L’hôtel particulier (13)
Les douze premiers chapitres sont ici.
Chapitre 13 : Bloqué
Les travaux débutèrent assez rapidement. Blandine vint uniquement le premier jour pour dicter des ordres aux ouvriers. Ces derniers étaient cinq et s’activaient énormément dans le but de respecter les délais. Par moments, je les rejoignais et les observais travailler. Je posais quelques questions sur la façon dont il casserait une cloison ou sur les plans définis par l’architecte. Puis, je retournais chez moi préparer un projet de voyage car le brouhaha des travaux commença à me taper sur le système.
Le soir, je retrouvais ce silence pesant mais soudainement agréable. Je restais plusieurs secondes à profiter de ce silence, jusqu’au claquement d’une porte, un bruit de vaisselle cassé ou le plus souvent, un rire d’enfant. Dès cet instant, je me rappelais que la maison était un peu…hantée. Sachant qu’il m’était impossible de les voir, je retournais dans la partie habitable au calme vaquer à mes occupations quotidiennes ou profiter de Tatiana quand elle était là.
J’évitais de me trouver en face du chat noir. Il montrait de plus en plus une apparence malsaine. Il se montrait agressif avec nous, crachant plus qu’il ne miaulait. En fait, je ne l’ai jamais entendu miauler. Le chat faisait peur à Tatiana, pourtant elle adorait les animaux mais celui-ci semblait possédé. Elle avait employé le terme « Possédé » pour le définir.
Par contre, la femme de la nuit ne revenait plus depuis quelques jours. Je n’étais plus réveillé par son approche glaciale ni par son souffle sur ma nuque, à moins que je ne dormisse au moment de son passage ou que je ne l’entendisse plus à force d’avoir pris l’habitude. Aussi, je me sentis plus serein en n’ayant plus cette inquiétude à mon réveil.
Il arrivait après le repas du soir que je m’amusasse à visiter les chambres en travaux. Je découvris ainsi la progression et commençai à imaginer comment seront les chambres par la suite. Seulement un soir, quelque chose troubla ma curiosité. En effet, une des chambres soi-disant vide était meublée. Le mobilier plutôt rétro n’avait cependant rien de particulier si ce n’est qu’il donnait plus à la chambre un aspect romantique avec le lit en baldaquin, la couleur rouge vif du papier peint et de la couverture. J’entrais pour voir une photo qui trainait sur une commode lorsque j’entendis la porte se refermer juste dans mon dos. Toutefois, je continuais d’avancer et fut troublé en découvrant le portrait de Diane. Elle posait dans une tenue sexy affichant ses longues jambes dans des bas de soie, un pied posé sur une chaise les mains prêtes à défaire la lingerie. De plus, je remarquai son dos et fus surpris de découvrir un tatouage à hauteur de sa hanche droite.
Soudain, un toc sur le carreau me fit sursauter. Je me retrouvais nez-à-nez avec le visage d’un spectre qui m’observait attentivement. Son visage déformé présentait une chair verte et putréfiée. La tête ressemblait aux têtes qu’on trouve sur les drapeaux de pirates. Sa chevelure coiffée en chignon de la belle époque indiqua qu’il s’agissait d’une femme. Sa main colla à la vitre. Elle me regardait attendant que j’ouvre la porte. Comme nous étions au premier étage, je compris qu’elle volait. D’ailleurs quelques mèches rebelles voltigeaient au gré du vent.
Pris d’une terrible panique, je courus sortir de la chambre mais je fus encore plus terrifié en découvrant la porte sans poignée. J’étais enfermé dans la pièce, sans téléphone ni personne pour m’ouvrir puisque j’étais seul dans la maison. Le fantôme cogna de nouveau contre la fenêtre. Je tournai la tête pour le surveiller, il me dévisageait étrangement de ses orbites noires et vides d’yeux. Toujours la main posée sur le carreau, il attendait patiemment. Je remarquai le verre en train de devenir opaque car il gelait de plus en plus. Je craignis qu’il ne se fissure permettant au spectre d’entrer et de m’attaquer.
Le regard toujours rivé sur cet être abject, je poussai la porte. J’essayai aussi d’incruster mes doigts entre le battant et la feuillure en vain car je n’arrivai qu’à me pincer les phalanges. Le fantôme montra un sourire de plus en plus morbide. Ses dents noircies par le temps s’affichèrent à ma vue ajoutant à sa forme squelettique un spectacle d’horreur.
J’angoissai encore plus. Je sentis la peur posséder mes tripes. Je voulus fuir, m’échapper mais la porte resta fermée. Alors, par dépit, je hurlai espérant être entendu dehors par quelques passants sur le trottoir. La chose continua de m’observer. C’est difficile de dire qu’elle m’observait quand on réalise qu’elle n’a pas d’yeux. Pourtant, elle suivait ma personne quels que soient mes gestes. Je m’éloignai de la porte pour me protéger derrière le lit, sa tête tourna pour me suivre ; elle inspecta en même temps la chambre. Je ne savais pas quoi faire pour l’éloigner ou partir.
Le spectre appuya de nouveau la paume de la main contre la fenêtre, elle semblait déterminée à entrer, frappant avec son autre main. Sa bouche s’ouvrit soudainement jusqu’à détacher la mâchoire inférieure et puis, un son attira mon attention. C’était le bruit d’une poignée qui se baissait.
Je n’attendis pas deux secondes avant de me précipiter vers la sortie quitte à pousser mon sauveur. Je ne me souciai pas de qui il pouvait s’agir : Tatiana ? Un ouvrier qui a oublié ses outils ? Blandine venue visiter la progression des travaux ? Je m’en contrefichai. La porte ne s’ouvrit pas suffisamment, alors, je la tirai.
Diane me fit face. Elle fut surprise autant que moi. Elle écarquilla ses beaux yeux noirs.
- Que faites-vous dans ma chambre ? s’écria-t-elle.
Je ne répondis pas de suite. Je soupirai d’abord et tournai la tête ensuite pour lui montrer le fantôme à la fenêtre. Seulement, il avait disparu laissant place à une vision éloignée de branches d’arbres secouées par le vent et visibles grâce à l’éclat de la lune. J’inspectai la chambre qui n’avait pas changé.
- Je vous attendais, murmurai-je bêtement. J’avais quelques questions à vous poser. Notamment, votre présence dans cette maison.
Elle sourit avant de souffler. Puis elle me demanda de quitter la chambre promettant qu’on se reverrait. Diane portait quelques fleurs dans sa chevelure rappelant le film qu’elle m’avait montré. De même, sa robe de soie ne cachait rien, elle ne portait rien dessous. Je pouvais détailler ses formes de la pointe des seins au triangle noir sous son ventre. J’abandonnai le seuil et découvris qu’elle n’était pas seule. Dans le couloir, un homme au visage caché par un masque d’oiseau, attendait. Il ne dit rien, pas même un mot répondant à mon salut.
L’homme en smoking entra dans la chambre suivi par Diane dont j’admirai le dos. Ainsi, je remarquai le tatouage sur la hanche droite. C’était une rose bleue. Je déglutis en me souvenant que je connaissais quelqu’un d’autre avec un tatouage identique. La jeune femme me fit un clin avant de fermer la porte, me laissant seul dans le couloir. Au fond du couloir, le chat noir était assis, il se léchait la patte puis me regarda et partit en grimpant les escaliers.
Dès lors, je voulus mes réponses. J’ouvris la porte pour retourner dans la chambre. Et surprise, elle était redevenue vide. Il n’y avait personne, ni meuble ni fantôme, même le parquet arraché durant l’après-midi, n’était plus là ! Je constatai le vide autour de moi puis, je partis me reposer.
Etendu sur le canapé, j’échangeai quelques messages avec Tatiana. Elle m’envoya quelques sexto suivis d’une photo coquine prise en selfie dans son vestiaire pendant sa pause. Je répondis par un smiley et demandai qu’elle me rejoigne dès qu’elle aurait fini de travailler. Je restai quelques minutes à attendre sa réponse. J’avais les yeux dans le vide et repensais au tatouage. La rose bleue avait une histoire à mes yeux. C’était une histoire d’amour qui s’est perdue dans mes souvenirs. Je restai allongé, la tête posée sur l’accoudoir, j’observai le plafond et regardai une araignée marcher. D’ordinaire, je l’aurais écrasé, mais cette nuit, je l’ai juste regardée marcher sur le plafond.
Mon portable vibra ! Tatiana répondit : « Oui. Avant, je passerai chez moi prendre quelques affaires. »
Alex@r60 – janvier 2021
Photo de Samuel Araya
















