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claire in greece, 2015
J’ai flâné sur les quais avec… Claire Consigny, styliste.
La mode, la mode, la mode… Non, rien à voir avec l’émission, il s’agit plutôt du terrain de chasse de ma nouvelle proie, Claire Consigny. Cette styliste de 26 ans à la tête de sa propre société, Claire Consigny France, est bien loin (mais alors très loin) des stéréotypes qui collent à la peau des gens du milieu. Cette jeune créatrice ambitieuse originaire du nord de la France a relevé le pari de créer sa marque de prêt-à-porter il y a déjà 5 ans et n’a pas hésité à partir tenter sa chance à New York pour vivre son rêve à l’américaine. De Dainville à la Fashion Week de Brooklyn, il n’y a qu’un pas. Enfin presque. Claire vient à Paris pour le boulot. Quoi de mieux qu’une interview autour d’un sandwich, posées au bord du canal Saint-Martin, pour en savoir plus.
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Tu as appris la couture avec ta grand-mère et tu as su que tu voulais être styliste dès l’âge de 13 ans. Quel a été le déclic ?
Déjà toute petite je dessinais des robes. Il y avait une machine à coudre chez ma grand-mère et elle me donnait des chutes de tissus pour m’occuper. A la base ce n’est rien, mais ce qui me plaisait c’était de les assembler afin de créer quelque chose de concret, de leur donner vie. J’aime la mode mais plus encore, ce que j’aime c’est créer.
Il y a des matins où je vais me réveiller avec une idée très concrète : ce qui me plait c’est de recréer la tenue de mes rêves, exactement comme je l’ai imaginée. Je peux voir jusqu’à la matière. En touchant des tissus ou en faisant des croquis, je vois tout de suite quelle pièce je pourrais réaliser et à qui elle sera destinée.
Tu as fait une école de mode dans le nord, Esmod à Roubaix, puis ton stage de fin d’études en Normandie, chez Anne Fontaine à Honfleur. Tu n’as jamais eu envie de te former à Paris ?
J’ai peut-être une image de Paris qui n’est pas la bonne, mais je n’attends qu’une chose, qu’on me prouve que cette impression est fausse !
Pendant mes études, Paris ne m’inspirait pas, c’est pourquoi je n’y ai pas postulé pour des stages ou pour y travailler, car j’ai su très tôt que je voulais créer mon entreprise et réaliser mes propres créations. Je n’avais pas envie de suivre une voie classique en postulant dans de grandes maisons de couture. J’avais mon idée en tête et je l’ai suivi.
Tu termines tes études et finis par créer ta propre marque éponyme, Claire Consigny France, en 2010 à tout juste 21 ans. Un pari audacieux mais risqué vu ton âge et le métier dans lequel tu te lançais. Qu’est-ce qui a été le plus dur à surmonter ?
La plus grosse difficulté était d’être jeune. Beaucoup pensent que tu es une rêveuse, que tu n’es pas crédible. Aussi, personne autour de moi ne s’était jamais lancé dans cette entreprise. De plus, mes parents ne travaillent pas dans le milieu de la mode. Lancer ma marque était un pari bien risqué.
Je m’autofinance depuis le début, dès le moment où j’ai décidé de faire ce métier à 13 ans. Je gère ma marque seule, je n’ai pas de petites mains pour m’aider. Néanmoins pour certaines collections, je travaille en collaboration avec un atelier en France.
A l’heure actuelle, il faut savoir être polyvalente pour diriger une entreprise : gérer la comptabilité, le droit à l’étranger etc. Et pour cela, j’apprends et je me débrouille toute seule. J’aime cette liberté des choix que j’ai. C’est aussi un des avantages à gérer son affaire.
Cependant j’aurais aimé avoir un mentor pour m’aider et me guider, surtout dans les moments de doute. J’ai déjà pensé une fois à tout arrêter. Je me disais que je m’y prenais peut-être mal. Mais le lendemain, cette idée m’avait quittée. Je ne peux pas faire autre chose, je suis faite pour ça.
Je n’ai pas forcément rencontré en France les bons interlocuteurs pour m’aider à développer mon projet. De plus, il y a un tas de paperasse à gérer et tu dois avancer beaucoup de frais. Il y a beaucoup de jeunes qui ont des idées ici mais ils finissent par partir parce que c’est trop compliqué. C’est dommage. En France ou à l’étranger, il faut garder une ligne de conduite et se battre pour réussir dans ce milieu.
En 2013, tu entreprends ton premier voyage aux Etats-Unis, à New York. Un séjour qui te portera chance. Quelle idée tu avais en tête en partant là-bas ?
Je me suis demandée où je devais aller. Il était temps de découvrir autre chose et mon choix s’est porté sur New York. J’ai pris mes billets et je suis partie fin juillet pour un voyage d’un mois et demi. C’était incroyable ! Je suis arrivée avec mes collections, je ne connaissais personne et je comptais sur du couchsurfing pour me loger.
La première semaine, j’ai vécu chez trois habitants différents. Ensuite je ne savais pas où j’allais dormir le mois suivant ! Dans le dernier logement, je suis tombée sur une coloc’ de trois garçons à Brooklyn : ils m’ont finalement proposé de rester tout le reste de mon séjour. C’est là-bas que j’ai rencontré John : nous sommes devenus amis et c’est lui qui a contacté une de ses connaissances à Los Angeles pour que j’y aille l’année suivante.
En juin 2014, je suis donc partie là bas, je voulais voir comment fonctionnait le marché. La mentalité, la mode… C’est très différent de New York. Comparé à la France, New York c’est autre chose, il n’y a pas de jugement et il y a une telle énergie… Quand je suis là-bas, j’ai toujours un book sur moi car je sais qu’une opportunité est au coin de la rue. Pendant mon séjour, j’ai pu rencontrer des gens dans la mode, dans l’événementiel…
Instagram Claire Consigny
Tout est allé très vite pour toi : tu as décroché un stage dans la mode une semaine et demi seulement après avoir débarqué là-bas ! Raconte-nous ce qui s’est passé.
Je suis allée visiter le Moma et il y avait beaucoup de monde. Dans une file d’attente, j’ai rencontré un français qui avait l’air un peu perdu. Je ne sais plus comment je l’ai abordé mais on a commencé à parler. Sa petite amie était en stage dans une entreprise de mode à New York. Je lui ai montré mon book et il lui a parlé de moi. Elle a transmis mes coordonnées et une semaine et demi après j’étais assise dans un bureau en plein Time Square, j’esquissais des motifs sur les patrons à envoyer à la broderie.
Tu as fini par revenir en France mais tu es retournée aux Etats-Unis dès l’année suivante. En 2014, Madame finit par présenter sa collection à la Fashion Week de Brooklyn, rien que ça ! Comment tu as vécu ce moment ?
J’ai postulé pour faire la Fashion Week de Brooklyn et j’ai été prise. Ce n’est pas comme les grandes Fashion Week où tu n’as aucune chance de participer, celle-ci est accessible sur dossier et moyennant des frais d’admission. J’ai obtenu une aide financière du Conseil Général de la région pour m’aider.
C’était génial ! Tu es dans les backstages, donc tu ne vois pas tout et ton but, c’est surtout que le mannequin défile exactement comme tu l’as imaginé. Sur la vidéo du défilé, je pense que mes gestes retranscrivent bien ce que j’avais au fond de moi : à la fin, j’avais les bras grands ouverts pour saluer le public. Je pense vraiment que j’ai une ou plusieurs bonnes étoiles !
Tu sens que tu as passé un cap en participant à cet événement ?
Oui je le vois, le développement de ma marque, je l’imagine d’abord à l’étranger. Le fait de s’ouvrir à l’international change tout, aujourd’hui les choses bougent aux Etats-Unis et en France.
J’ai perçu beaucoup de changements en moi dès mon premier voyage aux États-Unis. Petite anecdote, mon écriture devenait plus aérienne, ce qui symbolisait mon sentiment de liberté. Je sentais que ma place était là-bas. Pour mon parcours personnel, ma culture et ma créativité, ça m’a apporté beaucoup d’être à New York. J’aimerais y être plus souvent.
© Dasha Dare
© Dasha Dare
Tu ne regardes pas trop ce qui se fait dans le monde de la mode, les tendances, les défilés etc. Pourquoi ?
Le subconscient travaille beaucoup. En regardant le travail des autres, je prendrais le risque d’être influencée. Je veux être sûre que mes créations s’inspirent de mon environnement et reflètent mes propres idées. Il y a des noms qui me parlent comme Marc Jacobs, Louis Vuitton ou Givenchy, mais c’est une tenue ou une collection qui va me toucher, pas forcément la marque en elle-même. C’est la technique ou l’assemblage des matières qui va me parler par exemple. J’apprécie le travail quand c’est surprenant mais je n’ai pas ce côté « fan » d’une marque.
Tu as un penchant pour le noir et blanc et le mélange féminin/masculin. Pourquoi ces partis pris ?
J’ai une sensibilité au contraste du noir et blanc, et cela a commencé dès ma première collection de fin d’études. D’un point de vue visuel, on le mémorise. J’aime aussi les formes graphiques.
Ma prochaine collection sera sur ce thème. Je pense l’appeler « Women ». Aujourd’hui, les femmes doivent gérer tout à la fois : elles sont mamans, femmes d’affaires, épouses… Elles doivent savoir tout porter. Pour la prochaine Fashion Week de Brooklyn, j’envisage de mêler deux mini collections.
La collection que j’ai présentée à La Fashion Week précédente s’appelait « Instinct ». C’est important pour moi de transmettre un message à travers mes collections, je veux que mes vêtements parlent aux femmes. J’étais tellement libre à New York, libre d’un pays, d’une culture, de mon éducation… Si je n’avais pas suivi mon instinct, je ne serais jamais partie là-bas et je serais encore dans mon « petit village ». Je voulais montrer que c’est possible d’y arriver, de réussir quand tu es jeune, de réussir quand tu es une femme. C’est ce message que je voulais transmettre à travers ma collection : suivre son instinct de vie.
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Quels sont tes plans pour la suite ?
Mon objectif est de retourner à New York en fin d’année pour participer une nouvelle fois à la Fashion Week de Brooklyn. En parallèle, j’aimerais beaucoup organiser un évènement là-bas, dans une galerie par exemple, mais sans faire quelque chose de classique comme un simple défilé. Je veux surprendre. J’ai déjà ma petite idée en tête mais je ne t’en dis pas trop ! Et à mon retour, j’aimerais adapter mon concept à Paris. C’est un projet qui doit maintenant devenir concret. Il faut trouver des sponsors et plus tes projets sont grands, plus il faut des rentrées d’argent.
Je fais également partie des ambassadrices de la nouvelle campagne beauté d’Hapsatou Sy. J’ai pas mal de projets à venir mais je ne t’en dis pas plus pour l’instant !
Même si tu es bien loin des clichés de la mode, serais-tu capable de nous dire quel est le « fashion faux pas » qui ne passe pas pour toi ?
Mmmmh… Les chaussettes blanches avec les chaussures noires ! Ou les chaussettes de sport avec des tongs !
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