Un jour en Orient, moi j'étais tombé baba....(sur un air connu)
musique ici
Premier pas en Orient. Mon cœur bat un peu plus fort. J'attrape le ferry qui m'emmène de Rhodes à Marmaris à la dernière seconde. Arrivée, contrôle douanier (en fonction du pays d'origine, il faut s'acquitter d'un droit d'entrée, pour les français c'est gratuit), duty free (15 euros la cartouche) et c'est parti pour la Turquie!
Le brésilien m'avait indiqué une pension pas cher. Grâce à l'aide de 2 policiers, je la trouve. Par contre il faut que j'aille tirer de la monnaie locale, la livre turque, pour payer la chambre. Je revois les policiers et les remercie pour l'indication, il m'offre le thé au milieu de la route (1er çay du voyage). J'essaye ensuite de tirer des sous mais mon plafond est dépassé, aïe, aïe, aïe, comment vais-je pouvoir payer? Je retourne à l'hôtel où il me reste 14 euros. Assez pour payer la chambre qui coûte environ 11,50. Sauf que les bureaux de change ne prennent que les billets! Après avoir discuté un peu avec le type du bureau, il prend mes pièces. Nice!
Le lendemain, rebelote, toujours pas de sous, je vais donc manger Burger King (et oui, bande de fans de BKG, il y a des Burger King en Turquie), grand mal m'en prit. Au mon dieu, comme je me suis senti mal. Il faut dire que c'était la reprise et qu'au bout de 2km, ça a commencé à monter dur. Je suis pris de vomissements après 5 km, la journée promet d'être longue mais au moins je me suis prouvé définitivement et par l'expérience que fast food et sport ne font pas bon ménage. J'arrive tant bien que mal à faire 40 km dans la journée jusqu’à une station service où avec mes derniers deniers, je mange un toast. On m'offre du thé et une sorte de boisson jaune fluo à l'orange. Je peux constater que le turc anglophone est une denrée très rare. De plus, il fait froid au cœur de la montagne et le vent souffle. Je vais dormir un peu plus loin en utilisant mon duvet grand froid. Il s'avère que le duvet est un peu déplumé et qu'il n'est pas très efficace contre les 5 degrés ambiant (il est sensé résister à des températures inférieures à-10 degrés!). Je passe donc une première nuit turque assez difficile.
Le lendemain, à la fraîche, je suis réveillé par le regard amusé des employés du magasin de miel à côté duquel je dors. La tête enfarinée, le corps couvert de plume, je ressemble à une poule. Dans un geste de gallinacée, je m'ébroue pour me débarrasser du gros du duvet. Le soleil est au rendez-vous mais il fait frais. Je ne suis plus habitué. Je m'habille donc chaudement, bandeau polaire, écharpe... Et c'est parti! Nous sommes lundi, la banque est toujours fermée donc pas d'argent aujourd'hui non plus. Je fais donc une pause au supermarché pour m'acheter de quoi me sustenter. Houmous, kiri, pain et chocolat. J'ai de quoi tenir la journée. Les paysages sont splendides, de la moyenne montagne, des formations de pierres composées de rochers polis par le vent, posés les uns sur les autres, le tout agrémenté d'un lac de montagne.
La température augmente au fil de la journée pour atteindre un confortable 25 degrés. Les routes sont bien aménagées, je croise de nombreux jardiniers en train de planter des arbustes sur les terre-pleins centraux. Il y a même de longues bandes de tartan dans les villes pour que les gens puissent courir. C'est d'ailleurs amusant de voir que des machines d'entretien musculaire (stepper, vélo, barre de traction) sont mis à disposition en extérieur. Je n'ai vu que des femmes les utiliser, des mamans de 45-50 ans avec un certain embonpoint la plupart du temps mais au moins elles sont utilisées. Je fais un petit tour dans la ville de Cine (20000 habitants) pour constater qu'il n'y a pas de place centrale, seulement des rues où les gens sont installés sur des chaises. Les villes sont, comme en Albanie, structurées autour d'une route nationale. Par contre il y a beaucoup plus de vie, plus de commerces et ils sont plus variés. On sent l'effervescence d'un pays en plein développement économique. Je m'éloigne un peu de la ville pour trouver un endroit où dormir. Ce sera un champ d'oliviers bien tranquille. Mais cette nuit, je superpose les duvets! Pas question d'avoir aussi froid qu'hier. D'ailleurs la nuit me semble un peu moins fraîche (9-10 degrés peut-être). J'ai passé une très bonne nuit et au matin la température est déjà agréable!
Aujourd'hui direction Ephèse, la cité antique. Je peux enfin tirer de l'argent. Merci Maman d'avoir appelé la banque! La route est toujours vallonnée mais j'ai retrouvé le rythme et c'est avec un plaisir non feint que j'avale les kilomètres. Les gens m'offrent volontiers de l'eau bien que la barrière de la langue bloque un peu les contacts. J'apprends donc quelques mots en Turc. C'est la première fois que je me retrouve confronté à cet obstacle de la langue. C'est frustrant mais en même temps cela m'apporte un calme et une sérénité inattendus. C'est reposant de ne pas trop parler.
A Ephèse, je trouve une petit pension (35 livres soit 14 euros environ). Je sors pour manger au resto, puisque ça y est j'ai de l'argent!!! Köfte (des boulettes aux herbes) mais en bien meilleures que dans les kebab parisiens, accompagnées d'oignons grillés, d'une salade. Ummh! Je rencontre deux irlandais à vélo, qui partent en Chine eux aussi. Ils vont en Iran maintenant (houla, ils vont avoir froid) puis un vol pour Dubaï et l'hiver à vélo dans le sud de l'Inde. Quand à moi, Je vais pouvoir me coucher dans un lit douillet.
Toujours le beau temps au rendez vous, je pars vers la cité antique de bon matin (12h), et je dois dire que les ruines sont magnifiquement conservées, un amphithéâtre romain, une bibliothèque... Je rencontre 4 français (génial, je peux parler et être compris) en voyage organisé, venus pour le mariage de leur neveu, avec qui je partage un jus d'orange frais avant de reprendre la route. Ils sont impressionnés par mon niveau de Turc (4 mots environ...). Au moment de repartir, je m'aperçois que j'ai encore crevé. Oui, je ne partage pas dans ce récit, les multiples crevaisons dont je suis victime. Imaginez que c'est quasi quotidien depuis que je suis en Turquie. Je répare et repars. Après 10 kilomètres rebelote!!! Ça saoul! Je répare encore. Ça ne fera pas beaucoup de kilomètres aujourd'hui. Je longe quand même un peu la mer, je crois que c'est la première fois que je vois un littoral aussi sauvage et vaste. Le soir, j'arrive à un restaurant où je mange merveilleusement, j'en avais besoin. Un gratin de champignons fourrés à la crème, on m'offre le dessert, une sorte d'houmous sucré en forme de crème brûlée. J'en profite pour rédiger l'article sur les Cyclades, il était temps. Je demande au serveur, si je peux dormir dans le jardin du restaurant et il me propose carrément de dormir dans la salle de réception, magnifique!
En partant je casse ma béquille! Tiens, je n'avais pas encore fait. Je ne suis plus très loin d'Izmir, la traversée s'avère assez éprouvante, des embouteillages monstres et des voitures de partout, obligé de se frayer un chemin dans la circulation. Je n'ose pas imaginer Istanbul! Izmir : Décathlon! Arrêt obligatoire, d'abord pour le plaisir et ensuite pour changer ma béquille. Je me sens comme un panneau publicitaire à l'intérieur du magasin, je constate que je suis habillé Quechua quasiment de la tête au pied! Moi qui déteste porter des marques visibles, ils sont forts quand même. Toujours personne qui parle anglais. Le Décathlon se trouve dans un centre commercial ultra- moderne avec portique de sécurité à l'entrée. Mais le système laisse à désirer, en passant par Decathlon, je suis rentré dans le centre commercial avec mon vélo! Je profite du centre commercial pour m'acheter un guide de conversation turc. Je continue ensuite jusqu'à un restaurant au bord de la route, ça devient une habitude! Les jeunes sont très sympas et j'utilise pour la première fois google translate pour communiquer (astuce récupérer d'un employé de Eurolines Portugal il y a quelques années).holala, que de "Brand Dropping" dans ce paragraphe et des anglicismes avec ça! Bref, j'ai encore crevé et ce soir on me propose de dormir dans la salle de prière. Un sanctuaire de paix avec de la moquette au sol s'il-vous-plaît! So nice (pendant qu'on y est)!
Petit dèj turc, tomates, olives, concombres, œuf dur, beurre, confiture, miel, pain; avec ça tu tiens presque toute la journée. Rien de particulier sur la route, une longue ligne droite déroule à perte de vue sa langue de béton. Je ne vous ai pas parlé de la propreté des rues ici et bien ce n’est pas top, encore et toujours du plastique! Je me demande si ça rentre dans l'indice de développement humain, ça devrait. Moi, c'est à ça que je juge l'état de développement d'un pays (oui, uniquement!). Je peux aussi vous parler des toilettes, tiens. Et bien non il n'y a pas que des toilettes turcs (d'ailleurs les toilettes turcs sont au départ les toilettes avec une cuvette!!!), moins que des toilettes classiques d'ailleurs. Par contre, il n'y a pas toujours de papier. Un petit jet d'eau sort directement de l'intérieur des WC... Allez, il faut s'y mettre! Une fois la sensation de répulsion dépassée, on se sent bien plus propre qu'avec du papier.
Le soir, j'arrive à Bergama, je m'arrête dans un bar où ils ne servent que du thé, je me demande comment le gars peut faire son beurre avec un thé à 50 centimes. Ce genre d'établissement est courant et il n'est fréquenté que par des hommes. J'aborde quelques jeunes qui baragouinent 3 mots d'anglais, de mon côté je déploie l'ensemble de mon vocabulaire turc (20 mots peut-être, notez la progression) et j'essaye de comprendre les règles de leur jeu, le Kanli Okay, une sorte de Rummikub auquel tous les âges s'adonnent avec passion. Je passe par la séance photo obligatoire avec le vélo et chacun d'entre eux tour à tour. Et pour ne pas perdre le rythme, encore une crevaison. Je répare devant un public captivé (j'exagère un peu) puis un peu flemmard, je m'en vais trouver un hôtel pour la nuit. Dormir en ville, tout seul, c'est pas l'extase même si j'avais repéré un bâtiment en construction.
De la plaine, de la plaine, toujours de la plaine. Alors quand il n'y en a pas, on en veut mais quand on y est, on s'en veut. L'amour platonique des platanes en plaine, c'est comme la patience, ça va bien 5 minutes. Donc je trace ma route, c'est assez urbanisé par ici. Pas grand chose à raconter. Alors c'est vrai je pourrais en profiter pour faire des généralités ou élaborer des théories sociologiques sur la Turquie mais je pense que je ne connais que je ce que je vis, soit pas grand chose, c'est pour ça que je reste assez factuel. J'arrive à Soma, un peu malade, une petite diarrhée me travaille, j'ai encore crevé et j'ai juste la force de me traîner jusqu'à un hôtel (honte à moi , deux nuits de suite à l'hôtel). Le premier est trop cher, le deuxième me refuse (il faut une carte d'identité turque!!!) et je m'échoue dans le troisième. C'est samedi, je sors me balader un peu dans la ville, ça grouille de vie mais je n'ai guère la foi. Je mange un sandwich, aux tripes je pense. Ouais, ouais, je ne suis pas assez malade à mon goût! Et je rentre me coucher. Demain sera un jour meilleur!
Et bien non, je commence par réparer ma roue et la montagne m'attend. Ça, ça va mais le vent de face qui va avec n'est vraiment pas cool. En plus je crève à nouveau après 10 km. Quand le sort s'acharne! Je répare en rajoutant une chambre à air ouverte pour renforcer la protection (j'aurais dû le faire bien avant mais c'est un peu galère alors j'ai toujours repoussé). Et je reprends ma route, ça monte, ça descend et toujours du vent et là... mes pignons se déboitent de la roue arrière. J'arrive à les remettre en place tant bien que mal. Je suis blasé mais je prends ça avec philosophie. Au moins mon bide va mieux. Epuisé, je finis dans un champ où je m'endors vers 20h30 bien à l'abri du vent. Une nuit de 12h ça fait du bien! Je déjeune à une station service, c'est mon spot turc la station service : J'échange quelques mots, je me restaure, on m'offre le thé. D'ailleurs là je suis en train d'écrire à la table d'une station service où on m'a déjà offert 3 thés.
Le vent est moins fort aujourd'hui et il fait chaud. J'arrive à Balikesir, une grande ville, plutôt charmante avec un vrai centre-ville, des places et un parc très bien aménagé. Il se débrouille en aménagement vert les Turcs (quand je repense aux "parcs" croates...). Je m'y installe pour profiter du soleil, en plus le serveur parle anglais, que demande le peuple. Je finis ma journée dans le désormais classique restaurant de bord de route (4ème thé!). Je mange, mate une série sur internet puis les employés viennent entamer la conversation. Nous communiquons grâce à google translate une fois de plus. C'est parfois un peu approximatif mais c'est bien utile. Le cuisinier a mon âge, a été dans l'armée et a tué des hommes. 8, me dit-il. Ça me laisse un peu coi. Tellement de trajectoires différentes, tu rigoles avec un type mais lui a tué des gens. Les questions classiques ensuite, est-ce que je suis marié, qu'est ce que je fais en France, si j'ai des enfants... Ils me parlent beaucoup en turc aussi , je souris bêtement et place un petit anlamyorum (je ne comprends pas) de temps en temps. Il m'invite à dormir sur le canapé du resto qui reste ouvert toute la nuit. Franchement, l'hospitalité turque n'est pas une légende. Le vent dehors est très fort et il caille, je suis bien mieux au chaud.












