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Intégralité de l'entretien avec Thomas de Thier au format pdf.
Entretien avec Thomas de Thier
En posant lors de cet entretien la question de ses inspirations à Thomas de Thier, réalisateur du Goût des myrtilles, il ne faisait aucun doute que nous nous attendions à découvrir un univers particulièrement riche, nous n'en sommes pas revenus.
Le goût des myrtilles relève d'une véritable expérience esthétique. Visuellement tout d'abord, on découvre un univers très riche et votre travail de l'image semble très recherché. Pouvez-vous nous en dire plus sur vos influences ?
C'est compliqué de restituer ses sources, de tout se rappeler... On peut reconnaître plusieurs choses dans ce film, c'est vrai. J'utilise l'image d'une façon assez symboliste. Je suis d'un tempérament contemplatif. J'aime les balades, prendre le temps d'entrer dans la nature, de porter attention aux oiseaux, aux insectes, aux papillons et même aux plantes. J'accorde beaucoup d'importance à la vue, mais pour moi l'observation passe aussi par les autres sens et l'ouïe notamment. Un son, une voix ou une musique peuvent être d'un tel choc !
Sur mes influences... J'ai en tête l'univers du jeu vidéo Limbo, les photographies de Francesca Woodman et de Sally Mann, les gravures de Spilliaert et de Knopff. Mais je ne devrais pas oublier l'influence décisive de l'estampe japonaise. J'aime la perspective embrumé de l'orient, ces nuages
qui troublent la perspective géométrique occidentale. Cet état transitoire, c'est ce que j'ai essayé de chercher dans mon film ; le passage de la réalité aux rêves n'est pas si évident. Ce sont comme des couches de réalité différentes. Entre cauchemar, rêve, réalité on n'est jamais sûr finalement de ce que l'on voit. Pour moi, c'est ça aussi le cinéma, faire exister les fantômes, laisser apparaître les lucioles.
Avec le Goût des myrtilles je voulais mettre en scène cette réalité un peu magique, d'où importance des lieux où je tourne. La lisière, la forêt le gouffre, ce sont des lieux de passages,tour à tour vivant, en putréfaction, mais aussi sexué et maternel. J'ai d'ailleurs eu du mal à trouver ma forêt, je l'ai trouvé en Belgique mais je l'avais cherché aussi au Luxembourg. La monotonie des forêts luxembourgoises, avec ses rangées d'arbres du même âge, aligné comme les maisons m'a marqué. L'ordre qui règne relève au moins de la perversité. Je cherchais une forêt où se mêlent jeunes et vieux arbres. Je cherchais à donner une impression de vie, d'un milieu en perpétuelle renaissance.
[...]
La suite de l’entretien est disponible ici : http://pdf.lu/fXbs
Bande annonce du Goût des myrtilles de Thomas de Thier
Faire exister les fantômes
le métier du cinéaste pour Thomas de Thier
C'est quoi le bonheur ? La qualité de l'instant de vie. Une minute dans la contemplation peut-être si riche qu'elle semble une goutte d'éternité.
Thomas de Thier
Thomas de Thier Photographie : Nathalie Fletcher
Sortie le 03/06/2015 Un film de Mehdi Charef - Avec Rossy De Palma, Denis Lavant, Claire Nebout, Philippine Leroy Beaulieu, Astrid Whettnall L'histoire : Il ...
Bande annonce de Graziella (2015) de Mehdi Charef
Entretien avec Mehdi Charef
Venu présenté Graziella à cette édition 2015 de Cinémondes, le réalisateur Mehdi Charef très sollicité à eu la générosité de nous répondre entre deux projections alors que nous le coincions à la porte et qu'il allait prendre l'air.
Dans Graziella, deux détenus participent à un programme de réinsertion, ils travaillent le jours à l'extérieur mais doivent la nuit regagner leur prison. Par les décors, vous avez su maintenir une impression de huis-clos même hors de la cellule. Pouvez-vous nous parler des lieux de tournage ?
Le processus de réinsertion dans les prison est complexe. Pour ceux qui ont une longue peine, cela demande un vrai effort de se réhabituer au monde extérieur, de se préparer à ce qui les attends dehors. Le travail est une clé dans les prisons pour envisager l'après.
En choisissant de faire passer aux personnages leurs nuit en prison et leurs journées de travail dans un pensionnat pendant la période des vacances scolaires, j'insistais sur leur marginalité. Ils sont à contretemps et même dans la journée évoluent dans un décor vide. Trouver un pensionnat avec des grands dortoirs, comme celui qui est dans le film, a été assez difficile. Je tenais vraiment à ces longues suites de lit, qui renforçaient leurs solitudes, et pour cela nous avons du nous éloigner de la région parisienne où l'on ne trouvait rien. Pourtant de tels décors existent toujours, à 100 km de Paris.
D'un bâtiment à l'autre du pensionnat, il y a ce silence qui est très marquant. Ces grands espaces hors période scolaire résonnent d'une vie qui ne s'y trouve pas et ça quelque chose de très intimidant. Entre eux, les personnages se parlent peu, comme s'il y avait une gêne. Hors de la ville également ce pensionnat et son silence reproduit le monde clos d'une institution privée. Un tel bâtiment vient d'un milieu social avec lequel ils n'ont rien à voir, auquel il sont asservis. Avec un tel lieu, je pouvais parler de la fermeture, comme d'une problématique générale, qui n'est pas seulement le problème des prisonniers.
Je voulais enfin donner le sentiment qu'en sortant d'un espace carcéral, ils [les personnages] revenaient à une forme d'enfermement, dans des espaces plus grands. Beaucoup de scènes ont été tournées dans des couloirs pour montrer la circulation entre les espaces comme si l'on revenait sans cesse à la façon dont on passe d'une cellule à une autre. En plaçant aussi ces personnages dans une petite commune je renforçait ce sentiment. Même en extérieur, même si l'espace du village est plus grand que celui de la prison, il est tout aussi clos et étriqué. C'est un paradoxe particulièrement prégnant dans des petites communes comme celle là : libre et en même temps aliéné. Ouvre-t-on sa porte ou non ? Tout le monde sait ce qui est arrivé : Antoine et Graziella vont-il être acceptés ?
Ouvrir sa porte ou non, cela fait en écho au film d'Ettore Scola, Une Journée particulière que vous citez dans le film...
En effet, ce film m'a beaucoup inspiré. Ils se passe quelque chose entre ces deux personnages que j'avais envie de retrouver. Ils ont quelque chose de commun dans leurs exclusions : quelque chose qui les rassemble et c'est cette situation à la marge.
A partir de ce duo, vous développez pourtant un trio. Quel est le rôle d'Alice, jouée par Claire Nebout, dans votre film
Le personnage s'est vraiment construit avec Claire Nebout. Avec ce personnage d'Alice, ancienne prostituée, ancienne détenue désignée pour surveiller Graziella et Antoine, j''avais besoin que quelqu'un soit là avant eux et après eux, un rôle de témoin en quelque sorte. Mais en effet ce qui ne devait être qu'un second rôle ne l'est pas : il s'agit véritablement un trio. La place de ce personnage s'est affirmé avec l'investissement de Claire comme une évidence. A l'écran, elle est plus présente que dans le scénario. C'est un film sur des petites gens et ce sont les autres qui les sauvent, c'est la rencontre qui les aide à se reconstruire.
Comment Claire Nebout est arrivée dans ce projet ? Comment avez-vous conçu cette distribution ?
J'avais déjà travaillé pour une autre réalisation avec Claire. Par sa voix, sa présence, elle épouse la pellicule et c'était un vrai désir de faire ce film avec elle, de lui donner un rôle en tous cas. En faisant jouer Graziella à Rossy de Palma je tenais une promesse. Il y a vingt-cinq ans, j'ai reçu une lettre me faisant part de son envie de tourner dans un de me films. Avec cette histoire je lui avais enfin trouvé une place. Denis Lavant avec sa façon d'incarner un personnage dans le personnage est extraordinaire, j'avais envie de travailler avec lui. Ces acteurs ont un physique rugueux, pas évident et en même temps attachant. J'aime tourner avec des gueules, des acteurs qui portent quelque chose.
Berck-sur-mer, le 12 juin 2015, Propos recueillis par Henri Guette
Mehdi Charef Photographie : Nathalie Fletcher
Bande annonce de Wend Kuuni (1983) de Gaston Kaboré
Intégralité de l'entretien avec Gaston Kaboré au format pdf
Entretien avec Gaston Kaboré
Invité d'honneur de Cinémondes 2015, le réalisateur burkinabé Gaston Kaboré a accepté de répondre à quelques unes de nos questions entre deux séances de la rétrospective qui lui est consacrée et avant sa leçon de cinéma.
Vous êtes secrétaire de l'association qui vient en aide au cinéma Guimbi. Parlez-nous de votre engagement pour la réouverture de cette salle à Bobo-Dioulasso ?
Mon engagement auprès du Guimbi est représentatif de mon engagement pour le cinéma africain. Je suis convaincu de l'importance du cinéma en Afrique et pour chaque pays du monde. C'est un moyen d'expression que nous ne pouvons pas juste laisser aux autres. Les films parlent, l'image participe à la construction de l'identité et pour nous réapproprier notre identité nous devons pouvoir avoir accès aux cinémas et donc rouvrir des salles. Les obstacles sont nombreux entre la production et la diffusion mais cela n'enlève rien à la nécessité de pouvoir voir nos images et d'être entendu.
Sans public, il n'y a pas de cinéma. Ces lieux de vie sont déterminants pour la communauté. Il y a eu un processus de dégradation de l'environnement cinématographique, le nombre d'écran a diminué et des salles ont fermés et tout cela est préjudiciable aux productions locales. Encourager la réouverture des cinéma me paraît essentiel pour relancer une génération de réalisateurs, de scénaristes. Il faut recréer des lieux de rencontre et avec Guimbi, c'est un beau pied de nez : une salle qui devait fermer devient le premier cinéma multi-écran du Burkina Faso
Mon engagement pour le cinéma Guimbi s'explique aussi sur un plan émotionnel : c'est là, qu'adolescent j'ai regardé nombre de films. Né à Bobo-Dioulasso en 1951, j'ai grandi à Ouagadougou mais j'y suis revenu des années 1963 à 65. J'habitais alors juste derrière le cinéma et quand je ne pouvais pas voir les films il y avait encore moyen de les entendre. Je me rappelle qu'il s'agissait souvent de péplums.
[...]
La suite de l’entretien est disponible ici : http://pdf.lu/2uO2
Etre soi même et le plus fou que l'on peut »
Le conseil de Gaston Kaboré aux jeunes réalisateurs
Gaston Kaboré Photo : Nathalie Fletcher
Sur la devanture du bar l’Univers, commerçant partenaire de Cinémondes, le profil de Gaston Kaboré
Photo : Nathalie Fletcher
Guillaume et Stéphane Malandrin. Photo : Nathalie Fletcher
Sortie nationale française le 22 juillet 2015