Baille // 2 de trop.
– Tu casses les couilles ! Franchement, tu casses les couilles !
Comme du poisson pourri. Il a demandé une cigarette, simplement, d'une voix fluette presque inaudible. Lui, genre jeune prince de l'Atlas, sombre, casque de cheveux noir de jais sur faciès adolescent. Pourtant, elle sort cette petite cigarette matinale, celle qui agrémente bien le sempiternel trajet du lycée.
– Pourquoi tu fumes, d'ailleurs ? Tu veux mourir du cancer, comme nous ?
L'autre, clair, rifain ou kabyle porte collier, moustache fine et couronne blanchie. On lui prêterait volontiers un air du Méphistophélès de Faust (qu’il refuserait sûrement).
– Du feu ? Demande avec placidité Lui. Prouvant, une fois de plus, que la jeunesse ne doute de rien.
– Tu casses les couilles, tous les matins c'est la même chose ! Poursuit l'autre de cette logorrhée propre aux donneurs de leçons. Les mots passent, répétitifs, s’effritant au contact de la nonchalance puis s’évanouissent dans la brise fraiche du début de journée. Lui l’aura toujours sa cigarette.
– Et il sait que tu fumes ton père ? Je vais lui dire à ton père, moi que tu casses les couilles !
– Merci.
Lui coupe court à la conversation, cigarette en doigt, et poursuit son chemin. La fumée s’attarde un peu, virevolte, juste dissipée comme il faut dans les rayons du soleil.













