Pourquoi faut-il un code pour la navigation polaire ?
En 2011, un navire s’est échoué dans les eaux arctiques canadiennes. Pour quelle raison ? La région où il naviguait n’était pas cartographiée ! Et par conséquent, il aura fallu près de deux jours à un brise-glace canadien pour venir à son secours. S’il est pour moi incroyable de constater qu’il est encore des régions du globe qui ne sont pas encore cartographiées, cet exemple illustre bien la spécificité de la navigation dans les eaux polaires.
En tout premier lieu, cette navigation est dangereuse, notamment en raison des conditions naturelles extrêmes : banquise, risque de collision avec un iceberg, obscurité même le jour durant une grande partie de l’année. En second lieu, dans l’Arctique, il n’y a presque pas d’infrastructures de secours. Cela est vrai dans les eaux canadiennes, mais ça l’est également dans les eaux russes et européennes. Enfin, naviguer nécessite des matériels et une formation adéquats : les bateaux doivent avoir une double-coque conçue pour résister à la banquise et les équipages doivent recevoir une formation spécifique.
Quel est le risque ? Celui d’un échouage, celui de la mort de marins qu’on ne pourrait pas sauver. C’est également le risque de voir l’environnement profondément affecté par un cargo qui perdrait sa cargaison. Dois-je évoquer les dégâts irrémédiables que causerait une marée noire en Arctique ?
Pour l’ensemble de ces raisons, l’Organisation maritime mondiale (organisme des Nations Unies) prépare un « code polaire » contraignant pour la navigation dans la zone arctique. Celui-ci pourrait être adopté prochainement. L’adoption de règles de navigation, de normes techniques pour la construction des navires, de consignes de sécurité sont nécessaires pour répondre aux défis qu’entrainera l’augmentation du trafic maritime dans l’Arctique.
Ce code sera le fruit de négociations, donc de compromis entre plusieurs nations, pour certaines aussi attachées à leur souveraineté que soucieuses de profiter des opportunités d’une augmentation de la navigation polaire comme le Canada et la Russie. En conséquence, sera-t-il à la hauteur des enjeux et de la nécessaire préservation de l’environnement arctique ? C’est un des sujets que je traiterai dans le rapport sur lequel je travaille actuellement.















