POST-SCRIPTUM 956
AGITATION FRITE 3
Agitation Frite 1 et 2, Témoignages de l’underground français sont donc réédités par Lenka lente. Un troisième volume est sur le point de sortir, fait d’interviews pour moitié, mais aussi de textes cette fois, dont un TOP 602 commenté des meilleures productions en la matière. On en trouvera ici des extraits, régulièrement. Par exemple, ÉRIC ALDÉA (Deity Guns, Bästard, Zëro).
De la légende de Deity Guns, on ne sait finalement pas grand-chose, sinon que ses membres se rencontrent alors qu’ils n’ont encore que 17 ans, sur des bases communes qui correspondent, en gros, à des marottes tels Saints, Cramps ou Gun Club qu’ils commencent par reprendre, avant de tomber sur les disques de Sonic Youth, Einstürzende Neubauten et Pere Ubu, tous symbolisant la démarche musicale ouverte qu’ils veulent adopter. De cette époque, Éric Aldéa se souvient avec un brin de nostalgie : « On avait des bases rock, certes sévères, mais on voulait faire une musique qui s’en affranchisse, qui soit plus originale, sensible et violente que celle que permettait ce seul cadre. Car la violence, par exemple, on ne la trouvait pas vraiment dans les formations hardcore qui fleurissaient à ce moment-là. En fait, on écoutait soit du bruit pur – toute la scène industrielle de la fin des années 1980 –, soit du jazz. La violence des intentions primait. Bien que nous utilisions alors encore une instrumentation ultra réglementaire – guitares, amplis Marshall et batterie puissante – on essayait déjà de privilégier au maximum l’inventivité. » La démarche n’est pas sans rappeler Sonic Youth, dont ils sont fans au point de solliciter le guitariste Lee Ranaldo pour la production d’un album. « Il nous a semblé que c’était la personne idéale afin de canaliser notre jeunesse et nous aider dans un domaine que l’on découvrait : le studio. Je crois qu’il a apprécié la simplicité avec laquelle on l’a contacté, et la clarté de nos idées quant à une éventuelle collaboration. Les séances d’enregistrement avec Wharton Tiers et Lee Ranaldo restent à jamais gravées comme un super souvenir : c’était aussi la première fois que nous allions à New York. » Un disque séminal vient d’être mis en boîte ; depuis il a toujours valeur de manifeste, témoin d’un engagement alors peu commun en France. Son titre : Trans Lines Appointment.
Ce capital risques-tous-azimuts, aux dérapages négociés avec la folle insouciance des années d’apprentissage, Deity Guns l’investit dans la foulée sur d’autres territoires qui marquent autant les esprits. L’habitude de jouer ensemble, des intentions mieux cernées et des influences plus diffuses traduisent dès lors un certain savoir-faire. Plus mature, et pas moins envoutant que son petit frère, Bästard est né. « Deux personnes, bien qu’opposées musicalement – l’une, zéro notion musicale et branchée sur tout ce qui pouvait faire du bruit ; l’autre, multi-instrumentiste, très à l’aise et de formation classique – complétèrent cette espèce de résidu de groupe qu’était devenu Deity Guns. D’un seul coup, nous étendîmes notre champ musical avec des machines et des cordes, jusqu’à ce que ça sorte. » Cinq ans durant, c’est la grande aventure. De 1992 à 1997 sortent quatre albums, dont Radiant, Discharged, Crossed-Off marque une sorte de point d’orgue évoquant plus ou moins le post-rock de Tortoise. Sur scène, Bästard donne alors cette pleine mesure dont Éric Aldéa garde un souvenir ému : « C’était unique, éphémère. Même avec des machines, on était surtout un groupe qui jouait, se défonçait : la dimension humaine ressortait encore plus en concert, les versions que nous y donnions de nos morceaux étant souvent plus abouties. » Malgré un hermétisme entretenu à l’égard des formations concurrentes – à part Sister Iodine avec lequel ils sentent des affinités – les contacts se multiplient. Bien qu’une collaboration, un temps envisagée avec Lydia Lunch, n’aboutisse pas, le groupe enregistre avec le musicien de jazz Denis Colin. Questionné sur l’improvisation, paradoxalement peu sollicitée en telles circonstances, Éric Aldéa s’enflamme : « Ça touche au sublime, alors il faut y aller tout doux ! Quand tu as entendu John Coltrane ou Thelonious Monk, je trouve délicat de se risquer après sur un terrain aussi..., ..., ...











