Entre Imaginaire et empathie.
Muriel : A la suite de DM#9 du 26/11/18
Ecrit du 17/12/18
Entre Imaginaire et empathie. Que se joue-t-il dans cet écart ?
Nos yeux sont fermés. C'est une caractéristique essentielle de « Distant Movements ». Alors comment percevons-nous l'autre ? Sa présence, son mouvement ? L'altérité convoquée par « Distant Movements » m'était jusqu'alors inconnue. Jamais ne s'était présenté à moi, aussi clairement, le doute de ma perception d'autrui.
Regarder : Ressentir : Percevoir les mouvements, c'est une pratique, une attitude pourrais-je dire, coutumière pour un•e danseur•se. Être attentif à l'autre, à l'écoute de l'autre, être adaptable et disponible à ce qui se joue dans l'instant, sont également des qualités intrinsèques à l'art vivant et à la performance.
« Distant Movements » ne me permet, ni de me voir, ni de voir l'autre. Lorsque j'entends la•les voix guider le mouvement, j'imagine ces voix entrer dans la danse. Et comme pour leur faire écho mon corps se glisse aussi dans le mouvement et prolonge ainsi notre danse naissante. La guidance partagée conduit mon attention autant dans mon imaginaire que dans mon ressenti. Je ne pourrais pas décrire cela comme un aller-retour, mais plutôt comme une
co-existence.
Imaginaire et ressenti coexistent, ensemble, dans le même temps.
Impossible pour moi d'être sûre de ce que je ressens, est-ce imaginaire, est-ce réel ? Lorsqu'il me semble que nous dansons ensemble, cet ensemble est-il le fruit de mon imagination ? Lorsque je ressens ou crois ressentir le flux du mouvement de l'autre : est-ce que je ressens réellement de l'empathie pour cet autre corps en mouvement ou bien est-ce que je l'imagine ?
Les yeux fermés, je suis dans cet entre : Entre Imaginaire et empathie. Lorsque se vit l'expérience de « Distant Movements », seul le moment présent existe. Non seulement je perds toute notion du temps, mais je perds également toute représentation de moi-même. Je ne distingue plus clairement la réalité, j'entre dans un espace mental entre imaginaire et ressenti. Je sais que je ne suis pas seule dans cet espace mental, car j'entends bien clairement les voix (à conditions qu'il n'y ait pas de perturbation dans le flux du réseau). Les voix, ce sont celles d'Annie ou de Daniel que je reconnais bien maintenant ou bien celle d'Ienke que je viens de rencontrer juste avant de fermer les yeux. En les écoutant, je peux recomposer leur visage derrière mes paupières. Le son de leur voix nourrit ma perception de la réalité tout en éveillant mon imaginaire.
Les yeux fermés, je suis à l'écoute du prolongement de la guidance partagée. Et je pressens parfois même le prolongement de notre danse, à moins que je ne l'imagine...
On 17/12/18 Muriel wrote the following, when reflecting on DM # 9 of 26/11/18.
Between the Imaginary and empathy. What is happening in this gap?
Our eyes are closed. This is an essential characteristic of "Distant Movements". So how do we perceive the other? His/her presence, his/her movement? The otherness convened by "Distant Movements" was hitherto unknown to me. Never, the doubt of my perception of others appeared to me so clearly.
Watching: Feeling: Perceiving movements is a practice, an attitude I might say, customary for a dancer. Being attentive to the other, listening to others, being adaptable and available to what is happening in the moment, are also intrinsic qualities to live art and performance.
"Distant Movements" does not allow me to see me nor to see the other. When I hear the voice guiding the movement, I imagine these voices enter the dance and as if to echo them, my body also slips into the movement and thus extends our nascent dance. Shared guidance directs my attention as much in my imagination as in my feelings. I can not describe this as a round trip, but rather as a co-existence. The Imaginary and feeling coexist, together, in the same time.
Impossible for me to be sure of what I feel. Is it imaginary, is it real? When it seems to me that we dance together, is this ensemble the fruit of my imagination? When I feel or think I feel the flow of the other's movement: do I really feel empathy for this other moving body or do I imagine it?
Eyes closed, I am in this between: Between the imaginary and empathy. In the experience of "Distant Movements", only the present moment exists. Not only do I lose all sense of time, but I also lose all representation of myself. I no longer clearly distinguish reality, I enter a mental space between the imaginary and feeling. I know that I am not alone in this mental space, because I hear the voices quite clearly (provided there is no disruption of the flow in the network). The voices are those of Annie or Daniel that I recognize now or that of Ienke that I met just before closing my eyes. Listening to them, I can recompose their faces behind my eyelids. The sound of their voice feeds my perception of reality while awakening my imagination.
With my eyes closed, I am listening to the extension of the shared guidance. And I sometimes sense the extension of our dance, unless I imagine it …
Le 15/12 2018 Célia Bonnet-Ligeon parle de Distant Movements dans son article En VR, on reconnaît son corps dans celui de l'autre. Elle visite des projets en VR comme Hold On, Fugue VR, WHIST, #ALPHALOOP, VR_I et 24/7, et se demande: Alors que manque-t-il à la réalité virtuelle pour qu'elle soit autre chose qu'un divertissement, qu'une sensation renouvelée de notre propre
corps ? .... Pourquoi associer la commensalité à la réalité virtuelle ? Et répond: Parce qu'il me semble que sans objectif de coopération (comme dans un jeu vidéo) et sans visionnage critique (comme au cinéma), la réalité virtuelle nous enferme (in)volontairement dans un palais des glaces de fête foraine où les silhouettes que nous voyons bouger autour de nous ne sont que des répliques en miroir de nous-mêmes. Et elle dit, quand elle parle de Distant Movements: La différence avec les projets cités précédemment vient probablement du fait qu'il ne s'agit pas d'une fiction imposée par une instance externe : la narrativité est prise en charge par tous les protagonistes, à tour de rôle.