Comme si - silk slip dress
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Comme si - silk slip dress
Qu’à cela ne tienne, poursuivons, faisons comme si tout était surgi du même ennui, meublons, meublons, jusqu’au plein noir. Samuel Beckett, Molloy, Les Éditions de Minuit, 1951
Je croyais qu’il était plus tard. Tôt encore et le temps, tel un cadeau inespéré. Tu peux prendre le temps ! Chaque chose avec lenteur, chaque instant. Comme si le temps prenait désormais davantage le temps pour nous, pour que nous puissions enfin entrer en contact avec le monde et pour la première fois arriver jusqu’à nous. Tu vois les chiens courir, tu vois la fontaine dans la lumière et la lumière qui commence à baisser. Peter Kurzeck, En invité, traduit par Cécile Wajsbrot, L’extrême contemporain, 2023
On parle français. – Celui qui lit de la littérature pornographique dans une langue étrangère s’aperçoit à quel point sexe et langage sont intimement liés. Quand on lit Sade dans le texte original, on n’a pas besoin de dictionnaire. Même les expressions licencieuses les plus détournées, dont on n'apprend le sens ni à l’école, ni en famille, ni grâce à la culture littéraire qu’on peut avoir, on les comprend au jugé – de même que, pour les enfants, les paroles et les considérations les plus aberrantes concernant la sexualité finissent par s’organiser pour donner une représentation assez juste de la réalité. C’est comme si les passions, jusque-là prisonnières, rompaient le mur des mots aveugles en même temps que celui de la répression qu’elles subissent, maintenant que ces mots les appellent par leur nom, et comme si elles se précipitaient violemment et irrésistiblement au cœur même d’un sens avec lequel elles ont des affinités profondes. Theodor W. Adorno, Minima Moralia, Réflexions sur la vie mutilée, Éditions Payot, 2001
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ig. @lauritabanita / @geturlook2gether
Ce n’est probablement pas sans raison que dans les époques dont l’esprit ressemble à un champ de foire, le rôle d’antithèse soit dévolu à des poètes qui n’ont rien à voir avec leur époque. Ils ne se salissent pas avec les pensées de leur temps, produisent une sorte de poésie pure et parlent à leurs fidèles dans le dialecte mort de la grandeur, comme s’ils n’avaient quitté l’éternité que pour un bref séjour sur terre, ainsi qu’on voit un homme, parti trois ans auparavant pour l’Amérique, écorcher déjà sa langue maternelle lorsqu’il revient faire un séjour au pays. C’est un peu comme si l’on posait au-dessus d’un trou vide, par compensation, une coupole vide ; comme la viduité sublime n’est que l’agrandissement de la viduité ordinaire, il est en fin de compte bien naturel qu’à une époque où l’on vénère les personnalités succède une époque où l’on tourne carrément le dos à tout ce qui sent la grandeur et la responsabilité.
Robert Musil, L’Homme sans qualités, tome 1, Éditions du Seuil, 1956
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Les poètes n’auraient pas dégagé le caractère tragique de la vie s’ils n’avaient pas eu recours à toutes les ruses de l’invention. Comme si nous devions nous élever au-dessus de nous-mêmes pour nous trouver en face de la mort.
Joë Bousquet, Mystique, Gallimard, 1973