@valerielemercier et Clara Luciani
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@valerielemercier et Clara Luciani
💛🖤💛 Étienne Daho A secret book, Sylvia Coma, préface d’Elli Medeiros éd. @lamartiniere.arts disponible au rayon Musique de la @librairie_mollat #etiennedaho #daho #musique #librairie #mollat #bordeaux (à librairie mollat) https://www.instagram.com/p/CpKXEt8jvKV/?igshid=NGJjMDIxMWI=
“I got you, don’t worry.” Da Ho
She hobbles towards the nearest bench, leaning her weight against him. "I'm sorry, I really wanted to have a fun day with you and my weak ankles ruined the date I had planned," she pouted, head hanging as she stared at her foot.
“A God’s love is a dangerous thing.” -Rena Barron, Reaper of Souls
La voix humaine
C’est un tête à tête tellement étrange, l’écriture. Un ping-pong où la réplique ne vient que de nous. Et pourtant, on peut quand même être surpris. Et puis, avec ce confinement qui débute, rester à la maison revient surtout à resserrer les rangs entre soi-même et soi. Cette introspection, il va falloir l’étirer vers l’expérience spirituelle. Ce silence, il va falloir refuser de le rendre insupportable. Il y a quinze jours, au bord de l’épuisement émotionnel, je n’aurais intimement voulu que ça. Dans mes rêves d’à lors, c’est à peine si je sortais une main timide d’une couette molletonnée. « Laissez moi là, dans cette cabane ouatée à l’abri du monde ». Il y a quinze jours, j’étais persuadée que je venais de vivre le pire week-end de l’année, je me confinais dans un coin de mon canapé pour pleurer. Le monde cacophonait sous ma fenêtre. Moi, j’étais bien avec mes fantômes, avec Guillaume Dustan et Jean Cocteau, Hervé Guibert, Daniel Darc. Il y a quinze jours, j’ai impulsivement jeté mon téléphone au sol, depuis je pianote sur un écran ébréché et j’ai les doigts qui saignent.
Ma note iPhone du 1er mars dit « Ne laissons pas le monde nous étriquer l’âme. » J’ai relu cette phrase aujourd’hui. J’ai ris de moi : cette phrase dit vrai sur un tout autre sujet.
Aujourd’hui, c’est comme si 10 ans, une vie, un siècle, étaient passés en deux semaines. Cette voix au téléphone, par exemple. Je pensais que je ne m’en remettrais pas. Ou qu’elle ne me parviendrait plus. Ou alors juste pour me martyriser sans le vouloir. Mais non. Je me recompose, il le faut. Je me rassemble et je me maintiens droit. Les affects personnels sont soigneusement rangés dans un tiroir que j’ouvrirais peut-être dans trois mois. Maintenant n’est pas le temps de l’égo : question de dignité et de priorités. Je me diffracte totalement. La voix humaine atteint bien quelque chose là-bas, mais étouffée par un obstacle, une déflagration virale qui prend toute la place. La voix, je la comprend à peine. Elle n’est pas mon alliée, et malgré tout ce que j’ai pu espérer, elle n’est pas mon alter. Je me repli sur ma blessure pour l’anesthésier. Je ne veux ni la voir ni la sentir. Le repli va être long. Déjà je ressens les prémisses de l’abrupte. Abrupte silence dans mon appartement de femme vivant seule, bien que cette solitude soit pleinement choisie. Abruptes la peur et la colère. Les vulnérables, l’absence de prise en charge dans les squats, dans les prisons. Cette horrible pensée qui retire le sommeil “pourvu que les médecins ne soient pas forcés de trier, pourvu que les médecins ne soient pas forcés de trier...” Je n’ai pas le droit de partager ces pensées avec la voix qui me manque au téléphone. Pour trouver du sens et ne pas craquer, il faut communier à un autre endroit. Prendre de la hauteur ensemble, c’est à dire avec des millions de personnes qu’on ne tutoie pas mais qui partagent un moment historique. Je ne dois pas me disperser de ce fil tendu, collectif. Un ami écrivait tout à l’heure « Annuler tout. Payer tout le monde ». Le monde de demain, peut-être, fera cela. Le monde de demain se rappellera que pour sauver des vies, ce sont les travailleuses du care, si souvent humiliées, qui ont risqué la leur. Et aussi ce soir, je pense à Act-up. Je pense à leurs slogans qui vivaient le Sida comme une guerre. A Gwen Fauchois et à son beau texte « La réduction des risques et la solidarité, c’est nous ». Ca veut dire que ce n’est pas toi à 20h, non. Toi, tu n’es pas du bon côté du combat. Tu arrives juste à mettre ta guerre en miroir d’un espace Schengen anéanti. Toi, tu as participé à la destruction de tout ce qui fonde notre solidarité collective et ce ne sera jamais ton monde qui prendra soin de nous. La colère que tu amènes, je la garde pour demain et les jours d’après. Pour l’instant, je lis et je refuse de produire. Je regarde les mésanges bleues par la fenêtre de mon salon. Je m’habitue avec joie à l’absence de travail et je veux bien croire qu’on traversera cela sans perdre notre humanité, qu’on prendra soin enfin et collectivement de notre classe et de nos communautés marginalisées, loin de votre toute puissance incapable. Pour l’instant, il y a cette chanson de Daho qui passe comme un souffle feutré : Me manquer (Londres en été). Et par pudeur je le dis en anglais… Miss you baby.
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