Nous avons perdu notre centenaire, Louis HUGUET
Louis HUGUET, né le 17 février 1923 à Terdeghem, allait bientôt avoir 103 ans et vivait toujours chez lui, à Perpignan, choyé par son épouse Johanna. Il nous a quittés le 10 janvier dernier, je viens de le découvrir dans les décès de l’INSEE du mois de janvier. Son avis d’obsèques a été publié dans les journaux « L’indépendant » et « Le Midi Libre ».
avis d'obsèques de Louis Huguet publié dans « L’indépendant » et « Le Midi Libre »
Il me téléphonait de temps en temps pour échanger avec moi sur la famille DEQUIDT et se rappeler les périodes de sa jeunesse et les personnes qu’il avait connues. Il avait quitté définitivement le département du Nord en 1957. Mon ouvrage sur les descendants d’Alexis DEQUIDT et de Reine AMMEUX était pour lui un ancrage avec la famille du Nord.
recensement de 1936 à Terdeghem, les parents de Louis habitent dans leur ferme avec deux domestiques
recensement de 1946 à Terdeghem
Ces dernières années, j’avais de ses nouvelles par son fils. Émeric faisait le lien entre son père et moi. Louis cherchait encore à avoir des informations sur des branches DEQUIDT de La Corogne ou d’Esquelbecq.
Louis Huguet, au premier plan, en compagnie de ses parents Angèle Dequidt et Auguste Huguet, le 31 décembre 1960.
Dès sa naissance, Louis HUGUET a vécu chez ses grands-parents, Louis DEQUIDT et Léonie CYSSAU, à Terdeghem puis vers l’âge de six ans, il a été mis en pension, avec ses cousins Blandine, André et Paulette DUYCK, chez deux dames à West-Cappel : Madeleine LEGRAND (1884- 1949) aidée de Martine WATTEZ (1880- 1978). Madeleine LEGRAND exerçait une forte emprise psychologique sur ces jeunes enfants en faisant régner la peur de l’enfer, en considérant que le mal se trouvait partout, en interprétant les phénomènes météorologiques comme des semonces de Dieu, en les frappant à coups de martinet. Ils étaient très mal nourris (pain moisi, viandes avariées) avec obligation de vider leur assiette alors que leurs parents amenaient fréquemment viande, pain et beurre frais. Cette nourriture servait aux repas des instituteurs de l’école publique. Dans le recensement de 1936 de West-Cappel, Madeleine LEGRAND hébergeait quatre enfants dont Régis HUGUET, le petit frère de Louis. Il y avait aussi Louis et Claire DEQUIDT, cousins de Terdeghem.
recensement de 1936 à West-Cappel où Madeleine Legrand héberge Régis Huguet, le frère de Louis et leurs deux cousins, Louis et Claire Dequidt
Louis a fait ses études primaires à l’école de West-Cappel auprès d’un excellent instituteur, Georges ARNOUTS (1905- 1984). Il a ensuite fait ses études secondaires au petit séminaire Saint François d’Assise, à Hazebrouck.
recensement de 1936 à Hazebrouck (les élèves semblent absents du petit séminaire le jour du recensement). Outre, le supérieur Daniel Allaert, résidaient au 60 rue Warein : un économe, vingt et un professeurs, une infirmière, une cuisinière, trois lingères, un concierge et douze domestiques.
Ses études secondaires ont été interrompues brutalement au moment de l’invasion allemande, en 1940. Afin de mettre à l’abri ses deux fils, Louis et Régis, Auguste HUGUET les a conduits en Charente, à Saint-Claud sur le Son. Afin de passer la première partie du bac philo, Louis a été obligé de parcourir, à vélo, les 70 km séparant son lieu de résidence en Charente à la ville de Limoges où se déroulaient les épreuves de latin et de grec. Il a ensuite pu passer son bac philo à Lille en 1941.
livret scolaire de Louis Huguet de la seconde à la terminale à l'Institution Saint François d'Assise à Hazebrouck
Il a poursuivi ses études supérieures par deux années de philosophie scolastique au Séminaire Saint Sulpice à Issy les Moulineaux puis deux années d’allemand (il obtiendra sa licence d’allemand à Lille en juin 1950).
En mars 1945, il a accompli un an de service militaire dans l’Armée de l’air. Puis il a poursuivi trois années d’études de théologie, au Séminaire d’Issy les Moulineaux ainsi qu’à la Faculté de théologie catholique de Fribourg, en Allemagne.
De 1949 à 1957, il a enseigné dans deux établissements privés catholiques : les institutions Notre Dame des Victoires à Roubaix et Jeanne d’Arc à Lille.
Durant cette période, il s’est vu interdire d’enseigner l’allemand par les autorités religieuses. Elles lui ont également refusé un congé pour préparer une thèse d’Etat.
Qu’à cela ne tienne, Louis est parti en Allemagne, en octobre 1957, afin de préparer une thèse de 3ème cycle et un doctorat d’Etat en germanistique. Son directeur de thèse était Robert MINDER (1902- 1980), professeur au Collège de France.
livret de l'étudiant Louis Huguet inscrit dans les universités de Cologne et de Munich
Sa nouvelle vie commençait. Il ne se ferait plus dicter ce qu’il convenait de faire ou de ne pas faire. Après dix-huit mois d’études à l’université de Cologne, il suit des cours de philosophie à l'université de Munich, pendant six mois. Il a ensuite passé deux ans à Berlin-Ouest et en 1961 il séjourne à Berlin-Est et en Pologne. Pendant qu’il était en Pologne, le mur de Berlin a été édifié.
De retour à Paris, Louis est attaché de recherche au CNRS pendant deux ans. Puis il obtient une bourse pour étudier, pendant un an, à l’Université de Columbia, à New-York. Il se rend également à Los Angeles pour les besoins de sa thèse.
Louis Huguet en 1964
En juillet 1964, Louis rentre des Etats-Unis. Le 17 décembre 1966 il épouse Johanna VAJDA, étudiante à l’école nationale des langues orientales vivantes (devenue l’INALCO). Émeric naît le 6 novembre 1968.
D’octobre 1964 à 1971, Louis devient contractuel au Collège de France. Il est assistant de Robert MINDER.
Parallèlement, il soutient sa thèse de 3ème cycle en études germaniques le 28 mai 1968, à Nanterre dont le titre est: « Alfred DӦBLIN - éléments de biographie et bibliographie systématique ». Et le 5 décembre 1970, il obtient son doctorat d’Etat. Sa thèse qui a pour titre : « Alfred DӦBLIN et la dialectique de l’exode » a été éditée en 1978 aux éditions Champion.
thèse de Louis Huguet soutenue le 5 décembre 1970
Le 1er avril 1972, Louis est nommé maître-assistant au Collège de France.
D’octobre 1972 à octobre 1979, il est maître de conférences à l’université d’Abidjan. En juin 1979, il est fait chevalier du Mérite de l’Education Nationale de Côte d’Ivoire.
Enfin, il a terminé sa carrière en qualité de professeur d’université à Perpignan, responsable de l’enseignement de l’allemand. Il a exercé jusqu’en 1992, soit jusqu’à l’âge de soixante-neuf ans. Il a été nommé professeur émérite de l’Université de Perpignan.
Louis était non seulement spécialiste d’Alfred DӦBLIN (1878- 1957), médecin et écrivain allemand mais aussi de Thomas BERNHARDT (1931-1989), écrivain et dramaturge autrichien vers lequel il a orienté ses recherches à partir de 1991.
J’ai eu beaucoup de plaisir à échanger avec Louis HUGUET et je ne l’oublierai pas.
Je présente mes plus sincères condoléances à son épouse et à son fils.
Je remercie vivement Émeric HUGUET qui m’a permis d’accéder aux archives de Louis afin de résumer la carrière riche et mouvementée de ce dernier.








