"Les Bêtes" d'Hubert Duprat en silex (1992-99) à l'exposition “Hubert Duprat” au Musée d'Art Moderne de Paris (MAM), octobre 2020.

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"Les Bêtes" d'Hubert Duprat en silex (1992-99) à l'exposition “Hubert Duprat” au Musée d'Art Moderne de Paris (MAM), octobre 2020.
“Sans Titre” d'Hubert Duprat en cristaux de roche et parafine (1999-2012) devant les “Excentriques” en pointes et fil de lin (1995-2020) à l'exposition “Hubert Duprat” au Musée d'Art Moderne de Paris (MAM), octobre 2020.
"Tribulum" d'Hubert Duprat en silex (2012-20) à l'exposition “Hubert Duprat” au Musée d'Art Moderne de Paris (MAM), octobre 2020.
“Entrelacs” (détail) d'Hubert Duprat en méplat cuivre et plâtre (1992-2020) à l'exposition “Hubert Duprat” au Musée d'Art Moderne de Paris (MAM), octobre 2020.
"Sans Titre" d'Hubert Duprat en pyrite (2007-11) devant les "Excentriques" en pointes et fil de lin (1995-2020) à l'exposition “Hubert Duprat” au Musée d'Art Moderne de Paris (MAM), octobre 2020.
Solange Duprat, Vale Tudo Remake (2025)
Hubert DUPRAT - Des Trichoptères et des Bijoux
Parmi les sculptures présentées au musée d’Art moderne de Paris, les cocons-bijoux de l’artiste français questionnent le geste artistique et secouent nos réflexes classificateurs. Une œuvre fascinante apparemment débutée dans les années 1970.
« Toute œuvre d’art est une possibilité permanente de métamorphose offerte à tous les hommes. » Octavio Paz
Amulettes de l’Antiquité tardive ou sarcophages égyptiens miniaturisés ? Aux côtés des sculptures monumentales d’Hubert Duprat présentées au musée d’Art moderne de Paris, une série d’objets énigmatiques composés de feuilles d’or et de pierres précieuses illuminent une vitrine. Ils témoignent d’une aventure artistique entreprise il y a plusieurs décennies et que les familiers de l’artiste connaissent bien. Elle offre l’occasion de nous interroger sur une création insolite au cœur de notre ère anthropocène.
L’éducation des trichoptères
Rappelons sa genèse. A la fin des années 1970, l’artiste apprit que de l’or tapissait certains cours d’eau en France. Il rapprocha cette découverte de celle des capacités constructives de la larve du trichoptère, appelé aussi phrygane ou porte-bois. Ces larves communes, vivant en eau douce, ont pour particularité de construire un fourreau destiné à protéger les 5 à 6 stades de leur nymphose avant leur envol. Elles élaborent un habitat temporaire à partir de petits cailloux, de brindilles, de coquilles ou de feuillages.
Duprat eut l’idée de mettre à leur disposition le métal précieux avec un assortiment de pierres et de perles. Il s’est mis à « éduquer » les larves, à la manière des vers à soie, récoltant au terme de leur transformation les étuis abandonnés. Ce procédé, qu’il a breveté en 1983, questionne si profondément le geste artistique et brouille si bien les notions de nature et culture qu’il a suscité au fil du temps de nombreux commentaires. Trente ans plus tard, il continue de passionner.
Le trouble ressenti devant les insectes s’associe à notre capacité d’émerveillement face aux singularités de la nature. A fortiori devant le spectacle d’une nature active, architecte, comme celle de la larve. Bien que privée de son milieu naturel et manipulée, elle s’adapte, indifférente aux matériaux mis à sa disposition et encore plus à leur « valeur ». Chaque métamorphose produit une pièce unique, à la composition aléatoire, artisanale comme une pièce d’orfèvrerie. Elle est générée le plus souvent selon un processus réitérable, l’équivalent d’une édition en termes d’art. La rigueur, le soin apportés à ces productions vont jusqu’à nous interroger sur le sens artistique de ces êtres, aussi minuscules soient-ils, et de réputation misérable.
“HUBERT DUPRAT”, Musée d'Art Moderne de Paris (MAM), octobre 2020.