Quand un auteur déclare : « La pré publication est une aberration mais elle nous fait vivre. Si nous ne gagnons plus assez d’argent avec la bande dessinée, alors nous arrêterons de faire de la bande dessinée. Ou bien nous ne ferons plus qu’un album tous les dix ans. Évidemment, il sera peut-être meilleur… » (Controverse n°1), cet auteur dit simplement qu’il n’est évidemment qu’un crétin. Voilà un homme qui veut jouir de tous les avantages du travail salarié mais ne supporter aucun de ses inconvénients. Mais qui l’a contraint à gagner sa vie en vendant ses œuvres ? Peut-être qu’en vivant d’un autre travail, il n’aurait pu faire qu’une œuvre en dix ans, mais elle aurait été certainement d’une autre qualité que toutes les petites choses qu’il a pu vendre jusqu’ici et qu’on lui a payées trois sous. Les auteurs qui vendent leurs œuvres à des marchands, et entendent en vivre en devenant salariés, sont malhonnêtes quand ils accusent ces mêmes marchands de les traiter en simples travailleurs et leurs œuvres en vulgaires marchandises : ils ne font là que les traiter pour ce qu’ils ont de leur plein gré décidé de devenir ; ils sont donc traités comme ils le méritent. On ne se met pas inutilement dans la dépendance d’un puissant sans être traité comme un indigent. Qui oblige ces beaux pleureurs à décider de vivre de leurs œuvres ? Qui les oblige en retour à produire au moins un album par an pour vivre correctement ? Qui les oblige en conséquence à peser le pour et le contre pour déterminer ce qui doit être perdu pour l’œuvre et gagné pour la vie ? Personne. Personne d’autre qu’eux-mêmes. Qu’ils se respectent d’abord comme auteurs pour que les marchands les respectent ensuite comme créateurs.
Controverse n°3, janvier 1986
extrait complet par ici sur l’excellent site du9











