Thomas de Thier Photographie : Nathalie Fletcher

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Thomas de Thier Photographie : Nathalie Fletcher
Entretien avec Mehdi Charef
Venu présenté Graziella à cette édition 2015 de Cinémondes, le réalisateur Mehdi Charef très sollicité à eu la générosité de nous répondre entre deux projections alors que nous le coincions à la porte et qu'il allait prendre l'air.
Dans Graziella, deux détenus participent à un programme de réinsertion, ils travaillent le jours à l'extérieur mais doivent la nuit regagner leur prison. Par les décors, vous avez su maintenir une impression de huis-clos même hors de la cellule. Pouvez-vous nous parler des lieux de tournage ?
Le processus de réinsertion dans les prison est complexe. Pour ceux qui ont une longue peine, cela demande un vrai effort de se réhabituer au monde extérieur, de se préparer à ce qui les attends dehors. Le travail est une clé dans les prisons pour envisager l'après.
En choisissant de faire passer aux personnages leurs nuit en prison et leurs journées de travail dans un pensionnat pendant la période des vacances scolaires, j'insistais sur leur marginalité. Ils sont à contretemps et même dans la journée évoluent dans un décor vide. Trouver un pensionnat avec des grands dortoirs, comme celui qui est dans le film, a été assez difficile. Je tenais vraiment à ces longues suites de lit, qui renforçaient leurs solitudes, et pour cela nous avons du nous éloigner de la région parisienne où l'on ne trouvait rien. Pourtant de tels décors existent toujours, à 100 km de Paris.
D'un bâtiment à l'autre du pensionnat, il y a ce silence qui est très marquant. Ces grands espaces hors période scolaire résonnent d'une vie qui ne s'y trouve pas et ça quelque chose de très intimidant. Entre eux, les personnages se parlent peu, comme s'il y avait une gêne. Hors de la ville également ce pensionnat et son silence reproduit le monde clos d'une institution privée. Un tel bâtiment vient d'un milieu social avec lequel ils n'ont rien à voir, auquel il sont asservis. Avec un tel lieu, je pouvais parler de la fermeture, comme d'une problématique générale, qui n'est pas seulement le problème des prisonniers.
Je voulais enfin donner le sentiment qu'en sortant d'un espace carcéral, ils [les personnages] revenaient à une forme d'enfermement, dans des espaces plus grands. Beaucoup de scènes ont été tournées dans des couloirs pour montrer la circulation entre les espaces comme si l'on revenait sans cesse à la façon dont on passe d'une cellule à une autre. En plaçant aussi ces personnages dans une petite commune je renforçait ce sentiment. Même en extérieur, même si l'espace du village est plus grand que celui de la prison, il est tout aussi clos et étriqué. C'est un paradoxe particulièrement prégnant dans des petites communes comme celle là : libre et en même temps aliéné. Ouvre-t-on sa porte ou non ? Tout le monde sait ce qui est arrivé : Antoine et Graziella vont-il être acceptés ?
Ouvrir sa porte ou non, cela fait en écho au film d'Ettore Scola, Une Journée particulière que vous citez dans le film...
En effet, ce film m'a beaucoup inspiré. Ils se passe quelque chose entre ces deux personnages que j'avais envie de retrouver. Ils ont quelque chose de commun dans leurs exclusions : quelque chose qui les rassemble et c'est cette situation à la marge.
A partir de ce duo, vous développez pourtant un trio. Quel est le rôle d'Alice, jouée par Claire Nebout, dans votre film
Le personnage s'est vraiment construit avec Claire Nebout. Avec ce personnage d'Alice, ancienne prostituée, ancienne détenue désignée pour surveiller Graziella et Antoine, j''avais besoin que quelqu'un soit là avant eux et après eux, un rôle de témoin en quelque sorte. Mais en effet ce qui ne devait être qu'un second rôle ne l'est pas : il s'agit véritablement un trio. La place de ce personnage s'est affirmé avec l'investissement de Claire comme une évidence. A l'écran, elle est plus présente que dans le scénario. C'est un film sur des petites gens et ce sont les autres qui les sauvent, c'est la rencontre qui les aide à se reconstruire.
Comment Claire Nebout est arrivée dans ce projet ? Comment avez-vous conçu cette distribution ?
J'avais déjà travaillé pour une autre réalisation avec Claire. Par sa voix, sa présence, elle épouse la pellicule et c'était un vrai désir de faire ce film avec elle, de lui donner un rôle en tous cas. En faisant jouer Graziella à Rossy de Palma je tenais une promesse. Il y a vingt-cinq ans, j'ai reçu une lettre me faisant part de son envie de tourner dans un de me films. Avec cette histoire je lui avais enfin trouvé une place. Denis Lavant avec sa façon d'incarner un personnage dans le personnage est extraordinaire, j'avais envie de travailler avec lui. Ces acteurs ont un physique rugueux, pas évident et en même temps attachant. J'aime tourner avec des gueules, des acteurs qui portent quelque chose.
Berck-sur-mer, le 12 juin 2015, Propos recueillis par Henri Guette
Mehdi Charef Photographie : Nathalie Fletcher
Gaston Kaboré Photo : Nathalie Fletcher
Sur la devanture du bar l’Univers, commerçant partenaire de Cinémondes, le profil de Gaston Kaboré
Photo : Nathalie Fletcher
Déroulé de tapis jaune Images de l’association Sept Point Zéro
Le temps des discours.
Une fois passé le tapis jaune, à l’intérieur du Cinos la soirée peut commencer. Ce mardi 9 juin c’est l’ouverture officielle de Cinémondes avec la projection en avant première mondiale de Je suis mort mais j’ai des amis. Accueilli en fanfare par le Club Musical Berckois, le public découvre la salle fleurie et décorée aux couleurs du festival, en rouge et noir.
On entend “la mer” au loin, et sur l’air de Charles Trenet les invités, les spectateurs arrivent par vague. Sans le savoir encore, ils sont filmés par les téléphones de l’association Sept point zéro qui prépare une surprise vidéo... La salle se remplit et pour une première c’est salle pleine. Le stress monte pour ceux qui vont bientôt entrer en scène : l’heure des discours.
Le succès d’un festival se mesure aussi au nombre de ses partenaires et il est normal de leur laisser une place. Par le biais de leurs représentants c’est la mairie de Berck, la communauté d’agglomération Opale Sud, la Direction Régionale de la Jeunesse, des Sports et de la Cohésion Sociale mais aussi le cinéma et l’Association Berckoise des Amis du Cinéma. On commence toujours à ces moments là par remercier, dire tout l’honneur ou le plaisir d’être là. Tous réunis ce soir là parce qu’à un moment ou à un autre, ils ont cru au projet de Cinémondes.
Loin des formules toutes faites, des mots creux, le moment du discours si on lit entre les lignes est l’heure de l’engagement. Il y a des promesses mais il y a aussi des professions de foi. En saluant l’invité d’honneur, le cinéaste burkinabé Gaston Kaboré, les officiels soulignent une certaine conception du cinéma : un cinéma nécessaire qui participe autant à la construction de soi qu’à la reconnaissance de l’autre. C’est aussi reconnaître les principes de Cinémondes, un festival nécessaire qui participe à l’éducation par l’image et ouvre à d’autres mondes, à d’autres cultures.
Un festival maintenant ouvert aux spectateurs.
Nouveau décor pour cette 11 édition des Cinémondes, Berck première !