses, murmurant leurs doctrines tel un virus qui infecte un troupeau innocent. Aussi, j’ai pensé que tout était perdu.
Tout devenait déraisonnable. Petit-à-petit, l’homme se déshumanisait jusqu’à ce moquer du plus faible. Il voulait l’écraser à coup de talon. Et c’était cela à chaque coin de rue. Paradoxalement, il avait peur. Notamment de ceux qui devaient le défendre. Il existait une telle incohérence parce qu’il avait perdu toute connexion empathique envers les autres.
Je les regardais dans le métro, dans la rue à courber le dos, à baisser la tête devenue grise et triste. La plupart des regards n’avaient plus de vie, juste du vide…un vide si noir qu’on pouvait tomber en le fixant trop longtemps. Partout, la désolation du noir régnait, éclairée par un ciel gris parsemé de nuages blancs. Partout, le froid envahissait l’atmosphère,, habillant d’un manteau humide les gens dont le quotidien se limitait à métro, boulot, dodo. Et les animaux ? J’avais l’impression qu’ils étaient de connivence avec cette nature décolorée. On ne voyait que pigeons gris, étourneaux bruns et corbeaux noirs volant au-dessus des multitudes de rats sortis joyeusement des égouts. Ils venaient même manger dans les mains, arrachant les doigts si l’on ne faisait pas gaffe.
L’avenir devenait de plus en plus morose. On parlait désastre, de guerre. La police arrêtait tous ceux qui étaient opposés. A quoi ? Personne ne pouvait le dire. Un soupir mal placé, te rendait suspect ; un sourire suffisait pour finir en prison. On avait peur de vivre à côté d’un voisin gênant. On avait peur d’être une victime collatérale d’un système binaire, opposant les gentils aux méchants. Mais qui étaient les gentils ? Qui formaient les méchants ? On ne rêvait plus, on cauchemardait ! On avait peur du lendemain, parce qu’on ne savait pas de quoi il serait fait. Parce qu’il ne pouvait être que pire.
Et puis, tu es apparue. Sans sourire, juste un regard, un bonjour, une question. Et quelque-chose changea. Je pense avoir été le seul à m’en être rendu compte. Ce quelque-chose était sur le bord de tes lèvres. Pourtant, tu ne disais rien. Il était là ! Sage, à attendre qu’on s’intéresse à lui. Il se dessinait sur ta bouche allant la recouvrir entièrement. Parfois, il laissait entrevoir tes jolies dents blanches et bien alignées. Ce quelque-chose est le rouge, la première couleur à réapparaitre.
Le bleu succéda au rouge. Il apparut dans tes yeux gris. Enfin, au début de notre rencontre, ils étaient gris. Et petit-à-petit, doucement, ton regard prit une teinte bleutée jusqu’à changer tes iris d’un bleu flamboyant. Alors, dès que tu me parlais, je plongeais dans tes yeux, buvant chacun de tes mots comme on boit la tasse lorsqu’on est submergé par une vague dans l’océan. Un jour, après t’avoir quittée, j’ai réalisé que le ciel était devenu bleu. Ensuite, j’ai réalisé que les étoiles qui scintillent la nuit sont jaunes. Un jaune pâle mais suffisamment coloré pour éclairer la nuit encore noire malgré la lune.
Plus nous discutions, plus je voyais les couleurs réapparaitre. Une promenade amicale dans un parc, et l’herbe redevenait verte. Un diner au restaurant, le coucher du soleil se peignait en orange. Une nuit dans un gite à la campagne, et une pointe de violet colorait quelques fleurs sauvages. Toutes les couleurs de l’arc-en-ciel jaillissaient de ton aura, et je ne sais comment l’expliquer.
Un matin, après t’avoir laissée dormir, j’ai vu des sourires sur les visages des quidams dans la rue. J’ai entendu un homme chantonner dans le métro. Un rire traversa la rame. Il était chaud, bienveillant. Il réchauffa les cœurs. Près de mon bureau, un gars habillé genre racaille aida un policier qui venait d’être renversé par un cycliste en costume. Et les nuages, au milieu d’un ciel bleu roi, évitaient de cacher le soleil.
Parfois, le noir refait surface. Il s’immisce encore dans le paysage. Mais chaque fois, je pense à toi. Dès lors, ton visage le fait disparaitre. Je ne vois plus que toi et les couleurs que tu as apporté un peu partout dans ma vie.
Alex@r60 – décembre 2025
Pour info
Depuis quelques semaines, dès que j’ouvre ma page Tumblr avec un navigateur, mon antivirus s’active en signalant le blocage vers une connexion à measureadv.com.
Après enquête, je me suis rendu compte qu’une publicité sur Tumblr, utilise un certificat expiré. Quelle pub ? Je ne sais pas ! Peut-être plusieurs pubs.
Maintenant, je n’ai plus ce problème depuis que j’utilise l’application Tumblr sur mon ordinateur.
Soirée mondaine
Au milieu de tout ce monde,
Je la cherchais.
Nos yeux se croisaient
Entre deux discussions bien longues.
La soirée n’en finissait pas.
Je tuais mon ennui dans la vodka
Lorsque, soudain, elle murmura :
…
« Retrouve-moi dans le salon.
Allons-nous amuser dans le boudoir.
Abandonnons tous ces cons,
Cachons-nous dans le boudoir.»
…
D’un pas feutré, elle s’éloignait.
J’appréciais son joli déhanché.
Sourire au coin, elle me narguait,
M’invitant à ne pas refuser.
…
Elle jouait au petit poucet,
Tout en dispersant
Quelques vêtements,
Sa jupe et son chemisier.
Le chemin ainsi tracé, je m’engouffrais, l’air coquin,
Dans le couloir jusqu’au salon victorien.
…
« Retrouve-moi dans le salon.
Allons-nous amuser dans le boudoir.
Abandonnons tous ces cons,
Cachons-nous dans le boudoir.»
…
Oubliés des autres mondains,
Je me suis perdu dans ses bras.
Sur sa peau, je léchais son parfum.
On se moquait d’être dans l’embarras.
Profitant du corps nu de chacun,
Nous ne faisions plus qu’un entrelacs.
Dès qu’on apercevait un regard mesquin,
On provoquait par nos ébats…
…Dans le boudoir.
Alex@r60 – octobre 2025
La princesse et le chevalier
La veille de son mariage avec le roi Argan,
Une belle princesse décida de s’enfuir.
Il était trop vieux, et elle presqu’une enfant,
Echangée pour éviter une guerre à venir.
…
Brave chevalier ne veux-tu pas m’emmener
Là où jaillissent les étoiles et la lune ?
Que je puisse, de mon futur époux, me cacher
Et ne pas subir une vie d’infortune.
…
Je sais que ton cheval blanc est aussi éclatant
Que toutes les pierres réunies du royaume.
La nuit, il brille comme mille diamants,
Ainsi que ton armure et ton heaume.
…
Belle princesse, je veux bien t’emmener
Là où jaillissent les étoiles et la lune.
Mais je devrais aussi, du roi, me cacher
Car de la clémence, il n‘en aura aucune.
…
Ensemble, ils chevauchèrent à travers champs
Et prairies jusqu’aux confins du monde.
Puis le cheval s’envola d’un simple élan.
Il frôla la lune de sa crinière blonde.
…
Brave chevalier, ne veux-tu pas m’emmener
Là où jaillissent les étoiles et la lune ?
Que je puisse, de mon futur époux, me cacher
Et ne pas subir une vie d’infortune.
…
Parfois, la nuit, nous les voyons encore passer
Sous la forme d’une jolie étoile filante.
Le chevalier en armure et la princesse en mariée,
Sur le destrier à l’allure rayonnante.
Alex@r60 – octobre 2025
Image trouvée sur internet sous le titre : « The sad prince by Seb-M ».
C’est aussi l’affiche du film “the stolen child” de Seb McKinnon
Oranger
J’ai cru en notre destinée
Quand nos doigts se sont croisés.
J’ai longtemps pensé
Qu’ensemble, on pourrait s’évader.
Peut-être me suis-je trompée
A t’attendre. Mais au fond, je le savais.
…
Il est bien loin le temps
Où nous rêvions de traverser la mer.
J’aimais entendre ton rire éclatant
Lorsque nous étions allongés par terre
Sous notre arbre, un oranger.
Doucement, notre avenir se préparait.
…
Si tu pouvais être encore avec moi,
Même si tu es incapable d’aimer.
Si tu pouvais être encore avec moi,
Même si tu es incapable d’aimer.
Si tu pouvais être encore avec moi,
Même si tu es incapable d’aimer.
…
Et puis un jour,
Une vague balaiera tout.
De notre amour,
Il ne restera qu’un petit bout
Comme un bateau abandonné
Au milieu d’une rivière asséchée.
…
Si tu pouvais être encore avec moi,
Même si tu es incapable d’aimer.
Si tu pouvais être encore avec moi,
Même si tu es incapable d’aimer.
Si tu pouvais être encore avec moi,
Même si tu es incapable d’aimer.
Alex@r60 – octobre 2025
Café
Ce matin-là, un mal de crâne accompagnait ma mauvaise humeur du réveil. En plus, j’avais le regard brouillé avec l’impression d’être au milieu des nuages. J’hésitai à partir travailler, mais finalement, un bon café puis un doliprane suffirent pour m’inciter à prendre le train. Une fois dedans, je dormis durant tout le trajet…jusqu’à Paris.
J’avais pris l’habitude de rejoindre les collègues dans un bar. On programmait la journée. On briefait sur le travail à faire, on débriefait aussi de la veille, des problèmes et des solutions trouvées. Bref, on commençait à travailler alors qu’on n’avait pas encore pointé. Par contre, ce matin-là, j’étais le seul à traviller..
Comme j’étais un habitué, je connaissais tous les employés. D’ailleurs, mon arrivée commençait toujours par un « Bonjour, comment vas-tu ? » « Bien, et toi ? ». Puis, quel qu’il soit, le serveur annonçait ma commande sans la demander. Ce matin-là, Arnaud m’accueillit. Il était toujours impeccablement habillé avec son tablier blanc. Mais à ma grande surprise, il demanda ce que je voulais prendre.
Je fus aussi surpris de voir que notre table habituelle était occupée. Une femme buvait tranquillement son café, De temps en temps, elle regardait son smartphone et semblait déçue. Puis elle retournait visionner son téléphone. Elle n’avait rien de particulier si ce n’est un étrange charme. En effet, j’étais presque obnubilé par sa présence, comme si je la connaissais sans l’avoir jamais vue. Elle paraissait inquiète et, en même temps, son esprit se dispersait dans des réflexions que je connaissais parce que j’avais les mêmes comportements. Comme elle, mes yeux cherchent vaguement vers le plafond lorsque je réfléchis. Comme elle, je me frotte derrière l’oreille allant parfois me pincer le lobe. Comme elle, je pouvais me montrer impudique en public. D’ailleurs, elle n’hésita pas à remonter sa jupe pour rajuster son bas. Le geste demeurait cependant discret mais assez visible pour attirer l’attention. Ce matin-là, je tombais amoureux.
Assis à une autre table, je buvais tranquillement mon café. Je n’attendais personne car les collègues profitaient des RTT ou du télétravail. Par moments, j’observais du coin de l’œil, la jeune femme qui utilisait souvent son smartphone. Je l’imaginais mère récemment célibataire, attendant son prochain amant. Ce dernier la décevait autant que le père de ses enfants. Elle se disait qu’elle n’avait pas de chance avec les hommes, et ce serait à ce moment que j’entrerais dans sa vie. Je me faisais un film et au moment de le mettre en action, elle se leva subitement et quitta la bar avant de saluer les employés. Curieusement, ils répondirent comme s’ils la connaissaient depuis toujours. Le serveur demanda si elle était seule aujourd’hui. Elle annonça que le train de son collègue était trop en retard pour l’attendre. Aussitôt, il la salua par son prénom : Camille. Nous avions le même prénom !
Je quittais à mon tour le bistrot et me dirigeais vers le métro. Il régnait une étrange atmosphère dans la station. Comme si le brouillard de mon réveil envahissait l’espace. Je montais dans la rame, restant debout car trop bondé. Je descendis après dix arrêts. Une fois le métro quitté, je continuais mon chemin vers mon lieu de travail.
Présente à l’accueil, Agathe me salua d’un signe de tête. Avec ses yeux plus gros et plus ronds que d’ordinaire, je crus qu’elle voulut demander quelque-chose. Mais étant pressé, je ne m’arrêtais pas et montais dans l’ascenseur. Je traversais le couloir en saluant les collègues que je rencontrais. Ils semblaient tous étonnés de me voir ; aucun ne me parla. Puis, j’entrais dans mon bureau. Je découvris mon ordinateur allumé. Je pensais avoir oublié de l’éteindre la veille lorsque je remarquais, posé à côté de ma chaise, un sac qui n’était pas le mien.
Oui, vous désirez ?
Elle venait d’entrer avec un café à la main. La tasse ressemblait à la mienne. En fait, c’était ma tasse. Elle, la jeune femme du bistrot, attendait sur le seuil de mon bureau que je réponde à sa question. Je demeurais muet pendant quelques secondes avant de répondre.
Je travaille ici, et vous que faites-vous-là ?
Elle était irrésistiblement belle lorsqu’elle resta bouche-bée, cherchant à comprendre si elle ne s’était pas trompée. Enfin, je crois puisqu’elle assura qu’il s’agissait bien de son bureau.
Ha, non, c’est le mien, affirmais-je.
Pourtant, c’est mon nom sur la porte, dit-elle.
J’approchais pour vérifier la plaque que son doigt montrait. J’eus un sourire amusé, avant de répondre avec certitude.
C’est moi Camille Forgemont.
Vous vous moquez de moi ! réagit-elle.
Elle appela la sécurité. Plusieurs collègues intrigués par notre discussion, approchèrent en même-temps. Charles, mon voisin de bureau demanda à la jeune femme ce qu’il se passait. Il fut ébahi d’entendre son prénom de ma voix ; tout comme les autres que je connaissais depuis dix ans. Personne ne voulut admettre que j’étais leur collègue. Ils persistaient à répéter que j’étais un parfait inconnu. Je crus à une sale blague.
Lorsque la sécurité arriva, je sortis ma carte d’identité ainsi que mon badge. Camille sembla troublée en découvrant son nom sur mes cartes. Je le fus autant quand elle présenta les siennes. Nous avions la même date de naissance, nés dans la même ville et le même numéro de sécurité en dehors du premier chiffre. De plus, nous habitions la même rue dans la même ville…. Au même numéro. Tout en discutant avec elle, je constatais en elle un air de famille. Nous avions les mêmes yeux, la même forme de visage. Je lui trouvais une ressemblance avec ma mère…tout comme-moi.
Ce fut le tour de la police d’intervenir. Je dus les accompagner au commissariat. Malgré mes explications, ils persistaient à croire que mes papiers étaient faux. Pourtant, après vérification, tout était en règle…à un détail près. Il n’existait qu’un seul acte de naissance de Camille Forgemont…et il n’était pas de sexe masculin. Ce matin-là, j’apprenais que je n’existais pas.
Je suis resté au poste pendant une bonne partie de la journée. Ensuite, je suis rentré chez moi, un peu abasourdi, à me poser de nombreuses questions. Je me suis endormi dans le train, ou plutôt, j’ai somnolé tout en restant pensif. Je me suis demandé si je n’avais pas rêvé, dans quel cauchemar j’avais atterri…Plein de questions en tête qui demeuraient encore lorsque je quittais la gare. Le brouillard était toujours intense. Enfin, à quelques mètres de chez moi, je reconnus devant moi, sa jupe plissée, son serre-tête en tissu sur ses longs cheveux. Elle m’entendit tousser ; elle se retourna. Son regard noir montrait combien elle était agacée par ma présence.
Vous me suivez ?
Non, je rentre chez moi, répondis-je.
En plus, vous vous moquez de moi.
Nous marchâmes ensemble jusqu’à la maison. Elle fut impressionnée par ma clé identique à la sienne. Je voulais lui prouver qu’on était bien chez-moi. Alors, j’enfonçais la clé dans la serrure. Un cliquetis résonna, la porte s’ouvrit.
Vous voyez bien que c’est ma maison ! affirmais-je.
Elle ne répondit pas. Ses yeux grossirent encore plus lorsqu’elle vit l’intérieur du domicile. Elle resta bouche-bée à s’en détacher la mâchoire. Alors que j’allais entrer, j’aperçus quelqu’un. Dans le couloir, un homme approcha, l’air surpris de nous voir.
Qu’est-ce que vous voulez ?
Camille me regarda avant de dévisager le gars. Il me ressemblait comme deux gouttes d’eau si ce n’est les cheveux plus longs. Je ne savais pas quoi dire…Lui non plus lorsqu’il me vit. Un petit garçon approcha à son tour. Il portait encore un sac d’école dans la main. Il dit en me montrant du doigt :
On dirait toi, papa !
Avec Camille fille, nous entrâmes pour essayer de comprendre. La porte claqua subitement, au point de me faire sursauter. Le temps de me retourner, tout le monde avait disparu. Je restai seul, chez-moi, à passer le reste de la nuit à me questionner sur ces étranges rencontres.
Je crois que ce jour-là, je me suis rencontré dans d’autres mondes.
Alex@r60 – septembre 2025
Photo de Jean-François Jonvelle
Au milieu de l'océan
Cela faisait plusieurs jours que nous avions passé les 50e hurlants. Notre navire avançait péniblement, trimbalé de vague en vague dans une mer déchainée. Chaque marin restait sur le qui-vive. Pendant ce temps, j’attendais dans ma cabine, la tête pensive, pleine d’angoisse, à me demander à quel moment, nous allions couler. Charles restait allongé dans son lit, il râlait au gré des secousses. En fait, il n’avait plus rien à vomir depuis que nous avions quitté Kerguelen. Il n’y avait rien sur cette ile pourtant elle commençait à me manquer.
Nous devions rejoindre un groupe d’explorateurs sur cette immense banquise qu’était l’Antarctique. Notre objectif était d’atteindre le pôle nord. Comme nous avions manqué le bateau, l’équipe patientait sagement dans des baraquements construits dans ce genre de situation ou dans l’attente de jours moins glacials. Mais avant, nous devions franchir ces lignes de vagues énormes pouvant engloutir les plus grands buildings de New-York.
Tel un agonisant, Charles demeurait allongé, les bras en croix, l’écume au bord des lèvres. Dans son râle, on pouvait comprendre qu’il voulait mourir. Il avait prévenu qu’il ne supportait pas les fortes houles, mais il voulait absolument participer à cette expédition historique. Je ne supportais plus cette chambre vétuste et trop remuante. Je ne pouvais rien faire, ni lire, encore moins écrire. Je ne pouvais que regarder le pauvre Charles en train de souffrir. Dès lors, je décidais de sortir.
Le navire tanguait si bien que je dus m’accrocher pour ne pas glisser. Je marchais très lentement, un pas après l’autre. Trop occupés, les marins ne se soucièrent pas de ma présence. Je lisais sur leur visage, combien la traversée pouvait être exténuante. Habillés de leur long manteau ciré, la tête coiffée d’une grande capuche, ils s’efforçaient à maintenir le cap en combattant les multiples vagues qui s’écrasaient sur la coque. Parfois, l’un d’eux semblait hurler un ordre. Mais personne ne le regardait. Ils connaissaient tous leur métier. On ne voyait rien de l’horizon qui se confondait entre la mer et le ciel. Tout était blanc, gris, noir ; tout se ressemblait.
J’arrivai enfin dans la cabine de pilotage. Les mains sur le gouvernail, le capitaine ne jeta pas un regard sur ma personne, préférant surveiller le large malgré l’eau jetée sur la vitre. Toutefois, il maugréa contre moi, m’ordonnant presque de retourner dans ma chambre. Je demandai si je pouvais aider à quelque-chose. « Oui, dit-il, en nous laissant travailler ».
La tempête continuait de frapper la mer, provoquant d’innombrables bourrasques d’eau. A chaque vague retombant sur le rafiot, je crus que notre heure était comptée. Mais le navire tenait bon. Il tanguait, il s’élevait, redescendait, il passait sous les vagues et il tenait bon. Comprenant, que je dérangeais, je retournais rejoindre Charles.
Je garderai toujours en mémoire le claquement de l’eau sur la proue, le vent hurlant faisant rugir la mer. Tout était déchainé et je n’arrivai pas à retourner me protéger. Mais je n’oublierai surtout pas ce bruit intense et profond. Il était puissant, fort et long comme le bruit d’une corne. Ce vacarme adoucissait les hurlements de l’océan. En fait, nous n’entendions que lui. Je regardais vers l’avant, mais ne remarquais rien de particulier. C’est en voyant des marins scruter à bâbord que je compris qu’il se passait quelque-chose d’anormal. En effet, une énorme masse noire se dessinait telle une ombre entre les nuages. Le cri résonna une seconde fois et provenait bien de cette silhouette. Les marins ne travaillaient plus, ils regardaient la forme grossir et approcher vers nous. Aussitôt, ils reprirent leur poste et s’activèrent deux fois plus vite.
L’ombre avançait encore plus rapidement que le bateau. Je fus saisi par un étrange sentiment entre fuir pour me cacher, et rester pour savoir de quoi il s’agissait. Je restais le dos collé à la cabine de pilotage. Mon ventre se remplit de peur, mes jambes tremblèrent, je savais que c’était quelque-chose d’effroyable. Enfin, je vis deux cercles brillants entre les nuages noirs, ses yeux jaunes nous fixaient.
Un rayon de lune, un nuage moins gris que les autres, laissant passer ce rayon de lune suffit pour nous remplir de terreur. Nous découvrîmes son apparence. Nous étions face à un monstre inimaginable, le kraken ou le Léviathan, je ne sais comment l’appeler. Sa forme était celle d’un énorme poulpe avec une tête plus droite, plus élevée. Son siphon ou plutôt, la partie de devant, était courte, couverte de quelques bras courts qui gesticulaient, montrant une bouche en forme de trou, complétée par des crochets acérés. Je ne sais combien il possédait de bras, mais j’aperçus cependant au moins trois tentacules frapper la surface de l’océan. La pieuvre semblait contrariée par notre présence. Tel un long grognement, le son terrifiant sortit de nouveau de la bête.
A côté de moi, la porte s’ouvrit. Le capitaine avait laissé son second prendre la barre pour mieux voir ce kraken. Il n’avait jamais vu pareille chose. Il attrapa mon épaule et m’obligea à entrer. Puis, il referma immédiatement la porte, comme si cette petite porte ridicule pouvait nous protéger de l’encornet géant. Il jura quelques mots pour encourager l’équipage et reprit le gouvernail entre les mains. Pendant ce temps, son subordonné surveillait, tout comme moi, l’animal.
Il continuait de nous observer. Son cri résonna encore plus fort que la tempête déchirant le ciel. Soudain le bout d’un tentacule vint à toucher le côté bâbord du bateau, comme s’il le caressait. Il était d’un rouge vif plein de ventouses. L’animal semblait s’amuser de nous, de notre fragilité. Il arrêta d’avancer. Ses yeux s’éloignèrent petit à petit jusqu’à devenir deux point minuscules au milieu de la nuit. Son cri retentit une dernière fois ; un long cri laissant à penser que nous n’aurons pas de seconde chance en cas de prochaine rencontre.
Je préférai rester le reste de la nuit dans la cabine de commande. Silencieux, je ne dérangeais pas le capitaine ni son second. D’ailleurs, ils ne prononcèrent aucun comme pour oublier cette rencontre inattendue. Le bateau vogua au milieu de l’océan, balloté de vague en vague encore plusieurs jours avant d’atteindre notre objectif.
Lorsque nous retrouvâmes l’expédition, nous ne parlâmes pas de notre aventure. Charles n’avait rien à dire car il n’avait rien vu. Quant à moi, je ne savais pas comment l’expliquer et de toute façon, je pense qu’on ne m’aurait pas cru. D’ailleurs, je crois que la pieuvre le savait ; c’est surement pour cela qu’elle nous a laissés partir.
Alex@r60 – septembre 2025
Photo de Herbert Ponting. Antartic Ocean, 1912.
La boite de Pandore
Les dieux, pour se venger
De Prométhée,
Décidèrent de façonner
L’être le plus parfait.
…
Elle semblait si belle
Et si généreuse,
Qu’on lui offrit devant l’autel
Une boite mystérieuse.
…
« Tu ne dois jamais
Ouvrir cet objet !
Jure que jamais
Tu n’ouvriras cet objet ! »
…
La curiosité
Qu’Hermès lui avait donnée,
Obligea Pandore à céder,
Laissant les maux s’évader.
Ils contaminèrent l’humanité
L’orgueil s’envolait
Derrière la famine, la folie
La passion, le vice et la tromperie.
…
Pandore referma dès l’instant
Le piège perfide
La boite garda seulement
L’espérance pas assez rapide.
…
Ainsi les hommes furent punis
D’avoir acquis le feu
Grâce au rebelle Prométhée qui
Fut aussi condamné par les dieux.
…
La curiosité
Qu’Hermès lui avait donnée,
Obligea Pandore à céder
Laissant les maux s’évader.
Ils contaminèrent l’humanité
L’orgueil s’envolait
Derrière la vieillesse, la folie
La misère, la guerre et la maladie.
…
Comment on en est arrivé là ?
Toute sa vie, Pandore le regretta.
Alex@r60 – septembre 2025
Tableau: Pandore par John William Waterhouse. 1896
Déesse
Toi qui croyais connaitre
Tout de notre monde,
Prépare-toi à penser ou commettre
Une réflexion qui te parait immonde.
Car ta propre religion
Réfute cette notion.
…
Et si dieu était une femme ?
Et si dieu était une femme ?
Et si dieu était une femme ?
L’homme serait sorti de son cerveau
Comme elle serait sortie des eaux.
…
Partout la terre est au féminin.
L’homme nait de son ventre,
Et se nourrit de son sein.
Mère-nature en serait le centre ;
La base des religions, de Gaia
A Mbaba ou Pachamama
…
Et si dieu était une femme ?
Et si dieu était une femme ?
Et si dieu était une femme ?
Elle aurait enfanté l’homme
Avec un morceau de pomme.
…
Durant toute la préhistoire,
Hommes et femmes étaient égaux.
Ses statues donnaient espoir.
Mais tout tomba à vau-l’eau
Quand l’homme força la nature,
En imposant de nouvelles structures.
…
Alors, l’homme aurait pris sa place.
Alors, l’homme aurait pris sa place.
Alors, l’homme aurait pris sa place.
D’un éclair, le passé serait balayé
Pour permettre à l’homme de dominer.
Alex@r60 – septembre 2025
Bilan (30 jours pour écrire)
Il n’y avait pas grand monde dans le café. Juste quatre-cinq personnes assises à différentes tables, attendant qu’on vienne prendre leur commande. Et une petite fille au bar. Elle jouait la grande à siroter un coca-cola. Je ne sais pas comment elle avait réussi à s’assoir sur le tabouret qui était trop haut pour sa petite taille. Je saluais le barman et demandais un hotdog accompagné d’une bière. J’aimais bien manger au comptoir. Et en tant qu’habitué des lieux, on me laissait faire.
J’attendis mon repas tout en lisant les derniers messages sur mon téléphone ; Rien d’intéressant si ce n’est un mail de mon chef annonçant une prime pour notre équipe.
Il faut la mériter cette prime !
La gamine continuait de boire son soda à la paille, se donnant un petit genre pet-sec, grand moralisateur. Elle me parlait, cependant, elle ne me regardait pas. Je recherchais autour de moi quelque caméra, un possible miroir qui lui aurait permis de lire l’e-mail. Mais je ne remarquais rien de particulier.
Cette prime que vous venez de recevoir, il faut la mériter.
Cette fois-ci, son regard croisa le mien. Elle gardait un visage sérieux, sans sourire, qui contrastait avec son âge. Je réfléchis en me demandant si je ne l’avais pas déjà vu quelque-part. Le barman était parti récupérer un plat pour un autre client. Je demeurais silencieux hésitant à la remettre à sa place avec un « les enfants n’ont pas à se mêler des affaires des grands », avant de finalement jouer son jeu.
Et je ne mérite pas cette prime ?
Si, mais il faut faire un bilan, répondit-elle.
Un bilan ? C’est une prime annuelle, je crois, dis-je en relisant le mail.
Un bilan d’écriture. Un bilan sur les 30 jours.
Je ne m’attendais pas à cette réponse. Un silence envahit le café, entrecoupé par les quelques bruits de fourchettes des autres clients. La fillette rebut une gorgée de coca, colorant instantanément la paille en marron, avant de repasser au blanc lorsqu’elle posa son verre sur le comptoir.
Quand était-ce la dernière fois que vous avez écrit un texte ? Janvier 2024, si je me souviens bien, Vous n’êtes pas trop rouillé ?
Je ne répondis pas. Je réfléchissais. Oui, c’était un poème. Le seul écrit durant l’année 2024. J’ai passé un et demi sans écrire. Au final, ce ne fut pas si difficile de s’y remettre. Pourquoi ? Ce n’était pas une histoire de temps, mais plutôt de motivation. Ecrire sans avoir d’idée en tête. Finalement, le challenge permettait de se concentrer sur un thème précis. Dés fois, j’avais du choix sur le même sujet.
Comme pour « derrière la porte », dit-elle.
Elle lisait dans mes pensées. Effectivement, plusieurs idées sont venues pour le dernier texte. Il m’a tout de suite ravivé le souvenir d’un vieux film que j’avais regardé en cachette lorsque j’avais douze ans. « Derrière la porte verte », un film X. Finalement, j’ai préféré autre chose, pour éviter la censure de Tumblr. J’aurais pu écrire sur des gens kidnappés et entendant leurs amis se faire torturer derrière la porte, genre « Hostel ». Mais j’ai encore choisit d’écrire différemment.
Oui, la censure d’internet devient pénible, ajouta-la fillette. Cela concerne aussi « J’ai deux amis qui sont aussi mes amoureux ». Vous vouliez écrire une histoire de triolisme à la Jules et Jim.
Cela a été mon inspiration, répondis-je.
Est-ce que réécrire a été pénible ?
Pas du tout. J’ai retrouvé cette sensation de plaisir. Il y a cependant quelques différences.
Moins d’érotisme et plus de fantastique ? demanda-t-elle.
Pour moi, l’un ne va pas sans l’autre. Il y a dans l’horreur et le fantastique, une énorme part d’érotisme, au moins du romantisme. Le barman déposa mon hotdog accompagné de quelques frites. Il connaissait mes goûts et apporta aussi de la moutarde.
Les thèmes étaient-ils tous d’inspiration facile. ?
Pas tous, me dis-je. Les premiers, oui. Mais beaucoup avaient en lien les étoiles, l’espace. Alors, j’ai cherché à varier. Comme pour « Etoiles ». Je ne sais pas si j’ai réussi. Mais c’était évident. Tout comme « Face au loup » qui m’a fait penser à une chanson de Serge Reggiani « les loups sont entrés dans Paris ». Il y a aussi « Je n’ai rien reçu ».
Ce dernier est très personnel, remarqua-t-elle.
Elle m’agaçait à lire dans ma tête. Je mordis dans le sandwich chaud. Elle reprit son verre et but à la paille.
Lequel a été le plus difficile ?
« Constellation » et « caresses ». Compliqués parce qu’ils appellent à se répéter quand on a déjà écrit sur des thèmes similaires.
Et les autres ? Vous en avez pensé quoi des autres participants du challenge ?
Sa question m’étonna. On écrit d’abord pour soi. Mais elle avait raison, j’ai pris plaisir à lire les autres. J’ai apprécié leurs textes, leurs façons d’écrire, leur méthodologie, leurs exercices de style. Que le récit soit long ou court, que ce soit un roman ou un haïku, il méritait notre attention. En lisant, j’ai aussi voyagé…en me promenant dans les alentours d’Oran, par exemple.
Je continuais de manger mon hotdog. Ensuite, je pris ma pinte à la main, lorsque je réalisais que la petite fille ne posait plus de question. En effet, elle n’était plus là ! Même son verre avait disparu. Il ne restait que le tabouret. Je demandais au garçon s’il l’avait vue partir.
Quelle fille ? demanda-t-il. Je n’ai pas vu de fille.
Celle qui était assise à cette place.
Il regarda le siège vide. Puis, il eut un petit sourire tout en écarquillant les yeux.
Je suis désolé. Tu as rêvé parce qu’il n’y a jamais eu de fille assise ici, aujourd’hui.
Il retourna essuyer quelques verres. Je pus constater que son verre de coca n’était pas sur l’évier. De même, les pailles proposées au bar étaient différentes de la sienne. Dès lors, je préférais finir mon hotdog. Je sortis mon téléphone, pour lire quelques informations. Puis, je suis allé sur Tumblr, visiter quelques comptes, lire quelques textes, liké quelques images et gifts. Enfin, j’ai trouvé comment écrire mon bilan et clôturer ces 30 jours.
Alex@r60 – août 2025
Photo de Terence Spencer - Girl in Diner, 1959
Derrière la porte
Alice n’est plus une enfant,
Qui court derrière le lapin blanc,
A la recherche du pays des merveilles
Avant que le loir ne se réveille.
…
Que caches-tu derrière cette porte ?
Quels noirs secrets donc tu transportes ?
Certains pensent que la reine est morte,
Et que tu l’aurais tuée derrière la porte.
…
Blanche-neige ne croit plus au prince charmant.
Dans ses bras, elle a perdu son temps.
Elle regrette de ne pas connaitre les sept pêchés
Auprès des nains qui l’ont tant aimée.
…
Que caches-tu derrière cette porte ?
Quels noirs secrets donc tu transportes ?
Certains pensent que la reine est morte,
Après lui avoir arrachée le coeur.et l’aorte.
…
Je veux voir ton côté sombre,
Je veux connaitre ta part d’ombre.
Aussi, montre-moi le chemin
Qui mène à ton esprit malsain.
.…
Cendrillon ne veut pas dormir cent ans,
Ni être abusée par un prince violent.
Elle préfère plutôt manger la citrouille,
Que de se rabaisser à vider ses couilles.
…
Que caches-tu derrière cette porte ?
Quels noirs secrets donc tu transportes ?
Certains pensent que Marraine est morte,
Et que son corps pourrit derrière la porte.
…
Je veux voir ton côté sombre,
Je veux connaitre ta part d’ombre.
Laisse-moi passer derrière la porte
Et voir les lourds secrets que tu portes.
Alex@r60 – août 2025
Dans les brumes
Je fais un rêve étrange. Je rêve que je me promène au milieu d’un épais brouillard. Je ne suis pas perdu ni inquiet. Je n’ai pas froid, pourtant c’est l’hiver. Je marche sur un sentier lorsque je suis interpelé par un rire féminin. Je tourne la tête et je vois une jeune femme rousse un peu plus loin. Elle est à cinquante mètres. Elle sent bon. Le vent m’envoie son odeur de framboise et de jasmin. Son sourire, ses yeux perçants, son nez troussé ainsi que sa longue chevelure rousse, attirent mon attention. Elle fait un signe de la main. Alors je m’approche mais elle part. Du coup, je la suis sans jamais arriver vers elle. Chaque fois, j’ai cette impression d’attraper sa main, mais elle me glisse entre les doigts. J’ai beau l’appeler, lui demander de m’attendre. Seulement, elle semble s’en fiche et continue de marcher vite à travers la lande tout en riant. Je ne vois qu’elle dans le brouillard. Je ne vois rien d’autre. Soudain, je me sens tomber, et je me réveille.
Et ? demanda Léonard.
Rien ! A part que je fais régulièrement ce rêve depuis une bonne année, répondis-Thomas.
Les deux hommes prirent leur verre et burent une gorgée de bière avant de le reposer sur la table.
Le truc le plus bizarre, ajouta-Thomas. Hier matin, je suis parti me promener autours des étangs de Commelles. J’avais envie de faire une randonnée là-bas.
Léonard prenait aussi le train pour Paris. Il avait en-tête ce fabuleux paysage qu’on voit d’un pont, où l’étang est visible à l’infini. Il se souvenait surtout que l’endroit était magnifique quand il était envahi par les brumes.
Durant ma ballade, j’ai entendu quelqu’un rire. Et c’était la femme de mon rêve. Je n’ai pas compris. Je suis parti la rejoindre. Elle a fui comme dans le rêve et je n’ai jamais pu…au moins discuter avec elle, ajouta-Thomas.
Il y avait du regret dans sa voix, une sorte de soupir en même temps qu’il parlait. Il reprit son verre et but une nouvelle gorgée de bière.
Il y avait du brouillard ?
Léo connaissait la réponse car en cette période, il y a toujours de la brume recouvrant la vallée de l’étang. Il ne savait pas quoi dire à son ami. Ils discutèrent un peu. Puis, une fois avoir vidé leur verre, ils quittèrent le bar et rentrèrent chacun chez eux. Léonard, en se disant qu’il va faire froid. Et Thomas, en pensant à la rouquine de ses rêves, rencontrée près des étangs.
Deux jours plus tard, Thomas refit ce rêve. Il vit la jeune femme et courut vers elle. Contrairement aux nuits précédentes, il était conscient qu’il rêvait. Il voulait en finir, pouvoir lui parler et entendre sa voix ; autre chose que son rire. Il courut, mais jamais il ne réussit à la rejoindre. Elle partait sans effort, sans courir. Elle semblait glisser sur la brume qui cerclait le couple. Soudain, Thomas ressentit le sol s’effondrer. Il chuta lourdement au point de se réveiller. Le lendemain, il posa sa journée et repartit près de Chantilly.
Le train quitta la gare en direction du pont. Thomas demeurait attentif. Il observa cet endroit. Les étangs n’étaient pas visible tellement le brouillard imprégnait la vallée. Le train s’arrêta dans la gare suivante. Aussitôt le jeune homme s’engagea dans la forêt et partit retrouver les étangs. Il espérait la revoir. Il y avait très peu de chance pour que cela se reproduise.
Pendant tout le trajet, il pensait à cette jeune femme. Il revoyait son sourire, ses yeux verts brillants comme des pierres précieuses. Il humait son parfum de framboise et de jasmin. Il marchait sans se soucier de la route à prendre. En fait, il était perdu au milieu de la brume, mais il s’en moquait. Il était sur un nuage.
Alors qu’il commençait à se demander par où passer, il entendit soudainement un rire dans son dos. Elle était là ! Joyeuse comme dans ses rêves. Elle était aussi belle, rayonnante et souriante. Il remarqua ses lèvres rouges, les devinant douces. Il dit simplement : « Bonjour ». Elle répondit par un salut de la main. Il ferma les yeux et, pendant qu’elle riait en montrant ses petites dents, il inspira cet air qui apportait une odeur de framboise et de jasmin. C’était bien elle ! Immédiatement, il avança d’un pas…Elle s’éloigna.
Son long manteau bleu donnait l’impression qu’elle glissait sur le brouillard. Thomas continuait d’avancer avec calme. Il ne voulait pas qu’elle disparaisse comme dans son rêve. Il parlait tranquillement, tout en gardant une certaine distance. Il posait énormément de questions sans obtenir de réponse, si ce n’est un petit rire.
Cette balade étrange dura longtemps. Cependant, ils ne rencontrèrent personne. Pas de joggeur, pas de promeneur en vue. Il n’y avait que du brouillard qui empêchait de voir les arbres ainsi que les étangs. En fait, Thomas ne savait pas où ils se trouvaient. Il s’en fichait, il voulait juste être avec elle.
Ils marchèrent encore. Thomas ne voyait que sa longue chevelure ondulée. Les mèches rousses s’envolaient à chaque pas. Dès qu’il accélérait, elle ne marchait pas plus vite que lui, néanmoins, il n’arrivait toujours pas à l’attraper. Il focalisait sur cette femme. Il l’appelait, elle riait. Il soupirait, la suppliait de l’attendre, elle riait toujours. Soudain, un fracas surgit, Thomas n’eut pas le temps de réagir.
Le sanglier courut comme un dératé. Il traversa la forêt sans se soucier de faire une mauvaise rencontre. Thomas ne l’entendit pas ni ne le vit, à cause des brumes alentours, aussi épaisses qu’une purée de pois. Au contact de l’animal, il vola pour retomber sur un sol dur. Son crane cogna sur des pierres. Il se leva, sentit un énorme vertige, une douleur à la tête. Puis il s’effondra, restant par terre pendant quelques secondes avant de se relever.
Thomas n’avait pas compris ce qu’il venait de se passer. Il aperçut une vague silhouette gisant derrière lui, en se demandant comment il avait fait pour ne pas être blessé. En fait, il avait surtout les yeux rivés sur la jeune femme rousse qui s’était arrêtée. Elle souriait, lui fit un signe de la main. La brume était toujours aussi poisseuse. Mais il la voyait s’approcher lentement. Alors, il avança de quelques pas. Quand elle fut à sa hauteur, il la salua en souriant
Vous savez que je rêve souvent de vous ? dit-il.
Je sais, répondit-elle.
On fait quoi maintenant ?
Je vis dans un château pas très loin d’ici, dit-elle.
Elle prit la main de Thomas. Le contact de sa peau blanche était froid. Pourtant, une chaleur remplit son être de bonheur. Ensuite, ils s’enfoncèrent dans le brouillard jusqu’à disparaitre. Le corps du jeune homme resta longtemps dans la forêt avant d’être découvert par un chasseur, la tête reposait au milieu une mare de sang.
Léonard pensa souvent à son ami. Il pensa à son rêve, lorsqu’il entendit parler d’une histoire de dame blanche près des étangs, ou plutôt d’une dame bleue aux cheveux roux qu’on verrait les matins de brouillards, et qu’on entendrait rire. A chaque apparition, il y aurait aussi une délicieuse odeur de framboise et de jasmin.
Alex@r60 – août 2025
Constellation ou dans la vastitude
Voilà deux sujets difficiles.
« Constellation » parce que le thème a déjà été abordé, et j’ai peur de réécrire plus ou moins la même histoire.
« Dans la vastitude »….C’est vaste, très vaste. Si je lis la définition de vastitude : caractère vaste de quelque-chose, immensité.
Bref, l’un va avec l’autre puisque les constellations sont dans l’univers et que l’univers est très vaste. Je ne sais pas quoi écrire ! Un poème sur un homme seul perdu dans le désert ou l’océan? Un enfant qui peint des étoiles créant les constellations ? Je ne sais pas.
Du coup, je me renseigne sur les noms des groupements d’étoiles. Je ne savais pas qu’il en existait autant. Et certaines constellations portent des noms étonnants : Autel, Bouvier, Coupe, Ecu de Sobieski. Burin, Boussole…
Quand je les observe, je ne vois que des points lumineux. Ceux qui les ont découverts avaient une sacrée imagination. C’est juste incroyable de voir un chien, un sagittaire ou un renard. Il n’y a pas à dire, je suis déconnecté avec les étoiles. Elles sont trop loin, c’est trop immense pour mon petit cerveau.
Décidément, la vastitude ne me réussit pas. Je suis dans la vaguitude, si ce mot existe. Il est frisolité en rouge par Word, donc il n’existe pas. « Frisolité » aussi, mais ça je le savais. Il a été inventé par mon ancien professeur de français et de grec. Elle s’y connaissait en constellations.
En fait, les deux thèmes me font surtout penser à 2001, l’odyssée de l’espace ». En effet, le héros Bowman envoie un message qui sera l’intrigue de la suite « 2010, odyssée 2 ». Ce message est :
« C’est creux…jusqu’à l’infini…et…oh mon dieu ! C’est plein d’étoiles ! »
Demain, ce sera « crush » ou « dans les brumes ». Ce sera mieux parce que les deux m’inspirent,
En attendant, vous pouvez aller faire une petite ballade dans la constellation d’Orion en cliquant sur ce lien :
Alex@r60 – août 2025
Dialogue avec son ombre
Je travaillais sur mon texte au sujet de l’économie quand j’entendis ma fille Laudine crier. Comme elle n’arrêtait pas, je suis allé voir la raison de son énervement soudain. Elle sortait justement de sa chambre. Elle portait un balai dans la main.
Que se passe-t-il ? demandais-je.
C’est mon ombre ! Elle ne fait pas ce que je lui demande. Et en plus, elle n’arrête pas de me narguer avec des jouets mieux que les miens.
Ne comprenant pas trop ses explications, j’entrais dans sa chambre. Comme souvent, ses jouets trainaient un peu partout. Je commençais à ranger lorsqu’elle entra à son tour.
Tu vois, elle recommence ! affirma-t-elle.
Effectivement, sur le mur, l’ombre de ma fille tenait, non pas un balai mais, une licorne. L’animal baissa la tête pour laisser la silhouette de l’enfant caresser le haut de ses naseaux. Je pouvais presque l’entendre hennir.
Et si je joue à autre chose, elle fera pareil mais en mieux.
A ce moment, Laudine posa le balai pendant que le cheval à corne disparaissait. Ma fille commença à jouer avec sa maison de Playmobils. Aussitôt, son ombre jouait avec un palace aussi grand que le mur. On distinguait plusieurs teintes de noirs laissant percevoir clairement les différentes pièces ainsi que les personnages qui s’activaient automatiquement.
D’abord surpris, je décidais d’intervenir en grondant la silhouette de ma fille. Laudine regardait en rigolant. Comme toujours, elle était contente que son père intervienne et l’aide. Je pointais du doigt l’ombre, imitant un professeur sévère. Je lui faisais la morale au bon plaisir de ma fille.
Ho, tu arrêtes de t’en prendre à ma fille !
Dès lors, je me taisais en me demandant d’où venait cette voix grave. Sur le mur, mon ombre m’observait les poings sur les hanches.
Il y en a marre de ton comportement à toujours vouloir commander ! Tu ne crois pas que tu devrais arrêter de la couver ? Elle aura bientôt dix ans, laisse-la jouer tranquillement !
C’est normal que j’intervienne, répondis-je. C’est ma fille d’abord, et vous n’êtes que des ombres.
C’est tout toi, ça ! Tu vois que tes petits intérêts ! Faut que tu arrêtes. Ce n’est pas parce que tes parents te surveillaient constamment. Qu’ils étaient toujours derrière toi, que tu dois faire la même chose avec elle !
Ils n’ont jamais…
Arrête ! Ils t’interdisaient d’aller sur la plage par peur que tu te noies alors que tu n’avais même pas les pieds dans l’eau! Tu n’avais pas le droit d’aller au parc seul. Quand tu étais au collège, ils s’arrangeaient pour participer aux sorties scolaires. Et s’ils ne pouvaient pas venir, tu n’avais pas le droit d’accompagner ta classe. Et j’en passe !
Il connaissait trop bien mon passé pour que je le mouche à ce sujet. J’écoutais en baissant la tête et en cherchant vainement la bonne réplique.
C’est comme pour sa mère ! ajouta-t-il. Avoue qu’elle est partie et a demandé le divorce parce que tu étais trop étouffant avec elle ! Reconnais-le !
Tu…tu as raison. J’ai été trop pressant, trop…trop exigeant aussi. Et trop dur parce que je voulais qu’elle soit la femme parfaite.
Elle était parfaite, seulement tes critères ne correspondaient à rien. Tu l’idéalisais au point d’oublier de l’aimer telle qu’elle était. Combien de fois, elle aurait voulu que tu lui dises juste que tu l’aimes.
Ou, juste rentrer avec un petit bouquet de fleur, murmurais-je.
Je restais silencieux à regarder mon ombre qui présentait la même posture que la mienne. Au bout d’une demi-seconde je vis Laudine en train de jouer. Elle s’amusait à galoper en enjambant le balai. Son ombre faisait de même avec la licorne.
Tu vois ! dit-mon ombre. Regarde comment elle s’amuse avec ma fille. Elle a complètement oublié pourquoi elle s’énervait. Et maintenant, elles jouent ensemble.
En effet, Laudine prenait plaisir à galoper dans sa chambre malgré les nounours qui trainaient. De temps en temps, elle parlait à son ombre qui acceptait ses ordres.
Elle est intelligente, ajouta-mon ombre. Elle sait très bien que tu la soutiendras toujours. Mais, au bout d’un certain temps, elle aura besoin de respirer, de vivre sa vie d’enfant, d’adolescente puis de jeune femme.
- Je sais, mais ce n’est pas facile à accepter, répondis-je. Même vieille, elle resteras ma petite princesse.
Comme tu dis. C’est pour ça que tu devrais commencer à la laisser vivre. Et puis, n’oublie-pas que sa mère est aussi derrière elle, même si elle n’a qu’une garde partielle.
Tu penses que je devrais discuter avec elle ?
Au moins au sujet des prochaines vacances.
Laudine abandonna son cheval improvisé pour s’assoir sur son lit. Elle prit la tablette, qui en fait, était la mienne, posée sur la table de nuit.
Maintenant, on va écouter de la musique, annonça-t-elle en regardant son ombre. Celle-ci, semblait attendre que Laudine choisisse une playlist. Je sortis en lui demandant de ne pas mettre le son trop fort. Mon ombre suivait le long du mur.
Maintenant, je te propose de prendre un petit réconfort, dit-il.
Un petit rhum arrangé à la banane? questionnais-je en clignant de l’œil.
Je vois que tu me connais bien ! répondit-il.
Alex@r60 – août 2025