2020 / 26 minutes / Pop, Electro, Medieval
Par Coco-Colada
Après avoir vu sa popularité explosé avec son premier album, Flamboyant, en 2019, Dorian Electra revient, à peine un an plus tard, avec un nouveau LP plus abrasif que jamais et bourré de collaborations.
Les attentes étaient hautes pour ce nouvel album, y comprit les miennes puisque j’avais adoré découvrir le personnage excentrique de Dorian Electra au travers de Flamboyant. Beaucoup de bands ou d’artistes négligent l’aspect visuel de leur musique, mais ce n’est pas absolument pas le cas d’Electra qui nous en met toujours pleins la vue avec ses nombreux costumes, artworks et vidéoclips. Alors que pour son précédent opus Electra présentait un personnage chic et flamboyant, sur My Agenda, Electra a fait le choix audacieux de prendre pour thématique... Les edgelords et les incels! Soit, des acteurs importants de la masculinité toxique qui pollue l’internet. Paris risqué mais très original et intriguant venant d'une figure de la communauté queer.
Vous comprendrez évidemment que ce plongeon dans l’univers de l’internet toxique est fait avec beaucoup d’ironie et beaucoup d’humour. C’est d’ailleurs un point fort de l’album. Par exemple, regardons l’excellente track titre, My Agenda. Celle-ci fait référence au fameux agenda homosexuel (fictif), lubie des conservateurs stupides qui s’imaginent que la communauté gaie veut les convertir. Sur un beat électro sexy pendant les couplets qui se transforme en un riff de guitare accrocheur pendant le refrain, les paroles sont particulièrement basées sur une phrase que le conspirateur de droite, Alex Jones a dit en 2017, soit que le gouvernement mettait des produits chimiques dans l’eau pour rendre les grenouilles homosexuelles... 🐸🏳️🌈 Phrase qui, depuis, est devenue un meme récurrent pour se moquer des complotistes de droite. Electra chante donc, avec beaucoup d’humour, sur cet agenda, jusqu’à finir par un climax intense, répétant de façon hypnotisante le mot « homosexual ». C’est honnêtement tellement absurde, c’est probablement mon moment préféré de l’album.
Poison in the water
You lap it up
I know you're very thirsty
Baby for this drug
We mind control you
Just for fun
We're out here turning frogs
Homosexual
My Agenda
Parlant d’absurdité, cette toune feature le groupe russe activiste féminin, Pussy Riot, ainsi que le célèbre groupe disco Village People (!!!). Deux additions qui, même si elles sont plutôt courtes, rajoutent encore plus au côté absolument délirant de cette track, qui est déjà assez stupéfiante avec ses samples assumés de bretelles arc-en-ciel qui claquent et de grenouilles qui croassent. Electra a mentionné d’ailleurs avoir eu peur que ce morceau soit trop ridicule. Mais comme je le mentionnais plus tôt, j’adore le côté wtf qu’Electra a infusé à cette chanson, ainsi qu’à l’album en général. L’idée de départ du projet était déjà assez weird, à mon avis, pousser l’idée à l’extrême était la bonne voie à adopter.
Je me suis éternisé un peu sur une seule chanson, mais pratiquement toutes les qualités que j’y ai trouvé s’appliquent également au reste de l’album. C’est super chaotique musicalement, tout en présentant des paroles comiques, tout ça dans un format hyperpop comme Electra sait si bien le faire, mais cette fois-ci à puissance 1000.
Néanmoins, je tiens tout de même à souligner en vitesse quelques uns de mes morceaux favoris. Le duo Gentleman et M’Lady, dans lesquels Electra jouent deux rôles, qui parodient le fameux personnage du neckbeard, stéréotype du nerd loser qui croit être un parfait gentleman avec les femmes, alors qu’il est lui même super misogyne. Sorry Bro (I Love You), courte chanson au beat bonbon, qui traite de la masculinité toxique et de la peur des hommes de témoigner de l’amour à un autre homme. Ram It Down qui feature Mood Killer, Lil Mariko et Lil Texas, est un mélange de hard bass, de metal et de musique médieval que seul Electra peut produire. Puis finalement, l’album finit avec Give Great Thanks, ballade romantique très lowkey musicalement, comparé au reste du projet, qui parle de relation BDSM de façon assez cru. Honnêtement, je n’étais pas sûr de l’aimer à sa sortie il y a quelques mois, mais finalement, son côté catchy et sa pertinence certaine en closure d’album m’a fait réellement l’apprécier.
Pour conclure, My Agenda présente la version la plus intense et la plus corrosive de Dorian Electra jusqu’à présent, autant du côté des paroles que de l’instrumental. Dans le climat tendu actuel, je suis d’avis que la complaisance doit être laissé de côté, est c’est exactement ce qu’Electra a fait. Excellent album à écouter pour n’importe quel fan de pop plus expérimental qui possède un bon sens de l’humour.
Désolé frère, je t’aime 💗🧡💛💚💙💜